Tuesday, March 31, 2015

VERS UN URBANISME DE CAMPING CARS ?

Dans son tout récent "Young Old: Urban Utopias of an Aging Society", l'architecte Deane Simpson s'interroge sur la façon dont les modes de vies des seniors américains pourraient influer sur l'urbanisme de demain.

Parmi l'une des pistes qu'il explore plus particulièrement, il y a le néo-nomadisme de cette génération âgée de 60/75 ans, retraitée, indépendante, encore en pleine forme et bien décidée à profiter de toutes les joies de la vie - voir en détail,


Ce néo-nomadisme prend sur le territoire américain, la forme essentiellement de camping-cars, toujours plus gros, toujours plus confortables et qui grâce au net sont devenus de véritables alternatives à la maison traditionnelle. Et ce l'opposé de certains pays, comme l'Australie, qui préfère utiliser des engins plus léger - voir "Camping transformers".


Tout l'intérêt du travail de Deane Simpson est d'avoir essayé de dégager des typologies d'occupation de l'espace par les camping-cars.

Il en distingue de quatre types, divisés en deux grandes catégories :

- l'occupation libre dans le désert
- l'occupation encadrée par des infrastructures prévues - ou non - pour recevoir ces camions-habitation.

Dans le désert

- La première figure est celle du cercle dans le désert, qui rappelle forcément dans sa forme les caravanes de pionniers au XIX° siècle et la fameuse figure du cercle


- La deuxième figure est celle de l'éparpillement plus ou moins structuré, observable notamment lors du regroupement annuel de Quartzsite en Arizona, un espèce de Burning man pour les vieux.

Evidement devant ce genre d'images et surtout ce type d'analyses spatiales, on ne peut pas ne pas penser au très beau travail conduit par une jeune équipe d'étudiants autour de Burning Man et des références urbaines que recèle ce type d'occupation éphémère - voir "Burning Man as Urban Model ?

Le paradoxe étant que si Burning Man se veut ouvertement libertaire et disruptif, c'est pourtant lui qui impose une organisation spatiale beaucoup plus rigoureuse que celle que l'on peut observé à Quartzsite


Dans le tissus urbain

- La première figure de l'occupation en tissus urbain bâti est celle de l'occupation des parkings des centres commerciaux et plus particulièrement des Wall MartUne pratique qu'interdit officiellement le numéro de la distribution mondiale, mais qui a de plus en plus de mal à lutter contre cette réalité qui est devenu un véritable phénomène de société. 

Aujourd'hui, aux Etats-Unis, le parking est devenu un camping, et pas seulement pour les populations pauvres - voir "Meet the american nomads of Wlamart's plentiful parking lots".


A l'opposé de ce camping illégal, la dernière figure étudiée par Deane Simpson est celle très encadrée des ressorts spécialement organisés pour les camping cars et dont le Outdoor Ressort Palm Spring est l'un des plus beaux symboles.

Sur tous ces thèmes il y aurait des milliers de choses à dire, mais on y reviendra plus tard, un post n'ayant pas vocation a être une thèse de géographie.

Mais je retiendrais deux choses :

- d'abord la façon positive avec laquelle est abordée le camping car, et ce à l'opposé de bien des travaux européens et français pour qui le mot de camping car est soit l'équivalent de roms, soit d'envahissement touristique.

- ensuite, et surtout, les pistes passionnantes qu'ouvre cette étude ouvre pour nourrir notre réflexion notamment sur ce que pourrait un VUCA Urbanism à travers les nouveaux liens qui pourraient se développer entre fixe et mobile dans la ville de demainvoir l'image ci-dessous. 


On en reparle très vite.

Friday, March 27, 2015

QUAND DETROIT SERA UNE VILLE CHINOISE

Pour prolonger mes deux derniers posts de politique fiction sur les futurs rapports économiques possibles entre la Chine et les Etats-Unis, je voulais vous proposer une vision d'un Detroit colonisé par les chinois et transformé en Special Administrative Region à l'image de ce qu'est Hong-Kong aujourd'hui - voir "Detroit S.A.R".

Le scénario imaginé par Rania Ghosn et Suo Ya donne à réfléchir.
"In 2015, Detroit S.A.R. was established. The new region implemented looser policies on visa, immigration, investment, and taxation. Chinese manufacturing companies, which produce goods for international brands such as Nike, Apple and Coach, expanded their business overseas. 
Detroit S.A.R. quickly overtook Mainland China in economic growth rates: the American Dragon was born. 
Entire urban blocks were new real estate operations. Road signs were changed into bilingual Chinese and English. Chinese consumers rushed into shopping malls to buy organic food and luxury on sales. Chinese kids were sent to the region’s schools in preparation of their college study in the U.S. The God of Wealth was very satisfied that Detroit S.A.R. was the frontier of world capitalism. (...)
(...) In 2030, the landmarks were relocated. A border wall was built stretching the whole length of 8 Mile Road and wrapping around the city. To the north of the wall, the uprooted landmarks were connected to the wall as anchor stores.
The Great Wall served to maintain the desired distance between Detroit S.A.R. and the suburbs all while housing the mutual dreams of American and Chinese capitalism. Within the Wall, the glittery malls also functioned as border crossing, factories and dormitories for local and foreign workers.
A Homeland Security Subway allowed a most efficient borer crossing between the United States and China.
The manufacturing spaces were exposed to the public of the northern suburbs as the image of a prosperous, spectacular, and transparent Detroit S.A.R. The Investors Brochure© featured photo-essays on the great expectations for the “employee-family” within the Wall.
The Main Wall Street was the best-in-class shopping experience. With on-site production, the aisles are replenished daily - never out of stock!"

Thursday, March 26, 2015

QUAND APPLE PAIERA LES CHINOIS AVEC DE L'AIR NON POLLUÉE

Pour prolonger la réflexion sur l'avenir du capitalisme, des échanges mondiaux et des nouveaux process industriels qui pourraient se mettre en place sous l'influence de la Chine et de marques comme Apple, je voulais vous proposer "Empty" une fiction écrite par Zigeng Wang et lauréate du concours "Fairy Tales 2015". 

Elle est le complément de "Invisible Apple", et montre combien les jeunes générations chinoises sont lucides et sans complaisance sur les conséquences économiques et écologiques du commerce mondiale.

La vision est terrifiante, mais aussi terriblement stimulante sur le plan prospectif. 
"I must admit, EMPTY is a wonder of the time. Without its innovative business model, the air pollution could never have been addressed. EMPTY is by no means only an air company. Its cooperation with manufacturing companies induces win-win results.  
First of all, it is a ship, an OEM factory floating on the high seas—that means it doesn’t need to build a physical factory on land, obey the laws of a certain country, or pay taxes. Its recent deal with Apple is typical. After loading the components and cheap labor force in China, it sailed to the U.S. and assembled the products on the way, thus greatly reducing time and costs.  
Besides, EMPTY helped solve the long-existing issues of deficit and trade between China and the U.S. China had enjoyed a large trade surplus with the U.S., so many products were exported but very few were imported; therefore, the transportation costs of cargo ships increased as they would come back empty.  
My father thought about the air! His idea could solve the trade issue with almost zero cost, and also created a way to address the problem of air pollution. Chinese and foreign media were deeply impressed.  
Air imported from the U.S. got many Chinese people addicted.  
Five years ago, it replaced cash as the form of salary for on-board workers, and the rest was sold on the internet platform of Alibaba.  
My father built the whole sales strategy and system. He put the server on the ship, avoiding about 4 trillion Yuan each year in taxes. 
If the ship was an OEM (Original Equipment Manufacturer) factory when sailing to the U.S., then it is a warehouse of EMPTY air when sailing back. 
People say my father was steering not only a ship, but a mobile Special Economic Zone for the wellbeing of mankind."
Sur l'idée que les bateaux deviennent les usines mobiles du futur, voir :

QUAND APPLE CACHERA SES USINES CHINOISES AUX ÉTATS-UNIS

Apple fait partie de ces entreprises dont on aime les produit, un peu comme Nike, mais dont le système productif installé en Chine s'appuie sur un système hyper-fordiste et quasi néo-esclavagiste pas forcément très reluisant - voir Apple's New Forbiden City

Mais si demain ce système changeait ?

Et si demain les usines ne se retrouvaient plus en Chine, mais installées au-dessus des Apple Store, est-ce que cela changerait grand chose pour les travailleurs chinois produisant des iPhone ?

Pas sur ... 

On retrouverait les mêmes conditions de travail (la chaine), les mêmes conditions de vie (les dortoirs), les mêmes suicides.  

C'est en tout cas l'hypothèse imaginée et illustrée par Zigeng Wang et Tany Liu dans leur fiction politico-architecturale "Invisible Apple" présentée dans le cadre du concours "Fairy Tales 2015". 

Leur vision est glaçante et très très sombre - voir le texte ci-dessous - mais a le grand mérite donner à réfléchir sur la réalité sociale et industrielle qui se cache derrière le succès des grandes marques de la nouvelle économie - voir "Amazon, Facebook : back to the fordism ?"
« I am a security guard in the Apple Store on the ground floor of the Empire State Building. The store usually closes at 10:00 p.m. When the customers are cleared and the store is about to close, I always hear loud noises as if the place is still crowded with people. All the screaming, crying, and quarreling caused me to question my own hearing. I thought I had intermittent auditory hallucinations, but after a thorough checkup at a hospital, my hearing was just as normal as anyone else’s. Since the first day I came here, I have been suffering from these noises, which only occur at closing time, and I fear this moment very much.  
One day I was locked in the store by accident, and those noises came again. I noticed that they came from below the escalator. This is the emergency escalator and is usually locked. Curiosity drove me to push the button, and surprisingly, it opened. I stepped in without realizing it, and felt myself being led to another world. 
The escalator went slowly upward and stopped sometime later. When the door opened, I was shocked by what I saw: there was a tower hidden in the Empire State Building ! 
I witnessed workers alongside the endless assembly line of iPhones; supervisors running around; those who jumped off the tower to commit suicide being caught by a huge net and sent right back to work; and those exhausted to death dragged to the end of the workshop and thrown out of the cave. Dead bodies slipped into the already packed morgue, and butchers chopped and cooked them before serving the meat to the living workers as food.  
The black market for electric products was selling E-trash that came from unknown sources. Above the market was a school with graduates standing in line to pass through the gate of “Unpredictability” in order to work in the factory. A prison stood above the school. Someone in the tower told me the most dangerous criminal was imprisoned there: an architect who tried to open the windows of the building. A monster named “Relief” was rowing a boat in the river, holding a lantern to collect spirits deserted in various cheap hotels and abortion clinics.  
I would have never seen the night clubs and sex shops hidden in the police station if not led by a policeman to the tower. There was a grocery store at the entrance of the police station, and the secret code to enter was “the invisible apple”."
Sur le plan du graphisme, cela renvoie à :

Wednesday, March 25, 2015

POST-FORDISM : VERS LA FIN PROGRAMMÉE D'AMAZON ?

Si déjà aujourd'hui on peut imprimer n'importe quel livre, même totalement épuisé, dans une librairie équipée d'une Espresso Book Machine, en attendant de le faire peut être un jour chez moi, alors on peut se poser plein de questions sur le devenir de l'accès aux livres dans la décennie à venir, dont celles-ci :

- c'est quoi une librairie demain ?
- c'est quoi le métier de libraire dans le futur ?
- c'est une imprimeries en 2030 ?
- c'est quoi le nouveau business de la chaine du livre ? - voir une vidéo, .
- c'est quoi l'avenir pour un distributeur comme Amazon ?

- ou dit autrement :

- et si Amazon, symbole même du fordism le plus rétrograde - voir  pouvait disparaitre avec la banalisation des Espresso Book Machine,  l'un des objets symboles de la troisième révolution industrielle post-fordiste

- et si cette Espresso Book Machine expliquait en partie la volonté d'Amazon de développer de vrais points de vente qui auront vocation à devenir des micro-factories ? 

et si au lieu d'investir dans les drones, Amazon devait plutôt investir dans les EBM ?

- et si demain le premier réseau mondial de librairies était un réseau mondial de micro-imprimeries ? - voir .

Ce post se veut juste la suite questionnante de "Post ou pré-fordism ?" et des réflexions développées dans le cadre de "Et si nos concepts... "

Tuesday, March 24, 2015

DU POST-FORDISM AU PRÉ-FORDISM ?

«Nous vivions dans un monde où il y avait des gens et des entreprises. Maintenant nous sommes dans un monde où les gens peuvent devenir des entreprises en soixante secondes (…)   
Avant la révolution industrielle, les villes étaient des villages dans lesquels chacun était une sorte d'entrepreneur. L'économie de partage nous permet de retrouver cette organisation. Elle va nous débarrasser des grosses chaînes franchisées. Tout pourra être à nouveau petit 
Brian Chesky, fondateur d'Airbnb, lors du Aspens Ideas Festival.
On est pas obligé d'être d'accord avec Brian Chesky, mais son analyse est particulièrement stimulante et rejoint très largement celles développées par Transit-City dans le cadre de son programme Next Factory sur les mutations du capitalisme sous l'influence du net, de l'économie du partage et de l'imprimante 3 D qui, conjugués, pourraient nous ramener à une époque pré-fordiste pour ne pas dire carrément pré-industrielle - voir sur ce sujet "Et si le post-fordism annonçait un certain néo-médiévalisme ?"

La même idée dit en deux schémas simples :

- la révolution industrielle du XIX° a fait sortir du domicile de nombreuses activités, dont le travail et la production, 
- la révolution du net va ramener un certain nombre de ces activités au domicile.

- la révolution industrielle du XIX° a fait des usines et des grosses entreprises le coeur de notre système productif,
- la révolution du net et de la 3D va permettre un nouveau système productif pas forcément centralisé et ouvrant de nouvelles façons de produire et de travailler.

Dans ce cadre tout devient tiers lieux, le garage devient une micro-factory, les bureaux des espaces de loisirs et le piéton une PME ambulante. Et on comprend que nos concepts d'analyses actuels, nés pour la plupart au XIX° siècle avec la révolution industrielle et nourris à une logique fordiste ne soient plus vraiment opérants - .

C'est pour approfondir nos réflexions que nous avons décidé de lancer, toujours dans le cadre de Next Factory , un nouveau chantier "ECONOMY - Du post-fordism au pré-fordism ?"

On y revient dès demain.