Thursday, March 26, 2026

MOBILITÉ PÉTRIFIÉE

Des voitures à l'arrêt.

Des sculptures blanches. 

Les formes sont là, mais le mouvement n'y est plus.

Ce qui reste ? 

La carrosserie comme coquille vide d'une époque qui croyait que se déplacer vite était une forme de liberté.

Le Greyhound en noir et blanc radicalise le constat. 

Ce bus, c'était l'Amérique pauvre en mouvement - Kerouac sans voiture. 

C’était la promesse d’une mobilité accessible à tous.

C’était la promesse d’une irrigation fine du territoire.

Mais lui aussi ne dit plus grand chose aujourd’hui.

Face à ça, des photographies d'aéroports. 

Des images prises de l'intérieur. 

Toujours derrière une vitre. 

L'aéroport n'est jamais vécu, jamais habité - il n'est qu'un aquarium où s'agitent des machines. 

L’heure est indéterminée. 

On ne sait pas si on attend de partir ou si on vient d'arriver. 


Ce que nous disent ces images qui viennent de différentes expositions ? 

Que la grande infrastructure de la mobilité du XXe siècle est déjà du passé sans le savoir

Elle fonctionne encore - les avions décollent, les voitures sont partout - mais elle a perdu sa magie

Il ne reste que des formes. 

Des formes qui finissent comme sculptures dans des galeries d'art, sur un socle blanc, sous une lumière froide.

Les objets des nouvelles mobilités et des nouvelles formes du voyage ne sont pas visibles.

Peut-être le sont-elles plus  ?

Wednesday, March 18, 2026

ET SI ON RELISAIT CASTORIADIS ?

On ne peut pas dire que trente ans après sa mort, le philosophe Cornelius Castoriadis fasse aujourd'hui beaucoup l'actualité.

C'est dommage.


C'est dommage, car il y a dans l'œuvre de Castoriadis une tension qui ne se résout pas et qui pourrait pourtant énormément nous aider quand on fait de la prospective et que l'on tente de dessiner des lignes d'horizons pour les décennies à venir.


Cette tension se définit en deux termes exprimés dans deux livres :


L'institution imaginaire de la société qui explique ce que les sociétés peuvent.


- Une société à la dérive qui explique pourquoi les sociétés refusent de vouloir.



Développons pour que les choses soient plus claires. 


 L'institution imaginaire de la société, paru en 1975, pose que toute société est une création : elle se donne à elle-même ses lois, ses significations, sa vision du temps et du possible. 


Rien n'est naturel, rien n'est fatal. 


Ce qui existe a été institué par les hommes - et peut donc être réinstitué autrement par d'autres hommes. 


C'est une pensée de la puissance.



Une société à la dérive, paru douze ans plus tard en 1997, est un retour sombre sur ce constat et cette promesse. 


Non pas sa réfutation intellectuelle - la thèse est toujours valable - mais sur sa mise à l'épreuve au fil du réel. 


Ce que Castoriadis observe c'est que si les sociétés ont bien conscience qu'elles se créent elle-même, elles ont visiblement choisi de ne plus rien créer de nouveau dans le dernier tiers du XX° siècle.


Alors que les Lumières avaient développé un projet d'autonomie - se gouverner soi-même, collectivement, en connaissance de cause - la nouvelle modernité politique y a substitué la gestion, le confort, l'insignifiance organisée.


Il écrit cela à la fin des années 90 !! 


En 2026, les tendances décrites n'ont fait que s'accentuer. 


La promesse technique a remplacé la promesse politique.


Cette démission de la volonté n'est pas pour lui une catastrophe, juste le constat d'une capitulation tranquille que globalement tout le monde accepte.


Ce qui frappe aujourd'hui à la relecture de ces deux livres, c'est que Castoriadis ne décrit pas une époque révolue. 


Il décrit au contraire nôtre époque avec une précision qui devrait presque nous gêner alors que l'on ne cesse de nous parler d'innovation.


Les sociétés contemporaines ne manquent pas d'information, ni d'intelligence, ni même de lucidité sur leurs propres impasses. 


Ce qui leur fait défaut, c'est la volonté de se penser et de se vouloir autrement.


Relire Castoriadis, ce n'est donc pas chercher des réponses. 


C'est chercher à mieux comprendre pourquoi les sociétés refusent de changer.



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Monday, March 16, 2026

ET SI LES PISTES D'ATHLÉ DEVAIENT S'INVENTER UN NOUVEL AVENIR ?

Les pistes d'athlétisme se vident. 


Les trails affichent complet.


Même époque. 


Même corps. 


Même besoin de courir.


Mais d'un côté : des couloirs numérotés, du tartan, une performance mesurée au centième. 


De l'autre : de la boue, du dénivelé, de l'incertitude.


Les coureurs ont choisi l'incertitude.


Ce que montrent ces photos n'est pas la mort du sport. 


Juste le déclin d'une certaine idée du sport.


La piste abandonnée dit exactement ce qu'elle est devenue.


Un terrain vague... où quelque chose de nouveau devrait pouvoir s’inventer.



Axes de réflexion possibles là :

Tuesday, March 10, 2026

LA SOLITUDE, LE FROID ET LE SILENCE...

Pas de machine. 


Pas de foule. 


La solitude 


Le silence


Le froid.


Quand l'ultra-trailer Mathieu Blanchard donne à voir dans "L'Appel du Silence" quelques unes des grandes aspirations sportives des années à venir.


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Monday, March 09, 2026

QUAND LA REBELLION DE 77 EST DEVENUE L'ÉLITISME DE 2026

Et si Nike avait digéré sa propre contre-culture ?


En 1977, Nike disait "la machine t'emprisonne - cours pour te libérer !"


En 2026, Nike dit "la machine est fascinante - cours pour être à sa hauteur !


Alors qu'en 77, l'équipementier s'adressait à tous les aspirants joggers, le message de 2026 s'adresse, lui, à une élite de l'effort qui cherche à repousser ses limites dans le trail


Le duel est passé d'une critique sociétale à une démonstration de puissance athlétique pure.


La rébellion de 1977 est devenue le lifestyle premium de 2026.

Saturday, March 07, 2026

NEIGE ARTIFICIELLE + CORPS AUGMENTÉ = UNE MÊME MUTATION INDUSTRIELLE ?

Si les JO d’hiver sont devenus un laboratoire de l’artificialisation de la nature, les Jeux Paralympiques d'hiver sont-ils - eux - en train de devenir un nouveau laboratoire de la "fusion homme-machine" ?


Au vu de certaines épreuves, on peut se poser la question.


- En monoski (Sit-ski), l'athlète fait corps avec un châssis en titane ou carbone doté d'un amortisseur haute performance (souvent issu de la technologie F1 ou du motocross). La mutation du corps ici est celle de la sangle abdominale et de l'équilibre de l'oreille interne, qui compensent l'absence de jambes.


- En snowboard para, les lames en carbone sont conçues pour absorber des impacts sur les genoux. Le corps de l'athlète devient une structure hybride capable de résister à des forces de compression extrêmes sur de la neige artificielle très dure.


- Dans les disciplines de vitesse (Descente/Super-G) pour malvoyants, les athlètes descendent à plus de 100 km/h (!!!) en suivant uniquement la voix de leur guide via un intercom. L’oreille remplace l’oeil.


- Dans le biathlon paralympique, les non-voyants utilisent des fusils laser qui transforment la précision visuelle en signal sonore. Plus le son est aigu, plus on est proche du centre. 


On a presque envie de dire que les JO d’hiver paralympiques n’ont plus grands choses à voir avec les Jeux des valides.


En effet, si les Jeux connaissent une vraie mutation environnementale (dépendance aux infrastructures), les Jeux Paralympiques connaissent eux - en plus !  - une mutation biologique et matérielle.


- Chez les valides, on "industrialise" la piste pour qu'elle soit une infrastructure parfaite.


- Chez les paras, on "industrialise" le corps pour qu'il soit une machine de performance parfaite.


Mais dans les deux cas, la "neige naturelle" et le "corps biologique" semblent presque devenir des variables obsolètes.