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Wednesday, June 03, 2026

COMMENT CERTAINS CONCEPTS JAPONAIS PERMETTENT UNE AUTRE PROSPECTIVE SPORTIVE

Ça fait un bout de temps que l'on est persuadé au Prospective Sport Lab ® que le sport va de plus en plus se renouveler en dehors du monde occidental (et que le Japon est un formidable réservoir d'imaginaires et de pratiques pour penser autrement la pratique sportive.

Mais pour cela, il faut sortir des clichés éculés sur le zen, le karaté et le bushido.


Il faut plonger dans les angles morts de la modernité japonaise : sa pop-culture, son rapport à l'espace saturé, sa technologie domestique et sa mélancolie collective.


C'est ce que nous avons tenté de faire en vous proposant 5 axes de réflexion inédits pour bousculer et renouveler nos imaginaires sportifs



Axe n°1 : L’esthétique du "match nul" et de la défaite noble 


L'imaginaire sportif occidental est binaire, obsédé par le winner et le loser. 


Le Japon possède une fascination culturelle unique pour la défaite magnifique (le complexe de hõgan-biiki ou la sympathie pour le héros tragique. 


De plus, dans de nombreuses compétitions scolaires ou de sumo, le match nul ou l'absence de vainqueur clair n'est pas un échec, mais une préservation de l'harmonie (Wa). 


Ce que cela change : Penser un sport où le but ultime ne serait pas de détruire l'adversaire ou de dominer un classement


L'object serait de produire une performance d'une telle égalité dramatique que la victoire en deviendrait vulgaire. 


Un sport axé sur la "beauté de la résistance" plutôt que sur celle de la conquête.



Axe n°2 : Le sport "hikikomori" ou le sport de l’espace confiné 


Face à la crise du logement et à la densité urbaine des mégapoles comme Tokyo, les Japonais ont développé un génie de la miniaturisation et de l’effort solitaire en espace restreint. 


C'est l’exact opposé de notre imaginaire des "grands espaces". C’est le sport pensé pour des cabines, des micro-appartements ou des ruelles de deux mètres de large.


Ce que cela change : Réinventer le sport à l'ère du confinement et de la surpopulation. 


Comment faire de la contrainte spatiale extrême un levier de créativité physique ? 


On peut penser au développement de disciplines de micro-athlétisme urbain (le Street-Sumo dans les angles morts du mobilier urbain, la gymnastique de haute précision sur un tatami de deux mètres carrés).



Axe n°3 : Le fétichisme de l'objet usé et la "réparabilité" du corps 


En Occident, le sport est ultra-technologique : on change de chaussures toutes les 500 sessions, le matériel doit être lisse, neuf et aérodynamique. 


Au Japon, l'esthétique du wabi-sabi valorise la beauté des choses imparfaites, patinées et réparées (comme le kintsugi, l'art de réparer les poteries avec de l'or).


Ce que cela change : Imaginer un sport où la valeur d'un athlète se mesure aussi à la longévité et à la mémoire de ses outils. 


Une discipline où l'on n'aurait le droit qu'à une seule paire de chaussures ou une seule raquette pour toute une carrière, que l'on réparerait soi-même, rendant visibles les cicatrices du matériel. 


Le sport deviendrait une poétique de l'usure plutôt qu'une course à la consommation.



Axe n°4 : Le "Sport Otaku" : La statification poétique du geste


Les Japonais ont une capacité unique à transformer n'importe quel hobby obscur en une science quasi-religieuse (le monozukuri ou l'art de faire les choses à la perfection). 


Dans la pop-culture japonaise, on trouve des mangas spécialisés sur le ping-pong, le kabaddi, ou même le nettoyage de sol. 


Le sport n'y est pas vu comme une explosion d'adrénaline, mais comme une accumulation obsessionnelle de détails techniques et de micro-mouvements hyper-analysés.


Ce que cela change :  Sortir du culte de "l'instinct" et du "génie athlétique naturel"


Penser le sport comme une forme d'art conceptuel ou d'archivage vivant, où la répétition obsessionnelle d'un micro-geste (la position d'un petit doigt lors d'un lancer) a plus de valeur que le résultat final. 


C'est le sport envisagé comme une forme d'érudition corporelle.



Axe n°5 : La robotique de la consolation.


Le sport pour corps fatigués ou diminués


Le Japon est le laboratoire mondial du vieillissement de la population et de la robotique d'assistance. 


L'exosquelette ou la technologie ne servent pas les visées transhumanistes, mais à la consolation et à la réhabilitation des corps usés par le travail ou l'âge.


Ce que cela change : Rompre avec l'imaginaire du corps jeune, vigoureux et standardisé des Jeux Olympiques. 


Le Japon permet d'imaginer des "Jeux de la Fragilité", où la technologie (cyber-prothèses douces, capteurs de mouvements) permet à des personnes âgées ou fatiguées de rivaliser dans des disciplines inédites basées sur l'économie d'énergie, la fluidité et la symbiose homme-machine


Un sport où le but est de dépenser le moins de calories possibles pour accomplir une tâche.



On vous laisse y réfléchir.

Wednesday, August 13, 2025

RENOUVELEMENT OU... ESSOUFLEMENT ?

Quand dans la même journée, Nike utilise le mythe de King Kong pour lancer une chaussure de foot et la mythique série Yu-Gi-Oh! pour l'édition d'une énième version de sa Air Max, on peut se demander si on assiste là à une volonté de renouveler les promesses sportives de la marque, ou juste à éviter leurs essoufflements en tentant de surfer sur la pop culture du siècle dernier ?


Tuesday, March 13, 2018

H-K + NIKE + GHOST

Pour prolonger le précédent post "Et si la danse faisait exploser la ville ?" et mieux comprendre ses sources d'inspirations, voir le magnifique et très inspirant "Ghost in the shell - Reel".

On est dans le prolongement de


Et ci-dessous, Paris sans trucage...

Monday, March 12, 2018

Wednesday, February 08, 2017

ET SI LES MANGAS PERMETTAIENT DE PENSER AUTREMENT LE TRAIN ?

Pour comprendre la mobilité japonaise, il faut lire les mangas.

Les mangas ne sont pas simplement des bandes dessinées, ils sont le profond reflet des imaginaires japonais. 

On comprends mieux les recherches sur le Maglev, si on a lu des mangas - voir "Et si pour les japonais la roue n'était qu'une parenthèse ?"

On comprends mieux l'avance des Japonais sur les exosquelettes, si on a lu des mangas - voir "The new exo-mobility by Honda" et "Quand le super-héros américain devient japonais ".

On comprends mieux l'avance des Japonais sur les micro-cars et les voitures autonomes, si on a lu des mangas - voir "Entre robots et fauteuils-roulants"

On comprends mieux les recherches sur les Shinkansen, si on a lu des manages - voir "Les nouveaux imaginaires des trains japonais".

Et le Shinkansen Evangelion Project en est une des illustrations en hommage à la série télé culte "Evangelion".

Voir les vidéos de présentation du train et de son univers,  avec les codes manga et  avec des codes plus commerciaux.


Outre le travail sur la livrée extérieure, c'est toute l'univers de la série et notamment ses personnages, que l'on retrouve dans différents espaces de la rame, avec y compris un espace jeu vidéo - .

On est pas obligé d'apprécier le style, reste que tout cela est extrêmement cohérent en terme d'approche et de marketing.

Mais surtout - et c'est là où je voulais en venir - le Shinkansen Eva montre qu'il est possible de penser autrement l'offre de la grande vitesse ferroviaire que sous le simple prisme financier comme à la SNCF par exemple qui est incapable d'avoir un récit désirable sur son TGV.

La bataille de demain sur les enjeux de mobilité ne sera pas que technologique, elle se fera aussi sur le plan des imaginaires et des cultures. 

Aujourd'hui le Japon montre qu'il est capable de le faire et de se mettre en phase avec les références culturelles des jeunes générations pour soutenir de nouvelles réponses transport. 

On devrait aussi bientôt le voir à l'occasion des JO de Tokyo en 2020 - voir, .


L'autre chose qu'il faut retenir - et cela nous ramène à l'introduction de ce post - c'est le logo du 500 Type Eva, à savoir un Eva (soit un énorme exosquelette dirigé par un pilote) courant et allant aussi vite qu'un Shinkansen

Au Japon, ce genre de parallèle ne choque pas car cela fait longtemps que l'exosquelette est pensé comme un moyen de transport du futur - voir,  - et que la roue n'est pas forcément vu comme la solution à tout - voir, .




Sur la capacité des Japonais a réinventer le train avec de nouvelles références décalées, voir "la galerie d'art" et "la maison traditionnelle".

Tuesday, October 11, 2016

ET SI LA CORÉE ET LE JAPON DEVAIENT RÉINVENTER LE SPORT ?

Les prochains Jeux Olympiques n'auront pas lieu n'importe où.

Ils auront lieux en Corée du Sud en 2018 et au Japon en 2020, deux pays grands émetteurs de cette nouvelle pop culture ludique qui domine le monde depuis les années 80.


Le Japon a dominé les imaginaires techno-ludiques dans les années 90 avec ses mangas, ses jeux vidéo, ses PlayStation, ses GamesBoy, ses Pokemons, mais aussi sa passion pour les robots.

Depuis 2000, c'est clairement la Corée qui a pris le relais de ce leadership avec sa jeunesse hyper-connectée, sa K-pop et son rôle majeur dans le développement du E-Sport. Le succès mondial d'une marque comme Samsung ou celui fulgurant du Gangnam Style, sont deux symboles de la puissance de de l'hallyu, le nouveau soft power coréen sur le monde. Voir "Et si c'état en Corée que s'inventait une partie de notre avenir urbain et mobile ?"

L'une des questions que l'on peut dès lors se poser est : est-ce que ces cultures asiatiques vont déteindre sur les JO et sur la façon de penser et de pratiquer le sport ?

L'apparition lors de la cérémonie de clôture des JO de Rio du premier ministre japonais Shinzo Abe déguisé en Super Mario entouré de Pikachu et d'un Gundammontrait combien le Japon a clairement décidé de profiter des Jeux de Tokyo de 2020 pour réaffirmer le poids de sa pop culture dans le monde, mais aussi du poids de cette même pop culture sur sa façon de penser la ville, la mobilité et le sport.

Sur l'aspect techno et urbain, si les JO de 64 ont été les Jeux du lancement du Shinkansen et de l'apparition de Tesujin 28, héros emblématique de la culture nippone, ceux de 2020 vont être ceux de la voiture autonome notamment à hydrogène, du robot et des exosquelettes.

Sur l'aspect pop culture, difficile d'imaginer que la culture otaku qui façonne déjà largement les imaginaires et les pratiques urbaines de l'archipel, n'imprègne pas l'univers des Jeux Olympiques et, surtout, la façon de les présenter le sport et de le diffuser - voir "Fiction / Not Fiction".

Difficile aussi d'imaginer que les grandes marques japonaises du gamin - les Sony, Nintendo, entre autres - ne fassent pas le forcing pour que le e-sport devienne sport olympique. Les démarches sont en tout cas en cours, et il est certain que le CIO ne restera pas longtemps insensible d'une part part à la manne financière que génère le e-sport, mais aussi à la capacité de ce dernier à rajeunir l'audience des JO plutôt vieillissante.

Le Japon devra faire d'autant fort avec ses jeux que deux ans auparavant, en 2018, la Corée aura tout fait, elle aussi, pour révolutionner l'approche du sport via les nouvelles technos avec ses jeux de PyeongChang.

Pays le plus connecté au monde et pays du e-sport, la Corée va, en effet, profiter des JO de PyeongChang pour montrer tout son savoir-faire dans le domaine des nouvelles technologies. On l'a vu à Rio avec les trois Samsung Galaxy Studio qui laissaient entrevoir comment la réalité virtuelle allait devenir un des outils incontournable du sport demain. On pouvait même se demander si ces studios ne préfiguraient pas d'une certaine façon le stade connecté du futur - voir "Stade : du collectif au connectif ?" ou "Minnesota Vikings new stadium includes high-tech fan experience with virtual relatif activities".

La première étape de cette offensive coréenne fut le lancement dès 2015 de la signature "Passion Connected" pour PyeongChang.


La deuxième étape de l'offensive fut l'annonce du lancement de la 5G à l'occasion des Jeux et la diffusion d'un premier spot promotionnel montrant concrètement ce que cela allait pouvoir changer pour nous spectateur. Le spot est visible .

On retrouve avec les images ci-dessus ce que Canal + imaginait en 2050 avec son Futur Football Club - voir "C'est quoi demain regarder un match de foot ?" Et oui, aujourd'hui cela va très vite ;-))

On comprend que le e-sport va devenir le modèle - c'est lui qui va devenir la référence.

On va vouloir vivre les compétitions comme on joue devant son écran.

Les mondes, les techniques et les imaginaires du jeu vidéo et du e-sport vont manger le monde du sport ... et celui de la télévision.

Ils vont créer de nouvelles attentes et donc de nouvelles offres ... et de nouvelles façons de pratiquer le sport.

Pour avoir une petite idée de ce qui se prépare, il faut lire les lignes ci-dessous.
"Recently emerged from stealth mode, startup Genvid Technologies has the lofty goal of creating “revolutionary eSports broadcasts.” By bringing interactive elements and multiple camera angles into live-streamed games, co-founder Jacob Navok hopes to hook a whole new audience with more compelling broadcasts and greater opportunities to monetize competitions. 
The challenge is that video games are built with players, rather than spectators, in mind. Genvid hopes to solve this problem by enabling developers to control camera angles during live-streamed games as if they were in the editing booth at major sporting events. This would create a more compelling narrative with built-in storytelling and emotion — something that would be appealing to sponsors, advertisers and viewers." - .
On s'arrêtera là pour aujourd'hui dans les réflexions prospective, mais on y reviendra très vite notamment le 18 novembre prochain lors de l'Atelier Transit-City organisé autour de la question "Et si le sport dévorait le monde ?"

Tuesday, October 29, 2013

ET SI L'ARAIGNÉE DEVENAIT UN MODÈLE ?

Pour prolonger les réflexions esquissées dans mon précédent post sur la mouche comme modèle de mobilité, je voulais vous proposer ci-dessus quelques images extraites d'un autre bon gros nanar américain du milieu des années 50, l'inénarrable "Tarantula" (le trailer, ). Le pitch est simple: une tarantule nourri dans un laboratoire "mega nutri-éléments" s'en échappe et terrorise toute une région en ne cessant pas de grossir. Bref du vu et revu sans beaucoup d'intérêt si ce n'est la place de ce film dans la grande saga des série B qui tentaient de présenter la menace communiste sous toutes les formes possibles et imaginables, y compris sous la forme de mega-insectes - voir dans le genre, l'incontournable "Them !" et ses fourmis géantes.

Depuis beaucoup de films ont joué sur cette veine des araignées tueuses (voir la liste ), et pas forcément des mauvais comme le "Starship Troopers" de Verhoeven. Tout cela pour dire qu'il semble difficile de faire plus répulsif que l'araignée dans l'imaginaire populaire et que sans être forcément arachnophobe, peu de gens sont en empathie vis à vis de cet animal.

Les choses peuvent elles changer ? J'en doute, mais il est intéressant de remarquer comme depuis quelques années l'araignée semble inspirer la création de nouveaux engins de mobilité.

L'un des exemples les plus récents de cette recherche est l'Hexapod lancé récemment par une bande de jeunes ingénieurs (voir leur vidéo Kikstarter, ) et qui prétend, ni plus ni moins, être une alternative à l'automobile. On est pas obligé d'y croire, mais on ne peut que constater que l'avenir de la mobilité motorisée ne passe plus forcément par la roue.

D'autres équipes orientent plutôt leurs recherches vers le secteur industriel ou sécuritaire, comme ceux de Mantisrobot, ci-dessous.

Mais sur ce terrain, comme sur beaucoup d'autres, ce sont les militaires qui seront certainement à la pointe de cette mutation, comme le laisse penser certaines de leurs plus récentes recherches ( et ) mais déjà visibles dans les jeux vidéo ou dans les illustrations d'un certain nombre de techno-fans versés dans la S-F - voir War Mobility - S, M, L, XL.

La question est maintenant de savoir si cette évolution va aussi toucher la façon de renforcer ou d'habiller le corps humain ? Certaines images ci-dessous peuvent le laissent penser. Les valeurs associées à Spider-Man évolueraient alors fortement. On passerait du super héros au cyborg doté d'un nouveau genre d'exo-squellette inspiré de l'araignée. Mais c'est déjà le sens de l'histoire - voir notamment "Quand le super-héro américain se japonise ..."