Tuesday, August 11, 2026

ET SI LE SPORT DEVENAIT LE LABORATOIRE DE LA PRIVATISATION DU CLIMAT ?

Dans nos deux précédents posts, nous montrions qu'aujourd'hui les J.O se déroulent dans des univers de plus en plus déconnectées des réalités climatiques () et qu'il n'était donc pas totalement abérrant d'imaginer qu'un jour Nike puisse se lancer dans la conception d'enceintes sportives au climat régulé ()


Quand on prolonge ces deux réflexions, on peut vite être amené à se poser une question toute simple : et si demain le sport cessait d’être un simple miroir des crises environnementales, pour devenir le grand laboratoire d'expérimentation de la privatisation du climat ?


Cette hypothèse n'est plus une fiction : le monde du sport est déjà engagé dans une transition vers la marchandidisation de micro-climats contrôlés, solvables et privatisés - et .


1. La création de micro-climats sous clé


À mesure que le climat extérieur devient imprévisible et hostiles, le sport de haut niveau réagit non pas en s’adaptant aux écosystèmes, mais en s'affranchissant du climat naturel.

- L’artificiel comme norme : Jeux Olympiques d'hiver sur 100 % de neige artificielle (Beijing 2022), stades climatisés en plein désert (Qatar 2022), ou pistes de ski indoor géantes.


- Les dômes environnementaux : On voit émerger des structures géantes où la température, l'hygrométrie et le niveau d'oxygène sont stabilisés. L’accès à un air frais, respirable et adapté à la performance devient un actif monétisable.

2. Un modèle économique de la ségrégation climatique


Le sport sert de laboratoire à une économie de l’enclave résiliente.

- D’un côté, le climat public (hors du dôme) est subi, gratuit et dégradé : la population générale y fait face aux pénuries d'eau et d'énergie.


- De l'autre, le climat privé (dans le dôme ou le stade) est payant, filtré et optimisé : il est réservé aux athlètes, aux VIP et aux spectateurs solvables, en bénéficiant d'une priorité énergétique absolue pour le refroidissement ou l'enneigement.

Le sport valide socialement l’idée que ceux qui paient ont droit à un climat sur mesure, pendant que le reste de la population subit de plein fouet les aléas d’une biosphère détériorée.


3. La techno-solution au service de l'évitement


En transformant les enceintes sportives en enclaves étanches, le sport envoie un message politique puissant : «Ne réduisons pas nos émissions, construisons plutôt des murs thermiques

- Captation des ressources : La production de neige de culture ou le refroidissement des stades consomme des volumes gigantesques d'eau et d'électricité, asséchant davantage les bassins versants environnants pour préserver l'îlot de fraîcheur privé. 

- Normalisation du virtuel : Les événements migrent progressivement vers des environnements de réalité augmentée ou des salles de simulation (e-sport, cyclisme sur plateforme virtuelle), actant l'abandon du monde physique extérieur.

4. Les jalons du laboratoire

- L’ère de l'adaptation (Passé) : Reprogrammer les horaires des marathons à 4h du matin pour éviter la chaleur.


- L’ère du conditionnement (Présent) : Climatiser des structures ouvertes et fabriquer 100 % des conditions météorologiques de compétition


- L’ère de la privatisation (Futur proche) : Des cités du sports étanches où l'accès à un environnement vivable est réservé aux événements sportifs et à leurs ayants droit.

Le sport devient l'avant-garde d'un apartheid climatique, en démontrant la faisabilité technique et l'acceptabilité sociale de la privatisation de l'air ambiant et de la température.


On vous laisse y réfléchir.

Friday, August 07, 2026

ET SI LES J.O NE DÉPENDAIENT DÉJÀ PLUS DES SAISONS, NI DU CLIMAT ?

Il y a quelques jours, on publiait Nike Atmosphere.


Nike Atmosphere est le récit d'un Nike qui, après Los Angeles 2028, cesserait progressivement de ne vendre que du textile et des chaussures pour aussi vendre de l'air, de l'ombre et des brevets climatiques aux organisateurs des grands événements sportifs comme les Jeux Olympiques.. 


Avec le Nike Dome™, le Swoosh Corridor™ ou l'Atmosphere Shield, on imaginait un Nike vendant du climat sécurisé à un milieu sportif totalement désorienté par le changement climatique.


On peut se dire que Nike Atmosphere n'est qu'une pure fiction pas très réaliste.


Oui.


Oui, sauf que…


Sauf que... 


Sauf qu'aujourd'hui le climat des Jeux Olympiques d'été est déjà largement artificialisé.


L'artificialisation climatique des J.O n'est pas une hypothèse pour 2032. 


C'était déjà un fait réel en 2024 !!!


À Paris, 61 % des 329 titres olympiques ont été décernés dans des enceintes climatisées - bassins couverts, dojos, arénas, vélodromes fermés - totalement indifférentes à ce qui se passait dehors. 

- Si on ajoutele plein air «synthétique» - dalles, gazons traités, tirs sur pelouses stabilisées - ce sont 78 % des médailles d'or qui échappent déjà au climat réel.

À Los Angeles en 2028 ce chiffre grimpera à 80 % !!!

- A Los Angeles en 2028, 80 % des titres olympiques se joueront dans des enceintes climatisées, sur des dalles en béton ou dans des stades entièrement fermés aux aléas de la météo.


- LA28 comptera 351 épreuves, soit 22 de plus qu'à Paris, avec une répartition qui se déplace encore un peu plus vers l'indoor.


- La «bulle à température contrôlée» représentera environ 218 épreuves, soit 62 % du total, portée par une concentration massive de salles géantes et de complexes couverts (Crypto.com Arena, Intuit Dome, Peacock Theater...). 

Il y a quelques mois, nous nous demandions "et si les J.O d'hiver n'avaient plus besoin de neige... ni de montagne ?"

- On aurait pu titrer ce post "et si les J.O d'été n'avaient plus besoin du soleil... ni même du plein air ?


- Et même aller plus loin, en nous demandant : la notion de J.O d'été a-t-elle encore un sens ? 

- D’où notre question titre : et si les J.O n'avaient - en fait - plus rien à voir avec les saisons et le climat ?

Une question pas totalement aberrante au vu du rôle grandissant que vont avoir les assureurs et les ré-assureurs dans le futur pour l'organisation des grandes compétitions sportives - voir "et si c'était eux les vrais maitres de la nouvelle géopolitique du sport ?"


À méditer.

Tuesday, August 04, 2026

COMMENT NIKE VA S'IMPOSER SUR LE MARCHÉ DES INFRASTRUCTURES SPORTIVES CLIMATIQUES

Ce post est le prolongement de :
qui montrent que face au réchauffement climatique, les équipementiers vont devoir repenser leurs rôles et leurs fonctions.
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- Trois semaines après la fin des JO de Los Angeles 2028, un communiqué tombe sur les fils Reuters et Bloomberg, un dimanche soir, sans conférence de presse :

«Nike, Inc. annonce la création de Nike Atmosphere, division de recherche et de licences dédiée aux technologies bioclimatiques pour la pratique sportive en extérieur. Nike ne construira pas d'infrastructures ; elle en concevra les technologies clés et en licenciera l'usage aux constructeurs, aux villes hôtes et aux comités d'organisation.»

Le titre boursier recule de 2% à l'ouverture - une correction technique, pas un séisme. 


Les analystes saluent, au contraire, «un pivot à faible intensité capitalistique». 


Personne, sur le moment, ne mesure encore l'ampleur de ce que cette division va rapporter - ni à quel point elle va rester, délibérément, petite en effectifs et gigantesque en marge.


Étape I / Brisbane 2032 : le brevet plutôt que le chantier

- Quand la flamme s'allume à Brisbane, un hiver austral hors normes s'est abattu sur la ville sous forme de canicule à 39°C un matin de juillet, une aberration statistique que les climatologues qualifient déjà de «nouvelle donnée de base». Le logo à la virgule ne borde plus seulement le torse des sprinteurs. On le retrouve, discret, sur une plaque à l'entrée d'un ouvrage que la presse mondiale surnomme dès le premier jour le Nike Domealors que Nike, en réalité, n'a posé ni une poutre ni une bâche.


- Le marathon et les épreuves de marche se courent sous le Swoosh Corridor™ : un dôme textile temporaire recouvert d'une membrane à très haut albédo, l'Atmosphere Shield™, brevetée par Nike Atmosphere™ mais construite, installée et exploitée par Lendlease, le groupe d'ingénierie australien déjà chargé des ouvrages temporaires olympiques. La membrane bloque 99% des UV et génère, par sa seule géométrie, un effet venturi de ventilation naturelle. Sous cette canopée continue, la température au sol chute de 12°C sans qu'un seul climatiseur ne soit branché. 


- Nike touche une redevance de licence sur chaque mètre carré posé, indexée sur la durée d'exploitation, un contrat qui ressemble davantage à celui d'un inventeur de matériau qu'à celui d'un maître d'ouvrage.


- Sous ce même tube, l'asphalte a changé de nature. Le Cool-Grid™, un enrobé polymère réfléchissant mis au point par les chimistes des matériaux de Nike, est fabriqué sous licence par un cimentier régional et posé par les équipes de voirie de la ville elle-même. Nike ne pose pas l'enrobé ; elle en possède la formule, et c'est cette formule qui vaut de l'or. 

- Dans les rues ordinaires de la ville, le basculement se lit autrement. Les boutiques Nike de Brisbane ne vendent pas moins de t-shirts - elles en vendent toujours, mais elles accueillent aussi, le temps des Jeux, des Nike Air Sanctuaries™ : des espaces climatisés à 22°C, ouverts à n'importe quel piéton fatigué par la chaleur, financés conjointement par la ville et par le budget marketing de la marque. Une opération de communication autant qu'un service public, mais qui ne figure nulle part dans les comptes d'investissement de Nike. 


- En arrière-boutique, des cabines Proof-of-Performance™ permettent de louer, plutôt que d'acheter, des gilets réfrigérants fabriqués par un sous-traitant textile sous licence Nike.


- Sur les réseaux, l'ironie ne tarde pas : « Nike ne vend plus de chaussures, Nike vend de l'ombre. » Le community manager de la marque republie le commentaire, sans légende. C'est devenu, en interne, un slogan officieux, même si, sur le plan comptable, ce que Nike vend surtout, ce sont des brevets.


- Le chiffre d'affaires « textile pur » de Nike recule légèrement - moins 3 % sur l'exercice fiscal. Mais ce un repli est largement compensé la division Atmosphere qui n'emploie que 470 personnes dans le monde mais engrange déjà 340 millions de dollars de revenus de licences, à une marge opérationnelle proche de 70%. 

- En interne, on ne parle plus de «collection printemps-été». On parle de « portefeuille de brevets climatiques»;

 - Étape II / Madrid 2036 : la marque au-dessus du chantier

- Attribués à Madrid, les Jeux de 2036 se disputent sous des températures frôlant les 45°C à l'ombre. C'est la première fois qu'une olympiade d'été se tient sous un tel régime thermique en Europe continentale.


- Pour la première fois dans l'histoire olympique, un comité d'organisation confie la maîtrise d'ouvrage globale des espaces extérieurs à un consortium mené par ACS Group et Ferrovial, les deux géants espagnols du BTP, mais dont le cahier des charges technique s'appuie sur les brevets et les protocoles de Nike Atmosphere, dûment licenciés et co-marqués «Powered by Nike Atmosphere». 


- Le comité d'organisation, échaudé par le débat public sur la privatisation de l'espace urbain, a exigé que la maîtrise d'ouvrage reste entre les mains d'acteurs du BTP soumis aux règles des marchés publics espagnols ; Nike, elle, n'a jamais eu à répondre d'un appel d'offres de construction, seulement à défendre la propriété intellectuelle de ses membranes et de ses enrobés.


- Le geste le plus spectaculaire de ces Jeux est le Vortex Roof, une toiture textile rétractable qui coiffe le grand stade d'athlétisme reconstruit dans le quartier de Valdebebas, doublée de cellules photovoltaïques, capable de générer un microclimat local et un flux d'air froid ascendant permanent au-dessus de la piste. Le brevet de la géométrie porte le nom de Nike ; les fondations, la charpente et l'exploitation portent la signature et la responsabilité juridique de Ferrovial. Les organisateurs madrilènes livrent des Jeux sous une toile.


- Mais le basculement le plus profond de Madrid ne se voit pas depuis les gradins, et c'est là, précisément, que Nike a choisi de ne rien déléguer. Chaque concurrent de triathlon ou de cyclisme porte, sous son maillot, un patch dermo-connecté Nike Bio-Core™ qui transmet sa température centrale en temps réel à une régie installée en bord de piste. 


- Le Nike Bio-Core™ est le seul maillon de la chaîne que Nike fabrique, vend et possède entièrement. Les arcs d'ombrage mobiles et les brumisateurs intelligents, disposés le long du Manzanares, sont loués et exploités par le consortium BTP, mais pilotés par un logiciel sous licence Nike qui ajuste leur puissance à partir des donnéeBio-Core.


- Un éditorialiste du Financial Times résume la bascule d'une formule qui circule ensuite dans toutes les rédactions sportives : "Nike n'a pas construit Madrid ; elle en a écrit le système d'exploitation climatique, et c'est l'Europe entière qui découvre, effarée, qu'elle est devenue elle aussi une terre à climatiser."

 - Étape III / Mumbai 2040 : l'écosystème sous licence

- Pour les Jeux de Mumbai, en 2040, la chaleur sèche de Madrid a cédé la place à une humidité saturante qui rend la sensation thermique presque intolérable dès le milieu de matinée. 


- Face à ce climat, Nike n'est ni sponsor, ni constructeur. 


- Nike est devenu, au fil de trois olympiades, l'équivalent d'un éditeur de norme technique mondiale pour le sport en extérieur - un rôle qu'aucun cimentier ni aucun architecte n'a réussi à lui disputer, précisément parce qu'elle n'a jamais cherché à leur prendre leur métier.


- L'ensemble du complexe olympique extérieur - bassins d'aviron, pistes cyclables, sports de stade - est enserré dans un réseau modulaire conçu selon le protocole Nike Biosphere™, mais construit par un consortium indien mené par L&T (Larsen & Toubro), qui a racheté, trois ans plus tôt, une part minoritaire dans Nike Atmosphere™ pour s'assurer un accès prioritaire et à coût réduit aux futurs brevets. C'est la seule prise de participation capitalistique croisée que Nike ait jamais consentie dans cette activité, et qu'elle a structurée précisément pour ne pas avoir à porter elle-même le risque de chantier. 


- Vu du ciel, le site olympique de Mumbai ressemble à un unique organisme climatique. 


- Vu des comptes de résultat de Nike, il ressemble à une ligne de royalties à marge de 65%, adossée à un chiffre d'affaires de licences qui a été multiplié par douze en douze ans - sans qu'un seul mètre carré de dalle n'ait jamais figuré au bilan de Nike, Inc.


- Les athlètes de Mumbai 2040 portent des sous-vêtements légers, dermo-connectés, dont l'unique fonction est de coupler leur peau aux flux aérauliques diffusés par les structures physiques du stade. Ces vêtements restent fabriqués, vendus et margés comme Nike l'a toujours fait : un produit textile, à la marge brute élevée, vendu directement au consommateur et aux fédérations. 


- La promesse publicitaire qui, en 2026, ressemblait à une pure sur-promesse marketing - « not even the hottest conditions can slow you down » - semble enfin tenue. Mais parce que Nike a changé de métier !!


Ce qu'il reste de l'équipementier


- En douze ans, de Brisbane à Mumbai, Nike n'a pas cessé de vendre du sport. 


Nike a juste cessé de ne vendre QUE des objets portés les sportifs. 


Nike vend désormais l'air qu'on respire pendant l'effort, l'ombre sous laquelle on court, et la donnée physiologique qui dit jusqu'où on peut aller sans s'effondrer.

- Quand la technologie textile atteint ses limites face aux dérèglements climatiques, la valeur ne migre pas vers un concurrent habilleur, mais vers celui qui contrôle l'environnement lui-même.


Oui, c’est une fiction… mais ça peut aider à réfléchir de façon un peu différente et de façon plus créative.

Saturday, August 01, 2026

NIKE, UN ÉQUIPEMENTIER DÉPASSÉ ?

Ce post est le prolongement très direct de "qui demain, pourraient remplacer les équipementiers ?"

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Deux réels.

Deux réels sur Instagram qui disent beaucoup sur la fin d’une histoire.

Dans le premier "102 fans", Nike compare sa technologie Aero-FIT avec l'utilisation de 102 ventilateurs pour rester au frais dans l'endroit le plus chaud du monde. 

Dans le second "don't lose your cool", Nike qualifie son Aero-FIT de "air conditioning for athletes". L'objectif n'est plus seulement de "rester au frais", mais de ne pas être ralenti par la chaleur ("not even the hottest conditions can slow you down") 

Bon évidement, ce n'est que de la pub.

Bon évidement que tout cela est en partie faux : on peut pas grand chose contre la chaleur - .

Ces pubs disent donc autre chose que ce qu'elle prétendent dire !

Ces deux clip révèlent avant tout le constat d'impuissance d’un équipementier comme Nike face au réchauffement climatique.

La vidéo des 102 ventilateurs ridiculise la solution encombrante, mais elle valide involontairement le postulat que pour lutter contre la chaleur, l'humain a besoin d'un flux d'air massif. Nike ne fait que mimer ce flux via le textile, sans le créer. 


C'est une sur-promesse qui trahit justement l'impuissance technique : ils n'ont rien de mieux à proposer qu'un maillage plus aéré.


Ces deux publicités ressemblent à un chant du cygne. 


Nike dépense ici des millions en production et en storytelling (le désert, les 102 ventilateurs, la métaphore de la clim') pour masquer une absence totale de rupture.


Nike ne propose aucune vraie solution : ni une nouvelle architecture urbaine, ni un protocole d'acclimatation, ni un dispositif médical de suivi, qui sont pourtant trois des axes de diversification pour l'avenir .  


Ces réels disent donc avant tout une chose : Nike n'est pas prêt à engager le pivot stratégique que va pourtant imposer le réchauffement climatique à tous les équipementiers.


Ou alors, il cache bien son jeu.