Monday, September 07, 2026

COMMENT DANS NOS REFLEXIONS, LE CORPS A REMPLACÉ LE MOTEUR

Étape 1 d'un parcours intellectuel et conceptuel

______________________________________


En 1996, sortait "Transit - Les temps et les lieux de la mobilité" 


C’était un livre que j’avais eu envie d’écrire après avoir vécu au Canada en 94 et 95 pour travailler sur le transport aérien.


Le temps passé dans les avions, les voitures, les trains d'Amérique du Nord, m’avait donné du temps pour réfléchir à la révolution en cours des espaces de la mobilité - gares, aéroports, aires d'autoroute, centres commerciaux de périphérie - qui devenaient de vrais lieux de vie à part entière. 


Des lieux de vie, de travail, de consommation, de sociabilité. 


Tout le contraire des "non-lieux" comme avait osé les qualifier un mauvais ethnologue.


Mais Transit n'était pas seulement un livre sur les gares, les aéroports, le voitures, les avions et les trains.


C'était un livre sur un basculement civilisationnel qui était en train de se produire sous nos yeux et que nous percevions à peine dans toute son ampleur.


Ce basculement avait un nom : internet. 


Et un objet : le téléphone mobile.


En 1996, internet était encore balbutiant - le World Wide Web avait trois ans, les premiers téléphones mobiles grand public commençaient à peine à se répandre. 


Mais quelque chose était déjà perceptible pour qui regardait attentivement les gares, les aéroports, les halls d’hôtel, les compartiments des trains, les automobilistes… 


Quelque chose était en train de changer dans le rapport au temps de la mobilité.


Longtemps, le temps du transport avait été un temps entre-parenthèse de la vie quotidienne. 


Le temps de transport était le prix à payer pour être ailleurs.


Internet et le mobile allaient tuer ce temps subi. 


Définitivement. 


Radicalement.


Dès lors qu'on pouvait travailler dans le train, téléphoner dans la rue, envoyer un message depuis une salle d'attente, lire ses mails dans un aéroport - le transport cessait d'être un temps subi. 


Il devenait un temps choisi.


Il devenait un temps plein. 


Un temps où l'on pouvait tout faire - travailler, consommer, socialiser, s'informer, se divertir - exactement comme à la maison ou au bureau. 


Mieux : un temps affranchi des contraintes fixes de ces deux lieux.


Le temps de la mobilité n'était plus un temps mort à meubler. 


Il devenait un mode de vie à part entière.


La mobilité devenait mode de vie


La mobilité devenait un état permanent.


On ne se déplaçait plus pour aller quelque part. 


On se déplaçait parce qu'être en mouvement était devenu la condition normale de l'existence contemporaine. 


Et ce mouvement reconfigurait tout l'espace urbain. 


La ville entière devenait infrastructure de mobilité productive - un vaste espace où l'on pouvait tout faire partout, comme on voulait, quand on voulait.

Mais cette révolution de la mobilité connectée avait un angle mort. 


La mobilité connectée - celle qu'internet et le mobile rendaient possible - était une mobilité du cerveau et des doigts. 


Une mobilité de l'écran et du réseau. Elle permettait d'être partout mentalement et informationnellement tout en étant immobile physiquement ou en se déplaçant de façon passive, assis dans un véhicule.


Elle était, en ce sens, l'aboutissement de la logique motorisée - et non sa rupture. 


- Le moteur avait dissocié le déplacement de l'effort corporel. 


- Internet et le mobile dissociaient la présence de la localisation. 


Les deux ensemble produisaient un être humain capable d'être partout sans être nulle part - connecté à tout sans être ancré à rien.


Ce que cette double dissociation effaçait, c'était toujours la même chose : le corps !


Le corps en mouvement. 


Le corps qui fait l'effort de se déplacer. 


Le corps qui lit le territoire en le traversant physiquement. 


Le corps qui produit une connaissance du monde par sa présence sensible et motrice dans ce monde.


Il y avait certes le piéton qui téléphonait sur les trottoirs, mais on pensait plus «individu» que "corps" en mouvement.


Trente ans plus tard, cette observation sur l’absence du corps a pris une acuité nouvelle. 


Les pathologies de la sédentarité explosent dans les sociétés les plus connectées. 


Les troubles de l'attention, de l'orientation spatiale, de la proprioception - la capacité à sentir son corps dans l'espace - progressent dans les populations les plus mobiles informationnellement. 


La génération qui a grandi avec le smartphone dans la poche est la génération qui sait le moins se repérer sans GPS, lire un relief, sentir le vent.


Ce qu’on regardait à peine 1996, est devenu fondamental aujourd'hui.


Le corps, ses muscles, sa fatigue, sa souplesse,...


Le corps, les rapports au corps, le sport sont devenu essentiels pour penser notre société.


Et c'est pour cela que depuis une dizaine d'années, le corps a remplacé le moteur au coeur de nos réflexions.


Et que cela a tout changé.


On poursuit la réflexion dans le prochain post.

UN JOUR, LA COUVERTURE CHANGERA...

Un jour sur la couverture, ça sera la fille qui sera devant. 


Ça changera… Ça donnera à réfléchir… 


Un peu plus tard - dans un autre livre - on comprendra que la fille et le garçon ne font pas un marathon… mais du run commuting. 


Ils n’auront ni l’un ni l’autre de dossard numéroté.


Ils pratiqueront le trans-sport ®.


Ça changera… Ça donnera à réfléchir… 

On sera passé du marathon lié à la guerre, puis à la compétition, au marathon lié à la mobilité active et écologique.


Mais ça, ça sera plus tard.


Quand on commencera vraiment à s’interroger sur les nécessaires nouvelles vocations et nouvelles promesses du sport au XXI° siècle.


Ça changera… Ça donnera à réfléchir…


.

Saturday, September 05, 2026

ET SI LA FÉDÉRATION FRANÇAISE DE VOILE NE COMPRENAIT RIEN AU MONDE QUI VIENT ?

Le 4 septembre s'est élancée des Sables d'Olonne une magnifique course à la voile ; la Golden Globe Race.

La Golden Globe Race est un tour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance, créé en 2018 pour les cinquante ans du Golden Globe Challenge, le tout premier tour du monde en solitaire de l'histoire. 


La règle du jeu est simple : naviguer comme en 1968, avec des instruments de navigation d'époque (compas, cartes papier, pas de GPS), sur des bateaux de 32 à 36 pieds conçus avant 1988.


Sauf que cette course n'est pas reconnue comme une course par certaines instances sportives et notamment par World Sailing et la Fédération française de voile, car elle ne respecte pas leurs règles de sécurité. 


Le président de la FFVoile la qualifie de «belle aventure» comme un compliment, alors que c’est juste un moyen de féliciter les concurrents tout en leur déniant le statut de sportif de compétition. 


En soi, ce n'est pas très important, la course a lieu, et c’est l’essentiel. 


Reste que cette décision apparement anecdotique, pose quand même des questions sur la compréhension par certains de la révolution actuelle des imaginaires sportifs et environnementaux.


La Golden Globe Race est une course éminemment écologique ! Les voiliers sont des coques pré-1988 sans carbone, des bateaux qu'on peut facilement réparer, faire durer et transmettre. 


La FFV a le droit de préférer un règlement de sécurité parmi d'autres. 


Mais qu'elle vienne, en 2026, distribuer des brevets de légitimité sportive en refusant le statut de course à une compétition low-tech tout en ayant dans son calendrier officiel des courses comme Vendée Globe avec ses Imoca ultra polluants (entre 400 et 600 tonnes de CO2  pour construire un IMOCA neuf), est une position qui va être de plus en plus questionnable, 


Elle célèbre la course et la débauche technologique et snobe le geste sportif "low-tech" au moment précis où beaucoup commence à se demander si la performance à tout prix, matériaux composites et budgets pharaoniques compris, est encore une valeur défendable.


La FFV va-t-elle pouvoir continuer longtemps à adouber ce qui pollue et disqualifier ce qui dure ?


Et si le bilan carbone devenait la nouvelle mesure de la performance sportive ?


Elle est où aujourd'hui la vraie performance dans la voile ?


Il y avait l'opportunité pour la FFV de profiter du départ du Golden Globe Race pour développer un autre récit de la compétition que celui qu’elle développe habituellement sur les grande course au large. 


Mais non.


Rien.


Juste "C'est pas une course !"


La FFV vient de manquer une occasion de montrer qu'une fédération sportive pouvait encore avoir un temps d'avance sur son époque... plutôt qu'un temps de retard.


C’est dommage. 


L'inévitable grand virage doctrinale des fédérations sportives.