Tuesday, October 06, 2026

LE NOUVEAU STORYTELLING DU TROU

Il y a quelques décennies, un t-shirt percé s'appelait un t-shirt percé. 


On le gardait pour bricoler, on le sortait du placard avec un certaine plaisir, mais on n'aurait jamais imaginé qu'il aurait un jour une valeur marketing.


On avait tort !


Aujourd'hui, ce même t-shirt s'appelle une «innovation thermorégulatrice».


Quelque part, un ingénieur textile a passé du temps à déterminer si le trou devait être ovale ou rond, et un directeur marketing a été chargé d'en faire une saga. 


Bref d'inventer c'est un storytelling du trou. 


Chaque trou a désormais une mission. 


Il y a le trou «de ventilation», 

le trou «de dissipation», 

le trou «d'évacuation». 


Le vide est devenu un argument de vente : on paie plus cher pour avoir moins de tissu. 


La planète brule, et les équipementiers nous proposent des trous ou des gilets glacés - voir l'artifice dystopique d'Adidas.


Et si face aux catastrophes climatiques qui s'annoncent, la réponse la plus honnête était plutôt celle qu'avait imaginée North Face, là ? 

Monday, October 05, 2026

L'ARTIFICE DYSTOPIQUE D'ADIDAS

Gilets remplis de glace, tenues aluminisées pour footballeurs et pilotes de F1 : le géant allemand ne lutte plus contre le réchauffement climatique.

Avec «Futur of Cool», Adidas tente juste de nous vendre l'idée qu'il suffit de s'équiper pour y survivre. 

Le message est aussi simple que dangereux : «Ne changez rien, la R&D s'occupe de tout.» 

La phrase du pilote Kimi Antonelli («mitigating the rise in body temperature is important») dit tout de l'ambition purement mécanique et mercantile d'Adidas : faire du corps humain une machine sous refroidissement permanent. 

En masquant la catastrophe et en esthétisant ses réponses dans ses campagnes métalliques et futuristes, la marque réduit une menace existentielle à une tendance techwear. 

Ou comment transformer un effondrement systémique en impératif de consommation.

Ce n'est plus du sport ni de la santé, c'est de l'artifice dystopique.

La crise climatique n'est pas une menace pour Adidas, c'est juste un relais de croissance.

Ça peut énerver et choquer...

Ça peut aussi bêtement renvoyer au marketing de l'effondrement ®.

Friday, October 02, 2026

LES GRANDES SERRES COMME LABORATOIRE DU FUTUR ?

Et si on s’intéressait un peu plus aux pays chauds et pauvres (5)

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En 2018, nous avions émis "l'hypothèse des 4 musées" pour définir les lieux qui pouvaient nous permettre de penser le monde à venir de façon un peu différente.

Pour réfléchir sur les bases de notre système industriel et urbain, on peut aller à Orsay.


Pour réfléchir sur la modernité occidentale du XXᵉ siècle dans laquelle nous baignons encore, on peut aller à Beaubourg.


Pour réfléchir sur le monde, et pas seulement l'Occident, on peut aller à Branly. 


C'est ce que nous avons fait en nous demandant si le sport du futur pouvait s'y inventer. 


Branly montre des sociétés qui ont couru, dansé, lutté et joué sous des chaleurs que nous commençons à peine à redouter.


Mais si on veut comprendre pourquoi ces savoirs des peuples fonctionnaient, il faut aller un cran plus loin. 


Il faut aller voir le vivant lui-même. 


Il faut aller au Jardin des Plantes et au Muséum National d'Histoire Naturelle.


Branly nous montre ce que les humains peuvent faire avec la nature sans l'abimer. 


Le Muséum nous montre ce qu'elle sait faire.


C'est pour cela qu'une expo comme "Automne tropical" dans les Grandes Serres du Jardin de Plantes est à prendre au sérieux.


On peut y aller en curieux, pour le plaisir d'un paysage de tropiques en plein automne parisien. 


Mais on peut aussi y aller avec une autre question : et si ces plantes avaient des choses à nous apprendre sur la manière de bouger, de s'abriter et de s'équiper dans un monde plus chaud ?


La question n'a plus rien d'exotique. 


En Europe, les printemps, les étés et mêmes les automnes ressemblent de plus en plus à ce que les serres reproduisaient autrefois comme une curiosité. 


Ce qui était un climat d'ailleurs devient le climat d'ici. 


Les Grandes Serres ne sont donc plus seulement un conservatoire du lointain. 


Elles deviennent un petit laboratoire du proche : on y observe des plantes qui ont résolu depuis longtemps le problème que nous allons devoir résoudre pour vivre dans le nouveau monde climatique qui s'installe.

Wednesday, September 30, 2026

ET SI LE FUTUR DU SPORT S'INVENTAIT AU MUSÉE BRANLY ?

Et si on s’intéressait un peu plus aux pays chauds et pauvres (4)

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Une exposition imaginée par le Prospective Sport Lab ®.


« Et si le futur dusport s'inventait à Branly ? »

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S'adapter au chaud, faire corps avec le vivant ®


1. Note d'intention et synopsis


- Dans un monde confronté à la hausse globale des températures, aux vagues de chaleur extrêmes et à l'effondrement de la biodiversité, le sport contemporain vacille. 


- Ses références et ses imaginaires nés au XIX° et développés au XX° siècles, apparaissent difficilement soutenables au XXI° siècle.


- L'exposition «Et si le sport du futur s'inventait à Branly ?» interroge les collections d'Afrique, d'Amériques, d'Asie et d'Océanie pour tenter d’y trouver des réponses inédites. 


- Depuis des millénaires, de nombreuses sociétés ont développé des pratiques physiques intenses en milieux arides, tropicaux ou surchauffés. 


- La chaleur y constitue un puissant prisme de lecture pour repenser le corps, l'effort et la performance en dehors des cadres technologiques modernes. 


- Plutôt que d'affronter le climat, ces cultures ont fondé leur rapport au mouvement sur la symbiose avec le vivant, la maîtrise de la thermorégulation corporelle et la transformation de la contrainte thermique en expérience rituelle ou spirituelle.


- En croisant anthropologie, rituels ancestraux et sciences du climat, l'exposition propose de dessiner de nouvelles lignes d’horizons pour le sport du XXIe siècle.


2. Parcours de l'exposition : 4 sections


- Section 1 : La physiologie de l'ombre – Mouvement, endurance et thermorégulation ancestrale


- Cette section explore la manière dont les peuples des zones arides et tropicales ont apprivoisé la chaleur extrême sans climatisation ni technologie extractive, en faisant de l'effort physique un art de l'économie thermique et de la gestion de la contrainte climatique.


- Thématiques :

- L’art de courir sous le soleil : Stratégies de régulation thermique, gestion de la déshydratation et résistance des coureurs de fond désertiques. 

- L’endurance sous la contrainte : La préparation physique face aux conditions environnementales extrêmes, de la chasse à l'épuisement aux danses de masques exigeant un maintien de l'effort sous un soleil brûlant. 

- L’architecture de l'ombre et du vent : S'entraîner dans les microclimats naturels (canopées, oasis, structures ventilées). 

- La gestion de l'eau et du rythme : Adaptations circadiennes, plages horaires nocturnes/crépusculaires et repos rituel.

Scénographie et passerelle prospective :

- Scénographie : Un espace expérimental à température contrôlée restituant la brise et l'ombre d'une oasis naturelle grâce à des principes de rafraîchissement passif. 

- «Thermo-flow sport ®» : Présentation de nouvelles disciplines sportives réorganisées autour des heures fraîches (sports crépusculaires/nocturnes) et basées sur l'économie d'énergie corporelle et la gestion interne du souffle plutôt que sur la dépense calorique maximale.


- Section 2 : Le corps-écosystème – S'allier au vivant et apprivoiser l'épreuve du feu


- La deuxième section montre comment l'intégration du corps dans son environnement naturel (faune, flore, éléments) et la préparation thermique permettent de développer des résistances biologiques, une meilleure acclimatation, voire un dépassement de la douleur.


- Thématiques 

- La préparation thermique, transpirer pour se purifier : L'exposition à la chaleur comme rituel de préparation physique et spirituelle. À l'image du temazcal mésoaméricain ou des cabanes à sueur d'Amérique du Nord, la vapeur et la chaleur extrême sont utilisées pour nettoyer le corps et l'esprit. L'effort devient interne : maîtriser sa respiration pour accéder à un état de conscience modifié. 

- Le vêtement et l'enduction : L'utilisation de pigments (ocre rouge mélangée à des graisses végétales ou animales en Afrique australe ou en Amazonie) comme équipement technique naturel, servant à la fois de protection contre les UV, d'isolant thermique cutané et de parure rituelle. 

- Le feu comme partenaire d'épreuve et d'extase : L'épreuve ultime où la chaleur est domptée par la transe, à l'instar des danses du feu des Baining de Nouvelle-Bretagne traversant les braises incandescentes. L'effort physique démontre alors la prééminence du mental et du sacré sur la physiologie. 

- L’empathie animale et l'arbre-bouclier : Imiter la physiologie des espèces adaptées au chaud et utiliser la canopée comme protection thermique naturelle.

- Scénographie et passerelle prospective :

- Scénographie : Une canopée végétale suspendue créant des îlots de fraîcheur naturels au sein de la galerie. 

- L’«Éco-skin bio-protection ® » : Présentation de bio-textiles, de gels corporels rafraîchissants et d'enduits minéraux bio-inspirés conçus à partir d'algues et de micro-organismes vivants, remplaçant les crèmes chimiques et optimisant la sudation lors des épreuves sous haute température.


- Section 3 : La peau seconde : Matières et technologies de la chaleur


- Cette section regarde l'équipement sportif comme une technologie du corps. Le tressage, l'enduit ou le vêtement ample ne sont pas du folklore : ce sont des solutions techniques précises, transmises et affinées. Elles sont confrontées aux matériaux modernes, sans opposer «naturel» et «synthétique». 


- Fil conducteur : que fait chaque matière au corps qui transpire, et à quel coût ?


- Thématiques :

- Fibres naturelles et structures aérées : Le génie du tressage végétal pour favoriser la circulation de l'air et l'évacuation de la chaleur. Chapeaux, paniers, boucliers et nattes des collections, lus comme des systèmes de ventilation.

- Se couvrir pour avoir moins chaud : les vêtements amples des Touaregs protègent mieux du rayonnement que la peau nue. Une contre-intuition qui écarte les solutions universelles. 
- Hydratation et nutrition végétale : Gourdes naturelles, réhydratation par électrolytes issus de plantes succulentes et savoirs ethnobotaniques. 

- Scénographie et passerelle prospective :

- Laboratoire tactile : Comparaison de la température de surface sous une lampe à chaleur entre un maillot synthétique moderne et un maillot du futur en fibre d'eucalyptus et de mycélium aéré. 

- Équipements 2050 en design fiction critique : raquettes, protections et vélos en bambou tressé, résine d'algues ou liège, réalisés en prototypes réels et testés sous chaleur, échecs compris. L'idée n'est pas d'apporter des réponses, juste de montrer les pistes explorées et donc futurs potentiellement possibles.


- Section 4 : Le laboratoire du sport vivable 2050


- L'exposition se conclut par trois espaces ateliers prospectifs.

- Atelier « Respiration, sudation & thermorégulation » : initiation interactive aux méthodes ancestrales de contrôle de la température corporelle par le souffle et la concentration (inspirées des rituels de sudation type temazcal, des techniques de méditation et de la préparation mentale à la chaleur). 

- Atelier "le sport des autres" : Une salle avec des jeux traditionnels pratiqués en conditions chaudes et rarement présentés comme du sport (jeux de balle mésoaméricains, courses rituelles, lutte, danses). Le visiteur les essaie ou les regarde en vidéo, avec une question posée frontalement : et si c'était eux les jeux de la fin du XXI° siècle ?

- Ateliers prospectifs : Des rencontres avec des scientifiques, des ethnologues, des écologiques, des physiologistes, des historiens réunis autour de thèmes comme «Le dernier match ?», «Jouer autrement ?» ou « Le sport a-t-il un avenir ? »

Et pour élargir et prolonger la réflexion : Et si c’était à Branly que s’inventaient nos futures mobilités ?