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Friday, August 14, 2026

DU JUNKSPACE AU JUNKSPORT® ?

Dans son livre Harvard Design School Guide to Shopping (2001), écrit avec ses étudiants du Harvard Project on the City, Rem Koolhaas analysait la transformation de la ville contemporaine sous l’effet de la culture de consommation. 


Au cœur de cette mutation, il identifiait deux inventions technologiques majeures comme les véritables catalyseurs de l'explosion des centres commerciaux américains : la climatisation et l'escalator.


Soit deux nouvelles prothèses corporelles : 

- l’une - l’escalator - pour éviter de se fatiguer

- l’autre - la climatisation - pour éviter d’avoir trop chaud.


Rem Koolhaas décrivait comment ces deux prothèses avaient suffi à dissoudre la ville traditionnelle dans un continuum marchand illimité qu'il qualifiait de Junkspace.


Le Junkspace, c'est à dire un espace sans mémoire, sans limites, tenu uniquement par des flux d'air conditionné. 


Incarnation parfaite du Junkspace, le shopping mall n'impose pas un style architectural, il impose juste une prothèse climatique : un été perpétuel, coupé du dehors, où le corps oublie la météo pour mieux se laisser absorber par l'acte d'achat.


Vingt-cinq ans plus tard, ce n'est plus le centre commercial qui expérimente la privatisation du climat, c'est le sport. 


Le sport de haut niveau reproduit, à l'échelle planétaire, le geste inaugural de Koolhaas : s'affranchir du dehors plutôt que s'y adapter.


Mais ce qui se joue maintenant dépasse le seul stade climatisé : c'est le sport comme système qui - avec le réchauffement climatique - bascule dans ce régime de l'artificialisation et de la climatisation. 


Appelons-le ce nouvel espace sportif le Junksport ®.


- Le Junkspace, chez Koolhaas, désignait un espace 

- sans mémoire architecturale

- perpétuellement neuf, 

- coupé de toute contrainte extérieure. 

- Le Junksport ® en est la transposition calendaire : 

- un sport sans mémoire saisonnière

- disponible partout, 

- tout le temps, 

- indifférent au lieu comme au climat qui l'accueille. 

C'est là que la boucle se referme sur les analyses de R.Koolhaas

- Le Junkspace fonctionne à crédit sur l'espace urbain, qu'il vide peu à peu de sa substance historique pour le remplacer par un présent commercial perpétuel


- Le Junksport ® fonctionne à crédit sur la biosphère qu'il épuise en temps réel pour maintenir un présent compétitif perpétuel

Tuesday, August 11, 2026

ET SI LE SPORT DEVENAIT LE LABORATOIRE DE LA PRIVATISATION DU CLIMAT ?

Dans nos deux précédents posts, nous montrions qu'aujourd'hui les J.O se déroulent dans des univers de plus en plus déconnectées des réalités climatiques () et qu'il n'était donc pas totalement abérrant d'imaginer qu'un jour Nike puisse se lancer dans la conception d'enceintes sportives au climat régulé ()


Quand on prolonge ces deux réflexions, on peut vite être amené à se poser une question toute simple : et si demain le sport cessait d’être un simple miroir des crises environnementales, pour devenir le grand laboratoire d'expérimentation de la privatisation du climat ?


Cette hypothèse n'est plus une fiction : le monde du sport est déjà engagé dans une transition vers la marchandidisation de micro-climats contrôlés, solvables et privatisés - et .


1. La création de micro-climats sous clé


À mesure que le climat extérieur devient imprévisible et hostiles, le sport de haut niveau réagit non pas en s’adaptant aux écosystèmes, mais en s'affranchissant du climat naturel.

- L’artificiel comme norme : Jeux Olympiques d'hiver sur 100 % de neige artificielle (Beijing 2022), stades climatisés en plein désert (Qatar 2022), ou pistes de ski indoor géantes.


- Les dômes environnementaux : On voit émerger des structures géantes où la température, l'hygrométrie et le niveau d'oxygène sont stabilisés. L’accès à un air frais, respirable et adapté à la performance devient un actif monétisable.

2. Un modèle économique de la ségrégation climatique


Le sport sert de laboratoire à une économie de l’enclave résiliente.

- D’un côté, le climat public (hors du dôme) est subi, gratuit et dégradé : la population générale y fait face aux pénuries d'eau et d'énergie.


- De l'autre, le climat privé (dans le dôme ou le stade) est payant, filtré et optimisé : il est réservé aux athlètes, aux VIP et aux spectateurs solvables, en bénéficiant d'une priorité énergétique absolue pour le refroidissement ou l'enneigement.

Le sport valide socialement l’idée que ceux qui paient ont droit à un climat sur mesure, pendant que le reste de la population subit de plein fouet les aléas d’une biosphère détériorée.


3. La techno-solution au service de l'évitement


En transformant les enceintes sportives en enclaves étanches, le sport envoie un message politique puissant : «Ne réduisons pas nos émissions, construisons plutôt des murs thermiques

- Captation des ressources : La production de neige de culture ou le refroidissement des stades consomme des volumes gigantesques d'eau et d'électricité, asséchant davantage les bassins versants environnants pour préserver l'îlot de fraîcheur privé. 

- Normalisation du virtuel : Les événements migrent progressivement vers des environnements de réalité augmentée ou des salles de simulation (e-sport, cyclisme sur plateforme virtuelle), actant l'abandon du monde physique extérieur.

4. Les jalons du laboratoire

- L’ère de l'adaptation (Passé) : Reprogrammer les horaires des marathons à 4h du matin pour éviter la chaleur.


- L’ère du conditionnement (Présent) : Climatiser des structures ouvertes et fabriquer 100 % des conditions météorologiques de compétition


- L’ère de la privatisation (Futur proche) : Des cités du sports étanches où l'accès à un environnement vivable est réservé aux événements sportifs et à leurs ayants droit.

Le sport devient l'avant-garde d'un apartheid climatique, en démontrant la faisabilité technique et l'acceptabilité sociale de la privatisation de l'air ambiant et de la température au nom de la performance. 


On vous laisse y réfléchir.

Friday, August 07, 2026

ET SI LES J.O NE DÉPENDAIENT DÉJÀ PLUS DES SAISONS, NI DU CLIMAT ?

Il y a quelques jours, on publiait Nike Atmosphere.


Nike Atmosphere est le récit d'un Nike qui, après Los Angeles 2028, cesserait progressivement de ne vendre que du textile et des chaussures pour aussi vendre de l'air, de l'ombre et des brevets climatiques aux organisateurs des grands événements sportifs comme les Jeux Olympiques.. 


Avec le Nike Dome™, le Swoosh Corridor™ ou l'Atmosphere Shield, on imaginait un Nike vendant du climat sécurisé à un milieu sportif totalement désorienté par le changement climatique.


On peut se dire que Nike Atmosphere n'est qu'une pure fiction pas très réaliste.


Oui.


Oui, sauf que…


Sauf que... 


Sauf qu'aujourd'hui le climat des Jeux Olympiques d'été est déjà largement artificialisé.


L'artificialisation climatique des J.O n'est pas une hypothèse pour 2032. 


C'était déjà un fait réel en 2024 !!!


À Paris, 61 % des 329 titres olympiques ont été décernés dans des enceintes climatisées - bassins couverts, dojos, arénas, vélodromes fermés - totalement indifférentes à ce qui se passait dehors. 

- Si on ajoutele plein air «synthétique» - dalles, gazons traités, tirs sur pelouses stabilisées - ce sont 78 % des médailles d'or qui échappent déjà au climat réel.

À Los Angeles en 2028 ce chiffre grimpera à 80 % !!!

- A Los Angeles en 2028, 80 % des titres olympiques se joueront dans des enceintes climatisées, sur des dalles en béton ou dans des stades entièrement fermés aux aléas de la météo.


- LA28 comptera 351 épreuves, soit 22 de plus qu'à Paris, avec une répartition qui se déplace encore un peu plus vers l'indoor.


- La «bulle à température contrôlée» représentera environ 218 épreuves, soit 62 % du total, portée par une concentration massive de salles géantes et de complexes couverts (Crypto.com Arena, Intuit Dome, Peacock Theater...). 

Il y a quelques mois, nous nous demandions "et si les J.O d'hiver n'avaient plus besoin de neige... ni de montagne ?"

- On aurait pu titrer notre post de ce jour "et si les J.O d'été n'avaient plus besoin du soleil... ni même du plein air ?


- Et même aller plus loin, en nous demandant : "la notion de J.O d'été a-t-elle encore un sens ?"

- D’où notre question titre : "et si les J.O n'avaient - en fait - plus rien à voir avec les saisons et le climat ?"

Des questions loin d'être aberrantes au vu du rôle qu'ont pris les assureurs et ré-assureurs dans l'organisation des grandes compétitions sportives depuis une quinzaine d'années - voir "et si c'était eux les vrais maitres de la nouvelle géopolitique du sport ?"


À méditer.

Thursday, July 30, 2026

ÉCONOMIE DE L'OMBRE ® : UNE RÉVOLUTION MÉDIATIQUE TRÈS LUCRATIVE

Ce post est le quatrième d'une série de cinq articles que nous consacrons aux conséquences possibles d'une Économie de l'Ombre ® sur le business du sport.

Ont déjà été publiés :
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Quand la contrainte thermique devient le nouveau graal publicitaire 

Dans l'économie de la télévision et du streaming, la chaleur n'est pas un obstacle opérationnel : c'est un accélérateur de marge opérationnelle. 


En brisant le rythme de diffusion traditionnel, la contrainte environnementale offre aux médias l'opportunité de résoudre leur plus grand défi historique : la saturation des espaces publicitaires et la baisse d'attention des téléspectateurs.


Cette mutation thermique redéfinit le paysage médiatique autour de trois leviers purement financiers :

1. L'explosion de la valeur du "cout pour mille" grâce aux "micro-séquences d'attention"

Le format long (90 minutes de football, 3 heures de tennis) souffre d'une perte d'engagement progressive pour la génération TikTok.

- La fragmentation forcée du jeu va créer un nouveau produit média ultra-rentable : 

- Des fenêtres d'incrustation à coût record : Les pauses physiologiques obligatoires ne sont plus des interruptions vulgaires, mais des « carrefours d'audience à haute tension ». 

- L'attention du téléspectateur y est maximale car l'attente du retour au jeu est forte. 

- Les régies publicitaires vendent ces fenêtres de 2 minutes avec des CPM (coût pour mille) bien plus élevés qu'un spot classique de mi-temps où le téléspectateur quitte son écran. 

- Le sponsor-splicing en direct : L'écran partagé pendant les sas de récupération permet de diffuser de la publicité ciblée et dynamique en continu sans jamais couper le flux du direct.  

- Le temps d’antenne monétisable passe de 20 % à près de 50 % de la durée totale du programme.

2. La création d'un second prime time

Jusqu'ici, un média ne pouvait vendre son espace le plus cher qu'une seule fois par jour (entre 20h et 23h).  

La bascule thermique vers l'aube crée artificiellement une seconde poule aux œufs d'or :

- Un doublement des recettes de grilles : En imposant l'aube (5h–9h) comme la plage du spectacle d'élite et la nuit comme celle des arènes régulées, les diffuseurs créent deux fenêtres de très forte audience par 24 heures au lieu d'une seule. 

- Captation d'un public à fort pouvoir d'achat : L'audience matinale est active, connectée et prête à travailler. 

- Elle attire une toute nouvelle typologie d'annonceurs premium (finance, B2B, tech, santé, premium retail) qui boudaient jusqu'alors le prime time nocturne, jugé trop populaire ou passif.

3. Les "enchères intelligentes" et la "tarification algorithmique" des droits de diffusion.

- La météo devient une variable d'ajustement boursière pour les géants du streaming et de la TV :

- Droits TV indexés sur l'indice thermique : Les contrats de diffusion ne s'achètent plus au forfait fixe, mais intègrent des clauses d'élasticité. 

- Plus la contrainte thermique est forte sur un événement, plus la valeur de la fenêtre d'aube ou de nuit augmente, permettant aux médias de moduler leurs tarifs publicitaires au kilowatt/degré près.


- L'ad-tech algorithmique : Les diffuseurs vendent désormais des espaces publicitaires pilotés par la météo en temps réel (trigger marketing). 

- Une hausse soudaine de la température pendant l'épreuve déclenche automatiquement la diffusion d'annonces hyper-ciblées aux tarifs les plus élevés auprès des abonnés.


Pour les médias, la crise climatique est donc une bénédiction !


- Elle leur permet d'imposer aux spectateurs un reformatage qu'ils n'auraient jamais osé mettre en place autrement : la découpe du spectacle en micro-portions hyper-commercialisables et le doublement des tranches horaires à haute valeur ajoutée. 


- Les diffuseurs ne subissent pas le climat : ils ont trouvé dans la chaleur le prétexte parfait pour maximiser le rendement financier de chaque seconde d'antenne.


On vous laisse y réfléchir.