Showing posts with label Ruptures Littéraires ®. Show all posts
Showing posts with label Ruptures Littéraires ®. Show all posts

Wednesday, October 28, 2026

SPORT-AS-PROTOCOL URBANISM ® - UN ROMAN ?

Ce post prolonge très directement 
__________________________

- Si un jour nous décidions d'écrire un livre sur le Sport-as-Protocol Urbanisme ®  nous l'écririons pour en faire le troisième livre d'une trilogie qui poursuivrait "Delirious New York" de Rem Koolhaas et le "The Power Broker" de Robert Caro.


- Si Koolhaas a écrit le manifeste architectural et Caro la biographie du pouvoir, notre livre serait lui plutôt un fresque chorale des usages, le grand roman-documentaire de la ville en mouvement.


- Notre livre aurait l'ambition d'être un grand roman de ce que nous pourrions nommer la Protocol City.


- Sur le plan stylistique, nous nous inspirerions du travail de John Dos Passos et plus particulièrement de Manhattan Transfer et sa trilogie USA (42e Parallèle, 1919, The Big Money)

- Dans ses deux oeuvres, John Dos Passos invente une forme littéraire totale pour rendre compte de l'émergence de la métropole moderne : le montage, le choral, la juxtaposition de voix anonymes, d'actualités brutes, d'autobiographie et de portraits d'acteurs clés.


- Notre roman "Protocol City" ne serait donc pas un récit linéaire mais croiserait les quatre dispositifs narratifs utilisés par Dos Passos

- The Camera Eye / L’œil de la caméra.

. Dans le livre : des séquences à la première personne, immersives, sensorielles, hyper-précises, datées à la minute. Chez Dos Passos, c’est le monologue de l’auteur. Ici, ce serait le flux d’un corps en mouvement.


. Ce qu’on y lirait : le souffle d’un traceur suspendu au 4ᵉ étage d’une barre d’immeuble du Bronx ; l’éblouissement d’une coureuse sur le pont Verrazzano sous la pluie à 6 h du matin ; le crissement des roues d’un skateboard sur le granit d’une plaza de Midtown.


. L’effet : rendre la sensation physique du sol, de la matière, du vide et du rythme urbain.

- Newsreel / Actualités.

. Dans le livre : des collages bruts de documents actuels, sans commentaire.


. Ce qu’on y lirait : délibérations d’un Community Board sur le skate ; logs Strava ; notifications de segment battu ; posts d’habitants agacés par les runners nocturnes ; plaques d’usage de POPS ; règlements d’accès aux parcs ; conditions d’utilisation d’applications de sport ; avis d’assureurs.


. L’effet : montrer comment le protocole s’écrit dans le bruit de fond institutionnel, technologique et médiatique du présent.

- Biographies / Portraits.

. Dans le livre : des biographies de trois pages, sèches et ironiques, non pas de héros classiques mais d’« architectes de l’ombre » du protocole. Pour les personnes vivantes, uniquement des faits publics, ou des figures composites assumées.


. Les figures : un responsable du Parks Department ; un dirigeant de la Central Park Conservancy ; un promoteur propriétaire d’une plaza « publique » ; l’ingénieur anonyme de la plateforme sportive, qui transforme chaque foulée en point de donnée ; le directeur d’une course à sponsor titre ; le gardien d’école municipale qui décide un soir d’été de ne pas fermer la grille à clé.


. L’effet : montrer que le protocole est écrit par des gens ordinaires et contingents, pas par une fatalité abstraite.

- The Narratives / Les récits croisés.

. Dans le livre : le suivi en parallèle de quatre ou cinq destins qui ne se croisent jamais physiquement, mais habitent la même infrastructure protocolaire.


. Les voix : la livreuse à vélo qui utilise la rue comme usine ; la retraitée qui compte les bancs entre chez elle et la pharmacie ; l’ado du Bronx qui danse devant la vitre réfléchissante d’un musée ; la marathonienne du dimanche ; le trader qui chasse un segment Strava comme un indice ; l’employée du Parks Department qui instruit les permis ; le juriste d’assurance dont une clause décide de la fermeture d’une cour ; le data scientist qui vend la carte de chaleur à la ville et découvre ce qu’elle ne montre pas.


. L’effet : faire éprouver comment un même système est vécu, subi ou contourné par des individus qui ne se croisent jamais.


- Pourquoi ce choix d'un roman choral ?

- Chez Dos Passos, la ville n’a pas de personnage principal : elle est le personnage principal, fabriquée par la somme d’infinies trajectoires individuelles. 


- Appliqué au Sport-as-Protocol Urbanisme ®, le roman choral fait mieux comprendre la thèse : la ville sportive du XXIᵉ siècle n’est plus l’œuvre d’un démiurge (Robert Moses) ou le théâtre d’un seul bâtiment mythique (le Downtown Athletic Club de Koolhaas), mais un assemblage d’interfaces, de flux, de données et de micro-décisions collectives. 


- Le sport n’a plus besoin d’infrastructures dédiées pour s'exprimer. 


- Il a colonisé le quotidien car il est devenu un mode de vie urbain. 


- Le protocole n’a pas de héros, et le roman choral est la seule forme qui permette de raconter un système sans le personnifier.


- La structure du récit : une journée, de 5 h à 5 h

- Notre roman Protocol City se déroulerait sur seule journée découpée par l’heure, et avec une quinzaine de personnages. 


- Chaque heure ouvrirait ou fermerait des seuils : ouverture d’un parc, fin d’un créneau de permis, fermeture d’une cour d’école, pic de livraisons, fermeture d’une plaza privée. 


- L’heure est la matière du récit, car elle permet d’illustrer l’idée que le temps est devenu plus important que l'espace. 


- Pourquoi New York peut illustrer les liens entre urbanisme, capitalisme et nouvelles pratiques sportives ?

- Car New-York ville fournit des cas réels, que le roman peut rendre vivant et concret sans les caricaturer.

- POPS (privately owned public spaces) : depuis 1961, les promoteurs obtiennent le droit de construire plus haut en échange de «places publiques» dont les règles d’usage sont affichées sur une plaque. C’est un protocole privé déguisé en espace commun.


- Central Park et sa Conservancy : la qualité de l’espace public dépend de la richesse du quartier.


- Brooklyn Bridge Park : son entretien est adossé à des programmes de logements de luxe.


- Citi Bike : le droit de rouler sponsorisé par une banque.


- Les livreurs à vélo : ils bougent toute la journée pour le compte de plateformes, sans que cela soit jamais appelé du sport. La fondamentale injustice entre mouvement choisi et mouvement contraint - là.


- Une question


- En poussant la méthode de Dos Passos jusqu’au bout, notre roman Protocol City ne raconterait pas seulement la ville telle qu'elle s'exécute aujourd'hui sous nos yeux, mais la façon dont elle s'imprime déjà dans nos corps. 


- Si la modernité du XXᵉ siècle s’est construite dans le béton et le moteur, celle du XXIᵉ siècle s'écrit désormais dans la friction entre la donnée, le mouvement, le sport et le droit d'usage. 


- D'ou une question : en documentant ce système où le corps devient l'ultime acteur de la cité, notre récit ne serait-il qu'une illustration de la situation actuelle ou pourrait-il poser les fondations d'un manifeste pour penser la ville autour des innombrables variantes du sport ?


On vous laisse y réfléchir.

Friday, October 09, 2026

6 LIVRES POUR PRÉPARER L'ÉTÉ 2027

- The Dry de Jane Harper : Une ville au borrd de l’explosion dans la brousse australienne sous une sécheresse impitoyable et une chaleur accablante.


- Heat de Joyce Carol Oates : Quand les étés lourds, moites et suffocants réveillent toutes les tensions dans les petites villes de la côte est américaine.


- Dust d’Yvonne Adhiambo Owuor : Quand la chaleur, la poussière et le climat aride font ressortir les plus sombres secrets d’un district au nord du Kenya.


- Water Knife de Paolo Bacigalupi : Le fleuve Colorado à sec, un homme de main engagé par la régie des eaux de Las Vegas pour saboter les infrastructures des états voisins et couper le robinet aux populations rivales.


- Dry de Neal et Jarrod Shusterman : En Californie aujourd'hui, survient le tap-out (les robinets cessent brusquement de couler). La panique gagne les villes.


- Not a Drop to Drink de Mindy McGinnis : Une femme vit dans une ferme isolée près d'un étang d'eau douce, l'une des très rares sources d'eau potable non polluées de la région.

Tuesday, September 29, 2026

ET SI ON PENSAIT LE CORPS SOUS LE PRISME DE LA LITTÉRATURE NIGÉRIANE ?

Et si on s’intéressait un peu plus aux pays chauds et pauvres (3)

__________________________________________


Et si dans un monde plus chaud, plus inégalitaire et plus violent, c'était au Nigeria et plus particulièrement à Lagos que s'inventait une partie des futurs du sport ? 


C'est la question à laquelle nous avons tenté de répondre avec Et si on regardait un peu plus ce qui se passe à Lagos ?


Mais il nous fallait élargir le prisme de notre réflexion.


Nous avons voulu le faire par le biais de la littérature nigériane qui apporte forcément d'autres réponses, à la fois plus riches et plus oniriques.


Si l'on lit les romans d'Eloghosa Osunde (Vagabonds!), de Ben Okri (La Route de la faim), d'Akwaeke Emezi (Eau douce) ou de Chigozie Obioma (Les Pêcheurs), on s'oblige à penser autrement.


On s'oblige à penser autrement notre futur et nos façons de faire bouger nos corps.


Voici pourquoi et comment :


- La performance dans le chaos et la moiteur


Le sport occidental s'est développé dans des environnements hyper-contrôlés : gymnases climatisés, pistes en polyuréthane parfaites, données métaboliques en temps réel. 


Dans un monde déréglé et inégalitaire, ces infrastructures deviennent des privilèges réservés à une ultra-élite.


- Avec Vagabonds!, roman polyphonique où les «vagabonds» désignent toutes les personnes rejetées par la société conservatrice (queer, pauvres, esprits, femmes insoumises), Osunde décrit Lagos comme un monstre de chaleur, de poussière, d'inondations et de moiteur, régi par Tata, un esprit personnifié. 


Osunde montre des corps marginalisés qui se réinventent, disparaissent, se dédoublent ou fusionnent avec les éléments urbains. Les corps ne s'arrêtent pas de danser, de courir ou de lutter. 

- Comment ça peut aider à penser le sport de demain ? 

- La littérature nigériane enseigne ce que nous serions tentés d'appeler le Sport-Transe ®, un concept qui mériterait d'être creusé au vu de l'importance pris par la danse aujourd'hui - là 

- La pratique physique n'attend pas les conditions idéales. 

- Elle se réapproprie la rue, l'ombre des ponts, la nuit, la boue. 

- Le sport cesse d'être une activité de loisir pour redevenir un système de survie, d'exutoire et de résistance politique.

- Le « corps-polyphonique » ou tirer la force de l'invisible - l'anti-data.


Dans un monde où les ressources s'épuisent et où l'accès à la nutrition de pointe ou à la technologie médicale sera réservé aux plus riches, sur quoi reposera la force physique de la majorité ?


Dans la cosmologie nigériane, un corps pauvre ou vulnérable en apparence peut abriter une force colossale s'il est connecté à ses ancêtres, aux esprits ou à la communauté. 


La puissance ne vient pas du nombre des protéines ingérées, mais de la résonance.


- Dans La Route de la faim, le petit bijou de «réalisme animiste» de Ben Okri, le jeune Azaro est un abiku, un enfant-esprit bloqué dans un cycle perpétuel de naissances, de morts et de réincarnations. Il choisit de rester chez les vivants pour consoler sa mère, mais son corps garde les yeux ouverts sur le monde invisible. Il devient une passerelle : tout en subissant la famine, la pauvreté et la violence politique de Lagos, son corps perçoit simultanément les rois-esprits et les monstres.


- Dans Eau douce d'Akwaeke Emezi, la vie de l'héroïne Ada est habitée dès sa naissance par des esprits Ogbanje . C'est un roman qui permet de comprendre la réincarnation non pas comme une succession temporelle (« une vie après l'autre »), mais comme la présence simultanée de plusieurs divinités et dimensions dans une même enveloppe charnelle.

- Comment ça peut aider à penser le sport de demain ? 
- Face aux technologies sportives individuelles (smartwatches, rings connectés, cryothérapie), cette littérature nous réapprend la puissance somatique collective et le corps pluralisé. 
- La performance ne repose plus sur la mesure des données individuelles, mais sur la synchronicité du groupe comme dans la transe, les danses rituelles, ou les sports de rue.
- L'énergie n'est plus extraite du corps jusqu'à l'épuisement ; elle est invoquée et partagée. 
- C'est l'anti-individualisme sportif : on court ou on lutte porté par la mémoire et le rythme des autres.

- Le corps comme arme d'esquive et d'incarnation face à la violence


Dans un monde plus violent et inégalitaire, le corps des démunis est la première cible (répression, milices, privation de ressources). La littérature nigériane est hantée par la manière dont la chair doit s'adapter pour ne pas être brisée.


- Chez Ben Okri, les personnages traversent des émeutes, des famines et des guerres politiques. Leurs corps apprennent la fluidité absolue : ils se font invisibles, esquivent, se dédoublent, se glissent dans les failles pour échapper à la destruction.


- Dans Les Pêcheurs d'Obioma, quatre frères pêchant près d'une rivière interdite à Akure croisent un fou qui prophétise que l'aîné sera tué par l'un des siens. 


Obioma y montre comment la mémoire ancestrale, la croyance et la peur s'infiltrent biologiquement dans la chair des personnages jusqu'à déclencher la paranoïa, la déchéance physique et la métamorphose. 


Le spirituel et le psychique s'incarnent directement dans la matière musculaire et biologique.

- Comment ça peut aider à penser le sport de demain ?   
- On assiste à la naissance d'un sport de l'esquive et du marronnage à l'image de la Capoeira née de l'esclavage, mais réinventée pour le XXIe siècle. 
- Ce ne sera plus le sport de la confrontation directe, mais un sport de la feinte, de l'agilité, de la métamorphose et de la fuite créative comme le parkour urbain sauvage.


Les futurs du sport ne s'écriront pas seulement dans les labos des équipementiers ou dans ceux de la big pharma, mais aussi beaucoup dans la poussière, la violence, la précarité et le rythme des mégapoles des pays chauds et pauvres.


Puisse-t-on ne pas l'oublier quand on prétend faire de la prospective.