Friday, October 16, 2026

OVERTON POUR CONDITIONNER LE FINANCEMENT DU SPORT À LA DEFENSE DE LA NATURE ?

Dans notre précédent post - et si le sport servait à financer la restauration écologique ? - nous proposions de nous inspirer du système de financent agricole britannique pour conditionner les subventions sportives à la régénération écologique et à l'impact environnemental local ("The Athletic Finance Yield ®") - tous les détails, là.


On a évidement totalement conscience que l'idée est aujourd'hui très ambitieuse et pas très réaliste. 


Mais cela ne doit nous empêcher de continuer à travailler la question.


Et surtout à imaginer comment l’installer dans le débat public.


Pour ce faire, il est évidement très tentant de s’inspirer des analyses développées par le juriste et lobbyiste américain Joseph P. Overton, montrant comment en 6 étapes une idée jugées irrecevable et impensable par le corps social pouvait finir par un texte de loi. 


C’est la fameuse fenêtre d’Overton : impensable > radical  > acceptable > sensible > populaire > légal


Nous avons tenter de l’appliquer pour voir comment installer notre projet The Athletic Finance Yield ® au coeur du débat politique.


Voilà le parcours que pourrait suivre cette idée à travers 6 étapes pour passer d'un concept encore très théorique à une réalité institutionnelle.


1. L’Impensable (Hors fenêtre)

- État initial de la mesure : supprimer ou réduire drastiquement les subventions d'un club de football amateur historique parce qu'il n'entretient pas de « corridors écologiques » ou ne végétalise pas son parking. 

- Réception du public : perçu comme absurde, absurde ou punitif.  

- La réaction dominante serait : "Le sport sert à faire du sport, pas du jardinage ou de la compensation carbone."

2. Le Radical (Entrée à la marge)

- Où en est la proposition aujourd'hui : notre proposition se situe précisément ici aujourd'hui. Elle s'appuie sur une analogie externe (la réforme britannique post-Brexit "Public money for public goods") pour introduire un concept nouveau et provocateur dans le sport. 

- Comment la mesure s'exprime : à ce stade, l'idée n'est portée que par nous du Prospective Sport Lab ®. Nous ne l'avons même pas encore soumise à des intellectuels, des essayistes, des économistes du sport ou des think tanks écologistes. 

- Perception : les personnes du monde du sport et des institutions traditionnelles (ministère des Sports, CNOSF, fédérations) à qui nous avons soumis l'idée, la jugent cette interessante et ambitieuse, mais totalement utopique, techniquement irréalisable et déconnecté des réalités du terrain et du modèle économique actuel du sport.

3. L’Acceptable (Début du débat public)

- Ce qui doit se passer pour y arriver : des crises à répétition (sécheresses interdisant l'arrosage des terrains, canicules rendant la pratique dangereuse, coût de l'énergie pour les gymnases et piscines) rendent le modèle actuel intenable. 

- L’évolution de la mesure : l'idée commence à être débattue sans choquer dans les médias et les colloques. 

- Premières expérimentations : Au lieu d'imposer le modèle de manière contraignante, l'État ou une région lance un budget participatif ou un appel à projets pilote : "Bonus éco-responsable" pour les clubs volontaires de trail ou d'escalade qui s'engagent sur la biodiversité. Le concept n'est plus vu comme une menace, mais comme une opportunité pour les pionniers.

 4. Le Sensible (Entrée dans l'agenda politique)

- Ce qui doit se passer pour y arriver : les bilans écologiques et financiers des équipements sportifs traditionnels empirent. Des partis politiques, des élus locaux ou des rapports parlementaires s'emparent de la formule "The Athletic Finance Yield". 

- Formulation politique : l'idée est intégrée dans les programmes politiques territoriaux ou nationaux. On ne discute plus de la pertinence de l'idée, mais de ses modalités d'application. 

- Tensions : le débat se polarise entre les défenseurs du modèle historique ("Le critère au nombre de licenciés protège le sport populaire") et les réformateurs ("L'argent public doit financer la transition écologique").

5. Le Populaire (Consensus dans l'opinion)

- Ce qui doit se passer pour y arriver : la majorité des pratiquants et des dirigeants associatifs considèrent désormais évident qu'un club de sport outdoor doit prendre soin de son terrain de jeu naturel, et que l'État ne doit plus subventionner le bétonnage sportif. 

- Nouveau standard : les sponsors privés (RSE) et les entreprises associées au cofinancement territorial privilégient massivement les projets intégrant cette dimension écologique. Ne pas le faire devient un risque d'image majeur.

6. Le Légal / Institutionnel (Sortie de la fenêtre par le haut)

- L’aboutissement : la mesure est gravée dans la loi ou dans le code du sport. 

- Fonctionnement concret : Les critères d'attribution de la part territoriale de l'Agence Nationale du Sport (ANS) et des collectivités locales sont officiellement refondus. 

- La nouvelle norme : la subvention au seul volume de licenciés devient obsolète. Le versement d'aides publiques pour des rénovations ou des événements sportifs est juridiquement conditionné à des engagements de renaturalisation ou de gestion des milieux naturels sur 10, 20 ou 30 ans.

Pour faire passer cette idée du stade radical au stade légal, nous pourrions appliquer pendant les débats la stratégie classique de la fenêtre d'Overton, à savoir :

- Prolonger l’analogie : continuer d'utiliser le modèle agricole britannique (déjà accepté dans son domaine) pour crédibiliser la démarche dans le sport.


- Changer le vocabulaire : passer d'un langage de contrainte (conditionner / sanctionner) à un langage de valorisation (investissement, création de valeur territoriale, finance à impact).


- Utiliser les marges : commencer par les sports de nature (trail, VTT, kayak) où la sensibilité écologique des pratiquants est a priori plus élevée, avant de toucher aux sports collectifs et aux grandes infrastructures.

On vous laisse y réfléchir.

Wednesday, October 14, 2026

ET SI LE SPORT SERVAIT À FINANCER LA RESTAURATION ÉCOLOGIQUE ?

Depuis le Brexit, l’Angleterre vit une transformation silencieuse mais profonde de son modèle agricole. 


Plutôt que de rémunérer les paysans à la surface de leurs terres ou au volume produit, le gouvernement britannique a fait le pari de subventionner l’action écologique : plantation de haies, restauration d’étangs comblés, création de bandes de fleurs sauvages pour les pollinisateurs ou réhabilitation du lit naturel des rivières. 


L'un des enseignements marquants de la réforme anglaise réside dans le retrait volontaire des terres les moins rentables de la production intensive. 


Des zones agricoles en pente ou difficiles d'accès sont ainsi converties en clairières sauvages, offrant des bénéfices à long terme sur la régénération des sols et la résilience globale des fermes.


Ce principe, résumé sous la formule «argent public pour le bien public», remplace la recherche de productivité pure par la valorisation des services rendus à l'environnement.


Et si le monde du sport s'inspirait de cette rupture systémique ? 


Alors que le secteur sportif cherche sa place face à la crise climatique et à l'érosion de la biodiversité, transposer ce modèle ouvrirait de nouvelles perspectives pour les financements publics et privés.


Du nombre de licenciés à l'impact écologique et territorial ?


Aujourd'hui, le financement du sport amateur et professionnel repose encore très largement sur une logique de volume : le nombre de licenciés, la catégorie dans laquelle évolue une équipe ou la capacité à remplir des stades.


Une transposition du modèle environnemental britannique consisterait à faire évoluer les critères d'attribution des subventions publiques. 


Un club de football, une base nautique ou une association de course à pied ne recevraient plus uniquement des aides en fonction de leurs effectifs, mais en fonction de leur contribution directe à la régénération de leur environnement local :

- Un rôle d'éco-gardes pour les sports de plein air : les clubs de trail, de VTT, d'escalade ou de kayak deviendraient des gestionnaires actifs des milieux naturels qu'ils arpentent, rémunérés pour l'entretien des sentiers, la lutte contre l'érosion des sols et la sensibilisation des pratiquants.


- La renaturalisation des infrastructures : les équipements sportifs, souvent très minéralisés ou énergivores, pourraient conditionner leurs soutiens publics à des programmes de débétonisation, de végétalisation des abords ou de gestion raisonnée des eaux de pluie.

Le modèle britannique mise également sur des engagements de longue durée - de 20 à 30 ans - cofinancés par l'État et le secteur privé, notamment par le biais de la compensation environnementale d'acteurs industriels ou immobiliers.


Appliquée au sport, cette approche permettrait de lier développement sportif et aménagement durable des territoires. 


Un promoteur ou une entreprise souhaitant s'implanter durablement dans une région pourrait financer sur plusieurs décennies des parcours sportifs de santé en accès libre, intégrés dans des corridors écologiques ou des zones humides réhabilitées. 


Le sport deviendrait ainsi le vecteur privilégié d'une finance à impact environnemental et social.


On pourrait appeler cela "The Atletic Finance Yield ®"


Oui évidement c'est très ambitieux et aujourd'hui pas très réaliste vu le niveau des fédérations, du CNOSF et du ministère par rapport aux questions climatiques.


Mais très vite, le monde institutionnel sportif n'aura plus le choix : soit il restera le spectateur privilégié du désastre écologique, soit il deviendra l’un des financeurs de la régénération des territoires. 


On vous laisse y réfléchir.

Friday, October 09, 2026

6 LIVRES POUR PRÉPARER L'ÉTÉ 2027

- The Dry de Jane Harper : Une ville au borrd de l’explosion dans la brousse australienne sous une sécheresse impitoyable et une chaleur accablante.


- Heat de Joyce Carol Oates : Quand les étés lourds, moites et suffocants réveillent toutes les tensions dans les petites villes de la côte est américaine.


- Dust d’Yvonne Adhiambo Owuor : Quand la chaleur, la poussière et le climat aride font ressortir les plus sombres secrets d’un district au nord du Kenya.


- Water Knife de Paolo Bacigalupi : Le fleuve Colorado à sec, un homme de main engagé par la régie des eaux de Las Vegas pour saboter les infrastructures des états voisins et couper le robinet aux populations rivales.


- Dry de Neal de Jarrod Shusterman : En Californie aujourd'hui, survient le tap-out (les robinets cessent brusquement de couler). La panique gagne les villes.


- Not a Drop to Drink de Mindy McGinnis : Une femme vit dans une ferme isolée près d'un étang d'eau douce, l'une des très rares sources d'eau potable non polluées de la région.

Thursday, October 08, 2026

LA FIN DES LIMITES ?

Pendant des décennies, le sport a eu un mot d'ordre : repousser les limites.


Plus vite, plus haut, plus fort. Le corps humain comme frontière à franchir, le record comme horizon.


Aujourd'hui, la limite a pris une nouvelle forme, et elle s'appelle 40 degrés à l'ombre.


Alors le sport fait ce qu'il sait faire de mieux : il ne l'écoute pas, il la contourne.


On décale les horaires.

On ajoute des pauses «fraîcheur».

On climatise les stades.

On enfile un gilet rempli de glace.


Et on appelle ça de l'innovation.


La limite n'est plus un signal, c'est un cahier des charges. 


Chaque canicule devient un terrain de jeu pour les équipementiers, chaque record de chaleur un argument de vente pour la prochaine collection.


Le sportif, lui, joue les cobayes. 


S'il tient sous 40 degrés avec la bonne tenue, vous tiendrez aussi, à condition de payer le même équipement.


Le message est limpide : le monde peut devenir invivable, l'essentiel est d'être bien équipé.


C'est tout l'enjeu du Marketing de l'effondrement ® : transformer ce qui devrait nous arrêter en occasion de consommer.


Le sport apprenait à repousser les limites.


Il est en train d'apprendre à vendre le fait de ne plus en avoir.

Tuesday, October 06, 2026

NOUVEAU STORYTELLING DU TROU

Il y a quelques décennies, un t-shirt percé s'appelait un t-shirt percé. 


On le gardait pour bricoler, on le sortait du placard avec un certaine plaisir, mais on n'aurait jamais imaginé qu'il aurait un jour une valeur marketing.


On avait tort !


Aujourd'hui, ce même t-shirt s'appelle une «innovation thermorégulatrice».


Quelque part, un ingénieur textile a passé du temps à déterminer si le trou devait être ovale ou rond, et un directeur marketing a été chargé d'en faire une saga. 


Bref d'inventer un storytelling du trou. 


Chaque trou a désormais une mission. 


Il y a le trou «de ventilation», 

le trou «de dissipation», 

le trou «d'évacuation». 


Le vide est devenu un argument de vente. 


La planète brule, et les équipementiers nous proposent des trous pour que nous puissions continuer à vivre sans rien changer - voir l'artifice dystopique d'Adidas.


Et si face aux catastrophes climatiques qui s'annoncent, les réponses les plus honnêtes étaient plutôt celles qu'avait imaginées North Face, là ?