Saturday, November 29, 2008

NEW SAILING MOBILITY ?


Comme tous les ans, l'
AutoShow de Los Angeles a donné lieu à l'organisation d'un concours de design prospectif sur la voiture du future. Cette année le thème était la voiture de sport en 2025, et a été remporté par Mazda.

Mais, moi, le projet qui m'a le plus marqué est la
Formula Zero imaginée par Mercedes Benz (les deux photos ci-dessus).

Et ceux pour deux raisons.

D'abord pour l'esprit de la course qu'imagine
Mercedes et qui pourrait remplacer l'aberrant, car très énergivore et très polluant, actuel Championnat du monde de F1. La marque allemande imagine que "Each team is allocated the same amount of stored energy and it is left to the teams and drivers to manage the variables to win the race. The winner is determined by total elapsed time combined with the energy efficiency factor." J'ai d'ailleurs été toujours été très surpris qu'aucun jeu vidéo ne soit sorti sur ce thème. Seul Nike propose une voiture 100% écolo dans Gran Turismo avec sa Nike One.

L'autre raison, et c'est l'objet de ce
post, c'est évidement cette voile qui apporte "the grace and efficiency of yacht racing", qui tend presque à faire du char à voile une figure possible de l'automobile de demain. On en est pas encore là !! Reste que cette référence voileuse s'inscrit dans un mouvement beaucoup plus large engagé actuellement dans le monde du transport, qu'est celui de la redécouverte des vertus du vent.
Je ne sais pas si dans les années qui viennent ce mouvement va prendre la même ampleur que le retour de l'éolien en matière de production electrique, mais on ne peut que constater la multiplication des projets utilisant la voile comme moteur d'un véhicule.

Il y a un peu plus d'un an, le
New-York Post révélait que les futurs ferries permettant d'accéder à la Statue de la Liberté pourraient fonctionner à l'énergie solaire fournie en partie par une voile d'une nouvelle génération dotée de capteurs.


Cela pouvait apparaître comme relativement anecdotique, mais c'était oublié qu'aujourd'hui, et encore plus demain, le transport maritime de façon très général va devoir remettre en cause ses façons de faire et ses façons d'imaginer les bateaux sous la double contrainte de l'augmentation du prix de l'énergie et du réchauffement climatique.

En effet, et
contrairement à ce que l'on croit trop souvent, le transport maritime est aujourd'hui extrêmement polluant.

Rappellons quelques chiffres :

- Les bateaux assurent
90% du transport du commerce mondial, qui devrait doubler dans les 25 prochaines années.

- La flotte mondiale actuelle (70 000 navires) consomment chaque année 200 millions de
tonnes de fuel, elle devrait en consommer entre 350 et 400 millions en 2020.

-
Les émissions de dioxide de carbone (gaz très néfaste pour le climat) des bateaux sont le double de celles émises par les avions (4% du total mondial, contre 2% pour les avions, soit plus que toute l’Afrique).
Ces émissions de dioxide devraient progresser de
+ 72% d’ici 2020

On comprend dans ces conditions que les efforts engagées par certaines compagnies maritimes, et notamment
Sky Sail avec son kite, soient loin d'être aussi anecdotiques que les images pourraient le laisser croire.


Il semblerait d'ailleurs que l'on soit en train aujourd'hui de franchir une véritable étape dans ce domaine avec la commande que vient de faire l'armateur chinois
Cosco auprès de la société australienne Solar Sailor pour équiper de deux de ses super-tankers de voiles solaires d'un nouveau genre (photo ci-dessous).

Voilà comme le
Sydney Morning Herald du 28 octobre dernier présentait les choses.

"
Solar-powered sails the size of a jumbo jet's wings will be fitted to cargo ships, after a Sydney renewable energy company signed a deal with China's biggest shipping line.
The Chatswood-based Solar Sailor group has designed the sails, which can be retro-fitted to existing tankers.

The aluminium sails, 30 metres long and covered with photovolatic panels, harness the wind to cut fuel costs by between 20 and 40 per cent, and use the sun to meet five per cent of a ship's energy needs.

China's COSCO bulk carrier will fit the wings to a tanker ship and a bulker ship under a memorandum of understanding with the Australian company, which demonstrates the technology on a Sydney Harbour cruise boat.

"It's hard to predict a time line but at some point in the future, I can see all ships using solar sails - it's inevitable", said the company's chief executive, Dr Robert Dane.
"



On laissera le mot de la fin à
Robert Dane, le patron de Solar Sail, qui déclarait récemment :
«Dans 50 ans, quand ils verront des bateaux du XX° siècle, les gens demanderont : mais où sont les voiles ? »

A méditer !!

Et voir
Cela ressemblera à quoi le voyage dans 25 ans ?

Thursday, November 27, 2008

SWIMING POOL CITY




Quand la piscine permet de mieux faire comprendre les conséquences du réchauffement planétaire.
Les deux photos du bas illustrent une campagne réalisée par l'agence Ogilvy & Mather de Mumbaï pour HSBC.

Efficace, et pour aller plus loin voir .

Tuesday, November 25, 2008

I WANT TO BE A PILOT







Juste quelques images sur ces villes africaines, en l'occurrence Kibera au Kenya, que l'on oublie trop souvent en Occident. Le film s'appelle "I Want to Be a Pilot", et ca se dispense de tout commentaire.

C'est aussi un excellent complément à "Johnny Mad Dog".


Saturday, November 22, 2008

QUI EST NOMADE ? CERTAINEMENT PAS VIRILIO


"La sédentarité et le nomadisme ont changé de nature. […] Le sédentaire, c’est celui qui est partout chez lui, avec le portable, l’ordinateur, aussi bien dans l’ascenseur, dans l’avion, que dans le train à grande vitesse. C’est lui le sédentaire. Par contre, le nomade, c’est celui qui n’est nulle part chez lui."

C'est du Paul Virilio et c'est extrait du catalogue de l'exposition Terre Natale, qui a ouvert hier à La Fondation Cartier à Paris.

Voilà le contexte : "Paul Virilio expose la remise en cause du pouvoir de demeurer. L’accélération des mouvements, « la grande mobilisation migratoire », remet en cause la notion même de sédentarité, puisqu’on estime que plus de 200 millions de personnes seront forcées de se déplacer d’ici 2050. Cet exode, sans précédent dans l’histoire humaine, intimement lié à la mondialisation et au changement climatique, rencontre la finitude de l’espace géographique, « la disparition de la grandeur du monde » avec la révolution des transports et des télécommunications. L’exode urbain succédant à l’exode rural, la réurbanisation du monde, ainsi que la nomme Paul Virilio, annonce l’apparition de « l’outre-ville », la ville de l’exil urbain, la ville du départ, à l’instar des gares, des aéroports et des futurs spatioports."

C'est le genre d'analyse a priori extrêmement séduisante, mais c'est aussi, comme toujours chez Virilio, extrêmement frileux face à la modernité et plutôt rempli de jugement de valeurs que de réelles analyses. On sent chez lui une grande trouille devant les nouvelles mutations, et une très forte nostalgie pour le monde d'avant, celui de son enfance, celui de la glaise et de la terre. Il est totalement dépassé par les nouvelles mobilités, par le nomadisme contemporain, par le voyage au long court. Alors il se replie. Tout, pour lui, est menace ; la vitesse, internet, les voyages, les migrations, les images, les flux financiers, les jeux vidéo, les informations ... et maintenant les nouvelles croissances urbaines.

C'est en fin de compte surtout un vieux réac pour qui tout est potentiellement porteur de catastrophe. Ce qui en soit pourrait-être intéressant (voir ), mais il met tellement tout sur un même plan qu'il ne dessine aucune ligne d'horizon autre que catastrophiste. Dans l'expo Terre Natale, il présente de grandes cartes du monde en mélangeant tout et n'importe quoi, les flux gazeux comme les flux humains ou les flux de marchandises. Et pour faire passer le tout, notre Cassandre, nous sort ses nouveaux concepts de la "circulation habitable" de la "météo politique" ou de "l'aéropolitique". Cela lui permet de tout mélanger et de tout associer, de la crise financière à la montée des océans, du réchauffement planétaire à internet. Tout est lié, et tout, bien sur, annonce une grosse cata.

Mais j'ai mieux compris son attitude en lisant un interview dans lequel il expliquait qu'il était "avant tout un enfant de la guerre". Quand il voit un avion, il pense bombardier. Quand il voit un train, il pense déraillement.

Alors face aux mutations qu'il ne comprend pas et n'aime pas - "moi j’ai la nostalgie de l’ampleur du monde, de sa grandeur" dit-il - il tente des grands retournements conceptuels pseudo-philosophiques du genre "le nomade branché est un sédentaire". Sauf que c'est évidement totalement faux, car c'est imaginer que, parce que on est branché via un téléphone ou internet, on est jamais loin de "chez soi." Dire cela, ce n'est ne pas connaître le voyage, les longs déplacements, le lointain, l'exile, les nomades pauvres ...
Il faudrait juste qu'il aille, par exemple, un dimanche soir sous la Tour HSBC à Hong-Kong où se réunissent toutes les femmes philippines qui travaillent chez les riches chinois. Il faudrait juste qu'il leur parle, qu'il essaie de comprendre de que c'est que vivre loin de chez soi même avec internet. Bref il faudrait qu'il cesse de juger le monde de sa Charente-Maritime.

Et puis accessoirement avec son analyse sur le "nomade connecté = sédentaire", Virilio dit tout le contraire de ce qu'il disait depuis plusieurs années.

En effet, notre "philosophe" charentais (comme les pantoufles !!) nous annonçait il y a peu : "Les nouvelles technologies de communication économisent le déplacement. A partir du moment où voyager n’est plus nécessaire, il est à craindre que l’inertie ou le cocooning se développent." Oui, sauf que c'est tout le contraire qui s'est passé. On assiste à une explosion des moyens de communication et à une explosion parallèle des mobilités. Jamais le téléphone n'a réduit la mobilité, et internet ne le fera pas plus. Et jamais non plus internet ne réduira la fracture entre nomade et sédentaire.

Mais cela Virilio l'a toujours pas compris, et s'en fout. Son objet c'est pas le monde, c'est la modernité qu'il n'aime pas. Et donc pour la critiquer, il continue à dire des conneries et à ne voir que des menaces dans tout.


ET L'EXPO EN ELLE-MÊME ?

L'exposition, elle, est plutôt pas mal, surtout grâce à Raymond Depardon qui, lui, est un vrai voyageur qui cherche plutôt à comprendre le monde en le parcourant et en se mettant à son écoute, plutôt qu'à le juger.

Il faut lire ces superbes livres sur le voyage, dont les merveilleux Errance et La solitude heureuse du voyageur.



Dans un entretien publié dans le catalogue de l'expo, Depardon explique : " Ces populations, qui sont amenées à disparaître ou qui vivent seulement un peu en marge de la mondialisation, il fallait peut-être aller les voir pour leur demander ce qu’elles pensaient de leur terre natale. Le film d’interviews les concernant est venu de là.
Mais je voulais aussi montrer le pendant de ce monde-là. Et pour y parvenir, il fallait que je fasse le tour du monde, très rapidement, en une quinzaine de jours, pour voir ce qu’il y a derrière et donner mes impressions personnelles sous la forme d’un journal filmé. Voilà.
"
Et, s'adressant directement à Virillio, il dit "Et je me suis dit que tu allais m’assassiner !"

Tout est dit entre celui qui s'ouvre au monde et celui qui s'y ferme.

PS / Sur ce sujet passionnant des migrations, voir les excellents Atlas des Migrations - Les Routes de l'humanités et Atlas des migrations dans le monde - Réfugiés ou migrants volontaires.

Thursday, November 20, 2008

POURQUOI LES JAPONAIS DOIVENT MANGER JAPONAIS POUR SAUVER LA PLANETE

Quand les Japonais doivent manger japonais pour sauver la planète, cela peut aussi s'appeler Ensuring the Future of Food. C'est une petite merveille d'animation très intelligente sur les nouveaux modes alimentaires et leurs conséquences sur le climat de la planète. En quatre minutes vingt, dans des codes très simples inspirés des Sims, vous comprenez tout, et notamment pourquoi les japonais travaillent sur le développement de l'agriculture en ville.

Seul bémol, le côté nationaliste du film puisque - en gros - le message est "Quand vous mangez Japonais, vous sauvez la planète". Mais bon, pourquoi pas ?

Cette animation est tout le contraire du scandaleux film pro-nucléaire d'Areva (voir ), surtout quand on vient d'apprendre grâce à l'Autorité de Sureté Nucléaire, qu'EDF ne respecte pas ses engagements en terme de sécurité et d'entretiens de ses centrales, entraînant des risques d'explosion (voir ). C'est juste la confirmation qu'il ne faut jamais faire confiance à EDF et à Aréva et, évidement, ne jamais croire leur propagande sur la sécurité des centrales et le fait que le problème des déchets trouvera rapidement une réponse.

Voir, aussi, sur ce sujet, "Et si les nucléocrates jouaient enfin aux jeux vidéo ?"

Tuesday, November 18, 2008

VACANCES A GUANTANAMO

Cuba est une des plus importantes destinations du tourisme sexuel,
Cuba est situé au centre des destinations les plus extrêmes pour Springbreak,
Cuba est la destination ‘illégale’ attirante pour les Américains qui adorent essayer d’y entrer,
Cuba est l’endroit des faux cigares, du faux ruhm et autres marchés noirs,
Cuba est, de nos jours, entouré de pays et d’îles rivalisant en nombres de casinos, et fut l’une des destinations les plus importantes liées aux Jeux d’argent et à l’Alcool dans les années 50, lorsque ces derniers étaient illégaux aux Etats-Unis.

Il semble dès lors insensé d’essayer de nier et effacer cette image liée aux vices et à la prohibition.

Mais la situation politique actuelle de Cuba ne permet plus l’éclosion de marchés qui sont illégaux dans les pays voisins, comme aux Etats-Unis par exemple.

Non seulement les Institutions de l’Armée Américaine, mais aussi le Président-élu Barack Obama, considèrent sérieusement fermer le Centre de Détention de Guantanamo.
Et pour la première fois depuis la création du centre en 2002, l’Armée Américaine parle ouvertement et officiellement de reconversion du site. Certes une fermeture du Centre n’est pas synonyme d’une fermeture de la base navale, mais ouvre le débat sur le futur potentiel de ce site.


Guantanamo, de par ses caractéristiques géo-politiques, est l’endroit parfait pour la co-existence de deux modèles politiques dans un endroit où tous les vices pourraient co-exister simultanément.

A l’échelle du pays, la double destination Santiago-Guantanamo pourrait jouer le rôle de contre-poids économique par rapport à l’autre double destination de l’île, La Havane-Varadero, qui attire la majorité du marché touristique cubain.

Les paysages et la nature de Guantanamo n’ont rien à envier aux autres cartes postales de l’île; la baie de Guantanamo est un lieu totalement scénique.

Mais probablement, un des avantages majeurs de Guantanamo est qu’y sont déjà rassemblées les conditions pour accueillir un tourisme de masse: 3 aéroports internationaux, une infrastructure navale pour bateaux de croisière, une infrastructure routière efficace, un court de golf et plusieurs fast-foods.

Guantanamo possède également un grand potentiel pour de futurs développements territoriaux sur terre ou sur mer, et, aussi, une caractéristique inhérente pour le developpment d’un tourisme ‘militaire’. En effet, on y trouve de nombreux bunkers, des postes de tirs, des camps d’entraînement, des salles de traitement par rayons X, etc. Il est aisé d’y imaginer la creation de musées: Musée des relations Cuba/USA, un musée-mémorial en hommage au Centre de Détention entre autres. Un avantage supplémentaire et non négligeable de la base navale est son autonomie énergétique depuis 1964, quand Castro coupa l’alimentation en électricité et en eau de la base américaine.

Mais, sans aucun doute, l’intérêt principal du développement de la base américaine en destination de tourisme réside dans la combinaison de deux systèmes politiques en un même lieu, générant des cohabitations culturelles inédites.


Mais, en parallèle, l’image négative de l’endroit doit être effacée. Pour ce faire, une stratégie de branding se doit de promouvoir une autre appellation: ‘GITMO’ (surnom donné à la base par les soldats américains).

Le branding de GITMO est chose aisée dans le sens où cette nouvelle destination rassemble les principaux intérêts d’un certain type de touristes américains (excès, vices, ‘illégalités’) combinés à l’image plus ‘typique’ du tourisme à Cuba: plages, révolution, cigares, salsa, prostitution, ruhm, etc.

Plus d'informations sur ce joli projet des joyeux et talentueux allumés de zerOgroup, .

On retrouve là, la démarche décapante menée par Christin et Bilal avec leur livre Le Sarcophage qui visait à transformer Tchernobyl en Musée de l'Avenir.

Monday, November 17, 2008

LA MEILLEURE DÉFINITION DE LA SUBURBIA

Pour faire suite au précédent post sur les banlieues allemandes, je vous propose ces quelques lignes extraites du texte de Bruce Bégout intitulé "Suburbia du monde (urbain) clos à l'univers (suburbain) infini".

C'est probablement la meilleure définition que j'ai jamais trouvé sur la suburbia, tellement elle peut s'appliquer au monde entier, et pas seulement, comme trop souvent, à l'Amérique du nord.
Nous sommes dans la suburbia lorsque nous prenons la voiture pour aller acheter notre pain.

Nous sommes dans la suburbia là où les livreurs de pizzas errent le soir sans fin dans des rues mal éclairées.

Nous sommes dans la suburbia quand tous les bâtiments commencent à ressembler à des stations-services

Nous sommes dans la suburbia lorsque les bretelles d'autoroutes constituent les repères spatiaux habituels.

Nous sommes dans la suburbia si le temps que nous passons à garer notre voiture est inférieur à cinq minutes.

Nous sommes dans la suburbia si, où que nous nous trouvions, notre horizon visuel est rempli de panneaux de signalisation.

Nous sommes dans la suburbia là où les parkings désertés constituent les lieux de sociabilité nocturne.

Nous sommes dans la suburbia si un centre commercial représente un pôle d'attraction hebdomadaire voir quotidien.

Nous sommes dans la suburbia lorsque nous comptons les distances en temps et non en distance parcourue.

Nous sommes dans la suburbia si le sens de la limite ne signifie plus rien.

Nous sommes dans la suburbia lorsque les maisons-témoins des promoteurs immobiliers forment des havres de paix.

Nous sommes dans la suburbia à partir du moment où les quartiers neufs paraissent vieux avant même d'avoir été habités.

Nous sommes dans la suburbia lorsque les piétons apparaissent comme des cibles.

Nous sommes dans la suburbia lorsque l'expression "en ville" ne signifie plus rien.

Nous sommes dans la suburbia à partir du moment où on ne sait plus où aller.

Nous sommes dans la suburbia lorsque les individus disposent de plus d'espace et de moins de temps.

Nous sommes dans la suburbia si nos voisins nous connaissent sans nous fréquenter, et inversement.

Nous sommes dans la suburbia là où les paraboles tournées vers le ciel abondent sur les toits et les balcons des immeubles.

Nous sommes dans la suburbia lorsque le distributeur automatique de vidéo représente le lieu de rencontre habituel du voisinage.

Nous sommes dans la suburbia si le temps passé devant la télévision excède celui passé au travail et dans les transports.

Nous sommes dans la suburbia lorsque les galeries marchandes constituent le lieu favori de promenade dominicale.

Vous pouvez retrouver le texte de Bruce Bégout in extenso dans le très stimulant "J.G Ballard - Hautes altitudes", ouvrage collectif consacré à l'univers du génial auteur anglais.

Sunday, November 16, 2008

BAADER, J.G. BALARD ET LA BANLIEUE DE DUSSELDORF


A l'heure où sort sur les écrans européens le film "La bande à Baader", je viens de tomber sur ces quelques lignes écrites par le toujours décapant J.G Ballard, suite à un séjour en Allemagne.
"Nous cheminons à travers une banlieue infinie et immaculée de maisons pour cadre... il y avait une Mercedes ou une BMW dans chaque allée, des bateaux sur leur remorque, des enfants identiques habillés identiquement ; nous aurions pu être en train d'observer une population de robots remarquablement conçus et placés la afin d'établir un paysage-contexte ! Et cela continuait et continuait sans cesse.

Je me suis soudainement rendu compte que le futur de notre planète n'allait pas ressembler à New-York, Tokyo, Londres ou Moscou, mais plutôt à cette banlieue de Düsseldorf.

Car, voyez-vous, la plupart des membres de la bande à Baader ont grandi dans ces banlieues et j'ai compris alors pourquoi cet espèce de terrorisme a surgi de cette forme de paysage.
Parce que, dans ce monde, la folie est l'unique liberté.
"

Sur l'actualité de J.G Balard, voir l'excellent site Ballardian

Saturday, November 15, 2008

QUAND SHANGHAI DEVIENDRA-T-ELLE TOTALEMENT MODERNE ?

J'ai toujours été étonné par le décalage entre la formidable croissance des villes chinoises et leur quasi absence dans le cinéma d'action. Je me suis souvent fais la remarque que si Tokyo, Hong-Kong, Singapour et Bangkok étaient d'extraordinaires fonds urbains pour le cinéma, Shanghaï, était, elle, quasiment, invisible, alors qu'elle dégage pourtant une énergie digne de celle de New-York.

La seule exception à cette absence fut Code 46, de l'anglais Michael Winterbotton (les photos ci-dessus en sont extraites). Mais, depuis, plus grand chose.

Or, selon moi, ce qui manque aux villes chinoises et notamment à Shanghaï pour devenir véritablement modernes et presque désirables, c'est cette inscription dans la pop culture des films d'actions, des mangas et des jeux vidéo, comme c'est le cas depuis longtemps pour une ville comme Hong-Kong. Mais les autorités chinoises sont-elles prêtes à accepter des tournages de films "déviants" dans leurs villes ? Probablement pas. Et ce n'est pas l'expo Shanghaï 2010 qui changera les choses, celle ci n'étant destinée qu'à présenter le discours aseptisé des édiles du Parti.

Reste donc à espérer que toute une nouvelle génération de réalisateurs de film ou de concepteurs de jeux video s'empare du sujet, et nous fasse rêver sur ces villes chinoises qui, aujourd'hui, manquent terriblement de réalités non officielles et de fictions. Il manque, sans doute, à Shanghaï un film comme Blade Runner qui avait réussi à magnifier Osaka, présenté comme modèle du Los Angeles du futur. Tout d'un coup, cette grosse métropole japonaise, qui n'est pas forcément la plus joyeuse de l'archipel, est devenue terriblement moderne.

D'où, une question; et si Shanghaï n'avait pas besoin d'autre chose que d'une grosse fiction sous forme de film ou de jeux vidéo, pour devenir enfin réel et moderne ? Et si Shanghaï servait de cadre urbain au futur Grand Theft Auto V ? Ou, mieux encore, et si de jeunes chinois nous inventaient un nouveau jeu vidéo avec tous les dessous plus ou moins reluisants des immenses cités dortoirs installées derrières les tours de bureaux Pudong ?
On sortirait alors, enfin, de la fiction totalitaire, pour rentrer dans la vraie ville. C'est, peut-être, juste une question de quelques années.