Penser le sport à travers Brautigan, c'est refuser d'en faire une affaire de gros bras, de statistiques froides ou de géopolitique agressive.
C'est l'envisager comme un acte poétique absurde, une quête de connexion manquée ou un rituel de contemplation.
Voici donc trois pistes pour "penser le sport autrement" entre le Japon et les États-Unis en chaussant les lunettes de Brautigan.
Le baseball comme haïku ?
S'il y a un sport qui unit organiquement les deux pays, c'est le baseball - yakyū au Japon.
Aux États-Unis, c'est le sport de la nostalgie et du temps suspendu.
Au Japon, c'est devenu un art martial de la discipline, de la répétition et de l'effacement de soi.
Brautigan, avec son style fragmenté et ses métaphores domestiques, nous inviterait à regarder non pas le tableau des scores, mais les temps morts.
Le baseball chez Brautigan ne serait pas une affaire de home run, mais une méditation sur la trajectoire d'une balle perdue dans les hautes herbes, un peu comme sa fameuse pêche à la truite (La Pêche à la truite en Amérique).
Le sport devient une excuse pour capter l'impermanence des choses, le fameux mono no aware japonais, et la contemplation résignée qu'elle peut engendrer.
Le minimalisme contre le spectaculaire ?
Le sport moderne (surtout américain) est une machine de guerre hyper-technologique, saturée de datas, de muscles et de bruit.
Le Japon, de son côté, a importé ce modèle tout en conservant une fascination pour la pureté du geste juste avec, notamment, le kyudo et le Sumo.
Brautigan nous rappellerait l'importance de la décroissance sportive.
Dans son univers, les vies sont douces, minuscules et un peu cassées.
Penser le sport avec lui, c'est valoriser le "petit sport" : le ping-pong joué dans l'arrière-boutique d'un temple à Kyoto, ou un panier de basket rouillé fixé à une grange du Montana.
Au lieu de voir le sport comme un outil de domination d'une superpuissance sur l'autre, Brautigan y verrait un terrain de jeu où les solitudes des deux rives de l'océan Pacifique peuvent se saluer en souriant.
La défaite magnifique ?
Le sport américain est obsédé par les winners.
Le Japon possède une profonde tradition de respect pour le "héros tragique", celui qui perd avec dignité et noblesse - le hōgan-biiki qui incite à regarder avec sympathie celui en position de faiblesse.
Les personnages de Brautigan sont très souvent des marginaux magnifiques, des perdants poétiques inadaptés au rêve américain triomphant.
Appliqué au sport transpacifique, cela donnerait une tout autre lecture de la compétition :
La beauté d'un lanceur de baseball qui rate son match parfait au dernier lancer.
L'empathie absolue pour le boxeur fatigué.
Le sport ne servirait plus à désigner le "numéro un", mais à célébrer la fragilité humaine.
On vous laisse y réfléchir.
