Sunday, June 14, 2026

ET SI ON S'INTÉRESSAIT AUX ABORIGÈNES POUR PENSER LE SPORT DEMAIN ?

Série : et si la littérature australienne permettait de penser autrement le corps et le sport demain ?

Après Erin Hortle - -, nous poursuivons notre réflexion sur la façon dont la littérature australienne pourrait renouveler nos imaginaires sportifs et corporels avec Alexis Wright.


Membre du peuple Waanyi (originaire des hauts plateaux du sud du golfe de Carpentarie), Alexis Wright a profondément transformé le paysage littéraire en imposant une narration purement autochtone, qui refuse de se plier aux structures classiques du roman occidental.


Pour comprendre et aimer Alexis Wright, il faut oublier la structure linéaire (début, milieu, fin) des romans traditionnels. Son écriture repose sur une esthétique souvent qualifiée de réalisme magique, mais qu'elle préfère décrire comme la réalité de la pensée aborigène.


La vision du monde d'Alexis Wright fait donc exploser les approches occidentales traditionnelles et ne peuvent que - si on veut bien s'en donner la peine - ouvrir de nombreux horizons. 


Voici 4 pistes de réflexion prospective pour réinventer notre rapport au corps et à la physicalité à travers son œuvre :



- Le Corps-Paysage vs le Corps-Machine


Dans les romans de Wright (Carpentarie, The Swan Book), les frontières entre le corps humain et l'écosystème sont poreuses. 


Les personnages ne vivent pas sur la terre, ils sont la terre. 


La capacité d'agir est partagée entre l'humain, l'animal et les éléments (le vent, la brume, l'eau).


Cela invite à dépasser le concept d'anthropocentrisme dans l'effort physique. Au lieu de voir le sport comme une "domination" ou une "adaptation" à un environnement (grimper une montagne, dompter une vague), on peut imaginer une pratique sportive pensée comme une co-création avec le non-humain.

- Piste prospective possible : Vers des disciplines où la performance ne se mesure plus en watts ou en secondes, mais en "degré d'harmonie" ou en rétroaction biologique (bio-feedback) avec un milieu vivant. 
Le sportif ne s'entraîne plus dans la nature, il s'entraîne avec elle dans un assemblage symbiotique.


- Le temps profond (deep time) vs le chrono-capitalisme


Le sport est souvent obsédé par le chronomètre et l'immédiateté du résultat. Chez Wright, le temps est une spirale où le passé ancestral et le futur coexistent dans le corps présent. Les mouvements physiques sont dictés par des motifs qui ont des milliers d'années (les songlines ou pistes de chant).


Cela pourrait ouvre la voie à une approche "intergénérationnelle" et "mémorielle" du mouvement. 


Qu'est-ce qu'un corps qui s'exerce non pas pour brûler des calories à l'instant T, mais pour réactiver une mémoire cellulaire ou s'inscrire dans la continuité d'un lieu ?

- Piste prospective possible : Le développement de pratiques physiques axées sur la longévité extrême et la transmission, en rupture avec la culture de l'usure rapide du corps athlétique jetable. 
On passe de la "gestion du capital corporel" à la "garde" d'un héritage physique et moteur.


- Le corps politique face aux "brouillards" toxiques


Dans son dernier roman Praiseworthy (Croire en l'incroyable), une brume ocre toxique s'infiltre dans les poumons des habitants, symbolisant à la fois la crise climatique et l'assimilation culturelle


Wright oblige à regarder la physicalité dans un monde abîmé. Le corps y est montré comme un récepteur direct des violences systémiques et environnementales.

- Piste prospective possible : Comment le sport se réinvente-t-il à l'ère des canicules répétées, de la pollution de l'air et de l'anxiété climatique ?  
Cela pourrait pousser à imaginer des disciplines de résistance physique non pas basées sur l'agressivité ou la conquête, mais sur la résilience respiratoire, l'endurance face aux crises et la survie collective.


- La souveraineté de l'imaginaire corporel

Wright défend la "souveraineté de l'esprit" face aux grilles de lecture occidentales. Dans ses livres, les personnages aborigènes subissent le contrôle étatique de leurs corps (politiques de santé, restrictions), mais y échappent par le rêve, la danse et le mythe.


L'œuvre de Wright suggère donc une forme de marronnage corporel face aux injonctions sportives traditionnelles.

Piste prospective possible : La naissance de contre-cultures sportives qui refusent la quantification. 
Des sports ou des performances basés sur le secret, la furtivité, l'imprévisibilité créative, le burlesque (très présent chez elle) et l'expression de récits mythologiques personnels ou locaux plutôt que sur les standards sportifs habituels.


Si le sport moderne dit : "Mon corps est un outil performant qui utilise un espace pour battre le temps", une prospective inspirée par Alexis Wright pourrait vouloir dire : "Mon corps est un nœud de relations qui dialogue avec un lieu pour faire résonner le temps."


On peut y réfléchir.

Friday, June 12, 2026

ET SI LA LITTÉRATURE AUSTRALIENNE FAISAIT ÉVOLUER LA PROSPECTIVE SPORTIVE ?

Série : et si la littérature australienne permettait de penser autrement le corps et le sport demain ?

Chez Transit-City comme au sein du Prospective Sport Lab ®, ça fait longtemps que l'on s'intéresse aux imaginaires australiens.

Imaginaires urbains (, ), imaginaires architecturaux (), imaginaires mobilitaires (, , ) imaginaires politiques (),imaginaire climatiques () imaginaires écologistes, imaginaires spirituels () et, bien sur, imaginaires sportifs (, ,) ...

Mais jusque là, nous nous étions très peu intéressés aux imaginaires littéraires - sauf avec "Flanagan, la Tasmanie et l'architecte".

C'est cet oubli que nous voudrions réparer aujourd'hui en nous demandant comment cette littérature australienne peut nous aider à faire de la prospective sur le sport ?

C'est le début d'une série.

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Nous commençons cette réflexion avec Erin Hortle, une écrivaine basée en Tasmanie, dont le travail mêle approche féministe et rapport à la mer et à sa faune.

Une approche que l'on peut découvrir dans "Octopus and I" ("Octopus et moi") et "A Catalogue of love" (qui vient de sortir en français sous le titre "La Fille des vagues").
 

Loin des clichés de la performance pure, de la vitesse ou de la domination de la nature, ses romans posent les jalons d'une prospective corporelle et sportive éco-féministe.


Illustration à travers quatre pistes prospectives nées de son ouvre


- Le corps augmenté par la nature (plutôt que par la technologie)

Dans la prospective classique, le "futur du corps" est souvent pensé à travers le transhumanisme : prothèses technologiques, puces, données chiffrées (le quantified self).


L'approche d'Erin Hortle : Dans Octopus et moi, Lucy subit une reconstruction mammaire après un cancer, mais sa véritable "augmentation" ou réparation ne vient pas de la chirurgie : elle vient de son immersion dans l'océan et de son identification avec le poulpe.


Piste prospective : Et si le futur du corps n'était pas la technologie, mais l'interspécificité ? Elle invite à penser un corps mutant qui se répare et se redéfinit au contact du vivant non-humain.


- Le sport comme "devenir-animal" (sortir de la performance)

Le sport moderne est construit sur la métrique : plus vite, plus haut, plus fort. L'humain doit dompter son environnement (la vague, la montagne).


L'approche d'Erin Hortle : Chez elle, le surf ou la plongée ne sont pas des sports de conquête, mais des rituels d'effacement ou de fusion. Surfer ou chasser le poulpe devient une manière de calquer ses mouvements sur une autre espèce.


Piste prospective : Imaginer le sport du futur non plus comme une compétition contre les autres ou contre la montre, mais comme un exercice d'empathie écologique


Le sport deviendrait une technique pour "faire corps" avec l'écosystème, où le bon sportif est celui qui sait lire et respecter le vivant, pas celui qui le soumet.


- Une "somato politique" féministe du sport ?

La culture sportive - et particulièrement celle du surf - est historiquement saturée par le regard masculin (male gaze), l'hyper-sexualisation des corps ou la culture du "mâle alpha".

L'approche d'Erin Hortle : Dans ses romans, elle décortique comment les femmes doivent constamment négocier leur légitimité dans l'eau. Elle montre aussi un corps féminin dans toute sa matérialité (marqué par la maladie, la maternité, le vieillissement) et non pas comme un objet esthétique figé.


Piste prospective : Comment concevoir des espaces sportifs qui ne valorisent pas la force, mais plutôt la vulnérabilité, l'inclusivité des corps abîmés, et une sororité basée sur l'expérience partagée des éléments ?


- L'éthique du «care» appliquée au terrain de jeu

Aujourd'hui, on consomme le sport et les espaces naturels (on "consomme" une vague, une piste de ski).


L'approche d'Erin Hortle : La Tasmanie de Hortle est un personnage à part entière. Le corps qui fait du sport est un corps qui prend soin de son environnement. 


Il y a une continuité absolue entre la peau du personnage, l'eau de l'océan et la survie des espèces qui y habitent.


Piste prospective : Vers un sport régénératif. Demain, la pratique sportive pourrait être indissociable de la réparation écologique. Le sportif du futur ne laisse pas d'empreinte carbone, il devient un gardien ou un capteur du milieu qu'il traverse.

 

Dit autrement, Erin Hortle aide à passer d'une vision du sport "outil de performance et de distinction individuelle" à une vision du sport "outil de connexion symbiotique et de réparation collective".

À méditer...

Thursday, June 11, 2026

ÇA VEND QUOI NIKE EN 2040 ?

Il y a quelques semaines Nike a lancé la Mind 001, une chaussure pour avant et après l'effort destinée selon ses concepteurs à influer le cerveau en facilitant notamment la concentration et la récupération - plus, 


Le pari de Nike est de traiter le pied comme un capteur neurologique. 


"Une chaussure conçue depuis le cerveau vers le sol, et non l'inverseexpliquait le directeur scientifique du Nike Sport Research Lab.


On est pas qualifiés pour dire si tout cela est du pur bullshit ou non.


Mais on peut au moins s’interroger ce que peut signifier ce genre de produit dans la stratégie Nike à 10 ou 15 ans.


Car ce que révèle la Mind 001, ce n'est pas juste un nouveau produit. 


C'est potentiellement un changement de paradigme profond sur ce qu'est Nike.


Pendant 50 ans, Nike a vendu de la vitesse, de la puissance, du dépassement physique. 


« Just Do It » c’était du corps, et que du corp. 


La Mind 001 marque le pivot vers quelque chose d'autres choses : la performance mentale, la concentration, la récupération cognitive. 


C'est une logique de développement qu'on peut extrapoler et qui peut être porteur d'un formidable business : demain, pourquoi pas des textiles qui régulent le cortisol, des semelles qui mesurent le stress en temps réel, des équipements qui "lisent" l'athlète avant même qu'il commence à bouger ? 


Nike se positionne pour devenir une marque de biofeedback


Si ça se confirme, la concurrence changera de terrain.


Ça ne serait plus Nike face à Adidas ou New Balance


Ça sera Nike face à Whoop, Oura, Garmin, et surtout Apple


Voir : et si Apple ringardisait Nike ?


La question qui se pose donc aujourd'hui est : est-ce que Nike peut devenir la marque pivot entre le corps, les données et la performance ?


Si c’était le cas, le Nike de demain ressemblerait moins à un équipementier sportif qu'à une plateforme de performance humaine globale - physique, mentale, sensorielle. 


L'image qui illustre ce post semble en tout cas vouloir aller dans cette direction : l'athlète regarde vers le bas, immobile, connecté. Il n'est pas en train de courir. Il semble être en train de préparer son cerveau. 


Le cerveau comme nouvelle frontière de Nike pour 2040 ?


Intéressante perspective à méditer.



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Sur les possibles basculements des territoires de marque dans le monde du sport dans les années qui viennent, il faut lire :


- Comment en 2040, l'Oréal est devenue une grande marque de sport ?

- Comment en 2040, Danone est devenue une marque de sport ?


- Les 3 sphères de domination du marché sportif en 2040.

- Et si ces deux trilogies aidaient à penser mieux et autrement les futurs du sport ?

Wednesday, June 10, 2026

ET SI WEMBANYAMA, C'ÉTAIT DE LA TRICHE ?

Victor Wembanyama n’y est pour rien. 


On ne peut pas blâmer un athlète d’être né avec un corps hors norme - et d’avoir travaillé d'arrache-pied pour en faire une arme absolue. 


Le prodige est fascinant, mais son ultra-domination physique soulève une vraie question de fond : et si notre façon d'admirer le basket était biaisée ?


Car soyons honnêtes : avec une taille de 2m24 et une envergure de 2m41, Wemby ne joue pas vraiment au même jeu que les autres.


Un tir contré avant même d'être amorcé. 


Une passe interceptée par des bras qui n'ont pas de raison d'être là. 


Une présence dans la raquette qui rend certaines séquences de jeu presque absurdes.


Ce n'est pas de sa faute. 


Il n'a pas triché. 


Mais le basket, lui, ne l'a pas vu venir.


Dans la boxe, personne ne ferait monter un poids lourd contre un welter en criant au génie. 


On créerait une catégorie. 


On réfléchirait aux règles. 


On respecterait l'idée même de compétition.


Alors avant de crier au GOAT, posons-nous la vraie question : est-ce qu'on regarde du basket… ou est-ce qu'on regarde Wemby jouer contre des gens qui ne lui ressemblent pas ?


L'admiration pour le phénomène, on peut comprendre.


Mais l'égalité sportive ?