Tuesday, June 02, 2026

ET SI LE JAPON DE BRAUTIGAN NOUS AIDAIT À PENSER LE SPORT UN PEU AUTREMENT ?

On va rentrer dans une période difficile.

Comme souvent en juin, juillet, les grandes compétitions vont tout étouffer, et la Coupe du Monde de foot aux Etats-Unis encore un peu plus.

On va bouffer du foot et de l'Amérique à haute dose.

En soi, pas de problème. 

Sauf que ça risque dangereusement de monopoliser les imaginaires et la réflexion.

Alors, on peut être tenté de faire un pas de côté, et de réfléchir sur d'autres références culturelles et tenter des croisements.

C'est le chemin que nous avons en tout cas pris au sein du Prospective Sport Lab ®.

Et notamment en nous appuyant sur la culture japonaise.

- C'est ce qu'a fait Patrick Roult en s'appuyant sur les travaux du grands philosophe orientaliste Augustin Bercque pour créer le concept de Mesopraxis ®, et montrer sa pertinence pour penser différemment les mouvements du corps au sein d'un environnement - .

- C'est ce que nous faisons dans ce post, en nous appuyant sur le génial écrivain américain Richard Brautigan, fasciné et amoureux de la culture japonaise, pour tenter de penser le sport un peu différemment.

Penser le sport à travers Brautigan, c'est refuser d'en faire une affaire de gros bras, de statistiques froides ou de géopolitique agressive. 


C'est l'envisager comme un acte poétique absurde, une quête de connexion manquée ou un rituel de contemplation.


Voici donc trois pistes pour "penser le sport autrement" entre le Japon et les États-Unis en chaussant les lunettes de Brautigan.


Le baseball comme haïku ?


S'il y a un sport qui unit organiquement les deux pays, c'est le baseball - yakyū au Japon


Aux États-Unis, c'est le sport de la nostalgie et du temps suspendu. 


Au Japon, c'est devenu un art martial de la discipline, de la répétition et de l'effacement de soi.


Brautigan, avec son style fragmenté et ses métaphores domestiques, nous inviterait à regarder non pas le tableau des scores, mais les temps morts.


Le baseball chez Brautigan ne serait pas une affaire de home run, mais une méditation sur la trajectoire d'une balle perdue dans les hautes herbes, un peu comme sa fameuse pêche à la truite (La Pêche à la truite en Amérique). 


Le sport devient une excuse pour capter l'impermanence des choses, le fameux mono no aware japonais, et la contemplation résignée qu'elle peut engendrer.


Le minimalisme contre le spectaculaire ?


Le sport moderne (surtout américain) est une machine de guerre hyper-technologique, saturée de datas, de muscles et de bruit. 


Le Japon, de son côté, a importé ce modèle tout en conservant une fascination pour la pureté du geste juste avec, notamment, le kyudo et le Sumo


Brautigan nous rappellerait l'importance de la décroissance sportive


Dans son univers, les vies sont douces, minuscules et un peu cassées.


Penser le sport avec lui, c'est valoriser le "petit sport" : le ping-pong joué dans l'arrière-boutique d'un temple à Kyoto, ou un panier de basket rouillé fixé à une grange du Montana.


Au lieu de voir le sport comme un outil de domination d'une superpuissance sur l'autre, Brautigan y verrait un terrain de jeu où les solitudes des deux rives de l'océan Pacifique peuvent se saluer en souriant.


La défaite magnifique ?


Le sport américain est obsédé par les winners. 


Le Japon possède une profonde tradition de respect pour le "héros tragique", celui qui perd avec dignité et noblesse - le hōgan-biiki qui incite à regarder avec sympathie celui en position de faiblesse.


Les personnages de Brautigan sont très souvent des marginaux magnifiques, des perdants poétiques inadaptés au rêve américain triomphant. 


Appliqué au sport transpacifique, cela donnerait une tout autre lecture de la compétition :


La beauté d'un lanceur de baseball qui rate son match parfait au dernier lancer.


L'empathie absolue pour le boxeur fatigué.


Le sport ne servirait plus à désigner le "numéro un", mais à célébrer la fragilité humaine.



On vous laisse y réfléchir.