Friday, August 28, 2026

VOILÀ CE SUR QUOI ON A TRAVAILLÉ CET ÉTÉ

Entre fin juillet et fin août, nous avons publié sur ce blog une vingtaine de posts qui partent d'une même intuition : le réchauffement climatique n'est pas une contrainte que le sport va simplement devoir «gérer» - c'est une force qui va le refaçonner de l'intérieur, dans ses infrastructures, ses métriques, ses institutions, ses imaginaires. 


Voici le fil de cette réflexion, telle qu'elle s'est construite semaine après semaine.


1. L'ombre comme nouvelle ressource économique


- Tout commence fin juillet avec un concept central : l'Économie de l'Ombre ®. 


- L'idée de départ est simple mais radicale : dans des villes qui vont régulièrement dépasser 40-45°C, l'ombre cesse d'être un agrément esthétique pour devenir une ressource rare, donc monétisable - au même titre que l'eau ou l'électricité.


- Cinq textes déroulent cette hypothèse à travers cinq strates du monde sportif :

- Les infrastructures : des stades qui vendraient leur « volume d'air frais » aux quartiers voisins, des servitudes d'ombre portée, une responsabilité civile thermique pour qui refuse d'ombrager ses surfaces.


- Les corps : une tolérance thermique qui deviendrait un critère de recrutement des athlètes, une tarification dynamique de l'accès au sport selon l'indice de chaleur, et donc une fracture sociale entre un « sport sous ombre » réservé aux catégories aisées et un « sport au soleil » pour les autres.


- La gouvernance : des fédérations qui redistribueraient les grandes compétitions selon la capacité d'ombrage des villes hôtes, et l'apparition d'un « arbitre thermique » indépendant, financé par les assureurs, capable d'interrompre un match.


- Les médias : la chaleur comme aubaine publicitaire — matchs fragmentés en micro-séquences très rentables, apparition d'un second prime time à l'aube, droits TV indexés sur l'indice thermique.


- Les équipementiers : le constat que des marques comme Nike n'ont, au fond, presque aucune réponse technique à la chaleur, et que la valeur pourrait leur échapper au profit des géants du BTP bioclimatique, des préparateurs physiques et des acteurs de la medtech.

2. Nike comme cas d'étude, entre critique et fiction


- Début août, la réflexion se resserre sur un acteur précis : Nike


- D'abord un texte critique sur deux publicités Nike (Aero-FIT, «air conditioning for athletes») lues comme un aveu d'impuissance technique plutôt qu'une vraie solution.


- Puis bascule dans la fiction prospective avec Nike Atmosphere : un récit en trois actes (Brisbane 2032, Madrid 2036, Mumbai 2040) où la marque cesserait progressivement de vendre des vêtements pour vendre des brevets climatiques - dômes, corridors d'air, enrobés réfléchissants - sans jamais porter elle-même le risque de construction. 


- Le fil rouge : «Demain Nike ne vendra plus seulement des chaussures, Nike vendra aussi de l’air climatisé


3. Le sport déjà déconnecté du climat réel


- S'ensuit un diagnostic chiffré : à Paris 2024, 61% des titres olympiques ont déjà été décernés dans des enceintes climatisées, et ce chiffre grimperait à 80% à Los Angeles 2028


- Le sport de haut niveau s'est déjà largement affranchi des saisons et du climat extérieur - bien avant qu'on en ait vraiment pris conscience.


- Ce constat ouvre une hypothèse plus dérangeante : et si le sport devenait le laboratoire de la privatisation du climat ? 


- Micro-climats sous dôme, ségrégation entre un climat public dégradé et un climat privé payant réservé aux athlètes et VIP, techno-solutions qui évitent de réduire les émissions plutôt que d'affronter le problème. 


- Un post de synthèse relie ces quatre textes autour d'une formule : l'apartheid climatique ®.


- La réflexion se prolonge avec une référence à Rem Koolhaas et son concept de Junkspace - cet espace commercial sans mémoire, tenu par l'air conditionné. 


- Transposé au sport, cela donne le Junksport ® : un sport sans mémoire saisonnière, disponible partout et tout le temps, qui fonctionne à crédit sur la biosphère comme le centre commercial fonctionnait à crédit sur la ville.


4. Vers un sport qui protège plutôt qu'il ne consomme


- À partir de la mi-août, le ton change : après le diagnostic vient la proposition. 


- Naît le concept de Réensauvagement Défensif Sportif ® (Sport Defensive Rewilding ®) : utiliser le retour du sauvage comme bouclier contre les dérèglements climatiques plutôt que de fuir vers des enceintes artificielles. 


- Une charte en quatre points en pose les bases pratiques, comme outil d'écologie politique et sportive.


- Ce mouvement prend une forme institutionnelle avec l'idée d'un INSER - Institut National du Sport et du Réensauvagement — pensé comme le miroir subversif de l'INSEP : non plus un centre d'excellence pour les médailles, mais pour la protection du vivant, implanté en milieu sauvage plutôt que sur un campus ultra-moderne.


- Un détour littéraire vient nourrir cette veine plus offensive : Le Gang de la Clé à Molette d'Edward Abbey, transposé au milieu de l'UTMB, avec la questionde savoir où s'arrête la désobéissance écologique et où commence l'éco-terrorisme.


- Fin août, un point d'étape reprend l'ensemble : si les XIXᵉ et XXᵉ siècles ont été ceux de la mécanique, le XXIᵉ sera celui du corps. 


- Le texte relie l'impasse du mot «sport», le pivot vers les mobilités actives (les «4 souffles ®»), et le saut écologique vers le rewilding comme accélérateur.


5. Trois nouvelles métriques pour mesurer la performance


- La série se referme sur ce qui en est peut-être la synthèse conceptuelle la plus aboutie selon nous : une proposition de trois nouvelles métriques de la performance sportive - captation, substitution, régénération.

- La captation correspond au corps-machine actuel, celui qu'on optimise pour lui-même (calories, données GPS).


La substitution valorise le corps comme alternative au moteur - l'effort physique comme outil de décarbonation du quotidien.


- La régénération va plus loin : le corps n'est plus seulement dans la nature, il fait corps avec elle, et sa performance se mesure à ce qu'il apporte à son environnement plutôt qu'à ce qu'il en extrait.

- Ces trois métriques ne sont pas hiérarchisées - elles ne remplacent pas la performance sportive classique, elles l'élargissent à un nouveau domaine : celui de l'écologie. 


- D'où la question qui clôt la réflexion de l'été : l'écologie peut-elle elle-même devenir «performable» ?


- Ce qui traverse tous ces textes, c'est une même obsession : refuser de traiter le climat comme un simple aléa que le sport devrait «gérer» via la climatisation et la technologie, et explorer plutôt comment il pourrait redevenir un outil de préservation et de nouvelles relations au vivant. 


- Entre diagnostic économique (l'Économie de l'Ombre ®), critiques institutionnelles (l'apartheid climatique ®, le Junksport ®) et propositions (le rewilding défensif ®, les nouvelles métriques ®), on a tenté de construire, post après post, une trame pour penser les deux principaux défis auxquels le sport va être confronté : celui du dérèglement climatique et de la destruction du vivant

Thursday, August 27, 2026

ET SI LE VRAI TRAIL SE JOUAIT LE MARDI MATIN ?

Chamonix, fin août. 


Le cirque médiatique de l'UTMB est bien rodé. 


Des milliers de coureurs déferlent sur le massif du Mont-Blanc. 


Ils ont accumulé des running stones comme des bons points à l'école primaire, dépensé des fortunes en matériel dernier cri, et brûlé des kilos de carbone en transports pour venir piétiner des sentiers ultra-fréquentés sur un massif déjà en très très grande souffrance.


Pour quoi ? Pour s'offrir le frisson d'un statut social sur Strava, une médaille en plastique recyclé et la fierté d'avoir souffert pendant trente heures sous les projecteurs.


Puis dimanche soir soufflé va retomber. 


Et dès le lundi matin, la très très grande majorité de ces passionnés d'endurance va s'enfermer docilement dans sa voiture ou dans des transports en commun. 


Leur obsession du dépassement de soi va s'évaporer instantanément au moment de franchir le seuil de la vie quotidienne.


Et ils feront la même chose mardi matin


Et probablement les jours suivants...


Ce grand écart schizophrénique met à nu l'hypocrisie du "sport-nature" à la mode UTMB

- d’un côté, une débauche d'effort gratuit et merchandisé 

- de l'autre, un corps du quotidien totalement résigné à la dépendance de la mobilité motorisée


Face à cette impasse, nous proposons qu’une rupture s'impose : abandonner la bulle du sport-loisir pour basculer vers le Trans-Sport ®, c'est-à-dire la réhabilitation de la puissance motrice du corps humain comme mode de déplacement quotidien.


Voir : les 3 futurs métriques de la performance sportive ?


C'est le rôle de la métrique de substitution que nous proposons . 


Le calcul est d'une simplicité biblique : transformer ses trajets quotidiens domicile-travail en course à pied (le run commuting), c'est l'essence même du trail. 


De l'autonomie, du dénivelé urbain, zéro carburant, et du temps de vie regagné sur une existence sédentaire. 


L'effort physique retrouve sa valeur fonctionnelle et sociétale : il remplace le moteur.


Mais voilà : courir le mardi matin pour choper sa réunion de 9 heures est beaucoup moins glamour que de franchir une ligne d'arrivée sous des applaudissements à Chamonix !!! 


Pourtant, la substitution ne saurait être l'horizon ultime. 


Courir au milieu des pots d'échappement sur du bitume surchauffé reste une aberration environnementale et sanitaire. 


Pour que la mobilité active devienne pleinement soutenable, elle doit s'accompagner d'une transformation profonde du milieu urbain : c'est le domaine de la métrique de régénération.


Dans cette perspective, le sport ne se contente plus d'éviter des émissions de CO₂ : il devient un outil direct de réensauvagement et de restauration biologique. 


Remplacer le spectacle de l'UTMB par la discipline quotidienne du trajet travail-domicile n'est pas une déchéance épique ou un renoncement, c'est au contraire l'accès à une vraie maturité écologique.

Wednesday, August 26, 2026

VERS UNE NOUVELLE MÉTRIQUE DU CORPS SPORTIF ?

Au sein du Prospective Sport Lab ®, nous sommes actuellement engagés dans une réflexion sur la possibilité qu’émerge dans les années qui viennent une nouvelle métrique de la performance sportive.


Dans un premier temps, nous avons exposé le détail de notre process de réflexion : et si on posait les bases d’une nouvelle métrique sportive écologique ? 


Puis nous avons synthétisé cette démarché au tour de trois nouvelles métrique de la performance sportive : captation, substitution, régénération


Ces trois métriques (captation, substitution, régénération) dessinent une transition majeure : elles déplacent le sport d'une logique de gestion/optimisation d'un corps à une relation d'éco-dépendance entre le corps et son milieu.


C’est évidement pas totalement neutre quand on s’intéresse au sport et au corps !!!


Reste maintenant à expliquer comment et pourquoi le changement de métriques sportives pourraient transformer la conception même du corps sportif performant.


Pourquoi ces métriques sportives incitent à penser le corps autrement.


En modifiant ce que l'on mesure, on modifie la perception et l'usage du corps.

La métrique de captation : le corps machine. Un organisme isolé qu'il faut optimiser (calories, données GPS) et équiper. C'est un corps recentré sur sa propre performance individuelle.

La métrique de substitution : le corps alternatif au moteur. L'effort physique retrouve une valeur fonctionnelle et sociétale : se déplacer, décarboner le quotidien. Le corps redevient un outil d'autonomie et de sobriété.

 La métrique de régénération : le corps acteur écosystémiqueLe corps n'est plus seulement dans la nature, il fait corps avec le vivant. Sa performance ne se mesure plus à ce qu'il prend ou dépense pour lui-même, mais à ce qu'il apporte à son environnement.

Ces critères donnent clairement naissance à une nouvelle métrique corporelle. 


Notre nouveau cadre conceptuel des métriques sportives ne mesure plus seulement ce que le corps brûle ou extrait, mais ce qu'il préserve, décarbone et régénère.


On ne sort donc pas du paradigme de la performance sportive, on l’élargit à un nouveau domaine celui de l’écologie


Question : l’écologie devient elle-même performable ?


C’est pas forcément totalement insignifiant pour penser demain !