Monday, August 17, 2026

ET SI LE MONDE DU SPORT S'EMPARAIT DU CONCEPT DE "RÉENSAUVAGEMENT DÉFENSIF" ?

Le réchauffement climatique va changer le sport.

Il va changer ses pratiques, ses infrastructures, ses imaginaires. 
.
Dans 50 ans, le sport ne ressemblera plus à celui que l'on connait aujourd'hui.

Le sport est né de la révolution industrielle de la vapeur et de l'électricité dans l'imaginaire d'une planète aux ressources infinies.

La sport va devoir se réinventer avec la révolution industrielle de l'IA et sur une planète à bout de souffle où vont se multiplier les catastrophes climatiques.

Tout cela est connu et évident.

On voit donc émerger une partie du monde sportif qui va tout faire pour se couper des nouvelles réalités écologiques et tenter de se protéger dans un apartheid climatique ® - .

Mais on peut aussi imaginer que parallèlement de nombreux sportifs refusent cette logique et utilisent au contraire le sport comme un outil de combats écologiques

C'est en tout cas le pari que nous faisons au sein du Prospective Sport Lab ®.

Et nous avons même donné un nom à ce mouvement avec le Réensauvagement Défensif Sportif ® ou Sport Défensive Rewilding ®.

Dans ce post, on pose les premières bases de ce concept de Réensauvagement Défensif Sportif ®.

Le réensauvagement défensif (defensive rewilding) est une approche de la restauration écologique qui utilise le retour de la nature sauvage et des processus naturels comme un moyen d'action défensif face à deux grands types de menaces :


- La défense environnementale et climatique


Dans ce cadre, la réintroduction d'espèces ou la libre évolution des milieux naturels servent de bouclier contre les perturbations climatiques ou écologiques :

- Prévention des risques naturels : restaurer des zones humides ou laisser les castors réinvestir des cours d'eau pour créer des tampons naturels contre les inondations, filtrer l'eau et ralentir les incendies. 

- Résilience des écosystèmes : favoriser des forêts mixtes et sauvages plus résilientes face aux ravageurs et à la sécheresse qu'une monoculture gérée par l'homme.

- La défense territoriale et géopolitique


Dans un sens socio-politique ou stratégique, le concept désigne le fait de laisser des zones de frontière ou des espaces tampons retourner à l'état sauvage afin de créer des barrières naturelles :

- Obstacle naturel : les forêts denses, les marécages non entretenus et le relief brut offrent un terrain difficile à traverser ou à militariser, servant de zone tampon passive. 

- Sanctuarisation : l'abandon ou la protection stricte de certains territoires évite l'étalement urbain, l'exploitation industrielle ou le mitage du paysage en y réimplantant une faune/flore sauvage difficilement compatible avec les infrastructures humaines.


À l'horizon 2030, appliquer le réensauvagement défensif aux pratiques sportives aurait donc vocation à réinventer la façon d'aménager le territoire et de pratiquer le sport face au changement climatique et à la dégradation des milieux.


- Des infrastructures sportives "défensives" et auto-protégées


Dans 10 à 15 ans, les équipements sportifs traditionnels (stades, complexes) subiront de plein fouet les canicules, les inondations et le coût de l'énergie. 


Le réensauvagement défensif propose d'utiliser la nature comme bouclier pour maintenir ces pratiques :

- Stades et terrains auto-rafraîchissants : utilisation de forêts micro-climatiques et de zones humides sauvages autour des terrains pour créer des îles de fraîcheur naturelles, évitant l'usage de climatisation ou d'arrosage massif. 

- Bassins de rétention et zones tampons sportives : des parcours de trail, de VTT ou de street-workout intégrés dans des zones de expansion des crues. Quand il pleut trop, ces espaces absorbent l'eau et protègent la ville ; le reste du temps, ce sont des terrains de jeux bruts.

- Du terrain calibré au terrain instable


D'ici 10 à 15 ans, la dépendance aux infrastructures lourdes (neige artificielle pour le ski, gazon synthétique issu du pétrole, gymnases énergivores) deviendra de moins en moins tenable.

- La fin du "tout-aménagé" : transition du ski de piste vers le ski de rando ou le trail hivernal sur des reliefs sauvages ; abandon des parcours de golf hyper-arrosés au profit de parcours multi-sports en végétation spontanée. 

- Le sport comme outil de restauration écologique : des événements sportifs "défensifs" où la pratique est couplée à la protection du milieu (ex: courses d'orientation qui évitent ou protègent activement certaines zones de régénération forestière, plogging de grande échelle).

- Résilience physique et entraînement "tout-terrain"


Face à des environnements futurs plus imprévisibles (vagues de chaleur, météo extrême), la préparation physique sportive évolue :

- Entraînement à la variabilité : abandon de la recherche de la performance sur surface parfaite au profit de la capacité d'adaptation du corps aux sols dégradés, à la chaleur ou aux éléments sauvages. 

- Micro-aventures et autonomie : développement massif des sports d'itinérance légère (bikepacking, packraft, bushcraft sportif) où le pratiquant apprend à évoluer dans une nature réensauvagée sans laisser de trace et en gérant son autonomie.

On vous laisse y réfléchir.


Et on poursuit, dans nos prochains postsla réflexion sur la façon dont ce concept de Sport Défensive Rewilding ® pourrait devenir un outil central d'écologie politique et sportive.

Friday, August 14, 2026

DU JUNKSPACE AU JUNKSPORT® ?

Dans son livre Harvard Design School Guide to Shopping (2001), écrit avec ses étudiants du Harvard Project on the City, Rem Koolhaas analysait la transformation de la ville contemporaine sous l’effet de la culture de consommation. 


Au cœur de cette mutation, il identifiait deux inventions technologiques majeures comme les véritables catalyseurs de l'explosion des centres commerciaux américains : la climatisation et l'escalator.


Soit deux nouvelles prothèses corporelles : 

- l’une - l’escalator - pour éviter de se fatiguer

- l’autre - la climatisation - pour éviter d’avoir trop chaud.


Rem Koolhaas décrivait comment ces deux prothèses avaient suffi à dissoudre la ville traditionnelle dans un continuum marchand illimité qu'il qualifiait de Junkspace.


Le Junkspace, c'est à dire un espace sans mémoire, sans limites, tenu uniquement par des flux d'air conditionné. 


Incarnation parfaite du Junkspace, le shopping mall n'impose pas un style architectural, il impose juste une prothèse climatique : un été perpétuel, coupé du dehors, où le corps oublie la météo pour mieux se laisser absorber par l'acte d'achat.


Vingt-cinq ans plus tard, ce n'est plus le centre commercial qui expérimente la privatisation du climat, c'est le sport. 


Le sport de haut niveau reproduit, à l'échelle planétaire, le geste inaugural de Koolhaas : s'affranchir du dehors plutôt que s'y adapter.


Mais ce qui se joue maintenant dépasse le seul stade climatisé : c'est le sport comme système qui - avec le réchauffement climatique - bascule dans ce régime de l'artificialisation et de la climatisation. 


Appelons-le ce nouvel espace sportif le Junksport ®.


- Le Junkspace, chez Koolhaas, désignait un espace 

- sans mémoire architecturale

- perpétuellement neuf, 

- coupé de toute contrainte extérieure. 

- Le Junksport ® en est la transposition calendaire : 

- un sport sans mémoire saisonnière

- disponible partout, 

- tout le temps, 

- indifférent au lieu comme au climat qui l'accueille. 

C'est là que la boucle se referme sur les analyses de R.Koolhaas

- Le Junkspace fonctionne à crédit sur l'espace urbain, qu'il vide peu à peu de sa substance historique pour le remplacer par un présent commercial perpétuel


- Le Junksport ® fonctionne à crédit sur la biosphère qu'il épuise en temps réel pour maintenir un présent compétitif perpétuel

Tuesday, August 11, 2026

ET SI LE SPORT DEVENAIT LE LABORATOIRE DE LA PRIVATISATION DU CLIMAT ?

Dans nos deux précédents posts, nous montrions qu'aujourd'hui les J.O se déroulent dans des univers de plus en plus déconnectées des réalités climatiques () et qu'il n'était donc pas totalement abérrant d'imaginer qu'un jour Nike puisse se lancer dans la conception d'enceintes sportives au climat régulé ()


Quand on prolonge ces deux réflexions, on peut vite être amené à se poser une question toute simple : et si demain le sport cessait d’être un simple miroir des crises environnementales, pour devenir le grand laboratoire d'expérimentation de la privatisation du climat ?


Cette hypothèse n'est plus une fiction : le monde du sport est déjà engagé dans une transition vers la marchandidisation de micro-climats contrôlés, solvables et privatisés - et .


1. La création de micro-climats sous clé


À mesure que le climat extérieur devient imprévisible et hostiles, le sport de haut niveau réagit non pas en s’adaptant aux écosystèmes, mais en s'affranchissant du climat naturel.

- L’artificiel comme norme : Jeux Olympiques d'hiver sur 100 % de neige artificielle (Beijing 2022), stades climatisés en plein désert (Qatar 2022), ou pistes de ski indoor géantes.


- Les dômes environnementaux : On voit émerger des structures géantes où la température, l'hygrométrie et le niveau d'oxygène sont stabilisés. L’accès à un air frais, respirable et adapté à la performance devient un actif monétisable.

2. Un modèle économique de la ségrégation climatique


Le sport sert de laboratoire à une économie de l’enclave résiliente.

- D’un côté, le climat public (hors du dôme) est subi, gratuit et dégradé : la population générale y fait face aux pénuries d'eau et d'énergie.


- De l'autre, le climat privé (dans le dôme ou le stade) est payant, filtré et optimisé : il est réservé aux athlètes, aux VIP et aux spectateurs solvables, en bénéficiant d'une priorité énergétique absolue pour le refroidissement ou l'enneigement.

Le sport valide socialement l’idée que ceux qui paient ont droit à un climat sur mesure, pendant que le reste de la population subit de plein fouet les aléas d’une biosphère détériorée.


3. La techno-solution au service de l'évitement


En transformant les enceintes sportives en enclaves étanches, le sport envoie un message politique puissant : «Ne réduisons pas nos émissions, construisons plutôt des murs thermiques

- Captation des ressources : La production de neige de culture ou le refroidissement des stades consomme des volumes gigantesques d'eau et d'électricité, asséchant davantage les bassins versants environnants pour préserver l'îlot de fraîcheur privé. 

- Normalisation du virtuel : Les événements migrent progressivement vers des environnements de réalité augmentée ou des salles de simulation (e-sport, cyclisme sur plateforme virtuelle), actant l'abandon du monde physique extérieur.

4. Les jalons du laboratoire

- L’ère de l'adaptation (Passé) : Reprogrammer les horaires des marathons à 4h du matin pour éviter la chaleur.


- L’ère du conditionnement (Présent) : Climatiser des structures ouvertes et fabriquer 100 % des conditions météorologiques de compétition


- L’ère de la privatisation (Futur proche) : Des cités du sports étanches où l'accès à un environnement vivable est réservé aux événements sportifs et à leurs ayants droit.

Le sport devient l'avant-garde d'un apartheid climatique, en démontrant la faisabilité technique et l'acceptabilité sociale de la privatisation de l'air ambiant et de la température.


On vous laisse y réfléchir.

Friday, August 07, 2026

ET SI LES J.O NE DÉPENDAIENT DÉJÀ PLUS DES SAISONS, NI DU CLIMAT ?

Il y a quelques jours, on publiait Nike Atmosphere.


Nike Atmosphere est le récit d'un Nike qui, après Los Angeles 2028, cesserait progressivement de ne vendre que du textile et des chaussures pour aussi vendre de l'air, de l'ombre et des brevets climatiques aux organisateurs des grands événements sportifs comme les Jeux Olympiques.. 


Avec le Nike Dome™, le Swoosh Corridor™ ou l'Atmosphere Shield, on imaginait un Nike vendant du climat sécurisé à un milieu sportif totalement désorienté par le changement climatique.


On peut se dire que Nike Atmosphere n'est qu'une pure fiction pas très réaliste.


Oui.


Oui, sauf que…


Sauf que... 


Sauf qu'aujourd'hui le climat des Jeux Olympiques d'été est déjà largement artificialisé.


L'artificialisation climatique des J.O n'est pas une hypothèse pour 2032. 


C'était déjà un fait réel en 2024 !!!


À Paris, 61 % des 329 titres olympiques ont été décernés dans des enceintes climatisées - bassins couverts, dojos, arénas, vélodromes fermés - totalement indifférentes à ce qui se passait dehors. 

- Si on ajoutele plein air «synthétique» - dalles, gazons traités, tirs sur pelouses stabilisées - ce sont 78 % des médailles d'or qui échappent déjà au climat réel.

À Los Angeles en 2028 ce chiffre grimpera à 80 % !!!

- A Los Angeles en 2028, 80 % des titres olympiques se joueront dans des enceintes climatisées, sur des dalles en béton ou dans des stades entièrement fermés aux aléas de la météo.


- LA28 comptera 351 épreuves, soit 22 de plus qu'à Paris, avec une répartition qui se déplace encore un peu plus vers l'indoor.


- La «bulle à température contrôlée» représentera environ 218 épreuves, soit 62 % du total, portée par une concentration massive de salles géantes et de complexes couverts (Crypto.com Arena, Intuit Dome, Peacock Theater...). 

Il y a quelques mois, nous nous demandions "et si les J.O d'hiver n'avaient plus besoin de neige... ni de montagne ?"

- On aurait pu titrer notre post de ce jour "et si les J.O d'été n'avaient plus besoin du soleil... ni même du plein air ?


- Et même aller plus loin, en nous demandant : "la notion de J.O d'été a-t-elle encore un sens ?"

- D’où notre question titre : "et si les J.O n'avaient - en fait - plus rien à voir avec les saisons et le climat ?"

Des questions loin d'être aberrantes au vu du rôle qu'ont pris les assureurs et ré-assureurs dans l'organisation des grandes compétitions sportives depuis une quinzaine d'années - voir "et si c'était eux les vrais maitres de la nouvelle géopolitique du sport ?"


À méditer.