Friday, February 20, 2026

ET SI LES 4 SOUFFLES RENDAIENT PENSABLE CE QUE LES 4 ROUTES AVAIENT EFFACÉ ?

Ce texte prolonge et enrichit : "Et si on passait des 4 routes aux 4 souffles ?"


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Il y a une violence silencieuse dans les cartes.


Pas celle des frontières tracées au couteau, l'autre, plus insidieuse : celle des choses qu'on décide de ne pas représenter. 


Ce qui n'est pas visible sur la carte.


Car ce qui n'est pas sur la carte, n'existe pas. 


Et ce qui n'existe pas, ne se pense pas. 


Et qui ne se pense pas, ne se fait pas.


Avec "Sur les 4 routes" Le Corbusier n'a pas seulement en 1941 dessiné quatre routes. 


Il a décidé de ce qui comptait : la vitesse, le flux, le rendement. 


Et par ce geste, il a effacé tout le reste - le thermique qui monte au-dessus du plateau, le courant qui longe la berge, le relief que le pied reconnaît avant que l'œil ne le voie, la cadence du muscle qui trouve son rythme dans la répétition. 


Tout cela existait déjà en1941. 


Mais ça n'était plus pensable.


Le pensable, c’était le moteur.


Et ça l'est encore aujourd'hui.


Pendant longtemps, nous avons habité cette carte du moteur.


Le moteur ne prolongeait pas le corps - il le remplaçait, il le rendait inutile, il le condamnait à l'inertie derrière une vitre.


Et comme toujours avec les systèmes dominants, personne ne lui a demandé de se justifier. 


La voiture n'a jamais eu à prouver qu'elle incluait tout le monde. 


L'asphalte n'a jamais eu à démontrer qu'il respectait le vivant. 


Le modèle ultra-dominant n'a jamais à justifier sa place. 


Son inertie lui tient lieu de légitimité.


C'est précisément pour lutter contre cette inertie de la carte dominante - celle du moteur - que nous avons développé cette idée - voir ce concept - des 4 Souffles.


Non pas en proposant une meilleure version de la même carte. 


Non pas en optimisant le flux, en verdissant le moteur, en électrifiant l'asphalte. 


Car cette voie-là est un piège : elle conserve la carte de Le Corbusier et se contente d'en changer la couleur.


Les 4 Souffles font autre chose - quelque chose de plus radical et de plus simple à la fois. 


Ils changent qui perçoit et quoi est perceptible.


- Quand le pilote de parapente lit le ciel, il ne consulte pas une carte - il fabrique une connaissance du territoire que l'ingénieur aéronautique ne possède pas. 


- Quand le traileur négocie un éboulis, son pied sait ce que le bitume avait rendu insensible. 


- Quand le pagayeur se synchronise avec le courant, il réapprend une géographie que la péniche avait rendue invisible.


Chaque foulée, chaque virement de bord, chaque coup de pagaie produit une connaissance distribuée, corporelle, sensible.


Et c'est ici que quelqu’un comme le philosophe Jacques Rancière peut nous aider avec sa volonté de « dessiner une nouvelle carte des pensables » pour changer les regards et donc le monde.


J.Rancière nous dit que la politique advient quand les "incompétents" s'avisent qu'eux aussi savent penser et décider. 


Les 4 Souffles sont un acte politique au sens rancièrien précis du terme : ils restituent à des corps ordinaires - pas à des experts, pas à des planificateurs - la capacité de lire, d'interpréter et de produire le territoire.


- Le relief redevient lisible. 


- Le vent redevient une ressource. 


- L'effort redevient une intelligence.


Ce n'est pas un retour en arrière. 


C'est une avancée vers ce que nous n'osions plus penser.


La vraie performance du XXIe siècle ne sera pas d'aller plus vite avec moins de carbone. 


Elle sera de redevenir capables de percevoir ce qu'on nous avait appris à ne plus voir.


Les 4 Souffles ne sont pas une utopie. 


Ils sont une nouvelle carte des pensables.


Et donc une carte de l’action.

Wednesday, February 18, 2026

ET SI ON REMPLAÇAIT LE MOTEUR PAR LE CORPS ?

Publié en 1941, «Sur les 4 Routes» est un ouvrage essentiel et passionnant dans lequel Le Corbusier synthétise sa pensée urbanistique et mobilitaire.


L'idée centrale est que la "vitesse" et les "flux" ont brisé l'équilibre de la vie humaine. 


Pour retrouver l'harmonie, Le Corbusier propose de repenser les fonctions des quatre grands support du transport - à s’avoir l’air, le fer, l’eau et la terre qu'il nomme les "Quatre Routes".


Il pense ces quatre voies sous le prisme de la technique et de la logistique :


- la route de l’air à travers l’aviation


- la route de l’eau à travers les bateaux à moteurs


- la route du fer à travers le train


- la route de la terre à travers la voiture


S’il évoque parfois le piéton, il ne parle jamais du corps.


Et encore moins du corps en mouvement.


Dans les années 40 et encore pour quelques décennie : transport = moteur et acier


Mais…


Mais si on tentait un exercice qui consisterait à évacuer le moteur et l'acier pour repenser ces quatre routes simplement sous le prisme de la physiologie humaine et de ses possibles prothèses sportives ?


Dit autrement : ça donnerait quoi les quatre routes sous le prisme du sport ? 


Dit plus précisément encore : ça donnerait quoi les quatre routes sous le prisme du trans-sport ® ? 


Voilà quelques pistes de réflexions :


- La route de l’air 

- Les objets : La voile de parapente, le car à voile, l'aile de kite… 

- Le corps en mouvement : C'est le corps suspendu, utilisant les courants thermiques (l'énergie de l'air) plutôt que le kérosène. 

- La mutation : Le "trans-sport" aérien devient un exercice de lecture du ciel et des vents. On ne se déplace plus d'un point A à un point B, on navigue. C'est le sport de l'équilibre et de l'ascendance.


- La route de l’eau

- Les objets : Le kayak de mer, le paddle, l’aviron, le pump foil… 

- Le corps en mouvement : C'est le corps qui fait corps avec le fluide. Le moteur est remplacé par la puissance du buste et des bras. 

- La mutation : La voie d'eau n'est plus une autoroute pour péniches, mais un ruban de glisse. Le "trans-sport" ici est une question de rythme cardiaque et de synchronisation avec le courant.

- La route du fer 

- Les objets : Le vélo de piste, le roller, le ski de fond… 

- Le corps en mouvement : C'est le corps machine, le muscle répétitif, l'endurance pure. 

- La mutation : Le rail rigide est remplacé par la vélocité. Le train (masse inerte) devient un "peloton" (masse vivante). Le mouvement collectif génère sa propre puissance. On ne subit plus le voyage, on le produit par le pédalage ou la foulée.

- La route de la terre

- Les objets : La chaussure de sport, le bâton de marche, le chausson d'escalade 

- Le corps en mouvement : C'est le corps bondissant, grimpant, explorant la tridimensionnalité. 

- La mutation : La route n'est plus une surface plane pour pneus, mais un terrain de jeu accidenté. Le sol est un obstacle que le corps franchit par le saut ou la marche athlétique.

Avec cette approche mobilitaire, on passerait alors d'une civilisation de la consommation de vitesse (moteur) à une civilisation de la production de mouvement (corps) basée sur le muscle et le souffle.

On pourrait appeler cela «Les 4 Souffles ®».



Ça serait un excellent complément conceptuel à notre réflexion "Et si le trans-sport ® devenait la nouvelle performance mobilitaire du XXI° siècle ?"


Voir aussi "Et si c'était à Branly que s'inventait nos futures mobilités ?"

Tuesday, February 17, 2026

QUI POUR INVENTER LES TRAINS DE DEMAIN ?

Levi's - 2013.

Nike / ACG - 2026


Évidement...

Évidement que l'on ne devrait pas comparer trois types de trains qui n'ont rien à voir les uns et avec les autres, qui n'ont pas la même vocation et qui ne répondent pas aux mêmes logiques économiques.

Sauf que chez Transit-City, on est des passionnés et des amoureux des trains.

Que l'on partage avec Le Corbusier la conviction que les trains doivent être pensés comme des villages mobiles - .

Que l'on partage les mêmes imaginaires que Le Clézio sur les futures vocations des trains dans un monde écologiquement très abimé - .

Et donc qu’il ne peut être qu’enrichissant de comparer des trains avec des concepts très différents, voir opposés.

Ça aide à réfléchir à ce que pourrait être les trains demain.

Alors, allons-y pour une analyse comparative des trains Levi’sACG et Accor.

La finalité du mouvement :

Levi’s  : Le train est une usine à idées où le trajet est le moteur même de la production artistique. 

ACG : Le train est un camp de base tactique pour l'exploration physique du monde. 

Orient Express : Le train est une destination statique (malgré les rails) pour la consommation d'un luxe nostalgique.

Le rapport au monde extérieur :

- Levi’s : On utilise le paysage comme carburant créatif. Le train s'arrête dans des gares pour "déverser" de la culture et absorber l'énergie des lieux traversés. C'est un train "émetteur". 

- ACG : On ouvre les portes pour aller se confronter aux éléments (la porosité). 

Orient Express : On ferme les fenêtres (ou on les transforme en écrans de cinéma) pour s'isoler du monde réel dans un cocon du passé.

Le design et l'imaginaire :

- Levi’s : L'esthétique de l'atelier industriel. On est dans le "faire", le jean's, le bois brut et les machines. C'est un luxe de l'expérience, pas de l'apparat. 

- ACG : L'esthétique de la performance brute et d'un futur léger, sportif et utilitaire. 

- Orient Express : La réédition de vieux codes de caste du début du XXe siècle, une nostalgie qui tourne en boucle.

Le profil du passager :

- Levi’s : L'artisan, le musicien, le créatif qui transforme le wagon en prolongement de son cerveau. 

- ACG : L'aventurier moderne, le sportif montagnard, l'athlète des conditions extrêmes. 

- Orient Express : L'héritier ou le nouveau riche en quête d'une légitimité historique "prête-à-porter".


Réflexions


Levi's prouve qu'on peut réutiliser les anciens codes ferroviaires pour produire du neuf, là où Accor les utilise uniquement pour vendre de la déco nostalgique.


Alors que l'Orient Express d'Accor enferme l'imaginaire  ferroviaire dans une cage dorée passéiste et dépassé, le train Levi's, tout comme celui d'ACG, l'enrichît.


Avec ces trois trains, on passe de ce que l'on pourrait appeler une logistique de la création (Levi's) à une logistique de l'aventure (ACG) pour malheureusement finir par une simple scénographie d'un vieux luxe (Accor).


Or aujourd’hui, le train ne peut plus être un simple décor. 


Il doit devenir le vecteur d'une modernité capable de le doter de nouvelles vocations.


Il doit désormais se penser comme un dispositif créatif.


On en reparle très vite.