Thursday, February 26, 2026

ET SI, CONTRE TOUTE APPARENCE, LA NOUVELLE CULTURE SPORTIVE DESSERVAIT L’ARMÉE ?

Quand on se demande "et si demain la guerre changeait le sport ?", on a presque envie de répondre "c'est déjà fait !"

Le succès de l'ultra-trail, de l'Hyrox, du CrossFit, de la Spartan Race, du Tough Mudder, ou de Call of Duty , montrent que les nouveaux sports de ce début de XXI° siècle ont déjà absorbé les codes militaires. 


Ces sports ont en commun de reproduire la structure, le vocabulaire et la logique de l'entraînement opérationnel.


Leurs influences culturelles ont dépassé les pauvres imaginaires de la marche commando ou du parcours du combattant, dont ils sont pourtant clairement issus.


On pourrait presque dire que culturellement l'armée a gagné !


Oui, sauf que...


Oui, sauf que l'absorption d’une culture par une autre se fait rarement à sens unique. 


Quand une culture digère suffisamment une pratique, elle finit par la transformer en retour.


La nouvelle culture sportive pourrait-elle donc influer sur la culture militaire ?


La question n'est pas neutre !!


L'armée fonctionne, en effet, sur l'effacement de l'individu dans le collectif. 


Or tous ces nouveaux sports militarisés sont tous foncièrement individualistes !!


De façon paradoxale, la militarisation sportive a produit un rapport hyperindividualisé à l'effort


Le cross fit ou l'hyrox, même en box, on le fait pour soi.


Le trail reste un sport fondamentalement individualiste.


D'où nos questions : 

- Et si ces sports militarisés avaient réenchanté l'effort physique... mais désacralisé l'obéissance ?


- Et si le eSport avait normalisé le recommencement... mais refusé l'irréversibilité ?


- Et si ces sports avaient adopté l'esthétique guerrière... mais en niant la logique de sacrifice ?


- Et si le CrossFit avait glorifié le dépassement... mais évacué la discipline ?


- Et si l’ultra-trail avait réhabilité la résilience... mais oublié la solidarité ?


- Et si le eSport avait valorisé la stratégie... mais banni le risque physique ?


- Et si le Tough Mudder avait mis en scène l'héroïsme... mais pour une gloire purement narcissique ?


- Et si la militarisation du sport avait dopé la performance... mais trahi le sens du service ?

Et si donc demain cette nouvelle culture sportive devait transformer les armées de l'intérieur ?


On y reviendra, .

Wednesday, February 25, 2026

DANS LA PEAU D'UN ATHLÈTE COMME DANS LA PEAU D'UN SOLDAT ?

En 2017, le musée de l'Armée présentait «Dans la peau d'un soldat», une très belle exposition consacrée au quotidien des soldats de l’Antiquité à nos jours - le catalogue .


Le parti pris était franchement nouveau puisqu'il s'agissait de délaisser les phases spectaculaires du combat pour ne s'intéresser qu'à la vie ordinaire et très quotidienne des combattants. 


C'était l'occasion de montrer et de rappeler que le soldat passe l'essentiel de son temps à s'entraîner, à se déplacer, à aménager ses positions et à tromper l'attente plus qu'à combattre.


L'exposition était organisée en 15 séquences thématiques qui suivaient le rythme de la vie quotidienne du combattant.

 1 - Dormir. 

 2 - Se laver. 

 3 - S'habiller. 

 4 - S'identifier. 

 5 - Marcher. 

 6 - Porter son équipement. 

 7 - Gérer ses munitions. 

 8 - Endurer. 

 9 - Boire et manger. 

10 - Tenir.

11 - Communiquer

12 - Être augmenté. 

13 - Combattre 

14 - Être soigné

15 - Mourir.

Dans le cadre de la préparation de nos Rencontres du 18 mars prochain autour de la question  « Et si la guerre changeait le sport ? », nous avons imaginé une exposition miroir qui pourrait s’appeler «Dans la peau d’un athlète»


Tout comme l'exposition originale se gardait bien de réduire le soldat au seul moment du combat, notre exposition refuserait de réduire l'athlète à l'instant de la compétition qui ne représente qu'une fraction infime de son temps, l'essentiel étant constitué par l'entraînement, les voyages, les régimes, la récupération, les soins, la douleur, l'attente... 


C'est cet invisible que «Dans la peau d’un athlète» chercherait à rendre sensible et visible.


La structure de l’expo serait la même autour de 15 séquences similaires à celle du musée de l'Armée.


Voilà ce que cela pourrait donner.

1 - Dormir.  « La nuit de l'athlète »

Comme le soldat, l'athlète est un professionnel du sommeil contraint. Le repos n'est pas un luxe : c'est une discipline. 


2 - Se laver.  « Les rituels du corps »

La section retrace l'évolution des pratiques d'hygiène sportive, depuis les thermes romains jusqu'aux bains de glace des rugbymen professionnels d'aujourd'hui.


3 - S’habiller. « Le maillot, entre perf et identité »

Comme l'uniforme militaire, la tenue sportive oscille en permanence entre deux fonctions contradictoires : la performance pure et l'affirmation d'une identité collective. 


4 - S’identifier. « Insignes, numéros »

Dossard, numéro, brassard , tatouages , les rituels d'avant-match : l'athlète, comme le soldat, est recouvert de signes qui disent son appartenance, son rang, son histoire. 


5 - Marcher.  « Se déplacer pour concourir »

Le voyage forge l'identité collective de l'équipe tout autant que l'entraînement. Cette section retracerait l'odyssée logistique des athlètes à travers les siècles.


6 - Porter son équipement.  « Le sac de sport »

Objet à la fois fonctionnel et intime, le sac de sport est le réceptacle de tout ce que l'athlète transporte avec lui - chaussures, rouleaux de strapping, carnet d'entraînement. La section proposerait une archéologie du sac de sport


7 - Gérer ses munitions.  « Les réserves d'énergie »

La nutrition sportive, l’équivalent le plus direct des munitions du soldat. L’alimentation est l'énergie de l'athlète : les glucides avant l'effort, les gels énergétiques pendant la course, les protéines après l'effort. Cette section retracerait l’histoire de l’alimentation sportive


8 - Endurer.  « Le corps à l'épreuve »

L’athlète, comme le soldat, affronte des conditions extrêmes. La section traite aussi des souffrances chroniques : les tendinites cachées, les fractures de fatigue, les blessures que l'on joue malgré tout. 


9 -Boire et manger. « Le ventre de l’athlète »

Comme l'exposition originale montrait comment nourrir une armée est un enjeu stratégique, cette section montre comment l'alimentation de l'athlète est devenue une science et une industrie. 


10 - Tenir - « Dans la tête… »

Tenir psychologiquement - dans la durée d'une carrière, dans la pression d'une finale, dans l'isolement d'une préparation hivernale - est l'un des défis les plus intimes de l'athlète. Visualisation mentale, sophrologie, travail avec les psys…


11 - Communiquer « Signaux et l'oreillette »

Cette section montrerait aussi comment les athlètes communiquent entre eux pendant la compétition, dans les langages codés des équipes sportives.


12 - Être augmenté. « Les frontières du corps »

Cette section interrogerait les limites technologiques, biologiques et éthiques de l'augmentation des performances. La question de savoir jusqu'où augmenter le corps avant que l'exploit ne soit plus humain ? est la même que celle posée sur le champ de bataille.


13 - Combattre - « L'instant décisif »

Comme l'exposition militaire se gardait de glorifier la violence du combat, cette section refuserait de réduire l'athlète à l'exploit spectaculaire. Elle s'intéresserait au contraire à ce qui se passe dans les secondes qui précèdent : la montée d'adrénaline, la concentration extrême, la peur, les automatismes acquis après des milliers d'heures d'entraînement. 


14 - Être soigné - « Réparer, reconstruire »

Cette section s'intéresserait aux institutions qui prennent soin du corps de l'athlète blessé : le staff médical, les centres de rééducation, les chirurgiens spécialisés. Elle traiterait aussi des soins psychologiques — burn-out, dépression post-carrière, vide existentiel après le retrait.


15 - Mourir - « La petite mort »

La blessure grave, l'abandon sur blessure, la fin de carrière prématurée sont les formes sportives de la mort au combat. La question de la mémoire sportive trouve ici toute sa place : comment la biographie sportive survit-elle au corps qui l'a produite ?

Un parallélisme soldat/athlète qui explique notamment pourquoi le langage sportif a si naturellement emprunté ses métaphores au champ de bataille.


Reste maintenant à savoir si les nouvelles formes de guerres comme les nouveaux sports prolongeront ces parallèles ou en créeront de nouveaux ? 

Dit autrement : et si les nouvelles façons de combattre auront une influence sur les nouvelles façons de concourir ?


Ou plutôt : et si les nouvelles façons de faire du sport auront une influence sur les nouvelles façons de faire la guerre ?

C'est tout l'objet des Rencontres du 18 mars organisée autour de la question « Et si la guerre changeait le sport ? »

Tuesday, February 24, 2026

ET SI DEMAIN, LA GUERRE CHANGEAIT LE SPORT ? / LE PROGRAMME

Les prochaines et dixièmes Rencontres de la Prospective Sportive ® auront lieu le 18 mars 2026 autour de la question "Et si demain, la guerre changeait le sport ?"

Nous analyseront la façon dont les guerres alimentent les imaginaires, les pratiques et le marketing du sport.

Voici le programme 

En introduction François BELLANGER, un des animateurs du Prospective Sport Lab ® , se demandera s'il ne serait pas temps de renouveler un peu notre pensée sur le corps sous le prisme de la guerre et du sport ?

C'est pour mieux comprendre ces nous nouvelles réalités que nous aurons trois invités.

Pour comprendre ce que seront les combattants demain  : Quentin Ladetto explorera la dualité du soldat du futur, naviguant entre high-tech et low-tech. À l’intersection des mondes digitaux et physiques, il nous expliquera comment maintenir la résilience et la survie d'un combattant désormais attaqué autant physiquement que cognitivement, là où la préparation mentale devient l'ultime rempart. 


Directeur de la veille technologique et prospective au sein du Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports (Suisse), Quentin Ladetto est un expert reconnu de la veille et de la prospective.



Pour comprendre les mutations technologiques : le Colonel Bruno de San Nicolas témoignera d'une réalité concrète : l'intégration de l'esport au sein des armées. Entre entraînement cognitif et recrutement, il nous expliquera comment la culture du gaming façonne le soldat de demain et brouille la frontière entre performance athlétique et maîtrise technologique.


Conseiller en stratégie et transformation numérique au Ministère des armées, Bruno de San Nicolas est à l'origine du déploiement de l'esport au sein de l'Armée française.


Pour décrypter la guerre d'influence : Avec Olivier Mauco, président de l’Observatoire Européen des Jeux Vidéo, nous explorons comment le jeu vidéo est devenu un levier de soft power et une arme de propagande géopolitique, redéfinissant les règles de la "compétition" entre les nations au-delà des stades traditionnels.


Chercheur en sciences politiques, Olivier Mauco est un fin analyste des enjeux géopolitiques autour de la production des jeux vidéo.

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Ces dixièmes Rencontres de la Prospective Sportive ® se dérouleront le mercredi 18 mars 2026, de 9h00 à 12h30 au Petit Bain situé au pied de la Grande Bibliothèque au 7 Port de la Gare, Paris 13° - métro Quai de la Gare (ligne 6).


Pour vous inscrire, il suffit d'envoyer un mail à francois.bellanger@gmail.com en disant "Je viens" ou "Nous venonssi vous êtes plusieurs avec vos noms.