Wednesday, March 18, 2026

ET SI ON RELISAIT CASTORIADIS ?

On ne peut pas dire que trente ans après sa mort, le philosophe Cornelius Castoriadis fasse aujourd'hui beaucoup l'actualité.

C'est dommage.


C'est dommage, car il y a dans l'œuvre de Castoriadis une tension qui ne se résout pas et qui pourrait pourtant énormément nous aider quand on fait de la prospective et que l'on tente de dessiner des lignes d'horizons pour les décennies à venir.


Cette tension se définit en deux termes exprimés dans deux livres :


L'institution imaginaire de la société qui explique ce que les sociétés peuvent.


- Une société à la dérive qui explique pourquoi les sociétés refusent de vouloir.



Développons pour que les choses soient plus claires. 


 L'institution imaginaire de la société, paru en 1975, pose que toute société est une création : elle se donne à elle-même ses lois, ses significations, sa vision du temps et du possible. 


Rien n'est naturel, rien n'est fatal. 


Ce qui existe a été institué par les hommes - et peut donc être réinstitué autrement par d'autres hommes. 


C'est une pensée de la puissance.



Une société à la dérive, paru douze ans plus tard en 1997, est un retour sombre sur ce constat et cette promesse. 


Non pas sa réfutation intellectuelle - la thèse est toujours valable - mais sur sa mise à l'épreuve au fil du réel. 


Ce que Castoriadis observe c'est que si les sociétés ont bien conscience qu'elles se créent elle-même, mais qu' elles ont visiblement choisi de ne plus rien créer de nouveau dans le dernier tiers du XX° siècle.


Alors que les Lumières avaient développé un projet d'autonomie - se gouverner soi-même, collectivement, en connaissance de cause - la nouvelle modernité politique y a substitué la gestion, le confort, l'insignifiance organisée.


Il écrit cela à la fin des années 90 !! 


En 2026, les tendances décrites n'ont fait que s'accentuer. 


La promesse technique a remplacé la promesse politique.


Cette démission de la volonté n'est pas pour lui une catastrophe, juste le constat d'une capitulation tranquille que globalement tout le monde accepte.


Ce qui frappe aujourd'hui à la relecture de ces deux livres, c'est que Castoriadis ne décrit pas une époque révolue. 


Il décrit la nôtre avec une précision qui devrait presque nous gêner alors que l'on ne cesse de nous parler d'innovation.


Les sociétés contemporaines ne manquent pas d'information, ni d'intelligence, ni même de lucidité sur leurs propres impasses. 


Ce qui leur fait défaut, c'est la volonté de se penser et de se vouloir autrement.


Relire Castoriadis, ce n'est donc pas chercher des réponses. 


C'est chercher à mieux comprendre pourquoi les sociétés refusent de changer.

Monday, March 16, 2026

ET SI LES PISTES D'ATHLÉ DEVAIENT S'INVENTER UN NOUVEL AVENIR ?

Les pistes d'athlétisme se vident. 


Les trails affichent complet.


Même époque. 


Même corps. 


Même besoin de courir.


Mais d'un côté : des couloirs numérotés, du tartan, une performance mesurée au centième. 


De l'autre : de la boue, du dénivelé, de l'incertitude.


Les coureurs ont choisi l'incertitude.


Ce que montrent ces photos n'est pas la mort du sport. 


Juste le déclin d'une certaine idée du sport.


La piste abandonnée dit exactement ce qu'elle est devenue.


Un terrain vague... où quelque chose de nouveau peut s’inventer.



Axes de réflexion possibles là :

Tuesday, March 10, 2026

LA SOLITUDE, LE FROID ET LE SILENCE...

Pas de machine. 


Pas de foule. 


La solitude 


Le silence


Le froid.


Quand l'ultra-trailer Mathieu Blanchard donne à voir dans "L'Appel du Silence" quelques unes des grandes aspirations sportives des années à venir.


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Monday, March 09, 2026

QUAND LA REBELLION DE 77 EST DEVENUE L'ÉLITISME DE 2026

Et si Nike avait digéré sa propre contre-culture ?


En 1977, Nike disait "la machine t'emprisonne - cours pour te libérer !"


En 2026, Nike dit "la machine est fascinante - cours pour être à sa hauteur !


Alors qu'en 77, l'équipementier s'adressait à tous les aspirants joggers, le message de 2026 s'adresse, lui, à une élite de l'effort qui cherche à repousser ses limites dans le trail


Le duel est passé d'une critique sociétale à une démonstration de puissance athlétique pure.


La rébellion de 1977 est devenue le lifestyle premium de 2026.

Saturday, March 07, 2026

NEIGE ARTIFICIELLE + CORPS AUGMENTÉ = UNE MÊME MUTATION INDUSTRIELLE ?

Si les JO d’hiver sont devenus un laboratoire de l’artificialisation de la nature, les Jeux Paralympiques d'hiver sont-ils - eux - en train de devenir un nouveau laboratoire de la "fusion homme-machine" ?


Au vu de certaines épreuves, on peut se poser la question.


- En monoski (Sit-ski), l'athlète fait corps avec un châssis en titane ou carbone doté d'un amortisseur haute performance (souvent issu de la technologie F1 ou du motocross). La mutation du corps ici est celle de la sangle abdominale et de l'équilibre de l'oreille interne, qui compensent l'absence de jambes.


- En snowboard para, les lames en carbone sont conçues pour absorber des impacts sur les genoux. Le corps de l'athlète devient une structure hybride capable de résister à des forces de compression extrêmes sur de la neige artificielle très dure.


- Dans les disciplines de vitesse (Descente/Super-G) pour malvoyants, les athlètes descendent à plus de 100 km/h (!!!) en suivant uniquement la voix de leur guide via un intercom. L’oreille remplace l’oeil.


- Dans le biathlon paralympique, les non-voyants utilisent des fusils laser qui transforment la précision visuelle en signal sonore. Plus le son est aigu, plus on est proche du centre. 


On a presque envie de dire que les JO d’hiver paralympiques n’ont plus grands choses à voir avec les Jeux des valides.


En effet, si les Jeux connaissent une vraie mutation environnementale (dépendance aux infrastructures), les Jeux Paralympiques connaissent eux - en plus !  - une mutation biologique et matérielle.


- Chez les valides, on "industrialise" la piste pour qu'elle soit une infrastructure parfaite.


- Chez les paras, on "industrialise" le corps pour qu'il soit une machine de performance parfaite.


Mais dans les deux cas, la "neige naturelle" et le "corps biologique" semblent presque devenir des variables obsolètes.

Thursday, March 05, 2026

2,4 MILLIONS DE MÈTRES CUBES


"Soit environ 2,4 millions de mètres cubes de neige artificielle, nécessitant près de 948 000 m³ d’eau, dont 580 000 m³ seulement pour le site de Livigno Mottolino - le snowpark olympique avec half-pipe et Big Air.


C'est l'équivalent de la consommation d'eau annuelle d'une ville de 20 000 habitants.

Wednesday, March 04, 2026

ET SI LES J.O D'HIVER N'AVAIENT PLUS BESOIN DE LA NEIGE... NI DE LA MONTAGNE ?

Regardons les choses objectivement (pour ne pas dire froidement)


Sur les 116 médailles d'or distribuées lors des JO d'hiver Milano-Cortina 2026, 55 n’ont rien à voir avec la neige.


En 2026, le ski alpin ne représente plus que 10 titres sur 116 !


Les JO d'hiver sont donc devenus, en majorité, des Jeux de «piste glacée», «d’échafaudage» et de «salle».


Pour les septiques, voilà le décompte précis :

- La « glace indoor » (patinoires) : 33 titres. C’est le plus gros bloc. Ces épreuves se déroulent dans des enceintes climatisées où la météo extérieure n'a aucune influence.


- Le « tube de glace » (pistes de bobsleigh) : 12 titres. Ici, on est à l'extérieur, mais sur une structure en béton réfrigérée artificiellement. On ne glisse pas sur de la neige, mais sur une paroi de glace vive de quelques centimètres d'épaisseur.


- Les « rampes du ski » : 10 titres. Bien que classés en "ski", les épreuves de sauts et de Big Air se déroulent sur des rampes d'échafaudage ou des tremplins où la "neige" n'est qu'un revêtement de réception ultra-compacté, souvent saupoudré de sel pour durcir la glace. 

Près de la moitié des épreuves (47% exactement) se jouent donc sans neige et ne dépendent plus du tout du climat, mais d’une infrastructure lourde.


D’où quelques réflexions 


- Les JO d’hiver ou le triomphe de la tuyauterie et du béton

- Une piste de bobsleigh/luge (comme celle de Cortina ou de Yanqing) coûte environ 100 millions d'euros à construire et nécessite des kilomètres de tuyauteries de refroidissement. 


- Un saut de Big Air nécessite une structure en échafaudage de 50m de haut posée sur un parking (comme à Pékin).


- C’est du "ski de laboratoire".


- En patinage de vitesse, les records ne tombent plus grâce à la météo, mais grâce au contrôle de l'hygrométrie et de la température de la glace au dixième de degré près.


- Les Pays-Bas dont le point culminant est à 322m, finissent troisième des Jeux grâce à une spécialisation extrême sur la glace circulaire.

- La «snow factory» ou quand la chimie remplace la météo

- 28% des épreuves se font sur neige artificielle. 


- A Cortina, 100% de la neige utilisée pour le ski acrobatique et le snowboard était artificielle.


- Pour le Big air ou le Half-pipe, la neige naturelle trop molle, trop changeante est remplacée par de la "glace broyée" ultra-compacte pour garantir la hauteur des sauts. 


- Le ski est devenu un sport de skatepark blanc plutôt qu'un sport de montagne.


- Dans l’épreuve de ski-alpinisme, c’est un escalier en bois qui faisait office de montage !!

- Une fracture culturelle : le style contre le chrono

- Un certain nombre de pays anglo-saxons (E.U, Canada, Australie,...) ont poussé le CIO à intégrer des disciplines comme le Slopestyle ou le Big Air pour capter l'audience jeune. 


- Le ski n'est plus un moyen de descendre une montagne le plus vite possible, mais un support de voltige.


- C’est le modèle X-Games, c'est à dire une culture de l'adrénaline où la créativité et la prise de risque spectaculaire comptent plus que la simple performance athlétique, qui devient peu à peu dominant. 


- La note artistique basée sur l'esthétique et la difficulté technique est devenue le juge de paix dans 32 épreuves exactement, soit 28 % du programme olympique !!

Le CIO privilégie désormais ces épreuves "hors-sol" car elles sont "transportables" sous toutes les latitudes.


On peut donc très bien imaginer dès aujourd'hui des JO d'hiver sans montagne.


D'où une possible double conclusion : 


Les JO d'hiver n'ont plus besoin de la montagne.


Et la montagne n'a plus besoin des JO d'hiver.