Wednesday, July 15, 2026

ET SI ON PENSAIT LE FUTUR DU SPORT SOUS L’ANGLE DU GRAS ?

Ce post inaugure une nouvelle série de Ruptures littéraires ®, sur la façon dont le roman japonais pourrait nous aider à repenser le corps et le sport demain (1)

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"Butter" d'Asako Yuzuki est un petit roman japonais qui mélange très habilement critique sociale, journalisme et gastronomie.


L'intrigue en quelques mots


L'histoire est celle de Rika, une jeune journaliste trentenaire célibatairel, qui tente d'obtenir une interview exclusive de Manako Kaji, une femme incarcérée car accusée d'avoir séduit, escroqué et assassiné plusieurs hommes d'âge mûr en masquant ses crimes en suicides ou accidents. Kaji fascine et scandalise le public, car Manako ne correspond pas aux critères de beauté stéréotypés de la société japonaise : elle est ronde, assume ses formes et refuse de s'excuser.


La seule faiblesse de Manako Kaji est sa passion pour la gastronomie, et plus particulièrement pour le beurre. 


Pour gagner sa confiance et la faire parler, Rika va donc commencer à cuisiner et à manger les plats riches et beurrés que Manako Kaji lui conseille depuis sa cellule.


Les grands thèmes du livre


Evidement, vous l'aurez deviné, la nourriture n'est qu'une métaphore pour explorer la société japonaise contemporaine - mais qui s'applique évidement aussi très bien à toutes les sociétés occidentales aujourd'hui :

- La condition féminine au Japon : Le livre décortique la pression immense que subissent les femmes japonaises, tiraillées entre l'injonction d'être de parfaites épouses dociles et minces, et celle d'être des employées dévouées qui sacrifient leur vie personnelle.


- Le rapport au corps et la grossophobie : Manako Kaji brise les codes. En refusant de s'affamer, elle devient une figure transgressive qui fascine et terrifie une société obsédée par la minceur et le contrôle de soi.


- Le plaisir de manger vs. la culpabilité : À travers les descriptions culinaires (qui ouvrent l'appétit !),A. Yuzuki oppose la cuisine industrielle et "diététique" que s'impose Rika au début, au plaisir brut, sensuel et presque subversif de la vraie gastronomie prônée par Manako.

Nous - au sein du Prospective Sport Lab ® - on s'est dit qu'il y avait sans doute là les bases d'une réflexion un peu décalée sur le corps et le sport, et ce bien au delà de la situation japonaise


Utiliser Butter pour faire de la prospective sur le corps et le sport, c'est donc vouloir faire un pas de côté par rapport aux discours habituels sur les technologiques ou les perfs athlétiques. 


Le livre offre une grille de lecture loin d'être inintéressante pour imaginer les tensions futures autour du corps.


En voici quelques unes :


- Vers une "balkanisation" des représentations corporelles

- Dans le livre, Manako Kaji oppose son corps rond, nourri au beurre, à l'injonction de minceur de la société japonaise. Elle transforme son poids en un acte de résistance esthétique et politique.

Piste prospective : À quoi ressembleront les normes corporelles dans 15 ou 20 ans ? On peut imaginer une fragmentation totale. 
D'un côté, une élite adepte du bio-hacking, de la minceur extrême et du sport connecté. 
De l'autre, des sous-cultures de résistance prônant le "droit à la lourdeur", la masse, ou des esthétiques délibérément non-optimisées. 
Le sport du futur devra peut-être intégrer ces corps "dissidents" à travers de nouvelles disciplines (ex: des sports où la masse et l'inertie brute sont des avantages, loin des standards du fitness actuel).

- Le sport comme punition vs. Le mouvement comme plaisir

- Au début du roman, la journaliste Rika voit son corps comme un outil de travail qu'il faut contrôler, restreindre et optimiser. C'est une vision très comptable du corps, similaire à celle qui domine le "sport santé" ou le fitness actuel (compter les calories, les pas, optimiser le sommeil). Manako, elle, réintroduit une dimension purement sensorielle et hédoniste.

Piste prospective : On assiste déjà à une lassitude face à la "gamification" et à l'optimisation permanente du sport. Butter permet d'imaginer un futur du sport centré sur la rébellion sensorielle. 
Ça serait quoi le "Sport-beurre ®" ? Une pratique sportive non-mesurable, purement axée sur le plaisir de la friction, de la gravité, ou de l'effort partagé, sans aucune quête de performance ou de perte de poids. 
Une sorte de "Slow sport" ou de "Somatologie hédoniste".

- La "charge mentale" de l'optimisation

- Le livre montre comment les femmes s'épuisent à cocher toutes les cases de la perfection (mince, performante, bonne cuisinière mais sans manger).

Piste prospective : Si on pousse cette logique dans le futur du sport, on frôle le burn-out corporel. Les technologies (IA coachs, capteurs sous-cutanés) risquent d'accentuer cette charge mentale en dictant chaque micro-mouvement. 
La prospective ici consiste à imaginer les futurs espaces de déconnexion corporelle. 
Le sport du futur consistera peut-être à "décharger" son corps, à accepter la fatigue, l'erreur de mouvement, voire la maladresse comme un luxe suprême.

- La nourriture comme technologie de modification corporelle

- Le beurre, dans le roman, est traité comme une substance psychoactive voir presque comme une technologie. Il modifie l'humeur, modifie le volume du corps, change le rapport aux autres.

Piste prospective : Il faut penser que demain, le rapport entre nutrition, performance et perception de soi va muter. Au-delà des compléments alimentaires classiques pour être plus sec ou plus musclé, on peut imaginer des nutriments conçus pour modifier la perception de l'effort ou pour modifier le corps selon des critères purement esthétiques changeants, une espèce de "plasticité corporelle à la carte" qui irait au delà du duo régime/relâchement.

Si le sport actuel est dominé par l'idéologie de la "margarine" (allégé, optimisé, fonctionnel, contrôlé), Butter invite donc à conceptualiser un futur "beurre" du sport : lourd, sensoriel, indiscipliné, et profondément ancré dans le plaisir immédiat plutôt que dans la promesse d'un corps futur idéal.


Scénario pour 2045 : L'Ère du "Sport-Beurre ®" ou la "Rébellion sensorielle"


- Hypothèse de départ

- En 2045, la société a poussé l'optimisation humaine à son paroxysme. 


- C'est l'ère du Corps-Margarine : un corps connecté, mesuré par des IA sous-cutanées, nourri de substituts de synthèse allégés et soumis à une charge mentale de performance permanente. 


- Le sport n'est plus un loisir, c'est une maintenance technique obligatoire pour maintenir son score de capital-santé.


- En réaction à ce burn-out corporel global, émerge le mouvement du Sport-Beurre ® qui rejette la performance comptable pour réhabiliter la masse, la gravité, l'indiscipline et le plaisir brut.

- Les Quatre piliers du Sport-Beurre ®

- La Somatologie hédoniste

- Le Sport-Beurre ® interdit l'usage de capteurs, de montres connectées ou de compteurs de calories. L'effort n'est plus une punition ou un investissement pour le futur, mais une expérience sensorielle immédiate.


- La Friction et la gravité : On recherche des disciplines fondées sur la lourdeur et le contact. Le but n'est pas de s'élever ou de s'alléger, mais de ressentir son ancrage et sa propre inertie.


- L’Éloge de la maladresse : Contrairement au "fitness margarine" qui exige le geste parfait et optimisé par IA, le Sport-Beurre ® valorise le mouvement imprévisible, l'erreur et le lâcher-prise.

- Les Disciplines de la dissidence corporelle

- De nouvelles pratiques sportives apparaissent, conçues spécifiquement pour des corps non-standardisés qui transforment le poids en avantage stratégique :


- Le Barattage terrestre : Des épreuves de traction et de poussée de masses inertes où les gabarits ronds et lourds excellent grâce à leur centre de gravité bas.


- Le Slump (ou Volupté gravitaire) : Une discipline aquatique ou au sol consistant à flotter, rouler et utiliser la résistance des corps en groupe, sans autre but que l'exploration haptique (le toucher) et le plaisir de la pression physique partagée.

- La Nutrition subversive

- La nutrition sportive subit une révolution copernicienne. Les poudres de protéines insipides et les gels énergétiques sont remplacés par la gastronomie de masse.


- Le gras (et particulièrement le beurre) n'est plus un écart coupable, mais le carburant officiel de "l'athlète beurre". Il est utilisé comme une technologie de modification de l'humeur et de lubrification articulaire/musculaire.


- Le repas d'après-effort fait partie intégrante de la compétition : il s'agit de célébrer la plasticité corporelle et le plaisir d'habiter un corps nourri, lourd et puissant.

- Les "Sanctuaires du Beurre ®"
- Face aux salles de sport de plus en plus technologiques, le Sport-Beurre ® se pratique dans des espaces associés à la cuisine ou aux bains thermaux. 
- Ce sont des espaces de décharge mentale totale où l'on vient "poser son corps", accepter la fatigue et suspendre le jugement social lié à la minceur.

- Les impacts sociétaux engendrés par le Sport-Beurre ® et "l'athlète beurre"

Ce basculement vers le Sport-Beurre ® engendre forcément de profonds clivages dans la société :

- La Balkanisation des imaginaires et des corps : Une ségrégation esthétique s'installe. Les élites économiques restent souvent attachées au modèle Margarine (coûteux en technologies et en temps de contrôle), tandis que le Sport-Beurre ® devient le symbole d'une contre-culture populaire, féministe et épicurienne, qui refuse de s'excuser d'exister en dehors des normes.


- Guerre des systèmes de santé : Les assurances maladie, basées sur les scores des montres connectées, tentent de pénaliser les adeptes du Sport-Beurre ®. En réponse, ces derniers créent des mutuelles de santé alternatives basées sur le bien-être psychologique et la robustesse métabolique plutôt que sur l'indice de masse corporelle (IMC).


- Nouveau marché du loisir : L'industrie du sport doit s'adapter en créant des équipements pour corps lourds (vêtements amples texturés, tapis de haute densité pour absorber les masses) et en ouvrant des « Clubs Beurre ® » où la performance est bannie.

En transposant l'univers d'Asako Yuzuki, le Sport-Beurre ® ne désigne pas une absence d'activité physique, mais une rébellion athlétique. 


C'est le passage d'un sport qui vide le corps à un sport qui l'emplit ; une transition politique où le droit à la lourdeur et au plaisir sensoriel devient l'arme ultime contre l'aliénation de la performance.


Ça peut donner à réfléchir.

Thursday, July 09, 2026

L'ÉPREUVE DES ÉLÉMENTS

"Mal Tiempo", "Nullarbor" et "Bluff" de David Fauquemberg sont des romans merveilleux, car ils nous obligent à regarder et à penser autrement.


Le monde vu d’une salle de boxe cubaine, du désert australien ou de la mer de Tasman nous sort forcément de nos références habituelles.


Ils offrent aussi potentiellement - pour peu que l’on accepte de se mettre dans cette posture - des récits très riches pour aborder la prospective sportive et climatique sous des angles nouveaux.


C’est en tout cas ce que nous avons tenté de faire avec trois de ses livres dans le prolongement de notre démarche Ruptures Littéraires ®.



Mal Tiempo : L'école de la résilience climatique


- Dans Mal Tiempo, qui suit le parcours d'un boxeur à Cuba, le sport n'est pas une affaire d'infrastructures climatisées de haute technologie ou de gadgets connectés. C'est une discipline de l'épure, profondément ancrée dans un environnement rude, soumis aux éléments (les tempêtes, la chaleur tropicale).


Application prospective : Au lieu de penser le futur du sport sous l'angle de « l'adaptation technologique » au changement climatique (climatiser des stades, enneiger artificiellement), Mal Tiempo permet d’imaginer une prospective de la sobriété et de la robustesse. Comment entraîne-t-on le corps et l'esprit à performer dans un monde à +3°C avec un minimum de moyens ?


Fiction "Boxe des Ombres" - inspiré de Mal Tiempo.

"Face aux pannes chroniques du réseau électrique et aux canicules à répétition, le modèle des salles de sport ultra-équipées s'est effondré. 
À la place, s'est développé le mouvement de la "Boxe des Ombres" : un réseau de clubs d'arts martiaux et de sports de combat qui s'entraînent exclusivement en extérieur, au rythme du soleil (tôt le matin, tard le soir), dans des friches urbaines ou sous des structures d'ombrage légères. 
L'équipement est minimal, réparable à l'infini. La performance ne se mesure plus aux calories brûlées sur un écran, mais à la capacité du corps à réguler sa température et à rester lucide dans l'inconfort thermique."

Le saut mental : La prospective classique cherche à tout prix à maintenir le confort (climatiser les gymnases, inventer des maillots réfrigérants). 

Cette fiction en prend le contre-pied : elle explore l'art de l'épure et l'entraînement à la rugosité. 

Le sport devient un outil d'adaptation biologique et mentale à un monde instable, et non plus un loisir de luxe dépendant de l'énergie.


Les possibles questions de rupture

- "Si notre fédération / notre club subissait des coupures d'électricité 100 jours par an, quelles pratiques survivraient à l'obscurité et à la chaleur ?" 

- "Comment transformer nos sportifs en "experts de la sobriété" plutôt qu'en consommateurs de technologies ?"



Nullarbor : Accepter le vide et le nomadisme


Nullarbor traverse l'immensité désertique de la plaine australienne. C'est une ode aux grands espaces, au voyage, à la confrontation directe avec la rudesse géographique et le temps long.


Application prospective : L'aménagement sportif territorial de demain devra composer avec des zones devenues impraticables (submersion littorale, canicules extrêmes, sécheresses). S'inspirer de Nullarbor permet de concevoir une prospective de l'itinérance et de la désignation d'espaces. 


Au lieu de sanctuariser des infrastructures fixes (des complexes sportifs lourds), comment imaginer des pratiques sportives nomades, légères, qui épousent les mutations climatiques des paysages plutôt que de tenter de les dompter ?


Fiction "L'Archipel Mobile ®" inspiré de Nullarbor.

"Le recul du trait de côte et les incendies estivaux ont rendu obsolètes les grands complexes sportifs littoraux et forestiers. L'État a cessé de reconstruire les infrastructures en dur après chaque catastrophe. Place à "L'Archipel Mobile ®" : le sport de nature se pratique désormais via des structures éphémères et nomades. 
Des caravanes de sportifs (traileurs, grimpeurs, kayakistes) se déplacent sur le territoire en fonction des fenêtres climatiques favorables dictées par les algorithmes météo. On ne va plus "au club", on rejoint une "migration sportive" qui s'installe pour trois semaines là où la nature le permet, sans laisser de trace."

Le saut mental : La prospective classique s'obstine à vouloir "défendre" des infrastructures fixes contre les éléments (digues, barrières). 

Ce scénario pousse à réfléchir à un urbanisme sportif liquide, nomade et réversible. Il détache la pratique sportive de la propriété foncière et du béton pour l'associer au mouvement et à la fluidité géographique.


Les possibles questions de rupture

- "Si 50 % de nos équipements sportifs actuels devenaient inutilisables à cause du climat d'ici 10 ans, comment organiserions-nous la pratique sans aucun bâtiment fixe ?"

- "À quoi ressemble un club de sport dont les membres sont nomades et suivent les saisons écologiques plutôt que le calendrier scolaire ?

 

Bluff Savoirs autochtones et lecture du vivant

- Dans Bluff, l'action se déroule à l'extrême-sud de la Nouvelle-Zélande. Le récit met en avant le personnage de Rongo Walker et l'art de la navigation aux étoiles maorie, où l'humain lit les courants, le vol des oiseaux et le vent pour se repérer, en communion avec l'océan.


- Application prospective : Comment les pratiquants de sports de nature (voile, trail, alpinisme) peuvent-ils cesser d'être de simples "consommateurs d'espace" pour devenir des vigies du climat, capables de lire et de décoder les transformations subtiles du vivant à la manière des anciens navigateurs ou montagnards ? Comment bâtir un outdoor low-tech ne dépendant plus des écrans ?


Fiction "Les Sentinelles" inspiré de Bluff.

"Pour obtenir le droit de s'engager sur certaines épreuves en les ou en montagne les athlètes ne passent plus seulement des tests physiques, mais un brevet de "Lecture du Vivant". Les skippers et coureurs des mers doivent savoir naviguer sans GPS, en interprétant le vol des oiseaux marins, la couleur de l'eau et les micro-variations du vent. Ces sportifs sont devenus les yeux et les oreilles des scientifiques : chaque sortie est une mission de cartographie sensorielle de l'effondrement ou de la résilience de la biodiversité.

Le saut mental : La prospective classique traite la nature comme un simple "terrain de jeu" ou un décor qu'il faut décarboner (ex. nettoyer les trails). 

Ce scénario transforme le sportif en co-habitant et traducteur du vivant. Le sport devient une méthode d'alliances avec les écosystèmes.


Les possibles questions de rupture

- "Comment nos événements sportifs peuvent-ils cesser d'être "neutres en carbone" pour devenir "générateurs de biodiversité" par la pratique elle-même ?"

- "Si la technologie embarquée (GPS, montres connectées, données satellites) était interdite pour des raisons de souveraineté numérique, comment ré-enseignerions-nous l'art de s'orienter dans la nature aux sportifs ?"

On vous laisse y réfléchir. 

Wednesday, July 08, 2026

CE QUI A ÉTÉ FAIT PAR CHOIX PEUT - TRÈS BIEN - ÊTRE DÉFAIT PAR CHOIX

Ce post prolonge

"Non, il n'y a pas de petite bulle qui tienne !"

- "Pourquoi en supprimant sa caravane, le Tour va devenir plus rentable"

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On présente souvent la caravane publicitaire et le cortège de suiveurs comme une réalité intouchable et surtout nécessaire économiquement. 


C'est faux. 


Et l'histoire même de la caravane le prouve.


Rappel des trois étapes + celle possiblement à venir.

1. La genèse (1930) - un choix budgétaire, déjà La caravane publicitaire n'est pas née d'une nécessité du sport cycliste. Elle est née d'un problème de trésorerie. 

En 1930, Henri Desgrange supprime les équipes de marques et impose des équipes nationales : le Tour doit désormais payer et entretenir tous les vélos. Pour financer cette décision, il invente un système où des marques extérieures au cyclisme paient pour défiler devant le public.

La caravane est donc, dès l'origine, une solution financière mais absolument pas un élément constitutif de la course !!!


2. L'âge d'or (1930-1960) - la publicité devient spectacle Chocolat Menier, La Vache qui rit, Yacco, Bic : les marques comprennent vite la puissance de ce défilé gratuit. Le succès est tel qu'une partie du public repart avant même l'arrivée des coureurs. La caravane devient un produit à part entière, autonome, presque plus attendu que la course par certains.


3. L'explosion logistique (1930-2026) - une croissance non pilotée par la performance sportive.

Le nombre de véhicules explose : ~30 dans les années 1930, ~80 avec l'arrivée de la télévision, ~150 avec le retour des équipes de marques en 1969, jusqu'à 150-200 véhicules pour la seule caravane aujourd'hui - et plus de 500 véhicules en mouvement en comptant toute la « bulle » du Tour. 

Cette croissance suit l'évolution des médias et du marketing, pas les besoins réels de la compétition cycliste.


4. La disparition imaginée (2036) - la preuve que ça serait possible économiquement.

Notre scénario imagine qu'en 2036, sous la pression climatique et financière, ASO démantèle la caravane publicitaire et les flottes de suiveurs : véhicules réduits à moins de 10 unités électriques/hydrogène, directeurs sportifs pilotant à distance, captation par drones. 

Résultat projeté : coûts opérationnels réduits de 60 %, marge opérationnelle passant de ~20 % à 38 %, chiffre d'affaires doublant grâce à de nouveaux revenus (data environnementale, droits médias mondiaux asynchrones, sponsoring tech, subventions de résilience territoriale). Le public n'est pas perdu et l'audience progresse.

Ce qui a été créé par choix peut être défait par choix.


La caravane n'a rien de naturel. 


Elle n'existe pas parce que l'actuel modèle économique du Tour de France en a besoin. 


Un problème de budget a créé un dispositif publicitaire, qui est devenu un dispositif logistique, qui est devenu - un siècle plus tard - un monstre de 500 véhicules en mouvement. 


Rien dans cette chaîne n'est une loi de la nature. 


C'est une accumulation de décisions économiques, prises une à une, chacune rationnelle sur le moment, mais dont peu de personnes  interrogent la somme.


Le scénario 2036 que nous avons imaginé n'est pas un rêve écologique : c'est une équation comptable


La suppression de la caravane et des suiveurs n'y est pas présentée comme un sacrifice, mais comme une opportunité de marge. 


Moins de véhicules à louer, assurer, héberger et ravitailler, c'est une réduction de coûts opérationnels de 60 %. 


Et en face, de nouveaux revenus apparaissent précisément parce que le modèle change : vente de données environnementales, droits médias mondiaux liés à des horaires de course décalés, sponsoring de R&D à haute valeur ajoutée, subventions de collectivités qui voient dans le passage du Tour un label de résilience territoriale. 


La marge opérationnelle grimpe de ~20 % à 38 %. 


Notre proposition est donc un meilleur business model !!


Et un meilleur business model plus écologique !


La caravane et les suiveurs ne sont une nécessité économique - c'est juste une préférence, un attachement à un modèle connu, une inertie organisationnelle. 


On continue parce qu'on a toujours fait ainsi, pas parce qu'il n'existe pas d'alternative rentable. 


L’alternative rentable existe - il suffit de vouloir s’engager dans un nouveau modèle.


Le public ne disparaît pas, il se déplace.


L'argument le plus commode pour défendre la caravane est social : «le public l'adore, il faut bien l'occuper pendant l'attente». 


Mais nous, nous sommes persuadés que l'engagement du public ne dépend pas de la distribution de goodies en plastique. 


Il dépend du récit !!!


En recentrant le spectacle sur l'exploit sportif - des coureurs plus autonomes, une compétition plus âpre, une dramaturgie retrouvée - l'audience et l'engagement progressent, alors même que la caravane a disparu. 


Le public ne demande pas des bobs et des saucissons : il demande une histoire à suivre


La caravane comblait un vide narratif ; mais elle n'est pas la source de la passion populaire pour le Tour.


Ce que cela change dans le débat


Tant que l'on présente la caravane et les suiveurs comme une fatalité - «c'est comme ça, ça a toujours été ainsi» -, on interdit toute discussion sérieuse sur son coût environnemental, sa pertinence économique ou son intérêt réel pour le sport. 


Mais dès l'instant où l'on montre qu'un scénario alternatif est non seulement viable, mais plus rentable, l'argument change de nature. 


Ce n'est plus une question de renoncement, c'est une question de volonté.


Le Tour de France de 1930 a créé la caravane pour résoudre un problème d'argent. 


Rien n'empêche d'imaginer qu'en juillet 2030, ASO annonce la suppression de la caravane publicitaire pour le Tour de 2036 pour des raisons économiques !!!


Voir ci-dessus à quoi pourrait ressembler la Une et le sommaire de l'Equipe du 12 juillet 2030.


ASO et le Tour auraient six ans pour gérer leurs transitions.



On vous laisse y réfléchir.