Imaginons !
Imaginons que d’ici une quinzaine d’années le monde du sport français décide de faire sa grande révolution.
Imaginons que face aux dérèglements climatiques, les grandes fédérations sportives décident qu'il faut arrêter le bricolage de l'adaptation au climat et réinventer un nouveau récit du sport autour de nouvelles pratiques?
Qu’il faut assigner au sport un nouveau rôle sur une planète en souffrance.
Et que ce nouveau récit s’appelerait le Réensauvagement Défensif Sportif ®.
Un récit du sport qui ne viserait plus à mesurer la seule performance des corps, mais la performance des pratiques qui aideraient préserver le vivant.
Un récit du sport qui disposerait d’une Charte du Réensauvagement Défensif Sportif ®.
Et qui serait soutenu parallèlement par nouvelle institution destinée à soutenir les nouvelles pratiques et qui aurait pour nom l’Institut National du Sport et du Réensauvagement (INSER).
L’INSER ne remplacerait pas l’INSEP.
L'INSEP resterait la maison de la performance sportive traditionnelle - celle des podiums -, alors que l'INSER préparerait aux nouvelles performances sportives du XXI° siècle - celle de la protection du vivant.
Si l'INSEP prépare aux médailles olympiques dans un environnement sportif ultra artificialisé, l'INSR serait son exact miroir subversif : un centre d'excellence dédié à la haute performance physique, scientifique et tactique au service de la sanctuarisation du vivant.
Plutôt qu'un campus ultra-moderne financé par l'État et les partenaires privés, ce serait un bastion de la résilience, implanté dans un milieu sauvage complexe - forêt dense, massif montagneux ou zone humide réensauvagée - choisi précisément pour son inconfort, considéré comme le premier des enseignements.
1. Les infrastructures : des "installations" brutes
À l'INSR, pas de pistes en tartan ni de bassins de 50 mètres chlorés :
. Pistes d'agilité et d'entrave : des parcours du combattant naturels intégrés au relief (éboulis, marécages, enchevêtrements de bois mort, franchissements de rivières sans ponts) pour développer une motricité adaptative extrême.
. Le laboratoire de "Physiologie de l'inconfort" : des zones d'entraînement exposées aux conditions météo brutes (froid, chaleur, humidité, nuit) pour acclimater les athlètes à la dépense énergétique en milieu hostile sans assistance technologique.
. Le pôle "Botanique & génie physique" : des serres de multiplication d'espèces pionnières (ronces, épines, essences locales) et des ateliers de charge lourde pour apprendre à transporter et implanter du vivant à haute cadence.
. Le Centre de récupération low-tech : bains en eau vive glacée, physiothérapie manuelle, nutrition dense issue du glanage et de la culture locale, loin des compléments alimentaires industriels.
2. Le profil des athlètes
L'admission ne se fait pas sur les tests traditionnels des Fédérations (perf, vma,...), mais sur la capacité à allier puissance athlétique et conscience du milieu :
. profils "Extracteurs / Infiltrateurs" (issus du parkour, de l'escalade, de la spéléologie) : capables de franchir n'importe quelle clôture, paroi ou structure industrielle pour accéder aux zones à protéger.
. profils "Endurance / Portage" (issus du trail, de l'aviron, du crossfit) : capables de transporter 30 kg de matériel ou de végétaux sur 50 km de terrain accidenté sans laisser de trace.
. profils "Hydro-Tactiques" (issus de la nage en eau vive, du kayak, de l'apnée) : spécialistes des interventions en milieux aquatiques - libération de cours d'eau, désenclavement de zones humides.
. profils "Sentinelles" : moins spectaculaires, mais essentiels - ce sont eux qui lisent un paysage avant tout le monde, qui remarquent la plante qui a changé de couleur ou l'oiseau qui ne chante plus au bon endroit.
. profils "Tisserands" : chargés de recoudre le lien entre les athlètes de l'INSR et les habitants des territoires où il agit, pour que la haute performance ne devienne jamais une arrogance isolée.
3. Le pôle de recherche
Là où l'INSEP cherche à optimiser des gains de performance grâce à des outils et des équipement de très haut niveau technique, le pôle recherche de l'INSR travaille sur :
. des outils légers, réparables, increvables ;
. des chaussures à empreinte neutre, conçues pour se biodégrader en fin de vie ;
. des protocoles de suivi écologique où chaque athlète devient aussi un capteur humain sur le terrain ;
. une revue interne, "Les Cahiers du Réensauvagement Sportif ®", qui documente moins des performances que des observations : ce qui repousse, ce qui revient, ce qui persiste.
Il y a probablement plein d'autres choses à imaginer, nous n'en sommes qu'au début de nos réflexions.
On vous laisse y réfléchir
