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Thursday, August 27, 2026

ET SI LE VRAI TRAIL SE JOUAIT LE MARDI MATIN ?

Le cirque médiatique de l'UTMB est bien rodé. 


Des milliers de coureurs déferlent sur le massif du Mont-Blanc. 


Ils ont accumulé des running stones comme des bons points à l'école primaire, dépensé des fortunes en matériel dernier cri, et brûlé des kilos de carbone en transports pour venir piétiner des sentiers ultra-fréquentés sur un massif déjà en très très grande souffrance.


Pour quoi ? Pour s'offrir le frisson d'un statut social sur Strava, une médaille en plastique recyclé et la fierté d'avoir souffert pendant trente heures sous les projecteurs.


Puis dimanche soir le soufflé va retomber. 


Et dès le lundi matin, la très très grande majorité de ces passionnés d'endurance va s'enfermer docilement dans sa voiture ou dans des transports en commun. 


Leur obsession du dépassement de soi va s'évaporer instantanément au moment de franchir le seuil de la vie quotidienne.


Et ils feront la même chose mardi matin


Et probablement les jours suivants...


Ce grand écart schizophrénique met à nu l'hypocrisie du "sport-nature" à la mode UTMB

- d’un côté, une débauche d'effort gratuit et merchandisé 

- de l'autre, un corps du quotidien totalement résigné à la dépendance de la mobilité motorisée


Face à cette impasse, nous proposons qu’une rupture s'impose : abandonner la bulle du sport-loisir pour basculer vers le Trans-Sport ®, c'est-à-dire la réhabilitation de la puissance motrice du corps humain comme mode de déplacement quotidien.


Voir : les 3 futurs métriques de la performance sportive ?


C'est le rôle de la métrique de substitution que nous proposons . 


Le calcul est d'une simplicité biblique : transformer ses trajets quotidiens domicile-travail en course à pied (le run commuting), c'est l'essence même du trail. 


De l'autonomie, du dénivelé urbain, zéro carburant, et du temps de vie regagné sur une existence sédentaire. 


L'effort physique retrouve sa valeur fonctionnelle et sociétale : il remplace le moteur.


Mais voilà : courir le mardi matin pour choper sa réunion de 9 heures est beaucoup moins glamour que de franchir une ligne d'arrivée sous des applaudissements à Chamonix !!! 


Pourtant, la substitution ne saurait être l'horizon ultime. 


Courir au milieu des pots d'échappement sur du bitume surchauffé reste une aberration environnementale et sanitaire. 


Pour que la mobilité active devienne pleinement soutenable, elle doit s'accompagner d'une transformation profonde du milieu urbain : c'est le domaine de la métrique de régénération.


Dans cette perspective, le sport ne se contente plus d'éviter des émissions de CO₂ : il devient un outil direct de réensauvagement et de restauration biologique. 


Remplacer le spectacle de l'UTMB par la discipline quotidienne du trajet travail-domicile n'est pas une déchéance épique ou un renoncement, c'est au contraire l'accès à une vraie maturité écologique.

Monday, August 24, 2026

ET SI ON POSAIT LES BASES D'UNE NOUVELLE MÉTRIQUE SPORTIVE ÉCOLOGIQUE ?

Cela fait plusieurs années qu’au sein de Transit-City et du Prospective Sport Lab ®, nous essayons de dessiner une nouvelle «carte des pensables» sur le sport.


Avec une conviction de départ simple mais forte : si les XIXᵉ et XXᵉ siècles ont été ceux de la mécanique, le XXIᵉ sera celui du corps.


Il nous est apparu nécessaire de faire un point sur nos réflexions, notre méthode et dire où nous en sommes alors que la crise climatique est là, qu’elle va bouleverser nos quotidiens et va laisser émerger de nouveaux imaginaires sportif, mobilitaire et écologique.


Étape 1 : Le point de départ - L'impasse du mot sport.


- Le constat est simple : aucun pays n’a jamais défini précisément ce qu’il entendait par le mot « sport ». 


- Cette notion est devenue tellement polysémique qu’il est aujourd'hui difficile de déterminer quelle activité en relève réellement.


- La publication toute récente d’une étude suisse sur les pratiques sportives du pays en offre une excellente illustration : 

. Plus de 80 % des agriculteurs suisses atteignent les recommandations de santé physique, mais seuls 30 % d'entre eux se considèrent comme sportifs.

. À l'inverse, un employé de bureau s'identifie immédiatement comme sportif dès qu'il s'inscrit en salle.
- La mesure publique de l'activité physique repose ainsi davantage sur des marqueurs de statut social et de consommation que sur la réalité de la dépense corporelle. On compte les licences, les abonnements et les infrastructures marchandes, tout en fabriquant une population statistiquement « inactive » dont l'effort physique réel reste invisible - voir, .

- Le sport moderne s'est structuré autour de la définition classique du loisir (activité désintéressée, choisie, sur un temps libéré des obligations). En appliquant ce filtre, les politiques publiques disqualifient d'emblée l'effort physique utilitaire ou lié au travail.


- C’est ce même constat qui nous avait conduit à définir en 2016 6 puis - en 2018 -  7 temps et récits du sport, pour montrer comment celui-ci avait peu à peu dévoré le monde :

1 - Le récit de la compétition

2 - Le récit de la libération

3 - Le récit de l’exhibition

4 - Le récit de la réparation

5 - Le récit de la dématérialisation

6 - Le récit de la revendication

7 - Le récit de la préservation -

Étape 2 : Le pivot mobilitaire - Du sport-loisir aux mobilités actives


- Pour sortir de cette impasse sémantique et penser les nouveaux avenirs du sport, nous avons engagé une seconde phase de réflexions prospectives en essayant de définir une nouvelle Carte des pensables.


- La Carte des pensables n'est pas un concept parmi d'autres : c'est un manifeste méthodologique. 


- La prospective ne sert pas à prédire le futur, mais à fabriquer des outils conceptuels (des «lunettes théoriques») pour déplacer les représentations mentales et élargir ce qu'il devient possible de concevoir.


- Ces concepts que nous avons ressenti le besoin de créer pour notre réflexion, les voici :

- Motri-Cité ® (2017) : Dépasser la notion trop vague de « mobilité » (tout étant mobile aujourd’hui) pour recentrer la réflexion sur la puissance motrice du corps humain.

- Trans-Sport ® (2017) : Reconnaître l'effort lié aux trajets fonctionnels (domicile-travail) comme une véritable séance sportive. Il réhabilite l'effort utile non marchand et réconcilie le corps qui produit avec le corps qui s'entretient.

- Sport As A Mobility ® / SAAM (Mai 2020) : Là où les économistes parlent de Mobility As A Service (MaaS), nous proposons le Sport As A Mobility (SaaM). Le sport y est reconnu comme une infrastructure et un service de mobilité légitime à part entière.

- Les 4 Souffles ® (Février 2026) : En 1941, Le Corbusier théorise les « 4 routes » (air, eau, fer, terre) comme fondements d’une mobilité moderne dominée par le moteur. 

Les « 4 souffles ® » invitent, eux, à repenser la mobilité contemporaine à partir du corps. Ils ouvrent la voie à une nouvelle cartographie où l’effort physique devient un mode de connaissance du monde.

La mobilité active comme nouvelle métrique sportive ?


Au lieu de comptabiliser des abonnements en salle ou des kilomètres parcourus à vide, ces nouveaux concepts permettraient d'évaluer la façon dont les populations assurent leurs déplacements par leur propre énergie corporelle.


Un nouvel indicateur pourrait ainsi quantifier :

• Le taux de substitution des mobilités mécanisées par l'effort physique (volume de kilomètres utiles parcourus à la force du corps). 
• L’intensité physique globale de la collectivité, en réintégrant les commutateurs actifs invisibilisés par le modèle classique.

Étape 3 : Le saut écologique — La mobilité sportive comme accélérateur du Rewilding


- Cependant, la mobilité active ne suffit pas si elle s'effectue sur du bitume surchauffé, sans ombre et dans un contexte urbain our agricole dévasté.


- Pour que le Trans-Sport ® et la Motri-Cité ® soient physiquement et thermiquement soutenables face au réchauffement climatique, une radicalisation écologique s'impose.


- C'est le rôle attribué à nos concepts probablement trop nombreux, mais qui nous aident à réfléchir autrement : 

Rewild City ®

Outdoor City ®

- Outwild City ®

- Rewild Urban Sport ®

et tout récemment 

- Économie de l'Ombre ®

- Réensauvagement Défensif Sportif ®.

- La mobilité sportive devient alors un accélérateur direct du réensauvagement selon trois mécanismes :

1 - Le bouclier climatique indispensable à l'effort :  

- Pour éviter la surchauffe thermique du corps, la ville doit abandonner le bitume et le « tout-aménagé ». Forêts microclimatiques, zones humides et sols vivants apportent l'ombre et la fraîcheur nécessaires. Le réensauvagement n'est pas un luxe esthétique, mais la condition matérielle d'existence du sport mobilitaire.  

2 - La réintroduction de la rugosité :

. La rugosité : L'urbanisme traditionnel a lissé la ville pour éliminer le frottement. 

. Le Rewild Urban Sport ® réintroduit les reliefs bruts, les zones d'expansion des crues et la végétation spontanée.  

. La rugosité devient le moteur de l'agilité physique et le support de la biodiversité.

3 - Le réconnexion écologique :  

- Là où le sport moderne reste majoritairement déconnecté du vivant (gymnases énergivores, neige artificielle), le Réensauvagement Défensif Sportif ® réconnecte la pratique sportive aux vivants :

. Le sportif-commuteur devient une présence vigilante sur les corridors écologiques, documentant l'état du vivant.
. Chaque axe de mobilité sportive créé devient une bande de terre débétonnée, restituée à la libre évolution.

- La réinvention de la métrique sportive n'est pas un simple ajustement statistique : c'est un basculement sociétal.


- On ne mesure plus ce que le sportif exige de son corps ou extrait de la planète, mais la manière dont la puissance motrice de son déplacement permet de régénérer, rafraîchir et défendre le vivant sur son passage.


Oui c’est ambitieux. 


Mais vu la situation a-t-on vraiment le choix ?


On vous laisse y réfléchir.

Monday, August 17, 2026

ET SI LE MONDE DU SPORT S'EMPARAIT DU CONCEPT DE "RÉENSAUVAGEMENT DÉFENSIF" ?

Le réchauffement climatique va changer le sport.

Il va changer ses pratiques, ses infrastructures, ses imaginaires. 
.
Dans 50 ans, le sport ne ressemblera plus à celui que l'on connait aujourd'hui.

Le sport est né de la révolution industrielle de la vapeur et de l'électricité dans l'imaginaire d'une planète aux ressources infinies.

La sport va devoir se réinventer avec la révolution industrielle de l'IA et sur une planète à bout de souffle où vont se multiplier les catastrophes climatiques.

Tout cela est connu et évident.

On voit donc émerger une partie du monde sportif qui va tout faire pour se couper des nouvelles réalités écologiques et tenter de se protéger dans un apartheid climatique ® - .

Mais on peut aussi imaginer que parallèlement de nombreux sportifs refusent cette logique et utilisent au contraire le sport comme un outil de combats écologiques

C'est en tout cas le pari que nous faisons au sein du Prospective Sport Lab ®.

Et nous avons même donné un nom à ce mouvement avec le Réensauvagement Défensif Sportif ® ou Sport Défensive Rewilding ®.

Dans ce post, on pose les premières bases de ce concept de Réensauvagement Défensif Sportif ®.

Précisons notre pensée.


Et d’abord expliquons ce qu’est le réensauvagement défensif (defensive rewilding)


Le réensauvagement défensif (defensive rewilding) est une approche de la restauration écologique qui utilise le retour de la nature sauvage et des processus naturels comme un moyen d'action défensif face à deux grands types de menaces :


- La défense environnementale et climatique


Dans ce cadre, la réintroduction d'espèces ou la libre évolution des milieux naturels servent de bouclier contre les perturbations climatiques ou écologiques :

- Prévention des risques naturels : restaurer des zones humides ou laisser les castors réinvestir des cours d'eau pour créer des tampons naturels contre les inondations, filtrer l'eau et ralentir les incendies. 

- Résilience des écosystèmes : favoriser des forêts mixtes et sauvages plus résilientes face aux ravageurs et à la sécheresse qu'une monoculture gérée par l'homme.

- La défense territoriale et géopolitique


Dans un sens socio-politique ou stratégique, le concept désigne le fait de laisser des zones de frontière ou des espaces tampons retourner à l'état sauvage afin de créer des barrières naturelles :

- Obstacle naturel : les forêts denses, les marécages non entretenus et le relief brut offrent un terrain difficile à traverser ou à militariser, servant de zone tampon passive. 

- Sanctuarisation : l'abandon ou la protection stricte de certains territoires évite l'étalement urbain, l'exploitation industrielle ou le mitage du paysage en y réimplantant une faune/flore sauvage difficilement compatible avec les infrastructures humaines.


À l'horizon 2030, appliquer le réensauvagement défensif aux pratiques sportives aurait donc vocation à réinventer la façon d'aménager le territoire et de pratiquer le sport face au changement climatique et à la dégradation des milieux.


- Des infrastructures sportives "défensives" et auto-protégées


Dans 10 à 15 ans, les équipements sportifs traditionnels (stades, complexes) subiront de plein fouet les canicules, les inondations et le coût de l'énergie. 


Le réensauvagement défensif propose d'utiliser la nature comme bouclier pour maintenir ces pratiques :

- Stades et terrains auto-rafraîchissants : utilisation de forêts micro-climatiques et de zones humides sauvages autour des terrains pour créer des îles de fraîcheur naturelles, évitant l'usage de climatisation ou d'arrosage massif. 

- Bassins de rétention et zones tampons sportives : des parcours de trail, de VTT ou de street-workout intégrés dans des zones de expansion des crues. Quand il pleut trop, ces espaces absorbent l'eau et protègent la ville ; le reste du temps, ce sont des terrains de jeux bruts.

- Du terrain calibré au terrain instable


D'ici 10 à 15 ans, la dépendance aux infrastructures lourdes (neige artificielle pour le ski, gazon synthétique issu du pétrole, gymnases énergivores) deviendra de moins en moins tenable.

- La fin du "tout-aménagé" : transition du ski de piste vers le ski de rando ou le trail hivernal sur des reliefs sauvages ; abandon des parcours de golf hyper-arrosés au profit de parcours multi-sports en végétation spontanée. 

- Le sport comme outil de restauration écologique : des événements sportifs "défensifs" où la pratique est couplée à la protection du milieu (ex: courses d'orientation qui évitent ou protègent activement certaines zones de régénération forestière,..).

- Résilience physique et entraînement "tout-terrain"


Face à des environnements futurs plus imprévisibles (vagues de chaleur, météo extrême), la préparation physique sportive évolue :

- Entraînement à la variabilité : abandon de la recherche de la performance sur surface parfaite au profit de la capacité d'adaptation du corps aux sols dégradés, à la chaleur ou aux éléments sauvages. 

- Micro-aventures et autonomie : développement massif des sports d'itinérance légère (bikepacking, packraft, bushcraft sportif) où le pratiquant apprend à évoluer dans une nature réensauvagée sans laisser de trace et en gérant son autonomie.

On vous laisse y réfléchir.


Et on poursuit, dans nos prochains postsla réflexion sur la façon dont ce concept de Sport Défensive Rewilding ® pourrait devenir un outil central d'écologie politique et sportive.