Monday, May 25, 2026

ET SI LE MONDE SPORTIF VOULAIT, EN FAIT, QUE RIEN NE CHANGE ?

Pourquoi la prospective sur le sport est elle aussi souvent banale et chiante ? 


Pourquoi se résume-t-elle aussi souvent à de la tendance ? 


Pourquoi aussi peu de ruptures et d’imagination ?


Alors soyons lucides : le sport produit une prospective médiocre pour des raisons structurelles


Le monde du sport est le premier coupable de cet état de fait. 


La grande majorité des études prospectives sur le sport (il n'y en a pas beaucoup non plus !!) sont commandées par des fédérations, des collectivités, des équipementiers ou des organisateurs d'événements. 


Ces acteurs ont un intérêt direct à ce que l'avenir ressemble au présent en mieux - plus de licenciés, plus de revenus, plus d'audiences - mais évidement pas à une remise en cause du système ou du marché.


Ils appréhendent tous les scénarios qui remettraient en cause leur légitimité institutionnelle. 


Ce que beaucoup appelle "prospective sportive" est en réalité, dans la grande majorité des cas, une fonction de légitimation du présent habillée en exploration du futur.


On commande de la confirmation, pas de l'exploration, ni - surtout - de ruptures dérangeantes.


Ça donne de la "tendance".


Sauf que la "tendance" est une forme de déresponsabilisation intellectuelle. 


Prolonger une courbe existante, c'est rassurant et ça permet de n'avoir jamais tort - ou du moins, jamais seul. 


Se tromper ensemble n'engage personne. 


Hors selon nous, au Prospective Sport Lab ®, la vraie prospective implique des scénarios qui exposent aux risques et aux bifurcations - voir .


L'autre explication à cette faiblesse est lié au fait que le sport est traité comme un objet et non comme un révélateur. 


La prospective banale demande "quel sport demain ?" au lieu de demander "qu'est-ce que le sport révèle des transformations du corps, du collectif, de la compétition, de la douleur, du territoire ?


Le sport est un formidable miroir anthropologique et devrait ouvrir à de multiples chantiers prospectifs - mais personne ne le traite ainsi dans les études sectorielles.


Ça n'avance donc pas beaucoup.


Aucune étude ne renverse vraiment la table et quand elles tentent de le faire, elle sont enterrées.


Le sport est un milieu très très conservateur qui a besoin de croire en sa propre permanence. 


Il ne veut donc surtout pas être secoué.


Au sein du Prospective Sport Lab ®, on a fait une constat simple : les réflexions prospectives les plus passionnantes sur le sport viennent de mondes extérieurs au sport !


Normal ? Oui car ces mondes non sportifs n'ont pas de rentes de situation ou de marchés à protéger et veulent au contraire changer les choses.


Les innovations - quelque soit le secteur - viennent nécessairement d’ailleurs, et sont toujours, au début, rejetées car vues comme irréalistes. 


C’est le propre des vraies ruptures.


On poursuit la réflexion dans un prochain post.

Thursday, May 21, 2026

ET SI ON CRÉAIT UN HAUT CONSEIL DU SPORT HABITABLE ?


Rappelons que l'objectif du principe d'habitabilité, défini par B. Morizot et L. Neyret, est de faire de l'habitabilité une nouvelle norme juridique capable de structurer et d'orienter le droit environnemental pour les décennies à venir, et donc les conditions d’une vie digne sur terre

Nous imaginions donc que le CNOSF pourrait devenir un espèce de Haut Conseil du Sport Habitable ®

Evidement cette hypothèse était purement théorique, tant nous avons bien conscience qu'aujourd'hui le CNOSF est structurellement incapable de se remettre en cause et de se définir de nouvelles vocations. 

Mais revenons sur cette idée de créer un Haut Conseil du Sport Habitable ®.

Il pourrait ressembler à quoi ce HCSH ?

Le HCSH serait un lieu de négociation - pas une autorité réglementaire - où se trancherait concrètement une question que personne ne tranche aujourd'hui : jusqu'où peut-on développer le sport sans dégrader les conditions qui le rendent possible ?



- Sa fonction centrale serait d'arbitrer les conflits de compatibilité.


Aujourd'hui, quand une fédération veut développer une pratique dans un territoire vulnérable - organiser un trail en zone sèche, une compétition nautique sur une rivière fragilisée, construire une station de ski à 1 400m - personne n'arbitre la tension entre l'intérêt sportif et l'habitabilité du milieu. 


Le HCSH serait cette instance !


Ses délibérations et avis auraient pour seules question et boussole de réflexion : "Cette décision sportive préserve-t-elle, dégrade-t-elle, ou est-elle neutre vis-à-vis des conditions qui rendent ce sport possible dans 20 ans ?"



- Sa composition serait une chambre hybride 


Ni purement sportif, ni purement écologique. Il réunirait :

- des représentants des fédérations sportives (par grande famille de milieux : montagne, eau, urbain, nature)

- des scientifiques de l'habitabilité (climatologue, hydrologue, écologue du territoire)

- des praticiens de terrain (clubs, entraîneurs, guides)

- des juristes spécialisés en droit environnemental

- des élus locaux de territoires sportifs vulnérables

- et des représentants des milieux naturels dotés d'une personnalité juridique et disposant d'un droit de parole formel. 


- Ses outils seraient nouveaux.


Son instrument de base serait L'Atlas de l'habitabilité sportive ®, une cartographie qui n'existe pas encore mais qui serait à créer.


Cet Atlas croiserait pratiques sportives et vulnérabilités écologiques territoire par territoire, avec des horizons temporels. Tel massif skiera encore 15 ans. Tel fleuve ne pourra plus accueillir de compétitions de kayak d'ici 2040.


A partir de cet Atlas, il publierait chaque année un Baromètre annuel du sport habitable ®  évaluant chaque fédération sur sa trajectoire de compatibilité avec les conditions d'habitabilité de ses pratiques.



- La forme de ces décisions.


Le HCSH émettrait des avis de compatibilité sur les grandes décisions sportives nationales : candidatures olympiques, plans de développement des fédérations, grands événements internationaux. 


Il ne disposerait évidemment pas d'un droit de veto, mais rendrait un avis public et motivé, opposable dans le débat.



- Son positionnement institutionnel


Il ne serait évidement ni sous tutelle du CNOSF (ce qui l'asservirait aux intérêts des fédérations sportives), ni sous tutelle du Ministère (ce qui le politiserait), ni une ONG (ce qui risquerait de le marginaliser). 


Il fonctionnerait comme le Haut Conseil pour le Climat, c'est à dire une autorité indépendante, dotée d'une légitimité multi-acteurs, sans pouvoir réglementaire mais avec un pouvoir de vérité publique.



Ce qui en ferait une institution réellement nouvelle.


- Ce ne serait pas un comité de plus. 


- Sa rupture serait de retourner la logique actuelle : au lieu de demander comment le sport peut s'adapter à la contrainte écologique, il poserait la question comment le sport peut devenir un acteur de la préservation des conditions de sa propre existence ?


C'est une institution qui traiterait le sport non pas comme une victime du changement climatique... mais comme un acteur à part entière et donc responsable de l'habitabilité.


On vous laisse y réfléchir.

Tuesday, May 19, 2026

ÇA POURRAIT ÊTRE QUOI LE CNOSF SOUS LE PRISME DU PRINCIPE D'HABITABILITÉ ?

Dans notre précédent post nous évoquions le passionnant livre de J. Morizot et L. Neyret «Liberté, Dignité Habitabilité» dans lequel les deux auteurs défendent et justifient la nécessité de construire un "principe d'habitabilité ».


L'objectif est de faire de l'habitabilité une nouvelle norme juridique capable de structurer et d'orienter le droit environnemental pour les décennies à venir, et donc les conditions d’une vie digne sur terre. 


La question que nous nous sommes immédiatement posée au sein du Prospective Sport Lab ® est : en quoi ce principe pourrait nous inciter à penser le sport demain sous un nouveau prisme ?


En quoi ce principe peut créer de nouvelles bifurcations et comment il pourrait nous permettre de construire de nouvelles boussoles. 


Si l'habitabilité de la Terre est la condition première de toute vie digne, qu'est-ce que cela change à la façon dont nous pratiquons, regardons, finançons et célébrons le sport ?


On aurait pu engager un questionnement global sur les pratiques sportives ou la façon dont les compétitions seront organisées demain.


Mais on a décide de prendre une autre voie.


Celle de se demander : ça serait quoi la vocation du CNOSF (Comité National Olympique et Sportif Français) sous le principe de l’habitabilité ? 


Pourquoi le CNOSF ? Car c’est une institution dont personne ne comprend très bien le rôle aujourd’hui et qui se cherche un second souffle depuis plusieurs années. 


Et si l’habitabilité était donc le cadre de refondation qui lui manque ?


Explications.


Le CNOSF est aujourd'hui une institution puissante sur le papier - il fédère 111 fédérations, 180 000 associations, représente des millions de licenciés, parle au nom du mouvement sportif français - mais dont la vocation réelle est floue. 


Il n'organise pas les compétitions. 


Il ne forme pas les athlètes. 


Il fait du lobbying auprès des pouvoirs publics, distribue des financements, coordonne la délégation olympique française. 


C'est considérable, mais c'est aussi très fonctionnel, très instrumental, et surtout sans vision du monde clairement articulée.


Ce vide de sens est son problème central. 


Nous, nous faisons l'hypothèse ici que l'habitabilité pourrait le résoudre.


Dit autrement : et si le CNOSF se définissait comme le défenseur institutionnel de l'habitabilité en tant que condition première de l'existence du sport ?


Pas simplement dans une posture écologique de communication. 


Mais comme une mission fondatrice.


Sans Terre habitable, il n'y a pas de sport. 


Pas de neige pour skier, pas d'air pour courir, pas d'eau pour nager, pas de corps en bonne santé pour pratiquer. 


Le CNOSF est donc - qu'il le veuille ou non, qu'il en ait conscience ou non - une institution dont l'objet entier repose sur l'habitabilité


La question est de savoir s'il accepte d'en tirer les conséquences institutionnelles et politiques.


Regardons rapidement ce que cela pourrait vouloir dire.



D’abord, dans son éthique.


- Si le CNOSF intégrait l'habitabilité comme principe fondateur de ses statuts - au même titre que la promotion du sport ou l'éthique olympique - qu'est-ce que cela changerait concrètement à ses prises de position publiques ? 


- Pourrait-il rester silencieux sur la qualité de l'air dans les villes, sur l'artificialisation des sols, sur les pesticides qui contaminent les nappes phréatiques et donc les rivières ?


- Peut-on imaginer que le CNOSF devienne une force de plaidoyer constitutionnel pour l'inscription de l'habitabilité dans le droit français - exactement comme le proposent Morizot et Neyret - en s'appuyant sur sa légitimité sportive ? 



Ensuite vis à vis du CIO.


- Sous le principe de l'habitabilité, le CNOSF aurait-il la légitimité - et le courage - de conditionner publiquement son soutien à une candidature olympique française à des critères stricts et vérifiables d'habitabilité territoriale ? 


- Plus profondément : est-ce que le modèle des Jeux Olympiques tels qu'ils sont conçus aujourd'hui est compatible avec le principe d'habitabilité ? 


- Et si la réponse honnête est non, qu'est-ce que cela implique pour la position du CNOSF vis-à-vis du CIO


- Peut-on être à la fois loyal à l'institution olympique - le CIO - et fidèle au principe d'habitabilité ? (Aujourd'hui on peut sérieusement en douter !)



Mais aussi par rapport aux territoires.


- Pourrait-on imaginer que le CNOSF développe une cartographie nationale de l'habitabilité sportive - c'est-à-dire un atlas qui croise les pratiques sportives existantes avec les vulnérabilités écologiques des territoires où elles s'exercent ? 


- Quelles pratiques sont menacées, où et à quel horizon ? 


- Quels territoires perdront en premier la capacité d'accueillir tel ou tel sport ? 


- Aujourd'hui, cette Carte de l'habitabilité des territoires sportifs ® n'existe pas ! 



Enfin sur le plan politique.


Faisons un constat simple : en France, il n'existe pas d'institution qui soit légitime à la fois :

- au niveau populaire, alors que le sport touche tout le monde, toutes les classes, tous les âges 

- ancrée dans tous les territoires, alors que les clubs sont le premier réseau associatif du pays 

- et en relation directe avec les conditions matérielles de l'habitabilité, alors le sport se pratique dans des milieux qui se dégradent.


Nous ne disons pas que le CNOSF remplisse aujourd’hui ces trois conditions pour être légitime pour représenter le sport français !


On émet ici juste l’hypothèse que si le CNOSF acceptait de sortir de son obsession pour les médailles et les subventions, pourrait potentiellement devenir cette institution. 


Il changerait alors de rôle.


Cela supposerait une vraie révolution.


Car cela supposerait de répondre notamment à ces questions :


- Le mouvement sportif - ses fédérations, ses clubs, ses bénévoles, ses pratiquants - pourrait-il être le vecteur de diffusion de la conscience d'habitabilité le plus efficace de France, précisément parce qu'il n'est pas perçu comme militant ? 


- Et si oui, le CNOSF est-il prêt à assumer ce rôle politique ?


- Est-ce que cette position pourrait lui permettre de devenir le lieu où se négocie concrètement la compatibilité entre développement sportif et habitabilité - une sorte de Haut Conseil du Sport Habitable ® -  plutôt qu'un simple représentant d'intérêts catégoriels ?


Ça pourrait être une ambition à la hauteur de ce que l'institution prétend être. 


Et ça pourrait accessoirement aussi répondre à la question : à quoi sert le CNOSF ?