Thursday, January 29, 2026

IL Y A DIX ANS, ON PENSAIT ÉCRIRE SUR LE SPORT ... ALORS QUE L'ON ÉCRIVAIT SUR LA GUERRE

Il y a dix ans - en mars 2016 - nous écrivions "Les drones, les robots et les cyborgs comme nouveau temps du sport ?"

Nous pensions alors écrire sur le sport et les nouveaux temps possibles du sport et ce après l'annonce par la World Federation of Future Sport (WFFS) des premiers World Future Sport Games.

Nous cherchions à comprendre comment l'arrivée des drones et des robots pourrait changer le rôle du corps dans les confrontations sportives à venir.

Voilà ce que nous écrivions. 
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Dans "les 6 temps du sport, du corps et de la performance", nous analysons les différentes phases de l'évolution du sport en cinq phases : 

- phase 1 : le sport compétition. 

- phase 2 : le sport libre.

- phase 3 : le sport narcissique.

- phase 4 : le sport augmenté.

- phase 5 : le e-sport.

- phase 6 : le sport revendication.

A chaque phase du sport est associée une certaine représentation du corps :

- phase 1 : le corps athlétique.

- phase 2 : le corps libre.

- phase 3 : le corps narcissique.

- phase 4 : le corps augmenté.

- phase 5 : le corps avatar.

- phase 6 : le corps politique.

Ces six temps du sport, du corps et de la performance ne se succèdent pas les une aux autres, ils coexistent les uns avec les autres. 


Et leur imaginaires s'enrichissent les uns les autres.


On va donc dire que jusque-là les choses étaient assez simples. 


Mais dans les années qui viennent, les choses risquent de changer avec une nouvelle révolution du sport qui va voir s'affronter des corps plus ou moins augmentés à des robots, des corps plus ou moins augmentés contrôlant des robots ou des drones ou des corps plus ou moins augmentés contrôlant des avatars. 


Bref, une grande confusion des genres.


Ce mouvement qui était en train de se dessiner depuis quelques années sous l'influence du e-sport mais aussi des exosquelettes et autres prothèses, va changer notre regard sur le corps et le sport.


C'est d'ailleurs cette évolution qui nous a conduit à nous interroger sur l'émergence d'un néo-olympisme bionique et mécanique avec le Cybathlon.


Aujourd'hui, on passe à une nouvelle étape avec la création à Dubaï de la World Federation of Future Sport (WFFS) et de l'organisation par cette même fédération des premiers World Future Sport Games en décembre 2017.


Les World Future Sports Games comprendront neuf épreuves employant des technologies liées à la robotique et à l’intelligence artificielle : course de voitures sans pilote, football robotique, compétitions de course robotique, course de drones habités, natation robotique, tennis de table robotique, lutte robotique, courses de drones et cybathlon.


Devant un tel programme, on comprend qu’il ne s’agit pas tant pour Dubaï de créer un nouveau sport, que de s’emparer en terme d’image de la mutation du sport sous l’influence de la robotique, de l’intelligence artificielle et de la réalité virtuelle


Dans un deuxième temps, on comprends aussi que Dubaï aimerait profiter des retombées économiques de ces nouvelles technologies qui vont peu à peu irriguer notre vie quotidienne


La question est de s'avoir si, avec cet événement, on bascule dans une énième forme de sport mécanique (au même titre que la Formule 1 ou la moto GP) ou dans une forme de sport radicalement nouvelle ?


L'autre grande question est de savoir si ces nouveaux sports vont modifier nos rapports au corps comme l'on faite les six phases précédentes ?


Et si oui, comment pourrait-on qualifier cette nouvelle phase du sport sur le plan corporel ? le Sport Cyborg ? le Néosport Bionique ? le Sport Phygital ? le Sport Exogène ? le Sport Algorithmique ?


Nous, nous avons décidé de le nommer le Sport Algorithmique ®.


Et dont la définition pourrait être "Le Sport Algorithmique ® est la fusion de l'influx nerveux de l'athlète (réflexes, stress, muscle) avec la puissance de calcul d'un algorithme. 


Dans le Sport Algorithmique ®, l'humain ne délègue pas l'effort, il le projette dans une machine pour atteindre une précision et une vitesse inaccessibles au corps biologique seul."

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En nous relisant dix ans plus tard, on se dit que sur le plan sportif nos analyses n'ont pas trop mal vieilli avec des compétitions comme les Phygital Gammes of he Future qui viennent de se dérouler à Abu Dhabi.

Mais surtout on réalise que nous n'écrivions pas sur le sport... mais sur la guerre du XXI° siècle comme on la voit se dérouler en Ukraine avec le rôle fondamentalement nouveau des drones.

Ce qui frappe dans le parallèle que l'on peut faire entre ce nous appelons le sport algorithmique ® et la guerre moderne, c'est que la frontière entre l'athlète et le soldat ne s'efface pas par la force physique... mais par l'interface.



D'où trois observations sur la façon de penser les corps des athlètes et des soldats :


1° - Le soldat est devenu un athlète algorithmique ®. Le stress, l'influx nerveux et les réflexes du pilote sont projetés dans une machine pour atteindre une létalité qu'un corps biologique seul ne pourrait jamais obtenir.


2° - On est passé du stade au champ de bataille. Historiquement, le sport était une préparation à la guerre (le javelot, le tir à l'arc). Aujourd'hui, c'est l'inverse ! Les technologies du divertissement (les courses de drones, le eSport) sont devenues la laboratoire du combat moderne.


3° - On rentre sans doute dans un nouveau temps commun au sport et à la guerre qui va être celui du corps distanciel ® ou du corps délocalisé ®Ce n'est plus seulement un corps augmenté, c'est un corps dont l'action est déconnectée de sa vulnérabilité physique.


Voir, et si nous devions redéfinir les notions de sport et de guerre ?


On poursuit la réflexion dans un prochain post.


On en reparlera le 18 mars avec "Et si demain, la guerre changeait le sport ?"

Wednesday, January 28, 2026

ET SI NOUS DEVIONS REDÉFINIR LES NOTIONS DE SPORT ET DE GUERRE ?

Un homme en treillis militaire installé sur une plage dans une chaise longue et qui pilote avec ses lunettes FPV un drone... 


L’image est frappante, très frappante.


On dirait presque une affiche de film pour une comédie 


Sauf que cette image n’a rien d’amusant ni de comique.


Cette affiche a une fonction importante pour ne pas dire vitale : celle de recruter de jeunes pilotes de drones pour la 3ème brigade de chars (3rd SAB) des forces armées ukrainiennes !


C’est donc une image de recrutement militaire… dans un pays en guerre !



Alors évidement cette affiche remet beaucoup de choses en cause.


Et notamment nos représentations de ce qu’est un conflit, un militaire et donc la guerre.


Mais aussi d’une certaine façon de ce qu’est un sport.


La conduite de drone est en effet un sport mécanique avec ses grandés compétitions internationales.


Dans nos esprits : 


- La guerre = champ de bataille, front, corps-à-corps, sacrifice physique


- Le sport = compétition réglée, effort corporel, fair-play


Là, on en est très très loin.


- C'est ni très héroïque, 


- Ni très physique.


De la guerre, il ne reste qu’un opérateur technique, décontracté, qui manipule une interface. 


- La violence est délocalisée. 


- Le corps n'est plus en jeu. 


Et c'est là que l'on se dit que les notions de guerre et sport mériteraient sans doute d’être redéfinies pour mieux penser le futur à la fois du sport mais aussi de la guerre.


On poursuit la réflexion dans un prochain post, .



Et on en reparlera beaucoup plus longuement le 18 mars avec "Et si demain, la guerre changeait le sport ?"

Tuesday, January 27, 2026

C'EST QUOI DEMAIN, LES SPORTS D'HIVER ?

Pendant que certains sont payés par Nike pour jouer au foot dans la neige, d'autres livrent en vélo des repas chauds dans un froid glacial.

Quand la couverture du New Yorker de cette semaine offre une formidable lecture sociale de ce que l’on pourrait être tentés de nommer les "sports d'hiver" du futur.

Quand ce qui est pour certains un loisir, devient une nécessité économique pour d'autres.

Quand le froid glacial devient une des réalités du nouveau sous-prolétariat du XXI° siècle.

Fracture sportive. 

Fracture climatique.

Fracture économique

Fracture sociale.

C'est quoi réfléchir aujourd'hui à ce qu'on appellera peut-être demain les sports d'hiver ?

Monday, January 26, 2026

ANECDOTIQUE... MAIS RÉVÉLATEUR ?

Il y a quelques jours, l'Inter de Milan a joué un match de foot sur un terrain enneigé et en partie occupé par des rochers et un arbre. Ce match était destiné à marquer de façon symbolique le fait que son quatrième maillot serait désormais brandé ACG, la filalie outdoor de Nike - détail, .

En soi, ce n'est qu'un coup marketing de plus dont on n'aurait franchement pas dû parler ici.

Alors pourquoi le faire ?

Car cela s'inscrit dans le cadre de nos réflexions sur les nouveaux imaginaires climatiques et sportifs dont notre dernier post témoignait sous le titre et si la guerre et le sport passaient du chaud au froid ?

Dans ce post nous posions l'hypothèse que le sport de demain pourrait notamment se partager (mais pas que...) en deux grands camps ayant chacun leurs codes et leurs imaginaires : le camp du chaud et le camp du froid.

En délaissant son stade de San Siro pour un terrain enneigé dans les Alpes, l'Inter semble illustrer parfaitement ce basculement de l'imaginaire sportif d'une esthétique de performance associé au confort et à la chaleur vers une esthétique de résistance et de résilience au froid.


On retrouve dans cette collaboration ACG/Inter quelques points de nos analyses :

- L'imagerie "héroïque" : le décor sauvage remplace le confort urbain par une esthétique montagnarde.

- La mutation technique : Nike incarne avec ACG ces équipementiers qui ont compris que l'adaptabilité et la performance "brute" en milieu hostile était une valeur en hausse depuis quelques années.

- Le paradoxe climatique : organiser un match sur neige en plein Piedmont souligne cette "nostalgie du froid" que l'on cultive artificiellement alors que le monde se réchauffe.


Ici l'Inter et ACG ne jouent donc plus seulement au foot, ils s'inscrivent dans ce qui pourrait devenir une nouvelle guerre culturelle où la noblesse sportive se mesurerait à la capacité de survivre — avec style — au froid glacial.


Voir : et si le désir d'outdoor supprimait les stades ?

Friday, January 23, 2026

ET SI LA GUERRE ET LE SPORT PASSAIENT DU CHAUD AU FROID ?

Nous changeons de contextes.

Nous changeons de contexte climatique, géopolitique et guerrier.

Et ces changements de contextes pourraient entrainer une importante mutation des imaginaires sportifs.


Les faits d'abord

Depuis plusieurs décennies les grands conflits se sont essentiellement passés dans des zones chaudes. 

Après l'Asie du Sud-est dans les années 70, ce furent le Moyen Orient et l'Afrique qui concentrèrent les principaux conflits.

Longtemps, la guerre fut et est encore globalement associée dans l'esprit des Occidentaux, à la pauvreté, à la chaleur et désert.

C'est en train de changer et ce de façon assez radicale.

Ça a commencé en 2022 avec l'Ukraine.

La guerre est redevenue associée au froid et à la boue 

Et ce basculement s'accélère aujourd'hui avec les menaces de conflits autour de l'Arctique et les prétentions américaines, russes et chinoises dans cette zone. 

Le Groenland est en train de remplacé le Sahara.

Et on sait que l'imaginaire sportif a toujours entretenu un lien étroit avec l'imaginaire guerrier et géopolitique. 

On peut donc imaginer que si les armées basculent de l'Afrique à l'Arctique, le sport suivra ce mouvement avec une décennie de décalage. 

Voilà comment on peut imaginer que ce basculement climatiques des militaires transforment radicalement les imaginaires climatiques des sportifs et donc les pratiques sportives dans les deux décennies qui viennent.

Depuis vingt ans, les trail et les ultramarathons dans des contextes chauds et désertiques incarnent un certain idéal sportif occidental. 

Cette esthétique reflétait parfaitement la guerre asymétrique en zones arides.

Le basculement vers le froid pourrait marginaliser ces pratiques au profit de disciplines hivernales d'endurance : ski de fond, trail hivernal, courses en raquettes. 

L'imagerie heroïque se déplacera du corps trempé de sueur sous le soleil au corps luttant contre le gel et la neige.

Le biathlon, le ski-alpinisme, le ski de randonnée nordique, voire des pratiques extrêmes comme les traversées polaires à ski pourraient passer du statut de niches confidentielles à celui de nouvelles disciplines de référence pour mesurer l'endurance et la résilience.

Retour de la rusticité.

On pourrait aussi assister à une réhabilitation de l'endurance "brute" contre la performance "connectée"

Si les armées redécouvrent que le "low-tech" l'emporte sur le "high-tech" dans le froid (batteries mortes, électronique gelée), le sport pourrait connaître un mouvement similaire. 

On assisterait à une valorisation des pratiques rustiques, sans technologie ; courses hivernales "déconnectées" (sans montre GPS, sans assistance électronique), défis de survie en milieu froid (bivouac hivernal, construction d'igloos)

On pourrait assister alors à une fracture générationnelle : les "digital natives" des sports chauds contre les "nordic natives" des sports glacés.

Militarisation des compétitions.

On pourrait voir émerger des compétitions hybrides mêlant sport et simulation militaire arctique : courses d'obstacles dans la neige avec épreuves de franchissement de rivières glacées, transport de charges lourdes dans des conditions de blizzard, épreuves de tir en conditions de gel extrême.

Ces événements, déjà embryonnaires (certaines courses "Spartan" ou "Tough Mudder" ont des versions hivernales), pourraient devenir mainstream si l'imaginaire collectif glorifie à nouveau le soldat arctique plutôt que le soldat désertique.

Mutation des équipementiers

Les marques de sport devront s'adapter. Les géants du running tropical (Hoka, On, etc.) devront développer des gammes hivernales crédibles ou risquer la marginalisation. À l'inverse, des marques scandinaves spécialisées (Craft, Haglöfs) pourraient devenir dominantes.

Les équipementiers militaires (Arc'teryx LEAF, 5.11 Tactical) pourraient franchir massivement la frontière vers le sport civil, apportant leur expertise arctique.


Mais…

Mais évidement tout cela se passerait dans un monde de plus en plus chaud. 

On vivrait alors un vrai paradoxe climatique : des sportifs qui s'entraînent au froid dans un monde qui se réchauffe !!

Ce paradoxe pourrait créer une fracture :

- Un sport "réaliste" qui s'adapte au réchauffement (moins de neige, sports de transition)

- Un sport "nostalgique" qui cultive artificiellement les conditions froides (chambres cryogéniques, entraînements en Alaska) comme affirmation idéologique.

On aurait alors possiblement une explosion des offres commerciales pour les sports polaires. 

Les courses au Groenland, les stages d'entraînement en Laponie, les camps de ski de fond dans le Grand nord canadien se banaliseraient peu à peu et deviendraient accessibles à une classe moyenne sportive, créant un nouveau marché du "sport extrême nordique".

Vers une bipolarisation climato-sportive ?

Dans la décennie à venir, on pourrait donc assister à une véritable guerre culturelle sportive entre deux imaginaires :

- Le camp chaud : technologie, optimisation, individualisme, déserts et tropiques, esthétique colorée et connectée

- Le camp froid : rusticité, endurance, collectif, Arctique et toundra, esthétique militaire et déconnectée


On en reparle le 18 mars avec "Et si demain, la guerre changeait le sport ?"