Wednesday, February 25, 2026

DANS LA PEAU D'UN ATHLÈTE COMME DANS LA PEAU D'UN SOLDAT ?

En 2017, le musée de l'Armée présentait «Dans la peau d'un soldat», une très belle exposition consacrée au quotidien des soldats de l’Antiquité à nos jours - catalogue .


Le parti pris était franchement nouveau puisqu'il s'agissait de délaisser les phases spectaculaires du combat pour ne s'intéresser qu'à la vie ordinaire et très quotidienne des combattants. 


C'était l'occasion de montrer et de rappeler que le soldat passe l'essentiel de son temps à s'entraîner, à se déplacer, à aménager ses positions ou à tromper l'attente plus qu'à combattre.


L'exposition était organisée en 15 séquences thématiques qui suivaient le rythme de la vie quotidienne du combattant.

 1 - Dormir. 

 2 - Se laver. 

 3 - S'habiller. 

 4 - S'identifier. 

 5 - Marcher. 

 6 - Porter son équipement. 

 7 - Gérer ses munitions. 

 8 - Endurer. 

 9 - Boire et manger. 

10 - Tenir.

11 - Communiquer

12 - Être augmenté. 

13 - Combattre 

14 - Être soigné

15 - Mourir.

Dans le cadre de la préparation de nos Rencontres du 18 mars prochain autour de la question  « Et si la guerre changeait le sport ? », nous avons imaginé une exposition miroir qui pourrait s’appeler «Dans la peau d’un athlète»


Tout comme l'exposition originale se gardait bien de réduire le soldat au seul moment du combat, notre exposition refuserait de réduire l'athlète à l'instant de la compétition qui ne représente qu'une fraction infime de son temps, l'essentiel étant constitué par l'entraînement, les voyages, les régimes, la récupération, les soins, la douleur, l'attente... 


C'est cet invisible que «Dans la peau d’un athlète» chercherait à rendre sensible et visible.


La structure de l’expo serait la même autour de 15 séquences similaires à celle du musée de l'Armée.


Voilà ce que cela pourrait donner.

1 - Dormir.  « La nuit de l'athlète »

Comme le soldat, l'athlète est un professionnel du sommeil contraint. Le repos n'est pas un luxe : c'est une discipline. 


2 - Se laver.  « Les rituels du corps »

La section retrace l'évolution des pratiques d'hygiène sportive, depuis les thermes romains jusqu'aux bains de glace des rugbymen professionnels d'aujourd'hui.


3 - S’habiller. « Le maillot, entre perf et identité »

Comme l'uniforme militaire, la tenue sportive oscille en permanence entre deux fonctions contradictoires : la performance pure et l'affirmation d'une identité collective. 


4 - S’identifier. « Insignes, numéros »

Dossard, numéro, brassard , tatouages , les rituels d'avant-match : l'athlète, comme le soldat, est recouvert de signes qui disent son appartenance, son rang, son histoire. 


5 - Marcher.  « Se déplacer pour concourir »

Le voyage forge l'identité collective de l'équipe tout autant que l'entraînement. Cette section retracerait l'odyssée logistique des athlètes à travers les siècles.


6 - Porter son équipement.  « Le sac de sport »

Objet à la fois fonctionnel et intime, le sac de sport est le réceptacle de tout ce que l'athlète transporte avec lui - chaussures, rouleaux de strapping, carnet d'entraînement. La section proposerait une archéologie du sac de sport


7 - Gérer ses munitions.  « Les réserves d'énergie »

La nutrition sportive, l’équivalent le plus direct des munitions du soldat. L’alimentation est l'énergie de l'athlète : les glucides avant l'effort, les gels énergétiques pendant la course, les protéines après l'effort. Cette section retracerait l’histoire de l’alimentation sportive


8 - Endurer.  « Le corps à l'épreuve »

L’athlète, comme le soldat, affronte des conditions extrêmes. La section traite aussi des souffrances chroniques : les tendinites cachées, les fractures de fatigue, les blessures que l'on joue malgré tout. 


9 -Boire et manger. « Le ventre de l’athlète »

Comme l'exposition originale montrait comment nourrir une armée est un enjeu stratégique, cette section montre comment l'alimentation de l'athlète est devenue une science et une industrie. 


10 - Tenir - « Dans la tête… »

Tenir psychologiquement - dans la durée d'une carrière, dans la pression d'une finale, dans l'isolement d'une préparation hivernale - est l'un des défis les plus intimes de l'athlète. Visualisation mentale, sophrologie, travail avec les psys…


11 - Communiquer « Signaux et l'oreillette »

Cette section montrerait aussi comment les athlètes communiquent entre eux pendant la compétition, dans les langages codés des équipes sportives.


12 - Être augmenté. « Les frontières du corps »

Cette section interrogerait les limites technologiques, biologiques et éthiques de l'augmentation des performances. La question de savoir jusqu'où augmenter le corps avant que l'exploit ne soit plus humain ? est la même que celle posée sur le champ de bataille.


13 - Combattre - « L'instant décisif »

Comme l'exposition militaire se gardait de glorifier la violence du combat, cette section refuserait de réduire l'athlète à l'exploit spectaculaire. Elle s'intéresserait au contraire à ce qui se passe dans les secondes qui précèdent : la montée d'adrénaline, la concentration extrême, la peur, les automatismes acquis après des milliers d'heures d'entraînement. 


14 - Être soigné - « Réparer, reconstruire »

Cette section s'intéresserait aux institutions qui prennent soin du corps de l'athlète blessé : le staff médical, les centres de rééducation, les chirurgiens spécialisés. Elle traiterait aussi des soins psychologiques — burn-out, dépression post-carrière, vide existentiel après le retrait.


15 - Mourir - « La petite mort »

La blessure grave, l'abandon sur blessure, la fin de carrière prématurée sont les formes sportives de la mort au combat. La question de la mémoire sportive trouve ici toute sa place : comment la biographie sportive survit-elle au corps qui l'a produite ?

Un miroir qui explique pourquoi le langage sportif a si naturellement emprunté ses métaphores au champ de bataille.


Reste maintenant à savoir si les nouvelles formes de guerres comme les nouveaux sports prolongeront ces parallèles ou en créeront de nouveaux ? 

Dit autrement : et si les nouvelles façons de combattre auront une influence sur les nouvelles façons de concourir ?


Ou plutôt : et si les nouvelles façons de faire du sport auront une influence sur les nouvelles façons de faire la guerre ?

On en reparle le 18 mars avec « Et si la guerre changeait le sport ? »

Tuesday, February 24, 2026

ET SI DEMAIN, LA GUERRE CHANGEAIT LE SPORT ? / LE PROGRAMME

Les prochaines et dixièmes Rencontres de la Prospective Sportive ® auront lieu le 18 mars 2026 autour de la question "Et si demain, la guerre changeait le sport ?"

Nous analyseront la façon dont les guerres alimentent les imaginaires, les pratiques et le marketing du sport.

Voici le programme 

En introduction François BELLANGER, un des animateurs du Prospective Sport Lab ® , se demandera s'il ne serait pas temps de renouveler un peu notre pensée sur le corps sous le prisme de la guerre et du sport ?

C'est pour mieux comprendre ces nous nouvelles réalités que nous aurons trois invités.

Pour comprendre ce que seront les combattants demain  : Quentin Ladetto explorera la dualité du soldat du futur, naviguant entre high-tech et low-tech. À l’intersection des mondes digitaux et physiques, il nous expliquera comment maintenir la résilience et la survie d'un combattant désormais attaqué autant physiquement que cognitivement, là où la préparation mentale devient l'ultime rempart. 


Directeur de la veille technologique et prospective au sein du Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports (Suisse), Quentin Ladetto est un expert reconnu de la veille et de la prospective.



Pour comprendre les mutations technologiques : le Colonel Bruno de San Nicolas témoignera d'une réalité concrète : l'intégration de l'esport au sein des armées. Entre entraînement cognitif et recrutement, il nous expliquera comment la culture du gaming façonne le soldat de demain et brouille la frontière entre performance athlétique et maîtrise technologique.


Conseiller en stratégie et transformation numérique au Ministère des armées, Bruno de San Nicolas est à l'origine du déploiement de l'esport au sein de l'Armée française.


Pour décrypter la guerre d'influence : Avec Olivier Mauco, président de l’Observatoire Européen des Jeux Vidéo, nous explorons comment le jeu vidéo est devenu un levier de soft power et une arme de propagande géopolitique, redéfinissant les règles de la "compétition" entre les nations au-delà des stades traditionnels.


Chercheur en sciences politiques, Olivier Mauco est un fin analyste des enjeux géopolitiques autour de la production des jeux vidéo.

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Ces dixièmes Rencontres de la Prospective Sportive ® se dérouleront le mercredi 18 mars 2026, de 9h00 à 12h30 au Petit Bain situé au pied de la Grande Bibliothèque au 7 Port de la Gare, Paris 13° - métro Quai de la Gare (ligne 6).


Pour vous inscrire, il suffit d'envoyer un mail à francois.bellanger@gmail.com en disant "Je viens" ou "Nous venonssi vous êtes plusieurs avec vos noms.

Sunday, February 22, 2026

6 ROMANS POUR RÉFLÉCHIR AUX 4 SOUFFLES ?

Ce post est le prolongement direct mais sous un angle romanesque de "6 penseurs / 4 souffles / 1 monde habitable"

Afin de donner du vivant aux approches théoriques des 6 penseurs qui nous ont aidé à penser les 4 souffles par opposition aux 4 routes, nous avons imaginé associer chacune de leur approche à un roman.

Les 4 Souffles ne se contentent pas de proposer d'autres façons de se déplacer, ils réhabilitent l’ontologie du mouvement.


Voici donc six romans qui parlent de la reprise de possession du monde par le corps, de la fin de la passivité technique et de la négociation directe avec les éléments.


1. Pour J. Rancière : "La Horde du Contrevent" d'Alain Damasio.

- Si Rancière veut rendre pensable ce qui a été effacé par les experts, Damasio, lui, le rend sensible. Dans ce roman, un groupe d'humains traverse le monde à pied, de l'enfance à la mort, pour affronter le Vent.


- Le lien avec les 4 Souffles : Ici, pas de moteur, pas de carte vue de dessus. La connaissance du territoire passe exclusivement par la foulée, le muscle et la résistance physique. C'est la "politique de l'arpentage" pure : ceux qui font le chemin sont ceux qui le pensent.

2. Pour C. Castoriadis : "Écotopie" d'Ernest Callenbach.

- Pour briser le blocage de l'imagination radicale, il faut voir le "faire autrement" en action. Ce roman culte imagine une société qui a fait sécession pour réinventer ses institutions et sa mobilité.


- Le lien avec les 4 Souffles : Callenbach montre que la technique n'est pas une fatalité mais un choix social. Il dé-fossilise l'imaginaire pour laisser place à une créativité radicale sur la manière de relier deux points.

3. Pour Ph. Descola : "L'Arbre-Monde" de Richard Powers.

- Le roman explore des vies humaines radicalement transformées par leur relation aux arbres - des entités avec lesquelles on négocie, auxquelles on doit quelque chose, qui agissent sur nous autant que nous agissons sur elles.


- Le lien avec les 4 Souffles : C'est l'anti-naturalisme occidental par excellence. La frontière nature/culture s'effondre non pas dans une cosmologie lointaine, mais depuis l'intérieur de la civilisation américaine contemporaine.

4. Pour B. Latour : "Dans la forêt" de Jean Hegland.

- Suite à un effondrement technologique, deux sœurs doivent apprendre à survivre dans leur maison isolée. Le moteur meurt, l'essence disparaît, et elles doivent littéralement "atterrir".


- Le lien avec les 4 Souffles : C'est le roman de la dépendance acceptée. Les soeurs cessent d'être des consommatrices pour redevenir dépendantes du cycle des saisons, de la résistance du bois et de la topographie réelle. C'est l'apprentissage de la relation aux éléments.

5. Pour B. Morizot : "Le Chant des pistes" de Bruce Chatwin.

- Ce livre qui n'est pas vraiment un roman explore la cosmogonie aborigène où le monde n'existe que parce qu'il est chanté et parcouru. Marcher, c’est maintenir la Terre en vie.


- Le lien avec les 4 Souffles : C'est le manuel du "corps-pisteur". La marche n'est plus un trajet, c'est une lecture de signes. L'humain ne traverse plus un décor, il réactive un milieu vivant par son seul souffle et sa foulée.

6. Pour P. Vacca : "Les Anneaux de Saturne" de W.G. Sebald.

- Un narrateur parcourt à pied le comté de Suffolk. Chaque pas déclenche une réflexion, chaque ruine une mémoire. Il construit, au fil de sa marche, un monde habitable fait de strates historiques et de sensations.


- Le lien avec les 4 Souffles : Sebald montre que le mouvement pédestre (le souffle) crée un "univers de sens". C'est la construction d'un monde par le récit de la trace. C'est une habitabilité fondée sur l'attention et la sédimentation du regard.

 On vous laisse y réfléchir...