Tuesday, June 23, 2026

POURQUOI LA FÉDÉRATION FRANÇAISE DE NATATION VA CHANGER DE NOM

D'ici une dizaine d'années la Fédération Française de Natation aura de changer de nom.

On vous explique le pourquoi et le comment de cette mutation.


Chronique d’une bascule : de la performance à la survie publique (2026-2032)


Acte I : 2026 – Le "Choc de Juillet"

L'été 2026 reste dans les mémoires comme le moment où le déni a fondu. 

Ce n'est pas une injonction ministérielle qui déclenche la révolution à la Fédération Française de Natation (FFN), mais une réalité physique, brutale : le grand black-out hydraulique de juillet 2026.


En l'espace de trois semaines, sous une canicule stationnaire à plus de 40°C qui paralyse une grande partie du  pays, 450 piscines municipales ferment leurs portes. 


Les raisons ? Arrêtés préfectoraux de sécheresse absolue interdisant le renouvellement de l’eau, pannes en série des systèmes de filtration qui surchauffent, et explosion des coûts de l’électricité.


Pour les clubs amateurs, c'est l'asphyxie. Le Championnat de France open est annulé : l'eau des bassins extérieurs atteint 32°C, devenant un danger thermique pour les athlètes.


A l'automne 2026, un spécialiste des piscines, un certain P.B, envoie une note au président de la fédération, Ses conclusions sont sans appel : « À l'horizon 2035, le modèle de la piscine publique en béton, chlorée et chauffée, aura disparu de 60 % du territoire national. Si la FFN reste la fédération des bassins de 50 mètres, elle sera la fédération d'un sport fantôme. »


C'est cette année-là qu'est voté le budget de la cellule « Horizon Fraîcheur », une cellule de réflexion mené par d'anciens nageurs d'eau libre et des climatologues. 


Leur mission : redéfinir la valeur d'usage de la fédération auprès de l'État.

 

Acte II : 2028 – La révolte des "Maîtres-Nageurs Sauveteurs"

En 2028, la crise change de visage. 

Les piscines étant devenues des produits de luxe ou des zones rationnées, la population se rue massivement vers les "points d'eau sauvages" lors des pics de chaleur urbains. 


Les fleuves et les canaux se transforment en plages improvisées.


Le résultat est catastrophique : l'été 2028 brise le record national des noyades accidentelles. Les profils des victimes ? Des citadins fuyant des appartements surchauffés, ne sachant pas nager en milieu naturel (courants, hydrocution, obstacles).


Les syndicats de maîtres-nageurs (MNS) et les éducateurs de la FFN font bloc. Ils interpellent directement la fédération lors des Assises de la Natation à Lyon :« Nous ne voulons plus passer nos journées à chronométrer des enfants qui font du crawl pour la compétition. Nous passons nos week-ends à faire de la gestion de crise et à ramasser des corps dans des fleuves à 15 km/h de courant. Notre mission, c'est la santé publique ! »


La FFN comprend qu'elle tient là sa nouvelle légitimité politique pour le XXI° siècle. 


Elle négocie un accord historique avec le Ministère de l’Intérieur et la Sécurité Civile : la fédération reçoit des subventions massives non plus pour "générer des médailles", mais pour former la population française à la flottaison de survie en milieu hostile. 


Le programme national « Savoir Nager » est enterré au profit du plan « Auto-Sauvetage Canicule ».

 

Acte III : 2030 – La révolte des collectivités locales

En 2030, la France subit sa plus longue sécheresse hivernale, suivie d'un été étouffant.  

Les maires de France, acculés par des budgets énergétiques en ruine, menacent de couper totalement les subventions aux ligues régionales de natation si celles-ci n'ouvrent pas leurs lignes d'eau de manière "citoyenne".


La FFN opère un virage doctrinal radical


Elle cesse de soutenir les projets de construction de complexes aquatiques traditionnels et s'associe à des ingénieurs en génie écologique.


La fédération devient un cabinet d'audit : elle aide les mairies à transformer les anciennes gravières, les lacs de parcs urbains et les bassins de rétention des eaux pluviales en « Zones d’Aménagement de Fraîcheur (ZAF) » biologiquement surveillées. 


Les clubs de natation locaux ne s'entraînent plus en lignes : ils deviennent les gestionnaires et les animateurs de ces oasis urbaines.


La majorité des nageurs vont au club de natation pour apprendre à réguler sa température corporelle en eau froide et à optimiser sa respiration lors des nuits tropicales à 30°C.

 

Acte IV : 2032 – L'AG qui change tout.

Le 14 novembre 2032, c’est l'Assemblée Générale extraordinaire de la FFN


Un seul point est à l'ordre du jour : la refonte des statuts de l'organisation et son changement de nom.


L'opposition interne, menée par les derniers bastions du "sport-performance" et de l'olympisme nostalgique, crie à la trahison : « Vous tuez la natation française ! Vous sabotez l'héritage de nos champions pour devenir des animateurs de baignade et des agents de la transition écologique ! »


C'est la présentation par Léon Marchand d'une carte de France conçue par la cellule Horizon Fraîcheur qui fait basculer le vote. 


La carte montre les projections d'habitabilité des villes françaises pour 2040. 


Sans accès à des points de fraîcheur liquide régulés, des dizaines de villes du Sud et de la vallée du Rhône deviendront invivables deux mois par an.


Le Directeur Technique National monte à la tribune et prononce cette phrase restée célèbre :

« Nos médailles d'or ne refroidiront pas les quartiers de Marseille ou de Bobigny à 45°C. Notre mission historique était d'apprendre aux Français à briller dans l'eau. Notre mission future est d'utiliser l'eau pour les empêcher de brûler. »


Le vote est validé à 74 % des voix.


La Fédération Française de Natation change de nom. 


Elle s’appelle désormais la Fédération Française de la Fraîcheur et de la Natation.


Les adhésions explosent - elles passent de 410 000 membres à plus de 600 000. 

La natation a cessé d'être un sport.  

Elle est devenue un service public vital.

Monday, June 22, 2026

ET SI ON TENTAIT UNE PROSPECTIVE DU "COMMENT FAIRE AVEC ?"

Milène Tournier est un poétesse, dont l’écriture a longtemps été viscéralement liée au corps en mouvement - voir "Ce que m'a soufflé la ville" et "Et m'ont murmuré les campagnes"


Sauf qu’un matin en se levant, elle découvre qu'elle ne peut plus marcher - épanchement de synovie dans chacun des genoux.


Ça change évidement tout dans sa vie et sa façon d’écrire.


Aujourd'hui, sa poésie explore les thèmes du vieillissement, de la fragilité et de la dégradation du corps, transformant une expérience douloureuse en matière poétique - voir "Journal ouvert"


C'est beau, touchant et ça fait énormément réfléchir.


Alors, on a essayé d’en tirer des axes de réflexions prospectives sur la mobilité et le corps.



Adaptation.


Privée de marche, elle déplace son corps dans un autre élément : l'eau. 


Elle parle du passage de la marche à la nage. 


Elle explore la dualité de ce qui protège et de ce qui entrave.


L'expérimente ce que nous pourrions appeler un "sport de transition", où le corps doit réapprendre à habiter d'autres éléments. 


Question : C'est quoi demain les sports de transitions qui vont naitre des dérèglements climatiques ? 



Marche empêchée


Milène Tournier lie le mouvement du corps et la création poétique (« en marchant, en écrivant »). 


Quand la marche s'arrête, le regard change : « en boitant, on réapprend beaucoup de choses ».


Elle documente donc désormais son environnement depuis la contrainte de "la marche empêchée" ou ralentie.


Utiliser les notions de "marche contrariée" ou de "flânerie blessée" apparaissent des pistes très fécondes pour penser un peu autrement. 


Comment la pratique sportive peut-elle intégrer le corps lent, le corps qui se réapproprie l'espace par le fragment, le banc, la pause


On a là potentiellement, une possible prospective de la micro-mobilité qui pourrait se révéler très riche dans un monde qui va vieillir et avoir de plus en plus chaud.



Fragments


M. Tournier documente le quotidien, le minuscule, l'intime dans un journal de bord fait d'une multiplicité de fragments.


Adopter la méthode du "journal de bord d'un corps en mutation" comme outil de prospective pourrait devenir tentant afin d’initier de nouvelles approches et de nouvelles méthodes. 


L'écriture fragmentaire permet, en effet, de capter les "signaux faibles" de l'évolution de notre rapport au corps.



M. Tournier - si on accepte de la suivre - pourrait donc nous inciter à passer d'une prospective de la performance à une prospective du «comment faire avec ?» ®


… avec la blessure ?


… avec le ralentissement ?


… avec la mémoire du corps ? 


… avec la chaleur ?


... avec tous les dérèglements du corps et du climat ?


Des pistes de réflexion pas forcément inintéressantes au vu du monde qui s’annonce...

Friday, June 19, 2026

ET SI LES SALLES DE SPORT DEVENAIENT DES LABORATOIRES DE SURVIE ?

Cette série d'images IA est signée Jean-Jacques Balzac.

Elles nous ont inspiré ces réflexions.

Dans un climat complètement déréglé, la salle de sport de demain ne se résumera plus à un simple lieu de musculation ou de fitness. 

Elle sera un laboratoire de survie, d'adaptation et de production énergétique au cœur d'un monde bouleversé.

L'histoire de cette mutation
- Le climat extérieur étant devenu imprévisible ou invivable (canicules extrêmes, pollution...), le sport migre vers des hangars industriels et des espaces hautement technologiques.


- Le sport a du composer avec la nécessité absolue de refroidir les corps et de filtrer l'air.


- Les hangars simulent donc des écosystèmes disparus. 


- Pour courir «en pleine nature», il a fallu recréer artificiellement des biotopes intérieurs complexes.


- Dans un monde où les ressources énergétiques sont rationnées ou instables, l'effort humain est maximisé et capté. 


- Les sportifs sont devenus des dynamos humaines en pédalent et en ramant. 

- Le sport est un acte de production, et non plus seulement de consommation.


- Le sport est devenu une survie utilitaire.


- L'effort physique a été rationalisé pour s'adapter à des conditions climatiques devenues extrêmes et pour réinjecter de l'énergie dans un réseau défaillant.


- Les salles de sports sont devenues les nouvelles cathédrales du XXI° siècle tentant d'offrir "l'Eden perdu" à des corps en pleine rédemption.

Ça peut renvoyer à "c'est quoi demain, aller dehors ?"

Thursday, June 18, 2026

QU'EST-CE QUE SAIT - ET FAIT - LA LITTÉRATURE AUSTRALIENNE ?

Qu'est ce que sait la littérature ?


Qu'est ce qu'elle sait et fait que les autres arts ne savent ou ne peuvent dire ou faire ?

Qu'est ce que la littérature peut nous apporter dans nos métiers de conseils marketing et prospectifs ?

Voilà des questions toutes simples, mais qui ne cessent de nous tarauder dans nos réflexions.

C'est d'une certaine façon la volonté d'y répondre qui nous a amené à faire cette série de posts autour de la question et si la littérature australienne permettait de penser autrement le corps et le sport demain ? ou nous avons successivement réfléchi avec Erin HortleAlexis WrightLaura Jean McKay, Richard Flanagan et Tim Winton.

Conscients que les temps de lecture de chacun sont aujourd'hui de plus en plus raccourcis, nous avons tenté une synthèse sous forme de tableau des thèmes et des pistes prospective que nous avons retenues de nos cinq écrivains australiens.

Les détails là :

L’athlète du futur recherche activement la perméabilité avec le milieu, acceptant l'usure, l'asphyxie choisie et la friction brute comme les seuls vecteurs capables d'opérer un reset neurologique face à la saturation des métropoles.


- Richard Flanagan • Le corps mémoriel

Le sport quitte la sphère du divertissement pour devenir un laboratoire de résilience, où l'histoire de l'âme et la mémoire organique redeviennent des composantes de la performance.


- Laura Jean McKay • L'athlète animalisé

Le sport devient une négociation en temps réel avec le biotope. Les disciplines du futur se déploient dans des terroirs précaires, selon des règles mouvantes dictées par l'instabilité climatique, où l'exploit réside dans la capacité à se fondre dans le mouvement de l'autre.


- Alexis Wright • Le corps-paysage

La pensée de Wright incite au marronnage corporel contre le chrono-capitalisme occidental. La performance n’est plus quantifiable par la métrique industrielle ; elle s’évalue en degré d'harmonie, en activation de la mémoire cellulaire et en résistance respiratoire face à un monde saturé.


- Erin Hortle • Le corps augmenté par la nature

Horthle théorise un corps réparé et augmenté par la nature elle-même. Les disciplines sportives glissent vers des rituels d'effacement et d'empathie écologique. Le geste physique devient un outil thérapeutique d'inclusion à la fois des corps abîmés mais aussi de restauration des milieux vivants.

Cette série sur la littérature australienne est la première émergence de tout un travail engagé depuis plusieurs mois intitulé Ruptures Littéraires ® visant à comprendre comment la littérature contemporaine d'un certain nombre de pays peut nous aider à penser le corps et le sport de façons un peu différentes.