Monday, March 09, 2026

QUAND LA REBELLION DE 77 EST DEVENUE L'ÉLITISME DE 2026

Et si Nike avait digéré sa propre contre-culture ?


En 1977, Nike disait "la machine t'emprisonne - cours pour te libérer !"


En 2026, Nike dit "la machine est fascinante - cours pour être à sa hauteur !


Alors qu'en 77, l'équipementier s'adressait à tous les aspirants joggers, le message de 2026 s'adresse, lui, à une élite de l'effort qui cherche à repousser ses limites dans le trail


Le duel est passé d'une critique sociétale à une démonstration de puissance athlétique pure.


La rébellion de 1977 est devenue le lifestyle premium de 2026.


Dans l'esprit, ne reste plus que la phrase finale "Machines can't run" qui vient célébrer la supériorité de l'organique sur le mécanique.


Voir "Et si on remplaçait le moteur par le corps ?"

Saturday, March 07, 2026

NEIGE ARTIFICIELLE + CORPS AUGMENTÉ = UNE MÊME MUTATION INDUSTRIELLE ?

Si les JO d’hiver sont devenus un laboratoire de l’artificialisation de la nature, les Jeux Paralympiques d'hiver sont-ils - eux - en train de devenir un nouveau laboratoire de la "fusion homme-machine" ?


Au vu de certaines épreuves, on peut se poser la question.


- En monoski (Sit-ski), l'athlète fait corps avec un châssis en titane ou carbone doté d'un amortisseur haute performance (souvent issu de la technologie F1 ou du motocross). La mutation du corps ici est celle de la sangle abdominale et de l'équilibre de l'oreille interne, qui compensent l'absence de jambes.


- En snowboard para, les lames en carbone sont conçues pour absorber des impacts sur les genoux. Le corps de l'athlète devient une structure hybride capable de résister à des forces de compression extrêmes sur de la neige artificielle très dure.


- Dans les disciplines de vitesse (Descente/Super-G) pour malvoyants, les athlètes descendent à plus de 100 km/h (!!!) en suivant uniquement la voix de leur guide via un intercom. L’oreille remplace l’oeil.


- Dans le biathlon paralympique, les non-voyants utilisent des fusils laser qui transforment la précision visuelle en signal sonore. Plus le son est aigu, plus on est proche du centre. 


On a presque envie de dire que les JO d’hiver paralympiques n’ont plus grands choses à voir avec les Jeux des valides.


En effet, si les Jeux connaissent une vraie mutation environnementale (dépendance aux infrastructures), les Jeux Paralympiques connaissent eux - en plus !  - une mutation biologique et matérielle.


- Chez les valides, on "industrialise" la piste pour qu'elle soit une infrastructure parfaite.


- Chez les paras, on "industrialise" le corps pour qu'il soit une machine de performance parfaite.


Mais dans les deux cas, la "neige naturelle" et le "corps biologique" semblent presque devenir des variables obsolètes.

Thursday, March 05, 2026

2,4 MILLIONS DE MÈTRES CUBES


"Soit environ 2,4 millions de mètres cubes de neige artificielle, nécessitant près de 948 000 m³ d’eau, dont 580 000 m³ seulement pour le site de Livigno Mottolino - le snowpark olympique avec half-pipe et Big Air.


C'est l'équivalent de la consommation d'eau annuelle d'une ville de 20 000 habitants.

Wednesday, March 04, 2026

ET SI LES J.O D'HIVER N'AVAIENT PLUS BESOIN DE LA NEIGE... NI DE LA MONTAGNE ?

Regardons les choses objectivement (pour ne pas dire froidement)


Sur les 116 médailles d'or distribuées lors des JO d'hiver Milano-Cortina 2026, 55 n’ont rien à voir avec la neige.


En 2026, le ski alpin ne représente plus que 10 titres sur 116 !


Les JO d'hiver sont donc devenus, en majorité, des Jeux de «piste glacée», «d’échafaudage» et de «salle».


Pour les septiques, voilà le décompte précis :

- La « glace indoor » (patinoires) : 33 titres. C’est le plus gros bloc. Ces épreuves se déroulent dans des enceintes climatisées où la météo extérieure n'a aucune influence.


- Le « tube de glace » (pistes de bobsleigh) : 12 titres. Ici, on est à l'extérieur, mais sur une structure en béton réfrigérée artificiellement. On ne glisse pas sur de la neige, mais sur une paroi de glace vive de quelques centimètres d'épaisseur.


- Les « rampes du ski » : 10 titres. Bien que classés en "ski", les épreuves de sauts et de Big Air se déroulent sur des rampes d'échafaudage ou des tremplins où la "neige" n'est qu'un revêtement de réception ultra-compacté, souvent saupoudré de sel pour durcir la glace. 

Près de la moitié des épreuves (47% exactement) se jouent donc sans neige et ne dépendent plus du tout du climat, mais d’une infrastructure lourde.


D’où quelques réflexions 


- Les JO d’hiver ou le triomphe de la tuyauterie et du béton

- Une piste de bobsleigh/luge (comme celle de Cortina ou de Yanqing) coûte environ 100 millions d'euros à construire et nécessite des kilomètres de tuyauteries de refroidissement. 


- Un saut de Big Air nécessite une structure en échafaudage de 50m de haut posée sur un parking (comme à Pékin).


- C’est du "ski de laboratoire".


- En patinage de vitesse, les records ne tombent plus grâce à la météo, mais grâce au contrôle de l'hygrométrie et de la température de la glace au dixième de degré près.


- Les Pays-Bas dont le point culminant est à 322m, finissent troisième des Jeux grâce à une spécialisation extrême sur la glace circulaire.

- La «snow factory» ou quand la chimie remplace la météo

- 28% des épreuves se font sur neige artificielle. 


- A Cortina, 100% de la neige utilisée pour le ski acrobatique et le snowboard était artificielle.


- Pour le Big air ou le Half-pipe, la neige naturelle trop molle, trop changeante est remplacée par de la "glace broyée" ultra-compacte pour garantir la hauteur des sauts. 


- Le ski est devenu un sport de skatepark blanc plutôt qu'un sport de montagne.


- Dans l’épreuve de ski-alpinisme, c’est un escalier en bois qui faisait office de montage !!

- Une fracture culturelle : le style contre le chrono

- Un certain nombre de pays anglo-saxons (E.U, Canada, Australie,;;;) ont poussé le CIO à intégrer des disciplines comme le Slopestyle ou le Big Air pour capter l'audience jeune. 


- Le ski n'est plus un moyen de descendre une montagne le plus vite possible, mais un support de voltige.


- C’est le modèle X-Games, c'est à dire une culture de l'adrénaline où la créativité et la prise de risque spectaculaire comptent plus que la simple performance athlétique, qui devient peu à peu dominant. 


- La note artistique (le jugement humain basé sur l'esthétique et la difficulté technique) est devenue le juge de paix dans 32 épreuves exactement, soit 28 % du programme olympique !!

Le CIO privilégie désormais ces épreuves "hors-sol" car elles sont "transportables" sous toutes les latitudes.


On peut donc très bien imaginer dès aujourd'hui des JO d'hiver sans montagne.


D'où une possible double conclusion : 


Les JO d'hiver n'ont plus besoin de la montagne.


Et la montagne n'a plus besoin des JO d'hiver.


Tuesday, March 03, 2026

ET SI LE MONDE DU SPORT S'INTÉRESSAIT PLUS À LA PROSPECTIVE DE L'ARMÉE SUISSE ?

Lors des prochaines Rencontres de la Prospective Sportive ® du 18 mars prochain organisées au tour de la question "Et si la guerre changeait le sport ?" interviendra Quentin Ladetto, directeur de la veille technologique et prospective du Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports.

Dans ce cadre il utilise la démarché dite de "l'archéologie du futur" imaginée par Markus Iofcea pour l'armée suisse (programme Deftech / projet Suisse+)

Le principe fondateur de cette méthode est une inversion de la logique classique : au lieu de construire des scénarios à partir du présent pour imaginer le futur, on part d'artefacts imaginaires du futur - des objets, dispositifs ou systèmes qui n'existent pas encore - pour remonter vers le présent et identifier ce qui serait nécessaire pour les rendre réels.


Le processus se déroule en 4 phases : 

- exploration (trouver des artefacts),  

- décryptage (analyser leurs conditions d'existence),  

- vérification (confronter ces idées aux tendances actuelles)  

- intégration(traduire en stratégies concrètes). 

Les scénarios arrivent en dernier, comme cadres de validation, et non comme point de départ. 


L'artefact, lui, est le cœur du processus.


Sans présager de ce que nous présentera Quentin Ladetto le 18 mars prochain, nous avons voulu tester cette méthode sous le prisme de la question "Et si la prospective de l'armée pouvait aider le sport à penser son futur différemment ?"


Les acteurs du sport et les cabinets qui veulent les accompagner raisonnent encore majoritairement en extrapolation : on regarde les tendances et se projette à +3 ou +5 ans. 


Résultat ? les grandes disruptions (l'explosion du streaming, l'émergence du padel, la crise de sens chez les jeunes sportifs) arrivent souvent comme des surprises !!


Alors si on appliquait la méthode "l'archéologie du futur" au sport à l'horizon 2045, ça pourrait donner quoi ?


Voilà ce qu'au sein du Prospective Sport Lab ® on a imaginé.


Phase 1 – Exploration d'artefacts sportifs du futur


On inviterait des groupes (athlètes, entraîneurs, designers, philosophes, enfants) à "déterrer" des objets sportifs de 2045. 


Voilà les objets que nous imaginons avoir trouvés :

1. Le carnet de licence d'un club de foot amateur en 2045 qui mentionne une "clause de sobriété carbone" : le joueur s'engage à ne pas prendre l'avion pour des vacances pendant la saison, en échange d'une réduction de cotisation. Qu'est-ce que ça dit sur le rapport entre sport, écologie et vie privée ? 

2. L'ordonnance d'un médecin généraliste prescrivant "12 séances de trail en forêt" remboursées par la sécurité sociale, avec un QR code lié à une appli communautaire de groupe de course. Qu'est-ce que ça dit sur la médicalisation du sport santé et le rôle des clubs ? 

3. Un contrat d'athlète signé avec une IA-entraîneur plutôt qu'avec un entraineur et un club humain. Qu'est-ce que ça dit sur sur les futures compétences attendues des entraineurs quand l’IA sera partout ? 

4. Le bulletin scolaire d'un enfant de 10 ans avec une note en "intelligence motrice collective", une nouvelle matière qui a remplacé l'EPS classique. Qu'est-ce que ça dit sur ce qu'on valorise dans le sport, et comment on l'enseigne demain ?

Ces artefacts que nous avons imaginé ne sont pas des prédictions -  ils sont des provocations méthodiques !


Phase 2 – Décryptage / Reverse Engineering of Time


Pour chaque artefact, on remonterait le fil de leur création : quelles décisions, technologies, évolutions sociales ont dû se produire pour que cet objet existe ? 


Par exemple sur l'ordonnance médicale prescrivant le remboursement, on se demanderait "À quel moment les assureurs ont-ils décidé qu'un club de sport coûtait moins cher qu'un antidépresseur - et qui a perdu du pouvoir ce jour-là ? le corps médical ? les fédérations sportives ?" Ce sont des batailles de territoire qui se jouent maintenant, discrètement.

Ce processus révèle des angles morts que souvent la prospective classique rate.


Phase 3 – Vérification


Certains artefacts révèlent une plausibilité inattendue. 


D'autres pointent des vulnérabilités systémiques actuelles.


Phase 4 – Intégration stratégique


Il s'agit enfin de traduire des artefacts spéculatifs en décisions concrètes.


Voici ce qu’un des artefacts que nous avons imaginé - le carnet de licence avec clause carbone - pourrait imposer comme agenda stratégique immédiat.

- Il obligerait à repenser le contrat moral entre le club et le licencié 

- Les fédérations pourraient dès aujourd'hui ouvrir un chantier sur ce que signifie "être membre d'un club" au-delà de la pratique sportive. 

- Les fédérations pourraient expérimenter des "licences engagement" volontaires, avec des contreparties tangibles (réduction, accès prioritaire, matériel mutualisé) destinées à tester jusqu'où les pratiquants acceptent que le club entre dans leur mode de vie.  

- Ça serait aussi une façon d'anticiper les futures exigences réglementaires environnementales qui toucheront inévitablement le secteur sportif.

La grande valeur de cette l'archéologie du futur est de désinhiber la réflexion sans engager la responsabilité.


Elle crée un espace protégé pour penser l'impensable, pour transformer l'inconfort en ressource stratégique, et pour commencer à agir sur des signaux faibles avant qu'ils deviennent des crises.


Les futurs du sport ne seront pas inventés par ceux qui auront eu les meilleures prévisions. 


Il sera façonné par ceux qui auront eu le courage - et les outils - pour imaginer des futurs qu'ils ne souhaitaient pas forcément, et en tirer des leçons avant tout le monde.


C'est en ça que la logique militaire rejoint l'enjeu sportif : dans les deux cas, la vraie résilience ne vient pas de meilleures prévisions, mais d'une meilleure capacité à naviguer dans l'inconnu.


On en reparle le 18 mars avec Quentin !