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Monday, September 28, 2026

ET SI ON REGARDAIT UN PEU PLUS CE QUI SE PASSE À LAGOS ?

Si l'on fait les constats que nous entrons dans un monde ;
- plus chaud,
- plus inégalitaire,
- avec toujours plus de pauvres,
- avec des ressources plus limitées,
- dominé démographiquement par l'Afrique

Alors...

Alors ne faut-il pas que nous changions radicalement de référentiels pour penser demain ?

Changer de référentiels pour penser les villes demain.

Changer de référentiels pour penser les pratiques sportives de demain.

Et donc...

Et donc si pour penser demain, on prenait une ville africaine très inégalitaire et très violente ?

Et si on prenait Lagos au Nigeria ?

D'abord parce que nous sommes persuadés depuis longtemps que Lagos recèle en elle beaucoup d'éléments du futur monde urbain d'une grande partie de la planète.

Lagos, c'est 20 millions d'habitants, 35 °C à l'ombre avec 90 % d'humidité, un air saturé par les générateurs au diesel, des embouteillages monstres (go-slow) mais aussi une extraordinaire énergie où chaque journée est pour beaucoup de ses habitants un vrai combat pour la survie.

Et c'est précisément parce que la ville pousse tous les excès humains et climatiques à leur point de rupture, qu'il est tentant de penser les futurs du sport sous le prisme de Lagos et de ses excès.

Alors, allons-y !


- Le sport de l'hyper-thermie et de l'ombre 


À Lagos, s'entraîner dans une salle climatisée est un luxe réservé aux ultra-riches d'Ikoyi ou de Victoria Island. Pour tout le reste de la population, le sport se fait dans une fournaise.

- L'excès : L'humidité et la chaleur étouffante 24h/24.

- Le sport demain ? : À Lagos, on est obligé de développer une physiologie du sauna permanent. Les entraînements se font sous les échangeurs d'autoroutes, sur les toits à la tombée du jour, ou à 5h du matin. Le sportif y apprend à économiser chaque goutte d'eau, à utiliser le souffle court et à bouger dans une chaleur qui bloquerait beaucoup d'Occidentaux.

- Le Dambe et les sports de combat de rue


Lagos est une ville sous tension permanente, où les plus grandes inégalités côtoient la précarité la plus absolue. La violence y est un risque latent quotidien.

- L'excès : La brutalité du quotidien et la nécessité de se faire respecter dans la rue.

- Le sport demain ? : La pratique du Dambe (la boxe traditionnelle haoussa) explose aujourd'hui à Lagos. Un poing entouré de corde, un pied libre, une arène improvisée dans la poussière. Ce n'est pas de la violence gratuite : c'est un rituel de canalisation. Dans un monde plus violent et plus dur, le sport renonce aux règles feutrées pour redevenir un spectacle cathartique. En Occident, c'est l'explosion du MMA.

- Le Danfo-Fitness 


Les Danfos - les bus jaunes de Lagos - ne s'arrêtent jamais complètement et sont pris d'assaut par des foules en mouvement.

- L'excès : L'absence d'infrastructures de transport décentes et le chaos urbain total.

- Le sport demain ? : Sauter dans un bus en marche, esquiver un Okada (moto-taxi) à 60 km/h, courir sur des terrains défoncés sans se rompre la cheville. Le sport du futur à Lagos n'a pas de nom de marque (ce n'est pas du CrossFit !) : c'est un parkour de survie urbaine, ultra-réactif, où le moindre temps de réaction manqué peut avoir un coût physique immédiat.

- L'Afrobeats et la transe

On ne peut pas comprendre la physicalité de Lagos sans comprendre sa musique. L'Afrobeats n'est pas un fond sonore : c'est un rouleau compresseur rythmique.

- L'excès : L'épuisement mental face aux coupures de courant, au bruit, et à la pression financière.

- Le sport demain ? : Quand la vie est violente et qu'il fait trop chaud pour faire du «sport» au sens classique, les Lagosiens dansent jusqu'à l'épuisement dans les clubs ou lors de rassemblements de rue (street parties). C'est du sport comme transe collective. Le corps ne brûle pas des calories pour maigrir ou performer; il évacue la charge mentale et la douleur accumulées.

Si on peut faire l'hypothèse que le sport du futur s'invente à Lagos, c'est parce que Lagos a déjà éliminé toutes les belles histoires et belles promesses du sport occidental.

Il n'y a de confort thermique que pour une extrême minorité.

Pour les autres, il n'y a qu'un corps qui souffre, la chaleur, le rythme et un certaine rage de vivre.

C'est un sport d'adaptation pure, brut et viscéral à la chaleur et à la violence économique.

Celui de l'Occident demain ?

Pays chauds, pays pauvres : la blessure d'orgueil de l'Occident face au climat.

Thursday, September 24, 2026

PAYS CHAUDS, PAYS PAUVRES : LA BLESSURE D'ORGUEIL DE L'OCCIDENT FACE AU CLIMAT

En juin 2019, nous avions organisé un Atelier Transit-City sur le thème « Et si c’était à Branly que s’inventaient nos futures mobilités ? »

Nous posions une hypothèse qui pouvait alors sembler incongrue, presque provocatrice : pour penser le monde de demain - un monde de crise énergétique et climatique - il faudrait sans doute se tourner vers les pays et les cultures que l'Occident a longtemps regardés de haut, voire méprisés. 


Dire «il faut aller à Branly pour penser demain» faisait sourire.


Aujourd'hui, ces sourires s'effacent.


Car nous changeons de monde, et que nous devenons un "pays chaud" et que nous avons encore beaucoup de mal à accepter tout ce que cela veut dire.


Car pour nous le terme «pays chauds» est réservés aux autres, aux pays pauvres, aux pays colonisés, à ceux dont la vie quotidienne était façonnée, contrainte, disciplinée par le climat. 


C'est cette difficulté et cette souffrance intellectuelle qu'explique très bien le philosophe Pierre Charbonnier dans un excellent interview accordé au Monde.

« L’Europe occidentale est désormais une «région chaude» comme on parlait autrefois des «pays chauds».  

Pourquoi avons-nous du mal à nous envisager nous-même comme «pays chaud», c’est-à-dire des pays où l’on doit s’habiller, construire, vivre d’une manière particulière pour être adapté, où la marche de la société est guidée par les contraintes climatiques ?  

Parce que ce n’est fondamentalement «pas nous». 

Nous nous sommes historiquement construits de manière complètement adverse à ça, et parmi les multiples raisons qui font écran à l’acceptation de cette nouvelle réalité climatique, il y a le fait qu’on a longtemps pensé que c’était la réalité des autres.  

Je pense que l’on a un rapport orientaliste à la chaleur, au sens défini par Edward Saïd : la soumission à la chaleur est l’expérience propre des colonisés, et nous en sommes en principes affranchis.  

Donc il y a vraiment, je pense, une blessure d’orgueil à accepter notre vulnérabilité à l’égard des conditions extérieures que nous pensions avoir mise derrière nous grâce aux infrastructures modernes, au contrôle de l’eau et de l’énergie.»

On vous laisse y réfléchir.

Saturday, September 05, 2026

ET SI LA FÉDÉRATION FRANÇAISE DE VOILE NE COMPRENAIT RIEN AU MONDE QUI VIENT ?

Le 4 septembre s'est élancée des Sables d'Olonne une magnifique course à la voile ; la Golden Globe Race.

La Golden Globe Race est un tour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance, créé en 2018 pour les cinquante ans du Golden Globe Challenge, le tout premier tour du monde en solitaire de l'histoire. 


La règle du jeu est simple : naviguer comme en 1968, avec des instruments de navigation d'époque (compas, cartes papier, pas de GPS), sur des bateaux de 32 à 36 pieds conçus avant 1988.


Sauf que cette course n'est pas reconnue comme une course par certaines instances sportives et notamment par World Sailing et la Fédération française de voile, car elle ne respecte pas leurs règles de sécurité. 


Le président de la FFVoile la qualifie de «belle aventure» comme un compliment, alors que c’est juste un moyen de féliciter les concurrents tout en leur déniant le statut de sportif de compétition. 


En soi, ce n'est pas très important, la course a lieu, et c’est l’essentiel. 


Reste que cette décision apparement anecdotique, pose quand même des questions sur la compréhension par certains de la révolution actuelle des imaginaires sportifs et environnementaux.


La Golden Globe Race est une course éminemment écologique ! Les voiliers sont des coques pré-1988 sans carbone, des bateaux qu'on peut facilement réparer, faire durer et transmettre. 


La FFV a le droit de préférer un règlement de sécurité parmi d'autres. 


Mais qu'elle vienne, en 2026, distribuer des brevets de légitimité sportive en refusant le statut de course à une compétition low-tech tout en ayant dans son calendrier officiel des courses comme Vendée Globe avec ses Imoca ultra polluants (entre 400 et 600 tonnes de CO2  pour construire un IMOCA neuf), est une position qui va être de plus en plus questionnable, 


Elle célèbre la course et la débauche technologique et snobe le geste sportif "low-tech" au moment précis où beaucoup commence à se demander si la performance à tout prix, matériaux composites et budgets pharaoniques compris, est encore une valeur défendable.


La FFV va-t-elle pouvoir continuer longtemps à adouber ce qui pollue et disqualifier ce qui dure ?


Et si le bilan carbone devenait la nouvelle mesure de la performance sportive ?


Elle est où aujourd'hui la vraie performance dans la voile ?


Il y avait l'opportunité pour la FFV de profiter du départ du Golden Globe Race pour développer un autre récit de la compétition que celui qu’elle développe habituellement sur les grande course au large. 


Mais non.


Rien.


Juste "C'est pas une course !"


La FFV vient de manquer une occasion de montrer qu'une fédération sportive pouvait encore avoir un temps d'avance sur son époque... plutôt qu'un temps de retard.


C’est dommage. 


L'inévitable grand virage doctrinale des fédérations sportives.

Thursday, August 20, 2026

ET SI À CÔTÉ DE L'INSEP, ON LANÇAIT L'INSTITUT NATIONAL DU SPORT ET DU RÉENSAUVAGEMENT ?

Imaginons !


Imaginons que d’ici une quinzaine d’années le monde du sport français décide de faire sa grande révolution.


Imaginons que face aux dérèglements climatiques, les grandes fédérations sportives décident qu'il faut arrêter le bricolage de l'adaptation au climat et réinventer un nouveau récit du sport autour de nouvelles pratiques?


Qu’il faut assigner au sport un nouveau rôle sur une planète en souffrance.


Et que ce nouveau récit s’appelerait le Réensauvagement Défensif Sportif ®.


Un récit du sport qui ne viserait plus à mesurer la seule performance des corps, mais la performance des pratiques qui aideraient préserver le vivant. 


Un récit du sport qui disposerait d’une Charte du Réensauvagement Défensif Sportif ®.


Et qui serait soutenu parallèlement par nouvelle institution destinée à soutenir les nouvelles pratiques et qui aurait pour nom l’Institut National du Sport et du Réensauvagement (INSER).


L’INSER ne remplacerait pas l’INSEP.


L'INSEP resterait la maison de la performance sportive traditionnelle - celle des podiums -, alors que l'INSER préparerait aux nouvelles performances sportives du XXI° siècle - celle de la protection du vivant.


Si l'INSEP prépare aux médailles olympiques dans un environnement sportif ultra artificialisé, l'INSR serait son exact miroir subversif : un centre d'excellence dédié à la haute performance physique, scientifique et tactique au service de la sanctuarisation du vivant.


Plutôt qu'un campus ultra-moderne financé par l'État et les partenaires privés, ce serait un bastion de la résilience, implanté dans un milieu sauvage complexe - forêt dense, massif montagneux ou zone humide réensauvagée - choisi précisément pour son inconfort, considéré comme le premier des enseignements.


1. Les infrastructures : des "installations" brutes


À l'INSR, pas de pistes en tartan ni de bassins de 50 mètres chlorés :

. Pistes d'agilité et d'entrave : des parcours du combattant naturels intégrés au relief (éboulis, marécages, enchevêtrements de bois mort, franchissements de rivières sans ponts) pour développer une motricité adaptative extrême.


. Le laboratoire de "Physiologie de l'inconfort" : des zones d'entraînement exposées aux conditions météo brutes (froid, chaleur, humidité, nuit) pour acclimater les athlètes à la dépense énergétique en milieu hostile sans assistance technologique.


. Le pôle "Botanique & génie physique" : des serres de multiplication d'espèces pionnières (ronces, épines, essences locales) et des ateliers de charge lourde pour apprendre à transporter et implanter du vivant à haute cadence.


. Le Centre de récupération low-tech : bains en eau vive glacée, physiothérapie manuelle, nutrition dense issue du glanage et de la culture locale, loin des compléments alimentaires industriels.

2. Le profil des athlètes


L'admission ne se fait pas sur les tests traditionnels des Fédérations (perf, vma,...), mais sur la capacité à allier puissance athlétique et conscience du milieu :

. profils "Extracteurs / Infiltrateurs" (issus du parkour, de l'escalade, de la spéléologie) : capables de franchir n'importe quelle clôture, paroi ou structure industrielle pour accéder aux zones à protéger.


. profils "Endurance / Portage" (issus du trail, de l'aviron, du crossfit) : capables de transporter 30 kg de matériel ou de végétaux sur 50 km de terrain accidenté sans laisser de trace.


. profils "Hydro-Tactiques" (issus de la nage en eau vive, du kayak, de l'apnée) : spécialistes des interventions en milieux aquatiques - libération de cours d'eau, désenclavement de zones humides.


. profils "Sentinelles" : moins spectaculaires, mais essentiels - ce sont eux qui lisent un paysage avant tout le monde, qui remarquent la plante qui a changé de couleur ou l'oiseau qui ne chante plus au bon endroit.


. profils "Tisserands" : chargés de recoudre le lien entre les athlètes de l'INSR et les habitants des territoires où il agit, pour que la haute performance ne devienne jamais une arrogance isolée.

3. Le pôle de recherche


Là où l'INSEP cherche à optimiser des gains de performance grâce à des outils et des équipement de très haut niveau technique, le pôle recherche de l'INSR travaille sur :

. des outils légers, réparables, increvables ;

. des chaussures à empreinte neutre, conçues pour se biodégrader en fin de vie ;

. des protocoles de suivi écologique où chaque athlète devient aussi un capteur humain sur le terrain ;

. une revue interne, "Les Cahiers du Réensauvagement Sportif ®", qui documente moins des performances que des observations : ce qui repousse, ce qui revient, ce qui persiste.

Il y a probablement plein d'autres choses à imaginer, nous n'en sommes qu'au début de nos réflexions.


On vous laisse y réfléchir