Saturday, May 09, 2009

ENTRE CRAZY-CAR ET MANGE BITUME



Les dessins ci-dessus font partie des délires géniaux de Steven M. Johnson, un talentueux allumé oscillant entre Jules Vernes et les Monthy Piton.

Je viens de redécouvrir son travail grâce à un excellent post d'Allison Arieff sur son blog By Design titré Searching for Value in Ludicrous Ideas. Elle raconte - et on la comprend assez bien - qu'elle est "enamored with the work of inventor/author/cartoonist/former urban planner Steven M. Johnson, a sort of R. Crumb meets R. Buckminster Fuller. Johnson is a former urban planner, and his work tends toward the nodes where social issues intersect with design and urban planning issues."

Alors évidement Steven M. Johnson nous propose des visions assez délirantes de l'automobile, allant même à l'imaginer comme une véritable maison avec les influences architecturales d'Archigram ou de Hundertwasser. Ces dessins sont le reflet d'une vision automobile très américaine, celle de la voiture toujours plus grande, plus grosse et dans laquelle on doit pouvoir tout faire, y compris donc y cuisiner. C'est cette vision qui a irrigué tout le développement automobile de ces dernières décennies et qui a abouti aux Etats-Unis aux modèles des SUV, et en France à ce slogan "des voitures à vivre" de Renault, dont l'Espace fut le symbôle par excellence.

Cette façon de voir peut porter à sourire aujourd'hui, l'évolution de l'automobile étant complètement à l'opposé de cette tendance, la voiture ayant, en effet, plutôt tendance à se compacter de plus en plus. (voir ). Certains observateurs américains disent même que le grand mérite du rapprochement de Fiat avec Chrysler va être de permettre à ce dernier d'apprendre à faire des petites voitures. (voir sur ce sujet du modèle italien, notre post )

Quand j'ai revu ces dessins, je n'ai pas pu m'empêcher de me remémorer cette BD qui m'avait tant fasciné quand j'étais gamins et qui s'appelait "Les Mange-Bitume" parue en 1974 aux éditions Dargaud, et dont vous trouverez ci-dessous quelques planches, notamment celle du prologue.

L'idée de base est assez simple : au début des années 70, la voiture prend de plus en plus de place dans la vie des hommes qui organisent progressivement leur vie autour de leur automobile. Celle-ci devient toujours plus grande et confortable et se transforme au fil des ans en mega-camping car (dernière planche). La vie de l'humanité s'est totalement nomadisée sur des routes intelligentes. Les voitures prennent peu à peu le pouvoir.




J'ai d'autant plus pensé à cette BD, que Jonshon a lui aussi réfléchi à cette idée des villes noyées par des voitures. Mais à l'inverse de la BD française, il faisait, lui, l'hypothèse que les gens les abandonneraient un jour pour se replier sur les transports en commun (image juste en dessous). Et une fois de plus son talent visionnaire fait merveille, puisqu'il imagine des métros à pédales (pas loin de nos bus à pédales - voir ), voir des tapis roulants mobiles (rappelant cela).



Si toutes ces pistes à la fois joyeusement foutraques, mais en même temps pas totalement absurdes, vous interessent, vous pouvez toujours essayer de vous procurer “What the World Needs Now: A Resource Book for Daydreamers, Frustrated Inventors, Cranks, Efficiency Experts, Utopians, Gadgeteers, Tinkerers, and Just About Everybody Else.”