Tuesday, September 22, 2026

4 MÉTAMORPHOSES DE L’EFFORT SPORTIF

Étape 2 d'un parcours littéraire et prospectif


étape 1 - un monde d'après-désastre pour penser le corps autrement ?

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Si le sport valorise historiquement le corps sculpté, jeune et invulnérable, l'univers d'Antoine Volodine nous confronte à une tout autre réalité : celle de la vulnérabilité, de la métamorphose et de la persistance du souffle dans l'épreuve.


À travers ses 11 récits, Volodine déploie une véritable cartographie de la chair. 


En observant les personnages qui peuplent cet univers, quatre grandes métaphores corporelles émergent qui peuvent offrir une grille de lecture pour repenser notre rapport à l'effort physique dans un monde en souffrance et une planète en feu.


- Le Corps en Bardo : La recherche du voyage intérieur


- Directement inspiré du Bardo Thödol (le Livre des morts tibétain), le « corps en Bardo » évolue dans un espace intermédiaire, entre la vie et la mort, l'éveil et le rêve. Ce n'est plus une enveloppe musculaire rigide, mais une silhouette mémorielle et fluide, soumise à la transe ou à l'épuisement.

Ce que cela change pour penser le sport : La pratique sportive quitte la tyrannie du chrono, de la vitesse ou du score pour devenir un état de conscience modifié, une forme de méditation en mouvement. L'athlète ne cherche plus à dominer l'espace, mais à apprivoiser l'absence à soi-même et la perte des repères.

- Le Corps reclus et torturé : La vérité de la douleur contre le mythe de l'invulnérabilité


- Fidèle à la mythologie volodinienne des écrivains combattants enfermés dans des cellules hautement sécurisées, ce corps est saisi dans sa matérialité la plus brute : la faim, le froid, la fatigue et les stigmates de la contrainte.

Ce que cela change pour penser le sport : C'est la fin du mythe du « corps-machine » parfait et éternel. Cette approche remet au centre la réalité de l'usure articulaire, des blessures et des limites réelles de la matière humaine. L'effort physique devient un apprentissage du corps dans un monde aux ressources restreintes.

- Le Corps hybride et monstrueux : Vers un sport écocentré et adapté


- Dans les paysages irradiés ou dévastés du post-exotisme, les corps souffrent de mutations : ils s'entremêlent à l'animal, au végétal ou au minéral. Ces corps grotesques, malades ou déplacés incarnent l'adaptation forcée à un environnement altéré.

Ce que cela change pour penser le sport : Au lieu d'opposer l'athlète à la nature, le sport intègre l'imperfection, le handicap et les prothèses comme des prolongements organiques. Les catégories sportives traditionnelles s'effacent au profit de la diversité anatomique où les corps appareillés deviennent le cœur même de la discipline.

- Le Corps traqué et la figure combattante : La fin du vainqueur unique


- Inspiré par les figures de guerrières et d'exilées en lutte constante contre un milieu hostile, ce corps est un outil de résistance instinctif, constamment au bord de l'épuisement total.

Ce que cela change pour penser le sport :Le sport sort du modèle de la compétition traditionnelle (un gagnant unique écrase ses rivaux) pour redevenir une tactique de survie collective et de solidarité. L'objectif n'est plus de battre un adversaire, mais d'entraider la meute pour traverser ensemble une épreuve commune.

Oui évidement penser le sport sous ce prisme n'est pas forcément follement joyeux, mais ca permet de réfléchir en sortant des niaiseries habituelles que l'on peut lire sur le sport de demain, 

Ça peut aussi accessoirement aider à remettre sur la table à la question "c'est quoi demain le sport dans un monde de merde ?" qu'aujourd'hui aucune autorité sportive ne veut aborder.

Dans notre prochain post, nous verrons comment ces concepts corporels et sportifs pourraient se concrétiser dans le design, le matériel sportif et la réflexion prospective des marques.

Monday, September 21, 2026

UN MONDE D'APRÈS-DÉSASTRE POUR PENSER LE CORPS AUTREMENT ?

Étape 1 d'un parcours littéraire et prospectif

- le point de départ.

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Sous le nom d’Infernus Iohannes, l'écrivain Antoine Volodine vient de frapper un grand coup en publiant simultanément 11 romans chez 11 éditeurs différents - voir tous les détails .

Ces 11 livres clôturent une aventure monumentale - 49 titres publiés - construite sur plus de quarante ans autour d’un thème : le post-exotisme.


Pour qui n'a jamais ouvert un livre de Volodine, l'univers peut surprendre. 


Le post-exotisme ne raconte pas des histoires classiques avec des héros triomphants. 


Il nous plonge dans un monde d'après le désastre, ruiné par les échecs politiques et les traumatismes du XXᵉ siècle.


Dans cet univers, les personnages sont des combattants vaincus, des reclus oubliés dans des cellules, des êtres comateux ou des figures en exil. 


Pourtant, ils ne renoncent pas. 


Leur résistance ne passe plus par la force armée, mais par la parole partagée, le rêve, le souffle et le souvenir. 


Ce sont des voix qui chuchotent depuis les marges pour préserver une forme de fraternité ultime.


Le corps humain n'est plus une machine invincible : c'est un organisme fatigué, traqué, soumis au froid, à la faim, mais capable d'une endurance poétique et spirituelle remarquable.


Les principales figures corporels et charnelles qui émergent de cet ensemble :

. Le corps en Bardo (ou le corps-fantôme) : Directement hérité du bouddhisme tibétain et omniprésent dans des titres comme Bardo solo, ce corps évolue dans l'interstice entre la vie et la mort. Ce n'est plus une enveloppe biologique ferme, mais un fluide mémoriel, une silhouette ectoplasmique soumise à des métamorphoses ou à la décomposition. Il matérialise l'état de coma, de rêve éveillé ou de déchéance post-mortem.


. Le corps reclus et torturé : Fidèle à la mythologie post-exotique des écrivains combattants enfermés dans des cellules hautement sécurisées, le corps y est décrit dans sa matérialité la plus brutale et contrainte : la faim, la crasse, le froid, la douleur physique et les stigmates de la répression. Le corps est l'ultime surface d'inscription de la défaite politique et de l'enfermement.


. Le corps hybride et monstrueux : Entre l'humain, l'animal et le végétal (ou le minéral), les personnages volodiniens souffrent d'une hybridité difforme. Ces corps «déplacés», souvent grotesques ou malades, incarnent la mutation provoquée par un monde irradié, ruiné ou soumis à des traumatismes historiques majeurs.


. Le corps traqué / la figure féminine combattante : Dans des récits comme Malaise chez les plongeuses, le corps s'incarne dans des figures de femmes, de guerrières ou d'exilées, en lutte physique directe avec leur environnement. Le corps y est un outil de résistance instinctif, mais constamment au bord de l'épuisement total.

À première vue donc, rien ne semble plus éloigné du post-exotisme que le sport moderne. 


Mais c'est justement ce décalage entre le sport et l'univers de Volodine, qui nous a intéressé.


On poursuit notre réflexion dans notre prochain post dans lequel nous détaillerons comment ces qu'âtres figures du corps chez Volodine pourraient nous aider à penser différemment les pratiques sportives de demain.

Thursday, September 17, 2026

ET SI CES 3 LIVRES POSAIENT LES BASES D'UNE VÉRITABLE NOUVELLE ANALYSE DU SPORT ?

Pour penser le sport demain, il faut accepter de pratiquer une rupture historique majeure car l’analyse sportive actuelle reste désespérément prisonnière de valeurs et de catégories léguées par le XIXᵉ siècle


Le sport au XIX° et XX° siècles reposait sur ce que nous appelons les « 3 P » (Périmètre, Performance, Présentisme)

1. Périmètre : Le sport s'est construit par l'isolation : le stade, le gymnase, le velodrome, l'hippodrome, c’est-à-dire des périmètres clos, des bulles artificielles et extra-territoriales.


2. Performance : Conçu à l'image de l'usine et de la machine industrielle, le sport s’est construit sur le classement, la quantification (le chrono, le mètre, le poids) et le rendement. 


3. Présentisme : Le sport moderne vit dans l'immédiateté de l'événement, du calendrier des compétitions et du spectacle instantané.

La crise climatique globale, l'épuisement des ressources et l'effondrement des repères de la modernité mettent aujourd'hui clairement ce modèle en faillite. 


Le sport est aujourd'hui devenu un fait social total qui nous oblige à repenser totalement ses vocations dans la société.


Mais pour penser et conceptualiser cette mutation, il faut chercher des armes conceptuelles en dehors du champ sportif traditionnel.


C'est ce que nous avons tenté de faire ici en croisant trois approches sociologiques, politiques et juridiques récentes :

-  « Où atterrir ? » de Bruno Latour,  

- « Liberté, Dignité, Habitabilité » de Baptiste Morizot et Laurent Neyret,  

- « La Tyrannie du présent » de Pierre Rosanvallon. 

On vous explique.


Ces trois essais partagent un constat fondamental : la pensée politique moderne - fondée sur l'individu souverain, la croissance illimitée et la frontière nationale - est incapable de saisir les enjeux qui dépassent l'échelle humaine immédiate. 

- Latour parle du Terrestre pour sortir du hors-sol des débats politiques traditionnels.


- Morizot et Neyret s’intéressent aux normes juridiques, ils imaginent le Principe d’Habitabilité comme condition du vivant.


- Rosanvallon s’intéresse à l’individu qu’il veut faire passer du statut de citoyen à celui de Terrien afin que le sujet politique intègre et incarne le temps long.

Ces auteurs permettent passer des 3 P (Périmètre, Performance, Présentisme) à ce que nous avons nommé les 3 T ®, c'est à dire :

- Terrestre, 

- Terrien, 

- Temps long.

On développe.

- Latour montre que ce qui structurait les affrontements politiques modernes s'est effondré et qu'il faut - au vu de la crise climatique - instituer un nouveau référent politique : le terrestre


-
Morizot et Neyret opèrent, eux, une inversion philosophique et juridique majeure : l'habitabilité de la Terre constitue la condition ultime et préalable à toute liberté, égalité ou dignité humaine.


-
Rosanvallon analyse, lui, la paralysie des démocraties contemporaines face à la crise écologique. Soumises au présentisme et à l'immédiateté marchande, elles sont incapables d'intégrer le long terme. Pour sortir de ce piège, il imagine un nouveau sujet politique pour le XXIᵉ siècle, le Terrien :

- L’Individu (XIXᵉ siècle) : défini par ses droits subjectifs et sa place dans le marché. 

- Le Citoyen (XXᵉ siècle) : défini par ses devoirs sociaux et son appartenance à la communauté nationale. 

- Le Terrien (XXIᵉ siècle) : la nouvelle figure qui incarne au sein de chaque individu l'humanité étendue, les générations futures et l'appartenance à la communauté du vivant.

Pris ensemble, ces auteurs construisent potentiellement une architecture théorique à trois étages (ce que nous appelons l'Analyse 3T ®) qui pourrait réinventer les fondements du fait sportif.


Précisons d'emblée que dans notre esprit les 3T® n’ont pas vocation à remplacer les 3P, juste à les subordonner. 


Le Périmètre, la Performance et le Présentisme continueront évidemment d'exister comme références du monde sportif - mais pourraient être soumis désormais à des normes supérieures qui en fixeraient les limites et les conditions de légitimité.


Et cela sur le modèle du "principe d'habitabilité" de Morizot et Neyret (l'habitabilité comme condition de la liberté, pas son ennemie) :

- le Périmètre reste légitime tant qu'il ne détruit pas le Terrestre ;

- la Performance reste légitime tant qu'elle intègre le Temps long ;

- le Présentisme reste légitime tant qu'il ne confisque pas le Temps long.

Confronter les 3P aux 3T® ouvre donc potentiellement des pistes très fécondes. 


Mais une norme juridique ou une théorie politique restent des abstractions impuissantes tant qu'elles ne s'incarnent pas dans une épreuve sensible et quotidienne. 


Notre hypothèse de travail est donc simple : et si le sport pouvait incarner cette mutation politique ?


C'est ici que la pensée du sport rejoint la théorie politique : et si le sport était la médiation corporelle idéale pour incarner la figure du Terrien ?


Et si l'Analyse 3T ® (Terrestre, Terrien, Temps long) permettait donc de poser une nouvelle anthropologie sportive du XXIᵉ siècle ?


On a évidement pas la réponse, mais on voulait au moins poser la question.


Et on vous laisse y réfléchir.

Tuesday, September 15, 2026

ET SI ON PASSAIT DE "MOBILITY AS A SERVICE" À "SPORT AS A MOBILITY SERVICE ®" ?

Étape 5 d'un parcours intellectuel et conceptuel


L'étape 1 : Comment dans nos réflexions, le corps a remplacé le moteur ?


L'étape 2 : Pourquoi le corps est devenu le grand récit du XXI° siècle


L'étape 3 : Ce que le moteur et la carte ont effacé


L'étape 4 : Et s'il fallait inventer un Waze des mobilités actives ?

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Depuis quelques années a émergé dans le petit monde des transports un nouveau concept, celui Mobility As A Service ou MAAS.

L'idée est simple : offrir sur une application unique l'accès aux différentes offres de transport afin d'inciter les citadins à moins utiliser leur voiture.

Dans la réalité, peu de services MAAS ont véritablement été déployés, mais qu'importe cela reste pour beaucoup un graal.

Nous chez Transit-City et au Prospectiove Spoirt Lab ®, on réfléchit aux futurs des mobilités urbaines non pas seulement sous l'angle des machines (train, tram, métro, voiture, vélo électrique ...) mais aussi, et de plus en plus, sous l'angle du corps en mouvement.

C'est dans ce contexte que nous avons créer les concepts de trans-sport ® et de motri-cité ®.

Une réflexion qui nous conduit aujourd'hui à proposer de remplacer le MAAS par le SAAM ®.

Dit autrement, de remplacer le concept de Mobility As A Service par celui de Sport As A Mobility ®.

Sport As A Mobility ®, c'est mettre le corps en mouvement au coeur de la réflexion.

Sport As A Mobility ®, c'est penser la mobilité à travers le prisme des très nombreux sports qui pourraient devenir des moyens de trans-sports ®, soit en gros plusieurs dizaine de sports - .

Sport As A Mobility ®, c'est donc arrêter de seulement penser vélo dès que l'on parle de mobilités actives et envisager tous les supports sportifs possibles et imaginables - .

Sport As A Mobility ®, c'est une première étape vers le Sport As A Mobility Service ®