Thursday, December 31, 2009

MONTEVIDEO


Entre "The War of the Worlds" et "Sky Captain and the World of Tomorrow", ces quelques images extraites de "Ataque de Pánico!" du jeune réalisateur uruguayen Federico Alvarez pour un regard décalé et talentueux sur Montevideo.

Sur le plan stylistique, on retrouve quelques réminiscences de l'excellent D9.

Sur le fond, on peut y voir soit un bel hommage à une certaine SF des années 50 fondée sur la peur des robots, soit l'influence de plus en plus forte de l'image du robot comme un instrument de guerre dans le futur aux côté des drones (voir ). A vous de choisir.

Tuesday, December 29, 2009

COMMENT VENDRE UNE VOITURE AUX 16-23 ANS EN 2030 ?

Le LA Auto Show n'est pas le plus connu des salons automobiles, mais certainement l'un des plus intéressant. Et ce non tant pour les modèles présentés, que par l'organisation chaque année d'un concours de design prospectif dont je vous ai déjà parlé , et qui est toujours l'occasion d'imaginer la mobilité à l'horizon des décennies à venir.

L'édition 2009, qui a eu lieu au début de ce mois, n'a pas dérogé à cette tradition vieille de six ans maintenant, avec un concours intitulé Youthmobile 2030, et dont les attendus - passionnant en cette période de désamour entre la voiture et les jeunes des pays riches - voir, entre autres, et - étaient les suivants.

" The automobile has traditionally played an important role in young people's social lives and has acted a method of self expression. Today, communication technology is changing now we connect, intercat and express ourselves.
How does this change the role of the automobile ?
How will a new generation of drivers age 16-23, raised with cell phones, web cams and online communities emotionally connect to the automobile in 2030 ?
Will this new generation also challenge the conventional automobile awnership model by 2030 ?
"

On retrouve dans ces attendus toutes les questions que nous traitons au sein de Transit-City depuis plusieurs années sur les nouveaux imaginaires automobiles, et notamment à travers cette question toute simple Peut-on penser la voiture sans les jeux vidéo ? (voir les cas Peugeot, Nike, Nissan mais aussi Citroën). Comme nous l'évoquions déjà dans de précédents post, les américains s'inscrivent aujourd'hui - mais avec quelques années de retard - dans la lignée des réflexions engagées par les constructeurs japonais depuis près de 10 ans, comme le montre les réflexions de Toyota synthétisées dans les slides ci-dessous extraits du Carnet Transit-City "Mobility - Et si on était à la fin d'une certaine histoire".


Dans ce contexte de mutations générales sur la mobilité, il n'est donc pas étonnant que les différentes équipes qui ont répondu au concours du LAAutoShow aient proposées des approches totalement conditionnées par la téléphonie et le wi-fi.
L'une des réponses les plus pertinentes est certainement celle des équipe de GM avec leur "The OnStar Car Hero" (images en haut de ce post). Outre les visuels, ce sont surtout les explications que j'ai retenu faisant de la voiture une véritable console de jeu.

"Are you gaming or are you driving?

Yes. The OnStar Car Hero is a vehicle and a game…
it turns driving into gaming and challenges your skills against the car's autonomous system. Imagine a gaming experience which can actually teach a beginner to drive or challenge the experienced… whether you're a lowbie or a legend, Car Hero takes "getting there" to a whole new level.
Getting started is easy. Just enter your destination into the navi app on your smart phone and the car takes care of the rest. It lets you "play along" and try to match the skill level of the system. As you get better, the Car Hero "unlocks" vehicle control to the point where the autonomous system is overridden and you're in complete control.

This is where things get interesting. As the Car Hero gamer demonstrates skill and mastery, the vehicle's "transmorphable" architecture turns up the intensity by creating an increasingly challenging driving experience. Car Hero's configuration rewards your skills by gradually changing from a four, to three, to the ultimate challenge, a single wheeled vehicle. Your talent determines how outrageous it gets and where it lets you go.

Car Hero also features P2P apps like "Friends Drive" where anyone can come along for a digital joyride, think of it as Twitter with wheels. For those bored and stuck in yet another LA Sigalert, "Fantasy Drive" gives you access to insane environments such as running with the bulls in Pamplona or taking on Ken Block in a drift contest… down a black diamond at Mammoth! The experience is up to you. Only question is… Are you up for it?
"

L'autre proposition qui m'a particulièrement marqué est celle de Nissan avec son concept car V2G (Vehicle–to-Grid) (image ci-dessous) et notamment son évolutivé écologique.


Les explications : "In the years leading up to 2030, the electrification of the nation's highways leads to the creation of a new ultra-efficient, high speed network called the 'GRID'.

Nissan's 'ON-GRID' compliant vehicle for the year 2030 is the V2G (Vehicle–to-Grid). Wildly popular with consumers thanks to its low cost, dynamic styling and quality construction, the V2G is the best selling electric vehicle of its time. Nissan's comprehensive and affordable range of GRID access plans (similar to mobile phone plans) have also helped to make V2G the market leader.

In the spirit of LA's legendary automotive counter-culture, creative young minds see untapped potential in the V2G. Taking advantage of the simple and user friendly EV architecture, they quickly hack the V2G, take it 'OFF-GRID' and begin to explore the virtually endless opportunities of this newly created vehicle segment.

The V2G [UNLMTD] is born.
"

Saturday, December 26, 2009

DESERTIFICATION


En ces jours post-Copenhague qui confirment qu'en l'absence de toute véritable catastrophe écologique et/ou d'augmentation très forte du prix du pétrole, rien ne fera véritablement changer les gouvernement en matière modèle de croissance économique, je voulais juste vous proposer cette carte des phénomènes de désertification en cours actuellement dans le monde.

Une désertification qui justifie notre prochain Atelier "Et si demain dans un monde plus chaud et plus sec, les villes arabes devenaient des modèles urbains ?" tant sa croissance actuelle risque d'entraîner dans les années qui viennent de véritables catastrophes humaines et urbaines, y compris dans des coins qui a priori auraient du être épargnés.



Personnellement, l'un de mes premiers chocs en la matière eut lieu il y a trois ans entre le nord du Chili et la Bolivie. Si je savais que dans toute la zone autour de San Pedro de Atacama se pose depuis longtemps déjà des problèmes d'eau potable, je ne m'attendais pas à trouver à La Paz et à El Alto, l'immense banlieue très pauvre qui domine la capitale, une telle situation de catastrophe imminente en matière de ressource aquifère. En effet, avec la disparition progressive des glaciers due au réchauffement climatique (les glaciers à moins de 5 000 mètres d'altitudes devraient tous avoir disparu d'ici 30 ans), c'est toute la région de La Paz qui doit faire face de graves questions d'approvisionnement et ce à une échéance très courte, avec notamment des réservoirs de retenu qui ont de plus en plus de mal à se remplir (photo ci-desssous).


Le NYT a consacré récemment un très bon reportage sur ce sujet sous le titre "In Bolivia, Water and Ice Tell of Climate Change".

Je vous propose ci-dessous deux photos de la station de ski Chacaltaya aujourd'hui fermée par manque de neige, et qui résument mieux que tous les discours la situation dans une partie des Andes aujourd'hui.

Chacaltaya, il y a quelques années.


Chacaltaya, aujourd'hui


Ces images qui associent neige et manque d'eau, mous ramènent d'une certaine façon à la situation chinoise (voir et ), qui devrait elle aussi continuer à s'aggraver dans les années futures - voir La pollution de l’air réduit les “bonnes” pluies en Chine.

Sous d'autres cieux, et notamment en Australie, la sécheresse a parfois des conséquences plus inattendues (voir Poussés par la soif, les dromadaires sauvages envahissent les villes du nord de l'Australie)

Et c'est aussi pour cela que notre Atelier sur les villes arabes parlera du monde entier, y compris de l'Europe (voir la carte ci-dessous dont je vous ai déjà parlé ).

Sunday, December 20, 2009

ET SI LA POLLUTION N'AVAIT JAMAIS ÉTÉ UN VRAI PROBLÈME ?


Question N° 1 :Et si la pollution n'avait jamais été pour Los Angeles un véritable handicap mais, au contraire, la condition même de sa réussite et de son succès ?

Si la question peut paraître plus que provocante, elle n'en n'est pas moins légitime au vu des analyses développées par John Matthew Barlow dans sa critique de "Smogtown: The Lung-Burning History of Pollution in Los Angeles" dans lequel Chip Jacobs et William J. Kelly tentent une histoire de la lutte contre la pollution à L.A.

Pour Barlow cette bataille est totalement illusoire, "smog and air pollution are so embedded in Angeleno culture, it’s impossible to escape them".

(...) "We live in an era where politicians and business people, as well as economists and other academics baldly lie when they tell us that to cut emissions, to accord to Kyoto, would be economic suicide. This is especially true in North America. Meanwhile, we live in a culture that encourages us to buy bigger, to have more stuff. We are products of a culture that has encouraged us to be (post-)modern, to acquire more goods. Indeed, in the wake of the 9/11 attacks, then-President George W. Bush advised Americans that the best thing they could do to show their resilience against the terrorists was to go shopping! " (...)

(...) "On the one hand, it is easy to see why the AQMD parking lot is full of SUVs and the organisation’s former headquarters is now littered with drive-thrus; on the other, however, it is just as easy to see that behaviour such as this is destroying the environment whilst we are trying to save it. Los Angeles is far from the only location where this tension is clear."

"In Canada, (Barlow est canadien) we have a Prime Minister who, despite all evidence to the contrary, continues to tell us that to cut our emissions drastically would be to kill our economy, and has even used the current recession as an excuse to ignore the emissions problems emanating from the Alberta oil sands. " (...)

(...) "Moreover, Los Angeles would never have turned into a Mediterranean city for one simple reason: it is not in the cultural DNA of North Americans to replicate life on the French Riviera. Certainly, other options could have been explored, but they all would’ve fallen short of Athens or Rome." (...)

(...) "At any rate, Jacobs and Kelly remain cynical, despite all the work that has been done in Los Angeles, despite the countless sacrifices of various Angelenos at all levels of society, to ensure a better future. Certainly, as they note, of the 9,600 people who die per year from smog in California, the majority are in Los Angeles. But even that is a massive improvement over the mid-20th century. Moreover, it simply is not the case that the masses have tuned out and refused personal sacrifice."

Ce texte décapant, mais bienvenu pour remettre les choses en place et arrêter de trop s'illusionner sur certaines mutations, est lisible in extenso . Il permet d'expliquer en partie l'échec du Sommet de Copenhague.

Question N° 2 : Et si le réchauffement climatique n'avait jamais été pour les Américains un véritable souci mais, au contraire, la condition même de leur réussite économique ?

Selon un sondage Gallup réalisé en décembre : "Fewer than 4 in 10 Americans (36%) believe that laws designed to reduce global warming will help the economy, while 42% believe those laws will hurt the economy."

"Despite this general support for the U.S.' putting pen to paper in Copenhagen, President Obama faces challenges in agreeing to some of the financial and environmental demands being placed on the U.S. at the conference, given U.S. public concerns about the potential economic impact of climate-change policy.

First and foremost, Americans clearly prefer taking major steps to improve the economy over taking major steps to reduce global warming at this time. Eighty-five percent of national adults choose improving the economy in this trade-off, including 93% of Republicans, 85% of independents, and 78% of Democrats
."


Toutes les infos sur ce sondage, .

Ces analyses et ces chiffres concernent les Etats-Unis, mais seraient bien évidement applicables dans tous les pays du monde.

Saturday, December 19, 2009

LE DRONE PIRATÉ OU LA GUERRE 2.0 ?


Hier lors de l'Atelier Transit-City consacré aux émeutes urbaines, nous avons évoqué l'évolution et la militarisation des polices anti-émeutes dans le monde. Parmi les signes forts de cette évolution, nous nous sommes rapidement arrêtés sur l'utilisation des drones, notamment par la police française, pour surveiller certaines zones urbaines considérées comme dangereuses, et ce à l'image des armées israélienne et américaine (voir sur ce sujet Quand Tsahal s'inspire de Blade Runner)

En France, les premiers tests de drone furent conduits en décembre 2007 au-dessus de Strasbourg puis ensuite, semble-t-il, lors des émeutes de Villiers le Bel et ce à la grande satisfaction de la Direction centrale de la Sécurité publique qui dans un rapport datant de novembre 2008 conseillait que "l’emploi des moyens aériens doit être désormais systématisé quelles que soient les réticences de certaines autorités ou certains élus, la Direction générale de la Police nationale doit l’imposer comme outil d’appui tactique."

Plus récemment Le Figaro révélait dans son édition du 18 octobre dernier que «la police judiciaire parisienne exploite discrètement depuis six mois un minidrone, le Idrone V3, commercialisé par SMP Technologies, la société qui vend le Taser en France.

Deux « pilotes » ont d’ores et déjà été formés. Le Idrone V3 n’a pas encore été engagé dans des opérations, même s’il fait partie des moyens dont dispose la Préfecture de police, dans le cadre de la force d’intervention de la police nationale qui a été créée cet été.
 »


Devant une telle évolution des techniques policières, on ne peut que constater combien certains passages de "Au dela de Blade Runner, Los Angeles et l'imagination du désastre" de Mike Davis s'avèrent aujourd'hui prémonitoire sur la militarisation de l'urbanisme dans certaines grandes métropoles mondiales. "Puisqu'il n'y a aucun espoir de voir les investissements publics augmenter dans le but d'améliorer les conditions sociales, nous sommes obligés de consacrer de plus en plus d'argent public et privé à la sécurité des personnes. La rhétorique des réformes urbaines continue, mais la substance en est vidée "Reconstruire L.A." veut simplement dire consolider le bunker."

Dans "Brève histoire de l'avenir", Jacques Attali pousse la logique jusqu'au bout. "Ces grandes cités ne seront pour l'essentiel que des juxtapositions de maisons précaires, dépourvues de voirie, d'assainissement, de police, d'hôpitaux, cernant quelques quartiers riches transformés en bunkers et protégés par des mercenaires. Des compagnies privées de sécurité, de police, de renseignement concurrenceront les polices nationales dans la surveillance des mouvements. L'ubiquité nomade ouvrira à l'hypersurveillance quand celui qui est connecté laisse trace de son passage."

A la militarisation de l'architecture lié aux menaces terroristes (voir ) s'ajoute donc maintenant un contrôle via les airs, dont d'ailleurs les limites légales n'ont toujours pas encore été définies.

Si on peut légitimement être inquiet à long terme sur cette évolution, et notamment en matière de liberté publique, on peut aussi se rassurer en se disant que chaque système militaire trouve toujours assez rapidement son anti-dote. Et c'est exactement ce qui s'est passé récemment en Irakdes insurgés ont hackés un drone américain de surveillance pour en récupérer les images. L'info a été révelée par le Wall Street Journal sous le titre Insurgents Hack U.S. Drones.

C'est ce qu'on pourrait appeler d'une certaine façon la guerre 2.0, à l'image du web 2.0, c'est à dire fondée sur information partagée et enrichie par tous ... même par l'ennemi
.

Imaginons qu'un jour des hackers détournent les drones de la police pour en prendre le contrôle ... voilà la base d'une histoire dont on aimerait que quelqu'un comme William Gibson s'empare et, évidement, magnifie.


Le gag, si on peut dire, c'est que visiblement ce piratage s'est fait via le logiciel russe SkyGrabber et qui est en vente libre sur internet au prix de 25.95 $, et que le risque que cela se reproduise de nouveau n'est pas totalement écarté. "Senior military and intelligence officials said the U.S. was working to encrypt all of its drone video feeds from Iraq, Afghanistan and Pakistan, but said it wasn't yet clear if the problem had been completely resolved".


"The potential drone vulnerability lies in an unencrypted downlink between the unmanned craft and ground control. The U.S. government has known about the flaw since the U.S. campaign in Bosnia in the 1990s, current and former officials said. But the Pentagon assumed local adversaries wouldn't know how to exploit it, the officials said.

Last December, U.S. military personnel in Iraq discovered copies of Predator drone feeds on a laptop belonging to a Shiite militant, according to a person familiar with reports on the matter. "There was evidence this was not a one-time deal," this person said. The U.S. accuses Iran of providing weapons, money and training to Shiite fighters in Iraq, a charge that Tehran has long denied.

The militants use programs such as SkyGrabber, from Russian company SkySoftware. Andrew Solonikov, one of the software's developers, said he was unaware that his software could be used to intercept drone feeds. "It was developed to intercept music, photos, video, programs and other content that other users download from the Internet -- no military data or other commercial data, only free legal content," he said by email from Russia.

Officials stepped up efforts to prevent insurgents from intercepting video feeds after the July incident. The difficulty, officials said, is that adding encryption to a network that is more than a decade old involves more than placing a new piece of equipment on individual drones. Instead, many components of the network linking the drones to their operators in the U.S., Afghanistan or Pakistan have to be upgraded to handle the changes. Additional concerns remain about the vulnerability of the communications signals to electronic jamming, though there's no evidence that has occurred, said people familiar with reports on the matter.
"

Tout ceci est d'une certaine façon l'application de ce qu'analyse Thomas Rid dans son livre War 2.0 : Irregular Warfare in the Information Age, sans parler de l'excellent "The Scientific Way of Warfare: Order and Chaos on the Battlefields of Modernity"

Sur ce sujet, voir aussi .

Saturday, December 12, 2009

ONE NEW HIGH-SPEED URBANISM ?


A l'occasion de la 2009 Shenzhen & Hong-Kong Bi-City Biennale of urbanisme / Architecture qui vient d'ouvrir, Ou Ning, directeur entre autres de la Shao Foundation, présente une belle réflexion intitulée A City Called Shenzhen sur la croissance ultra-rapide de cette nouvelle megapole du sud chinois.

Une croissance qui a radicalement bouleversé le paysage comme le montrent les photos ci-dessus. (Sur la croissance Shenzhen voir )

Evidement quand on voit ces différents clichés, on ne peut que penser à Dubaï et à sa formidable turbo-croissance que résument mieux que tous les discours les deux photos ci-dessus prises en 1990 et 2003. Toute la question avec la crise actuelle qui touche l'émirat étant de savoir si tout cela ne va pas finir en méga château de sable à l'image de la ville abandonnée dans Wall-E.

Si tel était le cas, on assisterait alors à un nouveau type d'high-speed urbanisme, pas celui de la croissance effrénée, mais au contraire celui de l'hyper décadence accélérée.


Si cette question vous intéresse, vous pouvez toujours jeter un coup d'oeil sur ces deux très stimulants articles, "Will Dubai Join The List Of Fallen Cities ?" et "What To Do With An Unfinished City In The Desert ?"


PS / A l'heure de la débâcle financière de Dubaï, on ne peut que constater le grand silence de celui qui fut l'un des plus brillant analyste - mais aussi souvent apologiste - de cet urbanisme de l'excès, à savoir Rem Koolhaas. Et on comprend mieux pourquoi celui-ci annonce maintenant que son prochain chantier de réflexion sera ... les petits villages suisses. (voir la vidéo , et plus particulièrement les 10 dernières minutes)

Friday, December 11, 2009

ÉMEUTES - ÉLÉMENTS DE RÉFLEXIONS 03


"Où va nous conduire notre aveuglement collectif sur les quartiers sensibles ? Nous sommes au bord du vide et cela ne semble émouvoir personne, en dehors des élus de banlieue fatigués de crier dans l'indifférence. Alors oui, on peut continuer de disserter sur l'identité nationale, sur l'islam, sur le communautarisme. On peut critiquer la votation suisse interdisant la construction de nouveaux minarets et s'inquiéter du mouvement général de crispation des sociétés européennes vis-à-vis des immigrés et de l'islam.

Mais comment ne pas voir que la société française participe tous les jours à un référendum contre les "jeunes à capuche" ? Non pas avec des bulletins glissés dans les urnes. Mais un vote avec nos pieds, dans nos choix d'employeurs, d'élus, de parents, de voisins. Car cette catégorie sociale cristallise, à tort ou à raison, une triple angoisse dans notre société vieillissante : la jeunesse, l'immigration et l'islam. Une génération à laquelle on prête toutes les menaces, parfois contradictoires : du "repli communautaire" au communautarisme conquérant, de l'intégrisme religieux à la boulimie de consommation, de l'absence d'identité au trop-plein identitaire.

Sans se l'avouer, nous avons basculé dans une société de la peur et du rejet vis-à-vis d'une jeunesse perçue comme une nouvelle "classe dangereuse". Nous, collectivement, sans passer par un vote comme les Suisses, mais par nos pratiques, nos attitudes sociales.
"

Ces quelques ligne sont les premières d'un article paru dans Le Monde sous le titre Pourquoi la France n'a pas de leçon à donner à la Suisse sous la plume de Luc Bronner. Rien de nouveau, mais sans doute un nécessaire et très utile rappel des choses.

Voir nos précédents post et .

Thursday, December 10, 2009

ÉMEUTES - ÉLÉMENTS DE RÉFLEXIONS 02


Dans le cadre des Ateliers Transit-City, il y a toujours une période que je trouve passionnante qui est celle de la préparation des Cahiers qui oblige à aller chercher des infos là ou habituellement les autres ne vont pas forcément.

En prévision de notre prochaine réunion sur le thème "Et si nous entrions dans une nouvelle époque d'émeutes urbaines ?", je me suis ainsi penché sur ce qu'avait pu produire un certaine pop-culture sur ce thème.

Il y eut certains succès, comme le fameux "The French Democracy" qui a fait le tour du monde, mais aussi un certain nombre de projets destinés à ne jamais aboutir car trop ambitieux par rapport aux moyens, comme le "Paris Riots - Le jeu officiel des émeutes de Paris".

Le seul jeu sorti sur ce sujet vient des Etats-Unis, Urban Chaos traditionnel first-person shooter côté flic et qui, il faut bien le dire, est une sombre merde qui ne brille ni par son graphisme ni par l'approche du sujet. Les émeutiers qui ont tous la tête de Jason Voorhees avec leur masque de hockey sur glace sont assimilés à des terroristes et votre mission est de "defeat them by whatever means necessary in order to win his city back, capturing gang leaders and rescuing injured civilians along the way".

Le problème est que si cette façon policière de voir les choses est totalement stupide et caricaturale, elle se retrouve dans pas mal de productions grand public et notamment dans celle de l'inénarable Luc Besson qui sous ses allures de "rebel ami des jeunes et de la banlieue" se met toujours du côté des forces de l'ordre et du pouvoir.

Le summum de cette démarche est atteinte notamment par ces deux films Banlieue 13 et sa suite, B13-U, dont je vous ai déjà parlé récemment , mais qui méritent qu'on y revienne.


Le contexte de B13-U est assez simple. On est en 2013 et certains quartiers de la banlieue parisienne entourés de haut mur sont tombés sous la coupe de gangs qui se sont partagés le territoire. L'idée n'est pas inintéressante et reprend celle développée par John Carpenter dans ses deux opus Escape from New York et Escape from L.A., ou dans un jeu comme Mad World, d'une ville volontairement abandonnée à des délinquants par les pouvoirs publics.

Cette idée est d'autant plus intéressante qu'elle prend aujourd'hui une vraie résonance politique avec la multiplication des murs urbains (voir à Rio de Jameiro, ). La dénonciation d'un hyper-apartheid urbain aboutissant à l'effet inverse de celui recherché - il est rare qu'une population stigmatisée ne se révolte pas à un moment ou à un autre - aurait pu être l'axe de B13-U. Malheureusement ce ne fut pas le cas. Et c'est d'autant plus dommage que le récent District 9 a montré avec brio qu'on pouvait faire un excellent film d'actions sur ce sujet de la ségrégation.

L'autre problème est que pour soutenir son film, et à l'image du jeu GTA 4 et de ses dérivés sur les univers urbains un peu interlopes - voir , la production Besson a monté un site destiné à illustrer cette partition du territoire via une carte.


Et cette carte interactive est probablement le summum de tous les clichés vus et entendus sur les banlieues. Les noirs, les arabes, les néo-nazis, les asiatiques qui contrôlent chacun une zone et le trafic qui y lié, sont présentés d'une façon tellement grotesque qu'on se dit dans un premier temps que cela ne peut être que du second degrés. Mais non, c'est juste du Besson qui se veut dénonciateur et qui ne fait que reproduire la pire imagerie raciste développé par certains. (cliquer sur les photos ci-dessous pour lire la façon dont est présenté chaque groupe ethnique.)




Et je vous épargne toute l'histoire du film, celle-ci se résumant à deux gentils flics qui viennent protéger ces populations contre un pouvoir forcément mauvais, le président de la république joué par Philippe Torreton envisageant d'envoyer plusieurs missiles sur ces ghettos pour lutter contre la guerre des gangs !!!! C'est affligeant et terrifiant de connerie, surtout quand on connaît la réalité et plus particulièrement l'attitude de nombreux policiers et leurs contrôles au faciès !!!

Et là je comprends que, lors d'un récent tournage, les équipes de Besson se soient faites caillasser par une partie des jeunes présents - voir . Et je comprends mieux son attachement aux Minimoys, c'est moins dangereux et un peu plus son univers.

Voilà c'était un post un peu énervé, mais parfois cela fait du bien surtout quand on connaît la réalité de ces quartiers - voir .

Et sur ce sujet, vous pouvez aussi lire un petit bouquin qui vient juste de sortir et qui est pas mal du tout : Murs de Wendy Brown publié aux Prairies ordinaires