Pour nous, l'œuvre d'Hortle peut permettre de renouveler notre regard sur le sport et le corps.
Loin des clichés de la performance pure, de la vitesse ou de la domination de la nature, ses romans posent les jalons d'une prospective corporelle et sportive éco-féministe.
Illustration à travers quatre pistes prospectives nées de son ouvre
- Le corps augmenté par la nature (plutôt que par la technologie)
Dans la prospective classique, le "futur du corps" est souvent pensé à travers le transhumanisme : prothèses technologiques, puces, données chiffrées (le quantified self).
L'approche d'Erin Hortle : Dans Octopus et moi, Lucy subit une reconstruction mammaire après un cancer, mais sa véritable "augmentation" ou réparation ne vient pas de la chirurgie : elle vient de son immersion dans l'océan et de son identification avec le poulpe.
Piste prospective : Et si le futur du corps n'était pas la technologie, mais l'interspécificité ? Elle invite à penser un corps mutant qui se répare et se redéfinit au contact du vivant non-humain.
- Le sport comme "devenir-animal" (sortir de la performance)
Le sport moderne est construit sur la métrique : plus vite, plus haut, plus fort. L'humain doit dompter son environnement (la vague, la montagne).
L'approche d'Erin Hortle : Chez elle, le surf ou la plongée ne sont pas des sports de conquête, mais des rituels d'effacement ou de fusion. Surfer ou chasser le poulpe devient une manière de calquer ses mouvements sur une autre espèce.
Piste prospective : Imaginer le sport du futur non plus comme une compétition contre les autres ou contre la montre, mais comme un exercice d'empathie écologique.
Le sport deviendrait une technique pour "faire corps" avec l'écosystème, où le bon sportif est celui qui sait lire et respecter le vivant, pas celui qui le soumet.
- Une "somato politique" féministe du sport ?
La culture sportive - et particulièrement celle du surf - est historiquement saturée par le regard masculin (male gaze), l'hyper-sexualisation des corps ou la culture du "mâle alpha".
L'approche d'Erin Hortle : Dans ses romans, elle décortique comment les femmes doivent constamment négocier leur légitimité dans l'eau. Elle montre aussi un corps féminin dans toute sa matérialité (marqué par la maladie, la maternité, le vieillissement) et non pas comme un objet esthétique figé.
Piste prospective : Comment concevoir des espaces sportifs qui ne valorisent pas la force, mais plutôt la vulnérabilité, l'inclusivité des corps abîmés, et une sororité basée sur l'expérience partagée des éléments ?
- L'éthique du «care» appliquée au terrain de jeu
Aujourd'hui, on consomme le sport et les espaces naturels (on "consomme" une vague, une piste de ski).
L'approche d'Erin Hortle : La Tasmanie de Hortle est un personnage à part entière. Le corps qui fait du sport est un corps qui prend soin de son environnement.
Il y a une continuité absolue entre la peau du personnage, l'eau de l'océan et la survie des espèces qui y habitent.
Piste prospective : Vers un sport régénératif. Demain, la pratique sportive pourrait être indissociable de la réparation écologique. Le sportif du futur ne laisse pas d'empreinte carbone, il devient un gardien ou un capteur du milieu qu'il traverse.
Dit autrement, Erin Hortle aide à passer d'une vision du sport "outil de performance et de distinction individuelle" à une vision du sport "outil de connexion symbiotique et de réparation collective".
Et ça c'est très intéressant.
