En 2017, le musée de l'Armée présentait «Dans la peau d'un soldat», une très belle exposition consacrée au quotidien des soldats de l’Antiquité à nos jours - catalogue là.
Le parti pris était franchement nouveau puisqu'il s'agissait de délaisser les phases spectaculaires du combat pour ne s'intéresser qu'à la vie ordinaire et très quotidienne des combattants.
C'était l'occasion de montrer et de rappeler que le soldat passe l'essentiel de son temps à s'entraîner, à se déplacer, à aménager ses positions ou à tromper l'attente plus qu'à combattre.
L'exposition était organisée en 15 séquences thématiques qui suivaient le rythme de la vie quotidienne du combattant.
1 - Dormir.
2 - Se laver.
3 - S'habiller.
4 - S'identifier.
5 - Marcher.
6 - Porter son équipement.
7 - Gérer ses munitions.
8 - Endurer.
9 - Boire et manger.
10 - Tenir.
11 - Communiquer
12 - Être augmenté.
13 - Combattre
14 - Être soigné
15 - Mourir.
Dans le cadre de la préparation de nos Rencontres du 18 mars prochain autour de la question « Et si la guerre changeait le sport ? », nous avons imaginé une exposition miroir qui pourrait s’appeler «Dans la peau d’un athlète».
Tout comme l'exposition originale se gardait bien de réduire le soldat au seul moment du combat, notre exposition refuserait de réduire l'athlète à l'instant de la compétition qui ne représente qu'une fraction infime de son temps, l'essentiel étant constitué par l'entraînement, les voyages, les régimes, la récupération, les soins, la douleur, l'attente...
C'est cet invisible que «Dans la peau d’un athlète» chercherait à rendre sensible et visible.
La structure de l’expo serait la même autour de 15 séquences similaires à celle du musée de l'Armée.
Voilà ce que cela pourrait donner.
1 - Dormir. « La nuit de l'athlète »
Comme le soldat, l'athlète est un professionnel du sommeil contraint. Le repos n'est pas un luxe : c'est une discipline.
2 - Se laver. « Les rituels du corps »
La section retrace l'évolution des pratiques d'hygiène sportive, depuis les thermes romains jusqu'aux bains de glace des rugbymen professionnels d'aujourd'hui.
3 - S’habiller. « Le maillot, entre perf et identité »
Comme l'uniforme militaire, la tenue sportive oscille en permanence entre deux fonctions contradictoires : la performance pure et l'affirmation d'une identité collective.
4 - S’identifier. « Insignes, numéros »
Dossard, numéro, brassard , tatouages , les rituels d'avant-match : l'athlète, comme le soldat, est recouvert de signes qui disent son appartenance, son rang, son histoire.
5 - Marcher. « Se déplacer pour concourir »
Le voyage forge l'identité collective de l'équipe tout autant que l'entraînement. Cette section retracerait l'odyssée logistique des athlètes à travers les siècles.
6 - Porter son équipement. « Le sac de sport »
Objet à la fois fonctionnel et intime, le sac de sport est le réceptacle de tout ce que l'athlète transporte avec lui - chaussures, rouleaux de strapping, carnet d'entraînement. La section proposerait une archéologie du sac de sport
7 - Gérer ses munitions. « Les réserves d'énergie »
La nutrition sportive, l’équivalent le plus direct des munitions du soldat. L’alimentation est l'énergie de l'athlète : les glucides avant l'effort, les gels énergétiques pendant la course, les protéines après l'effort. Cette section retracerait l’histoire de l’alimentation sportive
8 - Endurer. « Le corps à l'épreuve »
L’athlète, comme le soldat, affronte des conditions extrêmes. La section traite aussi des souffrances chroniques : les tendinites cachées, les fractures de fatigue, les blessures que l'on joue malgré tout.
9 -Boire et manger. « Le ventre de l’athlète »
Comme l'exposition originale montrait comment nourrir une armée est un enjeu stratégique, cette section montre comment l'alimentation de l'athlète est devenue une science et une industrie.
10 - Tenir - « Dans la tête… »
Tenir psychologiquement - dans la durée d'une carrière, dans la pression d'une finale, dans l'isolement d'une préparation hivernale - est l'un des défis les plus intimes de l'athlète. Visualisation mentale, sophrologie, travail avec les psys…
11 - Communiquer « Signaux et l'oreillette »
Cette section montrerait aussi comment les athlètes communiquent entre eux pendant la compétition, dans les langages codés des équipes sportives.
12 - Être augmenté. « Les frontières du corps »
Cette section interrogerait les limites technologiques, biologiques et éthiques de l'augmentation des performances. La question de savoir jusqu'où augmenter le corps avant que l'exploit ne soit plus humain ? est la même que celle posée sur le champ de bataille.
13 - Combattre - « L'instant décisif »
Comme l'exposition militaire se gardait de glorifier la violence du combat, cette section refuserait de réduire l'athlète à l'exploit spectaculaire. Elle s'intéresserait au contraire à ce qui se passe dans les secondes qui précèdent : la montée d'adrénaline, la concentration extrême, la peur, les automatismes acquis après des milliers d'heures d'entraînement.
14 - Être soigné - « Réparer, reconstruire »
Cette section s'intéresserait aux institutions qui prennent soin du corps de l'athlète blessé : le staff médical, les centres de rééducation, les chirurgiens spécialisés. Elle traiterait aussi des soins psychologiques — burn-out, dépression post-carrière, vide existentiel après le retrait.
15 - Mourir - « La petite mort »
La blessure grave, l'abandon sur blessure, la fin de carrière prématurée sont les formes sportives de la mort au combat. La question de la mémoire sportive trouve ici toute sa place : comment la biographie sportive survit-elle au corps qui l'a produite ?
Un miroir qui explique pourquoi le langage sportif a si naturellement emprunté ses métaphores au champ de bataille.
Reste maintenant à savoir si les nouvelles formes de guerres comme les nouveaux sports prolongeront ces parallèles ou en créeront de nouveaux ?
Dit autrement : et si les nouvelles façons de combattre auront une influence sur les nouvelles façons de concourir ?
Ou plutôt : et si les nouvelles façons de faire du sport auront une influence sur les nouvelles façons de faire la guerre ?
On en reparle le 18 mars avec « Et si la guerre changeait le sport ? »











