Tuesday, January 04, 2011

BRINK, ou QUAND LES PAUVRES EMPÊCHENT LES RICHES D'ÊTRE ÉCOLOS


L'avenir pourrait être joyeux, beau et propre, sauf qu'il y a toujours des choses qui font que ...
Prenez, par exemple, le cas de cette belle ville flottante appelée The Arck, l'Arche en français.

Conçue comme une ville parfaitement écolo, avec des ressources renouvelables et aucune pollution, elle était prévue pour abriter 5.000 habitants. Evidement, 5 000 riches, contents de se retrouver entre eux, au-dessus de terres inondées par la montée des océans du fait du réchauffement climatique.

Le problème c'est que des réfugiés climatiques - plus de 50 000 en l'espèce - sont venus s'accoler à cette belle ville pour essayer de vivre comme les riches.

Ne pouvant habiter dans les quartiers centraux, ils se sont installés en périphérie, et notamment dans le terminal de containers et le chantier naval qui se sont peu à peu transformés en bidonvilles.


Mais même en périphérie, tous ces réfugiés ont, du fait de leur nombre, épuisé les ressources de l'Arche (salauds de pauvres !!!), et cette pénurie a évidement déclenché une guerre civile opposant les Forces de l'Arche (les riches) à la Résistance Civile (les pauvres) afin de prendre contrôle des rares ressources vitales restantes. (Voir la démo des combats en vidéo )


Vous l'aurez compris la fable n'est pas forcément d'une grande finesse, mais elle a le mérite d'être claire et de servir de base à Brink, le premier jeu vidéo sur la future lutte des classes qui pourrait naître de l'épuisement des ressources naturelles.

De ce côté là, Brink pourrait être au jeu vidéo ce que furent, au cinéma, des films comme Mad Max ( voir Mad Max comme futur ? ) ou Soleil Vert (voir Back to Soylent Green ? ).


Honnêtement je ne sais pas ce que vaut réellement Brink sur le plan de la jouabilité, de la profondeur de l'intrigue ou de l'intérêt des combats (voir à ce sujet ), mais qu'importe.

Moi ce qui m'a intéressé et amusé en découvrant ce jeu, c'est la capacité qu'ont eu les concepteurs à empiler les figures plus emblématiques des mégapoles actuelles pour développer ce qui pourrait apparaître comme une très belle allégorie sur toutes les menaces pesant sur le développement urbain dans les années qui viennent; inégalités, pauvreté, ségrégation sociale, émeutes urbaines, rareté, épuisement des ressources, réchauffement climatique ...

L'autre risque dénoncé par ce jeu, et qui explique le titre ce post, étant étant évidement que l'écologie devienne un truc de riches privilégiés, et ce au mépris des plus pauvres. C'est pourtant la situation que nous vivons actuellement un peu partout dans le monde.

Tous ces défis urbains et sociaux du XXI° sont symbolisés par trois lieux forts, avec des références plus qu'explicites.


Concernant L'Arche centrale, c'est Dubaï avec une esthétique de base lunaire (voir ) si bien vulgarisée par des gens comme Zaha Hadid (voir ) ou le calamiteux Portzamparc (voir ), capable de construire une soucoupe volante au milieu d'un échangeur routier à Rio de Janeiro. L'avantage avec ces deux archis, c'est qu'ils osent tout !!!


Containers City, est, elle, un mélange, entre autres, des cités dortoirs en containers situées dans les périphéries de Dubaï et des bidonvilles plus ou moins flottants de Manille ou Lagos.


Quand au chantier naval, c'est bien sur une référence aux cimetières de bateaux indiens comme on peut les découvrir dans Outlaw Sea.

Alors, évidement ce genre de dystopie urbaine n'est pas neuve dans le cinéma (voir, entre autre, le très beau Wonderful Day) ou dans la BD (voir Gunnm last order), mais je ne l'avais jamais vu poussé aussi loin, et avec un tel traitement, dans l'univers du video game.

Espérons que Brink soit le déclencheur de toute une nouvelle génération de jeux dans cette veine, tant le ludique et la dystopie peuvent nous aider à penser un peu autrement l'avenir, et notamment celui des villes (voir sur ce sujet, Productive Dystopia et Dystopia Favela)