Thursday, January 15, 2026

HORS-CHAMPS (3) : ET SI "CALL OF DUTY" CHANGEAIT NOS FAÇONS DE PENSER LE SPORT ?

Évacuons d'entrée deux banalités :

- Oui, Call of Duty a changé en une vingtaine d'années, la façon de penser la guerre.

- Oui, Call of Duty est un sport puisqu'il appartient à l'univers du e-sport et qu'il est l'objet de nombreuses compétitions.

Mais nous ce qui intéresse actuellement le cadre de la préparation de nos prochaines Rencontres de la prospective sportive ® organisées le 18 mars prochain autour de la question  "Et si la guerre changeait le sport ?", est de savoir si Call of Duty a aussi changé nos façons de penser et de pratiquer le sport.

Dit autrement : l'intégration de Call of Duty (et des jeux de guerre) dans le panthéon du sport provoque-t-elle une mutation ontologique de ce qu'est l'effort humain ?

Tentative de réflexion autour de trois grandes mutations :

1. Le retour du guerrier


Les constats :

- Historiquement, le sport est une sublimation de la violence. 


- Le football est une guerre pour le territoire sans les morts ; l'escrime est un duel d'honneur sans le sang. 


- Le sport a retenu de la guerre deux choses : la confrontation et une gestuelle athlétique.

Avec Call of Duty, on inverse ce processus. 


On ne cache plus la guerre, on la simule ouvertement.


Les enjeux pour demain : 

- Le sport n'est plus une alternative à la guerre, mais son double numérique. 


- On accepte que la "performance" sportive consiste à donner la mort. 


- On passe d'un sport "civilisateur" (qui évacue la violence) à un sport "technique" (qui célèbre l'efficacité de la destruction).


2. L'émergence de l'athlète "synaptique"


Les constats :

- Le sport traditionnel est la célébration du corps biologique (plus vite, plus haut, plus fort). 


- Avec les jeux de guerre, le corps n'est plus l'outil de la performance, il est son interface.


- Le "talent sportif" change de nature: il ne réside plus dans la capacité pulmonaire, mais dans la vitesse de traitement de l'information (VTI). 

Les enjeux pour demain : 

- Si Call of Duty est un sport, alors la limite humaine devient le temps de latence entre l'œil, le cerveau et la main. 


- La suite logique n'est pas l'entraînement physique, mais l'augmentation neurologique. 


- Le e-sport de guerre pousse vers une fusion homme-machine où le "dopage" ne sera plus chimique, mais électronique (implants neuronaux pour gagner des millisecondes).  

- Notons qu'aujourd'hui les grandes instances sportives n'ont aucun cadre réglementaire pour encadrer ces augmentations cognitives.


3. La "sportification" de la guerre 


Les constats :

- Si Call of Duty change le regard sur le sport, il contribue encore un peu plus à transformer la guerre en un événement spectaculaire et "propre"


- Les jeux vidéos transforment l'agression militaire en une simple question de "skill".

Les enjeux pour demain : 

- Le spectateur de sport ne regarde plus un exploit physique, il regarde une exécution tactique. 


- La frontière entre un "opérateur militaire de drone" et un "joueur pro" s'efface. 

Certaines armées recrutent déjà activement dans les compétitions de e-sport, confirmant cette porosité.


- Le sport devient alors une antichambre de la cyberguerre, où l'on recrute les athlètes non pour leur esprit sportif, mais pour leur capacité à rester froids et efficaces dans un environnement de chaos simulé.

 

La souffrance

Si Call of Duty ne change pas le sport, il révèle en tout cas que le mot "sport" n'a plus de définition stable.  

Et que pour penser le sport demain, il va bien falloir accepter que désormais le sport se divise en - au moins - deux familles : 

- les sports qui montrent les corps souffrir

- les sports qui nient les souffrances du corps. 

 "Et si la guerre changeait le sport ?"

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Ce post prolonge :

- Hors-Champs : la chair, le papier et le plastique.

- Hors-Champs (2) : petits soldats vs écran.