Wednesday, October 14, 2026

ET SI LE SPORT SERVAIT À FINANCER LA RESTAURATION ÉCOLOGIQUE ?

Depuis le Brexit, l’Angleterre vit une transformation silencieuse mais profonde de son modèle agricole. 


Plutôt que de rémunérer les paysans à la surface de leurs terres ou au volume produit, le gouvernement britannique a fait le pari de subventionner l’action écologique : plantation de haies, restauration d’étangs comblés, création de bandes de fleurs sauvages pour les pollinisateurs ou réhabilitation du lit naturel des rivières. 


L'un des enseignements marquants de la réforme anglaise réside dans le retrait volontaire des terres les moins rentables de la production intensive. 


Des zones agricoles en pente ou difficiles d'accès sont ainsi converties en clairières sauvages, offrant des bénéfices à long terme sur la régénération des sols et la résilience globale des fermes.


Ce principe, résumé sous la formule «argent public pour le bien public», remplace la recherche de productivité pure par la valorisation des services rendus à l'environnement.


Et si le monde du sport s'inspirait de cette rupture systémique ? 


Alors que le secteur sportif cherche sa place face à la crise climatique et à l'érosion de la biodiversité, transposer ce modèle ouvrirait de nouvelles perspectives pour les financements publics et privés.


Du nombre de licenciés à l'impact écologique et territorial ?


Aujourd'hui, le financement du sport amateur et professionnel repose encore très largement sur une logique de volume : le nombre de licenciés, la catégorie dans laquelle évolue une équipe ou la capacité à remplir des stades.


Une transposition du modèle environnemental britannique consisterait à faire évoluer les critères d'attribution des subventions publiques. 


Un club de football, une base nautique ou une association de course à pied ne recevraient plus uniquement des aides en fonction de leurs effectifs, mais en fonction de leur contribution directe à la régénération de leur environnement local :

- Un rôle d'éco-gardes pour les sports de plein air : les clubs de trail, de VTT, d'escalade ou de kayak deviendraient des gestionnaires actifs des milieux naturels qu'ils arpentent, rémunérés pour l'entretien des sentiers, la lutte contre l'érosion des sols et la sensibilisation des pratiquants.


- La renaturalisation des infrastructures : les équipements sportifs, souvent très minéralisés ou énergivores, pourraient conditionner leurs soutiens publics à des programmes de débétonisation, de végétalisation des abords ou de gestion raisonnée des eaux de pluie.

Le modèle britannique mise également sur des engagements de longue durée - de 20 à 30 ans - cofinancés par l'État et le secteur privé, notamment par le biais de la compensation environnementale d'acteurs industriels ou immobiliers.


Appliquée au sport, cette approche permettrait de lier développement sportif et aménagement durable des territoires. 


Un promoteur ou une entreprise souhaitant s'implanter durablement dans une région pourrait financer sur plusieurs décennies des parcours sportifs de santé en accès libre, intégrés dans des corridors écologiques ou des zones humides réhabilitées. 


Le sport deviendrait ainsi le vecteur privilégié d'une finance à impact environnemental et social.


On pourrait appeler cela "The Atletic Finance Yield ®"


Oui évidement c'est très ambitieux et aujourd'hui pas très réaliste vu le niveau des fédérations, du CNOSF et du ministère par rapport aux questions climatiques.


Mais très vite, le monde institutionnel sportif n'aura plus le choix : soit il restera le spectateur privilégié du désastre écologique, soit il deviendra l’un des financeurs de la régénération des territoires. 


On vous laisse y réfléchir.

Friday, October 09, 2026

6 LIVRES POUR PRÉPARER L'ÉTÉ 2027

- The Dry de Jane Harper : Une ville au borrd de l’explosion dans la brousse australienne sous une sécheresse impitoyable et une chaleur accablante.


- Heat de Joyce Carol Oates : Quand les étés lourds, moites et suffocants réveillent toutes les tensions dans les petites villes de la côte est américaine.


- Dust d’Yvonne Adhiambo Owuor : Quand la chaleur, la poussière et le climat aride font ressortir les plus sombres secrets d’un district au nord du Kenya.


- Water Knife de Paolo Bacigalupi : Le fleuve Colorado à sec, un homme de main engagé par la régie des eaux de Las Vegas pour saboter les infrastructures des états voisins et couper le robinet aux populations rivales.


- Dry de Neal de Jarrod Shusterman : En Californie aujourd'hui, survient le tap-out (les robinets cessent brusquement de couler). La panique gagne les villes.


- Not a Drop to Drink de Mindy McGinnis : Une femme vit dans une ferme isolée près d'un étang d'eau douce, l'une des très rares sources d'eau potable non polluées de la région.

Thursday, October 08, 2026

LA FIN DES LIMITES ?

Pendant des décennies, le sport a eu un mot d'ordre : repousser les limites.


Plus vite, plus haut, plus fort. Le corps humain comme frontière à franchir, le record comme horizon.


Aujourd'hui, la limite a pris une nouvelle forme, et elle s'appelle 40 degrés à l'ombre.


Alors le sport fait ce qu'il sait faire de mieux : il ne l'écoute pas, il la contourne.


On décale les horaires.

On ajoute des pauses «fraîcheur».

On climatise les stades.

On enfile un gilet rempli de glace.


Et on appelle ça de l'innovation.


La limite n'est plus un signal, c'est un cahier des charges. 


Chaque canicule devient un terrain de jeu pour les équipementiers, chaque record de chaleur un argument de vente pour la prochaine collection.


Le sportif, lui, joue les cobayes. 


S'il tient sous 40 degrés avec la bonne tenue, vous tiendrez aussi, à condition de payer le même équipement.


Le message est limpide : le monde peut devenir invivable, l'essentiel est d'être bien équipé.


C'est tout l'enjeu du Marketing de l'effondrement ® : transformer ce qui devrait nous arrêter en occasion de consommer.


Le sport apprenait à repousser les limites.


Il est en train d'apprendre à vendre le fait de ne plus en avoir.

Tuesday, October 06, 2026

NOUVEAU STORYTELLING DU TROU

Il y a quelques décennies, un t-shirt percé s'appelait un t-shirt percé. 


On le gardait pour bricoler, on le sortait du placard avec un certaine plaisir, mais on n'aurait jamais imaginé qu'il aurait un jour une valeur marketing.


On avait tort !


Aujourd'hui, ce même t-shirt s'appelle une «innovation thermorégulatrice».


Quelque part, un ingénieur textile a passé du temps à déterminer si le trou devait être ovale ou rond, et un directeur marketing a été chargé d'en faire une saga. 


Bref d'inventer un storytelling du trou. 


Chaque trou a désormais une mission. 


Il y a le trou «de ventilation», 

le trou «de dissipation», 

le trou «d'évacuation». 


Le vide est devenu un argument de vente. 


La planète brule, et les équipementiers nous proposent des trous pour que nous puissions continuer à vivre sans rien changer - voir l'artifice dystopique d'Adidas.


Et si face aux catastrophes climatiques qui s'annoncent, les réponses les plus honnêtes étaient plutôt celles qu'avait imaginées North Face, là ? 

Monday, October 05, 2026

MASQUER LA CATASTROPHE ET ESTHÉTISER LES RÉPONSES

Gilets remplis de glace, tenues aluminisées pour footballeurs et pilotes de F1 : le géant allemand ne lutte plus contre le réchauffement climatique.

Avec «Futur of Cool», Adidas tente juste de nous vendre l'idée qu'il suffit de s'équiper pour y survivre. 

Le message est aussi simple que dangereux : «Ne changez rien, la R&D s'occupe de tout.» 

La phrase du pilote Kimi Antonelli («mitigating the rise in body temperature is important») dit tout de l'ambition purement mécanique et mercantile d'Adidas : faire du corps humain une machine sous refroidissement permanent. 

En masquant la catastrophe et en esthétisant ses réponses dans ses campagnes métalliques et futuristes, la marque réduit une menace existentielle à une tendance techwear. 

Ou comment transformer un effondrement systémique en impératif de consommation.

Ce n'est plus du sport ni de la santé, c'est de l'artifice dystopique.

La crise climatique n'est pas une menace pour Adidas, c'est juste un relais de croissance.

Ça peut énerver et choquer...

Ça peut aussi bêtement renvoyer au marketing de l'effondrement ®.

Friday, October 02, 2026

LES GRANDES SERRES COMME LABORATOIRE DU FUTUR ?

Et si on s’intéressait un peu plus aux pays chauds et pauvres (5)

__________________________________________

En 2018, nous avions émis "l'hypothèse des 4 musées" pour définir les lieux qui pouvaient nous permettre de penser le monde à venir de façon un peu différente.

Pour réfléchir sur les bases de notre système industriel et urbain, on peut aller à Orsay.


Pour réfléchir sur la modernité occidentale du XXᵉ siècle dans laquelle nous baignons encore, on peut aller à Beaubourg.


Pour réfléchir sur le monde, et pas seulement l'Occident, on peut aller à Branly. 


C'est ce que nous avons fait en nous demandant si le sport du futur pouvait s'y inventer. 


Branly montre des sociétés qui ont couru, dansé, lutté et joué sous des chaleurs que nous commençons à peine à redouter.


Mais si on veut comprendre pourquoi ces savoirs des peuples fonctionnaient, il faut aller un cran plus loin. 


Il faut aller voir le vivant lui-même. 


Il faut aller au Jardin des Plantes et au Muséum National d'Histoire Naturelle.


Branly nous montre ce que les humains peuvent faire avec la nature sans l'abimer. 


Le Muséum nous montre ce qu'elle sait faire.


C'est pour cela qu'une expo comme "Automne tropical" dans les Grandes Serres du Jardin de Plantes est à prendre au sérieux.


On peut y aller en curieux, pour le plaisir d'un paysage de tropiques en plein automne parisien. 


Mais on peut aussi y aller avec une autre question : et si ces plantes avaient des choses à nous apprendre sur la manière de bouger, de s'abriter et de s'équiper dans un monde plus chaud ?


La question n'a plus rien d'exotique. 


En Europe, les printemps, les étés et mêmes les automnes ressemblent de plus en plus à ce que les serres reproduisaient autrefois comme une curiosité. 


Ce qui était un climat d'ailleurs devient le climat d'ici. 


Les Grandes Serres ne sont donc plus seulement un conservatoire du lointain. 


Elles deviennent un petit laboratoire du proche : on y observe des plantes qui ont résolu depuis longtemps le problème que nous allons devoir résoudre pour vivre dans le nouveau monde climatique qui s'installe.