Thursday, February 12, 2026

ET SI LA SPORT PARTICIPAIT AU DÉNI DE LA GUERRE ?

Dans "Notre déni de guerre", Stéphane Audoin-Rouzeau explique que si la guerre est présente partout dans notre pop culture (jeux vidéo, films, mangas...), c’est parce qu’elle a été métamorphosée


Elle n’est plus perçue comme un danger existentiel, mais comme un produit culturel - . 


Et à ce titre participerait au déni de la guerre.


Audoin-Rouzeau ne parle pas du sport !


Alors tentons de le faire en nous demandant si le sport participe lui aussi au déni de la guerre ?


Réflexions à travers trois auteurs et trois classiques.


- Dans "Sport et civilisation : la maîtrise des pulsions", Norbert Elias démontre que le sport moderne est né d'une horreur croissante pour la violence physique réelle. 


Le sport est une "parodie de combat" où la règle remplace le coup mortel.


Le sport nous donne l'illusion que le conflit peut être domestiqué par le droit et l'arbitrage. 


Ça pourrait être le premier stade du déni : croire que la "vraie" violence a été définitivement remplacée par sa mise en scène réglementée.


Si Elias explique pourquoi nous ne voulons plus voir la violence, Paul Virilio tente lui d'expliquer comment nous avons perdu la capacité de la percevoir.


- Dans "Guerre et Cinéma : Logistique de la perception", Virilio avance que la guerre moderne est devenue une affaire d'optique et de vitesse. 


La guerre se gagne sur les écrans.


Et le sport participe à cette "logistique de la perception". 


Nous ne regardons plus le monde, nous lisons des flux de données et des écrans.


Au stade, comme sur les écrans, le conflit est réduit à un flux d'images haute définition, à des ralentis et à des statistiques. 


Le sport nous habitue à consommer les conflits comme un flux médiatique, rendant la tragédie réelle "irréelle".


Ça pourrait être le deuxième stade du déni.


Le troisième stade du déni pourrait être expliqué par Jean Baudrillard qui prolonge les réflexions de Virilio.


- Dans "La Guerre du Golfe n'a pas eu lieu" publié en 1991, Baudrillard explique, en effet, que les conflits contemporains sont des simulacres : des événements pré-programmés pour les écrans.


Si on suit Baudrillard, le sport serait le stade ultime du simulacre. 


Il offre une "hyper-guerre" avec ses incertitudes, ses drames, ses héros. 


Le sport participerait donc au déni de guerre en saturant le besoin de "lutte" par une illusion parfaite. 


Mais...


Mais, si ces analyses ne suffisaient plus ?


Mais s'il fallait se poser de nouvelles questions ?


Celle-ci par exemple : 

- Et si le sport ne nous empêchait pas de penser à la guerre, mais nous empêcher de voir qu'elle a déjà muté ?


Et on en reparlera forcément  le 18 mars lors de "Et si la guerre changeait le sport ? "

Wednesday, February 11, 2026

LE DÉNI

"Le constat du déni : la présence de la guerre au cinéma, dans la littérature, la bande dessinée, le jeu vidéo...  

D'évidence, au sein de l'espace social, la guerre est partout présente. 

Elle l'est partout, sans doute, mais au titre d'un passé révolu à jamais, aucunement susceptible de revenir à nouveau vers nous 

À ce titre, elle est presque devenue une uchronie. 

Ou bien une métaphore utilisable pour désigner tout autre chose,…" 

"Notre déni de guerre" de Stéphane Audoin-Rouzeau. 

Probablement, le livre le plus nécessaire à lire aujourd'hui.

On en reparle le 18 mars lors de "Et si la guerre changeait le sport ? "

Monday, February 09, 2026

ET S'ILS NOUS AIDAIENT À PENSER AUTREMENT LES LIENS ENTRE GUERRE ET SPORT ?

Le sport a toujours été le miroir des puissances et un outil de préparation des corps. 


Aujourd'hui, cette dynamique bascule en partie dans le virtuel.


Difficile donc aujourd'hui de ne pas penser les liens entre le sport et les guerre, sans intégrer le esport. 


C’est pour cela que lors de nos prochaines Rencontres de la prospective sportive ® organisées le 18 mars prochain autour de la question "Et si la guerre changeait le sport ? " nous recevrons deux très bons spécialistes des liens entre esport et conflits géopolitiques et guerriers.


Pour comprendre les mutations technologiques : le Colonel Bruno de San Nicolas témoignera d'une réalité concrète : l'intégration de l'esport au sein des armées. Entre entraînement cognitif et recrutement, il nous expliquera comment la culture du gaming façonne le soldat de demain et brouille la frontière entre performance athlétique et maîtrise technologique.


Conseiller en stratégie et transformation numérique au Ministère des armées, Bruno de San Nicolas est à l'origine du déploiement de l'esport au sein de l'Armée française.



Pour décrypter la guerre d'influence : Avec Olivier Mauco, président de l’Observatoire Européen des Jeux Vidéo, nous explorerons comment le jeu vidéo est devenu un levier de soft power et une arme de propagande géopolitique, redéfinissant les règles de la "compétition" entre les nations au-delà des stades traditionnels.


Chercheur en sciences politiques, Olivier Mauco est un fin analyste des enjeux géopolitiques autour de la production des jeux vidéo.


Toutes les infos, .

Friday, February 06, 2026

ET SI LE DÉSERTEUR ÉTAIT LE RÉVÉLATEUR DE NOS SERVITUDES MILITAIRES ET SPORTIVES ?


La figure du déserteur est historiquement entachée par l'opprobre. 


Dans l'imaginaire collectif, elle renvoie à la lâcheté, à la fuite devant le devoir ou à la trahison du collectif. 


Pourtant...


Pourtant, à travers la littérature une autre vérité - moins simpliste - peut émerger ! 


Dans la littérature, le déserteur n'est pas celui qui manque forcément de courage.


Au contraire même...


Il est celui qui en prenant beaucoup de risques, brise le mécanisme des grands narratifs guerriers ou sportifs. 


Le déserteur peut agir comme un révélateur éthique.


Illustration avec quatre héros qui refusent de jouer le jeu :

- Dans "La Solitude du coureur de fondd'Alan Sillitoe, Colin Smith choisit de déserter la victoire.En s'arrêtant devant la ligne d'arrivée, il refuse d'être instrumentaliser et d'être le trophée du système carcéral dont il est prisonnier. Son talent n'est pas à vendre et la maîtrise de son destin vaut mieux qu'une médaille. 


- Dans "End Zonede Don DeLillo, Gary Harkness joueur talentueux hanté par l'apocalypse nucléaire, sabote sa carrière par des transferts incessants. Pour lui, le sport est une «guerre sans les coups de feu» et le stade une répétition générale de l'anéantissement. Il refuse d'être le soldat de cette mise en scène guerrière.

Dans ces deux romans, la désertion est un moyen de saboter la récupération.


On peut voir cela comme une saine lucidité face à certaines réalités sportives.


Tout comme le fait de déserter une guerre peut être vu comme de la lucidité face aux massacres.

- Dans "Voyage au bout de la nuit", Céline démonte le mythe de l'héroïsme à travers Bardamu  pour qui la guerre n'est qu'une «abattoir international en folie». Sa volonté de déserter n'est pas une défaillance morale, mais au contraire une réaction de santé mentale face à un nationalisme suicidaire.


- Dans "Catch-22de Joseph Heller, le capitaine Yossarian comprend que la structure militaire est une machine destinée à broyer l'individu. Sa décision de déserter devient un acte très rationnel : dans un monde qui vous empêche de rester en vie, la désertion devient une forme de sagesse


Le point commun de ces quatre héros est de nous obliger à réfléchir un peu autrement.


Si les déserteurs nous font tant réfléchir, c'est parce qu'ils agissent comme des miroirs de nos propres servitudes. 


Ils établissent un parallèle frappant entre deux systèmes dans lesquels l'individu est sommé de «performer» pour une cause qui le dépasse - celui la gloire de l'institution ou la victoire de la nation.  


La désertion est synonyme de prise de conscience, comme le montre admirablement le très beau "Déserter" de Mathias Enard à travers la désertion physique d'un soldat et la désertion par fidélité d'un mathématicien. 


Dans ces oeuvres, la désertion n'est pas la fin du courage, elle est le courage de la fin : celui de mettre un terme à ce qui n'a plus de sens pour soi.


On en reparlera, .

Thursday, February 05, 2026

ET S'IL FALLAIT PENSER UN 8è TEMPS DU SPORT ET DE LA GUERRE, CELUI DE LA DESERTION ?

Dans Parallèles des 7 récits de la guerre avec les 7 récits du sport, nous voulions montrer que la guerre et le sport partagent des structures narratives similaires.

Rappelons les :
- Le récit de la Confrontation,
- Le récit de l'Exploration,
- Le récit de la Fascination,
- Le récit de l'Amélioration,
- Le récit de la Simulation,
- Le récit de la Persuasion,
- Le récit de la Préemption.

Ces correspondances ne sont pas anodines - elles révèlent que le sport et la guerre fonctionnent selon des logiques parallèles. 


Sauf que ces sept parallèles révèlent aussi un grand impensé ; celui du refus !!


Que se passe-t-il quand ni le sport ni la guerre n'arrivent plus à mobiliser ? 


Quand les corps refusent l'optimisation et le toujours plus ?


Et si on utilisait la notion militaire de désertion pour poursuivre nos parallèles entre le sport et la guerre ?


Et si on réfléchissait à l'évolution et aux futurs du sport et de la guerre sous le prisme de la désertion ?


- Pour le sport, on pourrait appeler cela le récit de la Désaffection.

- Un récit qui ne peut pas et ne doit en aucun cas être réduit à une histoire de paresse !  

- La Désaffection, c’est le refus d'un contrat : celui qui dit que le corps doit être optimisé, mesuré, comparé, classé. 

- Dans la guerre, on pourrait appeler cela le récit de l’Insoumission.

- Un récit qui ne peut pas et ne doit surtout à être réduit à une histoire de manque de courage ! (Refuser d'obéir, c’est prendre beaucoup de risques à l'armée !!)

- L’Insoumission, c'est le refus d'un autre contrat : celui qui dit que le corps doit être disponible pour la violence et sacrifiable pour la nation.


- La Désaffection et l’Insoumission, c’est le corps qui se soustrait aux dispositifs de mobilisation totale.


- Le récit de la Désertion, c’est le corps qui dit : "Trouvez moi d’autres récits, je ne suis pas disponible pour ceux-là !


...


Nous y reviendrons évidement lors des prochaines Rencontres de la Prospective Sportive ® qui auront lieu le mercredi 18 mars autour de la question  "Et si demain, la guerre changeait le sport ?"