Friday, April 24, 2026

LE SPORT COMME NOUVELLE BOUSSOLE POUR PENSER L'INCERTITUDE ?

Décider comme nous venons de le faire au sein du Prospective Sport Lab ® de mettre le concept de crise au coeur de nos réflexions prospectives sur le sport dans les mois qui viennent, n’est pas gratuit. 

C'est s'obliger à renverser la perspective habituelle

C'est faire le constat que le sport n'est pas en crise, mais qu'il peut être un formidable moyen d'analyser les crises et essayer de comprendre comment les crises le font évoluer. 

Penser un secteur pas en crise dans un monde dévasté par les crises, c’est d’abord refuser deux pièges symétriques. 

- Le premier qui consisterait à nier l'influence et la prégnance des crises globales en s’abritant derrière la bonne santé d’une pratique. 

- Le second qui exigerait de plaquer sur le sport un discours de déclin qui ne lui correspond pas

- Nous, on a choisi une troisième voie : considérer le sport comme un révélateur de nos impuissances mais aussi - et surtout - comme un laboratoire d’adaptation. 

Le sport n’est plus un marqueur social rigide comme il le fut longtemps, mais bien une ressource flexible face à l’épreuve du chaos. 

C’est passer de la crise du sport (faux problème) à la sportivisation des réponses à la crise (vrai sujet).

La justification de notre démarche est triple : épistémologique, pragmatique et systémique.

- Justification épistémologique : Notre civilisation numérique a détruit les grands récits sans encore en construire de nouveaux. 

Les crises deviennent alors un matériau essentiel pour penser. 

En allant chercher les crises, on ne s’y enferme pas ; on les utilise comme révélateurs. 

- Justification pragmatique : Les crises nous obligent à agir autrement. 

Elles imposent de définir de nouvelles références. 

Plutôt que de chercher une solution unique et définitive, on expérimente des réponses provisoires et locales. 

- Justification systémique : Les crises deviennent un logiciel commun capable d’articuler prospective sportive et prospective sociétale. 

Le sport n’est pas un îlot ; en le pensant sous le prisme des crises, on construit un langage partagé avec l’urbain, la santé, l’éducation, la transition écologique...

La crise climatique, la crise du sens, la crise de la représentation politique trouvent dans les pratiques sportives (nomades, connectées, autonomes) des élément de compréhension et des esquisses de réponse.

L’individu contemporain, privé de «grandes structures», se fait un «bris-collage» très personnel destiné à l'aider à naviguer dans le chaos. 

Et ce bris-collage passe massivement aujourd'hui par le corps : course libre, yoga nomade, pratique connectée, Hyrox, bien-être personnalisé. 

Le corps devient le support de l’autonomie dans le chaos.

Ce corps du XXIe siècle est donc le lieu de nouvelles différenciations sociales. 

Les épreuves du corps (sédentarité, stress, pollution, vieillissement actif) deviennent des marqueurs de position sociale. 

Le sport, dans cette configuration, cesse d’être un loisir pour devenir une compétence existentielle. 

La nouvelle place du sport dans toutes les sociétés n’est pas celle d’un spectacle ou d’une discipline, mais celle d’un langage universel d’adaptation.

Le XXIe siècle sera celui du corps


Non parce que le corps serait une nouvelle religion consolatrice, mais parce que, face à l’effritement de tous les autres systèmes, le corps reste ce que l’on peut encore éprouver, déplacer, adapter. 


Le sport qui vient n’est pas celui d’une restauration institutionnelle ou d'un écrasement par les marques et le marché : c’est celui d’une adaptation permanente, capable d’accompagner l’individu dans son «chaos créatif ». 


Penser un secteur pas en crise dans un monde en crise, c’est finalement apprendre à ne plus opposer l’ordre et le désordre, mais à composer avec la complexité.


Et le sport, laboratoire de ce nouveau régime d’action, pourrait bien nous y aider mieux qu’aucune théorie politique ancienne.


En mettant les crises au cœur de l’analyse sportive, le sport nous rend en retour une boussole pour naviguer dans un monde incertain


C’est cette réciprocité que nous revendiquons au sein du Prospective Sport Lab ® : penser le sport par la crise pour que le sport nous apprenne à vivre avec l’incertitude.


Dit autrement : penser le sport comme révélateur (analyse) et comme laboratoire (action).

Thursday, April 23, 2026

ET SI LES CRISES AIDAIENT À PENSER LE SPORT DE FAÇON PLUS STRATÉGIQUE ET PROSPECTIVE ?

Le sport, comme pratique, n'a jamais été aussi vivant. 

Le sport n’est absolument pas en crise - lire « Pourquoi le discours sur la crise du sport est faux. »

Pourtant, un sentiment de malaise persiste. 

Ce paradoxe apparent révèle notre difficulté à lire les mutations en cours. 

Car si le sport n'est pas en crise, le monde, lui, est saturé de crises - voir « Et si la crise était devenue notre état permanent ? ». 

Face à leur multiplication, nous nous sentons souvent désarmés, incapables de mettre de l'ordre et de la cohérence dans ce qui nous arrive. 

Nous sommes entrés dans une nouvelle civilisation, celle née de la révolution du numérique, mais nous n'avons pas encore construit le système de compréhension et d'action capable de faire face aux mutations qu'elle engendre.

Notre société a perdu ses grandes structures. 

Les affrontements idéologiques structurés du siècle dernier ont disparu. 

Les traditionnelles identités de classe sont remplacées par des communautés d'émotion et d'indignation. 

Comme le dit le sociologue Pierre Rosanvallon, « les épreuves de la vie se superposent, voire remplacent les anciens intérêts de classe ».

Alors, pour faire face à ce chaos, chacun se construit son propre système de valeurs et de références. 

Un bricolage personnel, que l'on peut appeler du "bris-collage".

Voilà où nous en sommes. 

Ce qui rend les successions de crises si difficiles à vivre, c'est qu'historiquement, chaque civilisation avait engendré un système explicatif du monde permettant de mieux domestiquer et accepter le chaos. 

Notre problème aujourd'hui, c'est que nous n'avons pas de grand système culturel remplissant ce rôle.

La question que nous nous posons au sein du Prospective Sport Lab ® est donc simple : et si sport devenait le laboratoire d'un nouveau système d’analyse du monde et de l’évolution de nos sociétés?

Dit autrement : et si les crises devenaient le possible logiciel de cette nouvelle réflexion ? 

Car elles nous obligent à penser et à agir autrement. 

Elles nous imposent de définir de nouvelles références et, potentiellement, de construire un nouveau système.

Tentons d’appliquer cette idée au sport. 

Le modèle traditionnel, celui du club et de la fédération, est un héritage de la société industrielle, avec ses hiérarchies, ses territoires et ses compétitions. 

Ce modèle est aujourd'hui en décalage avec la société d'individus que nous sommes devenus. 

Les chiffres sont clairs : la majorité des pratiquants échappe au système fédéral, préférant une pratique libre, seul ou entre amis, souvent connectée et nomade.

Dès lors, plutôt que de voir dans cette "désaffection" une crise du sport, nous pourrions y voir l'émergence d'une nouvelle donne. 

Les crises (de sens, d'organisation, de légitimité) deviennent alors des révélateurs

Elles mettent en lumière ce qui ne fonctionne plus et, ce faisant, dessinent les contours de ce qui pourrait advenir.

Penser sous le prisme des crises, c'est accepter de ne plus chercher une solution unique et définitive, mais d'expérimenter des réponses provisoires et locales

C'est, pour le sport, passer d'une logique de guichet et de parcours unique à une logique de plateforme et d'expériences personnalisées. 

C'est admettre que l'individu contemporain, bricoleur de son propre bien-être, n'a pas besoin d'une nouvelle institution mais d'un écosystème d'options.

En conclusion, affirmer que le sport n'est pas en crise nous libère d'un faux débat. 


Mais explorer les crises comme prisme d'analyse nous donne une boussole. 


Il ne s'agit pas de gérer la pénurie mais de composer avec la complexité. 


Le sport qui s'annonce ne sera pas celui d'une restauration institutionnelle, mais celui d'une adaptation permanente capable d'accompagner l'individu dans son chaos créatif


Et si donc les crises - ou le concept de "crise" - pouvaient se révéler un formidable outil pour articuler et lier de façon encore plus pertinente et effective prospective sportive et prospective sociétale ?

Wednesday, April 22, 2026

ET SI LA CRISE ÉTAIT DEVENUE NOTRE ÉTAT PERMANENT ?

Pendant des siècles, le mot «crise» a désigné un instant fugace, un point de bascule où tout se joue.


Aujourd'hui, ce terme semble avoir changé de nature : il ne décrit plus une parenthèse entre deux périodes de stabilité, mais le tissu même de notre quotidien.


Si tout est en crise, la crise n'est-elle pas devenue notre nouvelle normalité ?


Tentons de poser quelques éléments de réflexion.


Le renversement du mot : de la décision à l'impuissance.


À l’origine, le grec krisis désignait un moment de vérité, une bifurcation courte et décisive menant vers une résolution.


Or, nous vivons aujourd'hui l'inverse : une condition chronique sans issue visible.


Le mot s'est retourné contre lui-même : au lieu d'annoncer un jugement ou un choix, il sert désormais à reporter indéfiniment la décision.


Ce glissement sémantique suggère que nos sociétés ont perdu leur capacité à dessiner de nouveaux horizons, subissant leurs propres créations comme des forces étrangères.


Une prolifération systémique et simultanée.


Pourquoi cette sensation de submersion ?


Probablement car nous ne faisons pas face à une "méta-crise" unique, mais à une convergence inédite de quatre transformations majeures : 


- Le forçage climatique : ce n'est plus une crise passagère, mais un changement irréversible de l'échelle du vivant.
- L’érosion démocratique : une perte de confiance profonde dans les institutions et une montée de la désinformation.
- Le basculement géopolitique : la fin de l'ordre stable au profit de fragmentations globales.
- La mutation numérique : Une accélération qui fragmente nos cadres de référence communs (crise épistémique).


Nos systèmes institutionnels et politiques n'ont tout simplement pas été conçus pour gérer ces quatre bifurcations de manière simultanée.


La fin du futur comme promesse.


Le passage à une crise permanente marque aussi l'effondrement de notre "régime d'historicité".


Longtemps, nous avons cru que le futur serait meilleur que le présent.


Aujourd'hui, le futur est devenu une menace : le lieu du désastre climatique plutôt que celui de l'accomplissement.


Cette inversion de la temporalité nous enferme dans un présent de gestion de crise perpétuel, car nous ne pouvons plus nous projeter sereinement dans l'avenir.


La crise comme révélateur ?


En définitive, ce que nous appelons «crise» n'est peut-être que la manifestation visible de contradictions structurelles devenues insupportables.


Ce que nous appelons "crise" est souvent la collision visible entre un imaginaire institué qui ne tient plus et un imaginaire instituant qui n'a pas encore trouvé sa forme.


«L’intervalle entre deux…» est devenue notre demeure.


Nous habitons l'intervalle.


L'ancien monde - ses certitudes, ses récits, ses promesses - ne tient plus.


Le nouveau n'a pas encore trouvé sa forme.


Et dans cet entre-deux, la crise n'est pas un passage ; elle est devenue le lieu lui-même.


La question qui se pose alors n'est plus «comment sortir de la crise ?»  comme si elle était un accident dont on pourrait se remettre.


La vraie question est : comment habiter lucidement un état permanent de bifurcation ?


- Comment agir sans la promesse d'une résolution prochaine ?


- Comment reconstruire des récits collectifs dans un présent qui ne cesse de déborder ?


La crise, au sens grec, était un moment de vérité.


Peut-être que vivre dans la crise permanente, c'est finalement apprendre à vivre dans la vérité sans le secours de la résolution.



Question : ça veut dire quoi penser le sport (qui lui n’est pas en crise - là) dans un monde en crise ?

Tuesday, April 21, 2026

DEVELOPPER D'AUTRES CHOSES... AUTREMENT

Il y a six ans, en juin 2020, nous - François Bellanger, Patrick Roult et Patrick Bayeux - avons créé le Prospective Sport Lab ®.

Nous l'avons créé car nous trouvions les réflexions prospectives sur le sport très pauvres, peu originales et relevant souvent plus de la tendance que véritablement de la prospective.

Dans la cadre de ce Prospective Sport Lab ®, nous avons ainsi monté un Observatoire des nouveaux imaginaires sportif ®, mais aussi lancé deux types de Rencontres.
et

En 5 ans, ce sont ainsi pas moins de quinze Rencontres qui ont été organisées.

Parallèlement, nous avons conduit un certain nombre de missions et multiplier les interventions chez des acteurs d'horizons très différents.

Mais aujourd'hui, nous ressentons le besoin de nous renouveler.

Nous allons arrêter l'organisation des Rencontres sous le format de matinées à Paris, mais développer et multiplier des Rencontres sous des formes plus variés et plus créatives.

On vous en dit plus très très vite.