Milène Tournier est un poétesse, dont l’écriture a longtemps été viscéralement liée au corps en mouvement - voir "Ce que m'a soufflé la ville" et "Et m'ont murmuré les campagnes"
Sauf qu’un jour, elle ne peut plus marcher - épanchement de synovie dans chacun des genoux.
Ça change évidement tout dans sa vie et sa façon d’écrire.
Aujourd'hui, sa poésie explore les thèmes du vieillissement, de la fragilité et de la dégradation du corps, transformant une expérience douloureuse en matière poétique - voir "Journal ouvert"
C'est beau, touchant et ça fait énormément réfléchir.
Alors, on a essayé d’en tirer des axes de réflexions prospectives.
Adaptation.
Privée de marche, elle déplace son corps dans un autre élément : l'eau.
Elle parle du passage de la marche à la nage.
Elle explore la dualité de ce qui protège et de ce qui entrave.
L'expérimente ce que nous pourrions appeler un "sport de transition", où le corps doit réapprendre à habiter d'autres éléments.
Question : cC'est quoi demain les sports de transitions qui vont naitre des nouvelles contraintes environnementales ?
Marche empêchée
Milène Tournier lie le mouvement du corps et la création poétique (« en marchant, en écrivant »).
Quand la marche s'arrête, le regard change : « en boitant, on réapprend beaucoup de choses ».
Elle documente donc désormais son environnement depuis la contrainte de "la marche empêchée" ou ralentie.
Utiliser la "marche contrariée" ou la "flânerie blessée" comme thèmes pour imaginer l'urbanisme sportif de demain peuvent apparaitre comme des pistes très fécondes pour penser un peu autrement.
Au lieu d'imaginer des villes pour les runners fluides et connectés, comment la pratique sportive peut-elle intégrer le corps lent, le corps qui se réapproprie l'espace par le fragment, le banc, la pause ?
On a là potentiellement, une possible prospective de la micro-mobilité qui pourrait se révéler très riche dans un monde de vieux et un monde trop chaud dans lequel il faudra s'économiser.
Fragments
M. Tournier documente le quotidien, le minuscule, l'intime dans un journal de bord fait d'une multiplicité de fragments.
Adopter la méthode du "journal de bord d'un corps en mutation" comme outil de prospective pourrait devenir tentant afin d’initier de nouvelles approches et de nouvelles méthodes.
L'écriture fragmentaire permet, en effet, de capter les "signaux faibles" de l'évolution de notre rapport au corps.
M. Tournier - si on accepte de la suivre - pourrait donc nous inciter à passer d'une prospective de la performance à une prospective du «comment faire avec ?» ®
… avec la blessure ?
… avec le milieu ?
… avec le ralentissement ?
… avec la mémoire du corps ?
Des pistes de réflexion qui apparaissent pas totalement dépourvues d'intérêt au vu du monde qui s’annonce, non ?





