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Monday, October 19, 2026

COMMENT FINANCER LE SPORT QUI CONTRIBUE A RESTAURER LE VIVANT ?

Dans un premier post titré "Et si le sport servait à financer la restauration écologique ?", nous suggérions que le sport soit désormais financé selon ses apports à la protection de la nature et non plus au nombre de licenciés ou de médailles.

Notre proposition s'inspire directement du nouveau système de financement agricole anglais, dans le cadre duquel l'Etat ne subventionne plus seulement les agriculteurs à l’hectare ou au volume produit, mais les rémunère pour des actes utiles à la collectivité : planter une haie, rouvrir une mare ou semer des fleurs sauvages. Le principe tient en une phrase : l’argent public doit payer ce qui sert le public.

Dans un second post, nous suggérions de nous inspirer des 6 étapes de la fenêtre d'Overton pour tenter de faire passer cette idée de financement dans le débat public et dans le monde du sport - voir le détail, là. 

Restait une fois posée l'idée et imaginé ce qui pourrait être son mode diffusion, à préciser le processus de financement de ce que nous avons nommé "The Sport Eco-Yield ®" ou "L’éco-rendement sportif ®"

Il ne s'agit pas balayer tout le système de financement actuel qui repose quasi exclusivement sur une logique de volume : le nombre de licenciés, la catégorie de compétition ou la capacité à remplir des stades. Ces critères reflètent la vitalité sociale d’un club, mais ils restent aveugles à son impact écologique.


La démarche la plus pragmatique consisterait à conserver dans un premire temps, les critères actuels tout en y ajoutant une part variable (10 à 20 % au départ, évolutive avec l'expérience) récompensant l’utilité écologique et territoriale.


Les acteurs du sport percevraient ainsi des subventions modulées en fonction de leur contribution directe :

- Les clubs de sports de nature en éco-gardes : Les traileurs, les VTTistes, les kayakistes ou les grimpeurs qui fréquentent régulièrement les mêmes chemins, pourraient s'engager à entretenir les sentiers, tenter de luttent contre l'érosion ou collectent des données sur la faune et la flore. Ils rendraient un service précieux à la collectivité et ce travil pourrait être directement rémunéré au kilomètre de sentier ou de berge restauré. 

- La renaturalisation des équipements : Un complexe sportif qui remplace un parking goudronné par un revêtement perméable, replante des haies ou aménage des noues pour absorber les eaux de pluie aide à réduire les inondations et les îlots de chaleur. Les aides d'État à l'équipement seraient directement liées à ces chantiers de débétonisation. 

- Les bases nautiques et littorales : Restaurer une rive, suivre l'évolution des espèces ou protéger une zone humide devient une mission valorisée et intégrée au budget du club.

Pour que les bénévoles, les dirigeants et les élus locaux s'en emparent sans se noyer sous la paperasse, le dispositif doit s'appuyer sur trois piliers :

- Un catalogue national lisible : Une liste d'actions reconnues avec un tarif clair pour chacune, calculé pour couvrir les coûts réels tout en offrant une incitation financière. Aucun dossier sur mesure complexe à monter pour les associations.


- Des preuves et un suivi indépendant : Un état des lieux initial, des indicateurs simples (surfaces désimperméabilisées, kilomètres remis en état, biodiversité observée) et des vérifications menées par des experts neutres - ONF, Parcs Naturels Régionaux, Conservatoires d'Espaces Naturels ou associations naturalistes - pour éviter tout greenwashing.


- Un accompagnement humain mutualisé : Sachant que les clubs reposent sur des bénévoles déjà très sollicités, une ingénierie partagée (un guichet unique par intercommunalité avec des techniciens dédiés) prendrait en charge les démarches administratives. 

L'Etat et les collectivités locales ne pourront ou ne voudront pas financer seules cette transition. 


La force du modèle résiderait aussi dans sa capacité à mobiliser le secteur privé à travers la compensation environnementale et la finance à impact.


Des entreprises ou des promoteurs immobiliers souhaitant s'implanter durablement sur un territoire pourraient cofinancer ces projets. Le droit français offre déjà des leviers puissants, comme les Obligations Réelles Environnementales (ORE), qui permettent de sceller des engagements fonciers et écologiques jusqu'à 99 ans.


À l'échelle d'un département ou d'une intercommunalité, un Fonds Territorial de Transition Sportive réunirait ces capitaux privés et publics pour signer des contrats de 20 à 30 ans avec les clubs. 


Le territoire y gagnerait des parcours sportifs et des zones naturelles gérées sans alourdir le budget communal, tandis que l'entreprise concrétise un engagement territorial durable et mesurable.


Pour garantir le succès d'une telle réforme, il convient de garder plusieurs garde-fous à l'esprit :

- Ne pas rémunérer ce que la loi rend déjà obligatoire ni financer deux fois la même action. 

- Ne pas oublier les clubs d'intérieur (gymnastique, sports de salle en centre-ville) en leur permettant de porter des projets écologiques conjoints avec leurs municipalités. 

- Valoriser la préservation : si la protection d'un site fragile exige de limiter la pratique sportive à certaines périodes, le dispositif doit récompenser ce choix de sobriété.

Une mise en place imaginable sur 5 ans

- Année 1 : Définir le référentiel d'actions et les indicateurs avec deux ou trois fédérations volontaires. 

- Années 2, 3, 4 : Tester le dispositif dans quelques territoires pilotes aux profils variés (littoral, montagne, zone periurbaine) et faire évaluer les résultats par un tiers indépendant. 

- Année 5 : Généraliser le modèle à l'échelle nationale et intégrer pleinement les partenariats avec les financeurs privés.

Présents dans chaque commune, soutenus par leurs bénévoles en général bons connaisseurs de leurs terrains de jeux, les clubs sportifs auraient ainsi le potentiel de devenir les premiers acteurs locaux de la transition écologique. 


Il ne leur manque plus qu'un cadre légal et financier à la hauteur de ce qu'ils peuvent protéger et restaurer.


C'est modestement ce que nous proposons ici.


On vous laisse y réfléchir et vous emparer de l'idée.

Thursday, August 27, 2026

ET SI LE VRAI TRAIL SE JOUAIT LE MARDI MATIN ?

Le cirque médiatique de l'UTMB est bien rodé. 


Des milliers de coureurs déferlent sur le massif du Mont-Blanc. 


Ils ont accumulé des running stones comme des bons points à l'école primaire, dépensé des fortunes en matériel dernier cri, et brûlé des kilos de carbone en transports pour venir piétiner des sentiers ultra-fréquentés sur un massif déjà en très très grande souffrance.


Pour quoi ? Pour s'offrir le frisson d'un statut social sur Strava, une médaille en plastique recyclé et la fierté d'avoir souffert pendant trente heures sous les projecteurs.


Puis dimanche soir le soufflé va retomber. 


Et dès le lundi matin, la très très grande majorité de ces passionnés d'endurance va s'enfermer docilement dans sa voiture ou dans des transports en commun. 


Leur obsession du dépassement de soi va s'évaporer instantanément au moment de franchir le seuil de la vie quotidienne.


Et ils feront la même chose mardi matin ! 


Et probablement les jours suivants...


Ce grand écart schizophrénique met à nu l'hypocrisie du "sport-nature" à la mode UTMB : 

- d’un côté, une débauche d'effort gratuit et merchandisé 

- de l'autre, un corps du quotidien totalement résigné à la dépendance de la mobilité motorisée


Face à cette impasse, nous proposons qu’une rupture s'impose : abandonner la bulle du sport-loisir pour basculer vers le Trans-Sport ®, c'est-à-dire la réhabilitation de la puissance motrice du corps humain comme mode de déplacement quotidien.


Voir : les 3 futurs métriques de la performance sportive ?


C'est le rôle de la métrique de substitution que nous proposons là. 


Le calcul est d'une simplicité biblique : transformer ses trajets quotidiens domicile-travail en course à pied (le run commuting), c'est l'essence même du trail. 


De l'autonomie, du dénivelé urbain, zéro carburant, et du temps de vie regagné sur une existence sédentaire. 


L'effort physique retrouve sa valeur fonctionnelle et sociétale : il remplace le moteur.


Mais voilà : courir le mardi matin pour choper sa réunion de 9 heures est beaucoup moins glamour que de franchir une ligne d'arrivée sous des applaudissements à Chamonix !!! 


Pourtant, la substitution ne saurait être l'horizon ultime. 


Courir au milieu des pots d'échappement sur du bitume surchauffé reste une aberration environnementale et sanitaire. 


Pour que la mobilité active devienne pleinement soutenable, elle doit s'accompagner d'une transformation profonde du milieu urbain : c'est le domaine de la métrique de régénération.


Dans cette perspective, le sport ne se contente plus d'éviter des émissions de CO₂ : il devient un outil direct de réensauvagement et de restauration biologique. 


Remplacer le spectacle de l'UTMB par la discipline quotidienne du trajet travail-domicile n'est pas une déchéance épique ou un renoncement, c'est au contraire l'accès à une vraie maturité écologique.

Monday, August 24, 2026

ET SI ON POSAIT LES BASES D'UNE NOUVELLE MÉTRIQUE SPORTIVE ÉCOLOGIQUE ?

Cela fait plusieurs années qu’au sein de Transit-City et du Prospective Sport Lab ®, nous essayons de dessiner une nouvelle «carte des pensables» sur le sport.


Avec une conviction de départ simple mais forte : si les XIXᵉ et XXᵉ siècles ont été ceux de la mécanique, le XXIᵉ sera celui du corps.


Il nous est apparu nécessaire de faire un point sur nos réflexions, notre méthode et dire où nous en sommes alors que la crise climatique est là, qu’elle va bouleverser nos quotidiens et va laisser émerger de nouveaux imaginaires sportif, mobilitaire et écologique.


Étape 1 : Le point de départ - L'impasse du mot sport.


- Le constat est simple : aucun pays n’a jamais défini précisément ce qu’il entendait par le mot « sport ». 


- Cette notion est devenue tellement polysémique qu’il est aujourd'hui difficile de déterminer quelle activité en relève réellement.


- La publication toute récente d’une étude suisse sur les pratiques sportives du pays en offre une excellente illustration : 

. Plus de 80 % des agriculteurs suisses atteignent les recommandations de santé physique, mais seuls 30 % d'entre eux se considèrent comme sportifs.

. À l'inverse, un employé de bureau s'identifie immédiatement comme sportif dès qu'il s'inscrit en salle.
- La mesure publique de l'activité physique repose ainsi davantage sur des marqueurs de statut social et de consommation que sur la réalité de la dépense corporelle. On compte les licences, les abonnements et les infrastructures marchandes, tout en fabriquant une population statistiquement « inactive » dont l'effort physique réel reste invisible - voir, là.

- Le sport moderne s'est structuré autour de la définition classique du loisir (activité désintéressée, choisie, sur un temps libéré des obligations). En appliquant ce filtre, les politiques publiques disqualifient d'emblée l'effort physique utilitaire ou lié au travail.


- C’est ce même constat qui nous avait conduit à définir en 2016 6 puis - en 2018 -  7 temps et récits du sport, pour montrer comment celui-ci avait peu à peu dévoré le monde :

1 - Le récit de la compétition

2 - Le récit de la libération

3 - Le récit de l’exhibition

4 - Le récit de la réparation

5 - Le récit de la dématérialisation

6 - Le récit de la revendication

7 - Le récit de la préservation - là

Étape 2 : Le pivot mobilitaire - Du sport-loisir aux mobilités actives


- Pour sortir de cette impasse sémantique et penser les nouveaux avenirs du sport, nous avons engagé une seconde phase de réflexions prospectives en essayant de définir une nouvelle Carte des pensables.


- La Carte des pensables n'est pas un concept parmi d'autres : c'est un manifeste méthodologique. 


- La prospective ne sert pas à prédire le futur, mais à fabriquer des outils conceptuels (des «lunettes théoriques») pour déplacer les représentations mentales et élargir ce qu'il devient possible de concevoir.


- Ces concepts que nous avons ressenti le besoin de créer pour notre réflexion, les voici :

- Motri-Cité ® (2017) : Dépasser la notion trop vague de « mobilité » (tout étant mobile aujourd’hui) pour recentrer la réflexion sur la puissance motrice du corps humain.

- Trans-Sport ® (2017) : Reconnaître l'effort lié aux trajets fonctionnels (domicile-travail) comme une véritable séance sportive. Il réhabilite l'effort utile non marchand et réconcilie le corps qui produit avec le corps qui s'entretient.

- Sport As A Mobility ® / SAAM (Mai 2020) : Là où les économistes parlent de Mobility As A Service (MaaS), nous proposons le Sport As A Mobility (SaaM). Le sport y est reconnu comme une infrastructure et un service de mobilité légitime à part entière.

- Les 4 Souffles ® (Février 2026) : En 1941, Le Corbusier théorise les « 4 routes » (air, eau, fer, terre) comme fondements d’une mobilité moderne dominée par le moteur. 

Les « 4 souffles ® » invitent, eux, à repenser la mobilité contemporaine à partir du corps. Ils ouvrent la voie à une nouvelle cartographie où l’effort physique devient un mode de connaissance du monde.

La mobilité active comme nouvelle métrique sportive ?


Au lieu de comptabiliser des abonnements en salle ou des kilomètres parcourus à vide, ces nouveaux concepts permettraient d'évaluer la façon dont les populations assurent leurs déplacements par leur propre énergie corporelle.


Un nouvel indicateur pourrait ainsi quantifier :

• Le taux de substitution des mobilités mécanisées par l'effort physique (volume de kilomètres utiles parcourus à la force du corps). 
• L’intensité physique globale de la collectivité, en réintégrant les commutateurs actifs invisibilisés par le modèle classique.

Étape 3 : Le saut écologique — La mobilité sportive comme accélérateur du Rewilding


- Cependant, la mobilité active ne suffit pas si elle s'effectue sur du bitume surchauffé, sans ombre et dans un contexte urbain our agricole dévasté.


- Pour que le Trans-Sport ® et la Motri-Cité ® soient physiquement et thermiquement soutenables face au réchauffement climatique, une radicalisation écologique s'impose.


- C'est le rôle attribué à nos concepts probablement trop nombreux, mais qui nous aident à réfléchir autrement : 

- Rewild City ®, 

- Outdoor City ®, 

- Outwild City ®, 

- Rewild Urban Sport ®, 

et tout récemment 

- Économie de l'Ombre ®

- Réensauvagement Défensif Sportif ®.

- La mobilité sportive devient alors un accélérateur direct du réensauvagement selon trois mécanismes :

1 - Le bouclier climatique indispensable à l'effort :  

- Pour éviter la surchauffe thermique du corps, la ville doit abandonner le bitume et le « tout-aménagé ». Forêts microclimatiques, zones humides et sols vivants apportent l'ombre et la fraîcheur nécessaires. Le réensauvagement n'est pas un luxe esthétique, mais la condition matérielle d'existence du sport mobilitaire.  

2 - La réintroduction de la rugosité :

. La rugosité : L'urbanisme traditionnel a lissé la ville pour éliminer le frottement. 

. Le Rewild Urban Sport ® réintroduit les reliefs bruts, les zones d'expansion des crues et la végétation spontanée.  

. La rugosité devient le moteur de l'agilité physique et le support de la biodiversité.

3 - Le réconnexion écologique :  

- Là où le sport moderne reste majoritairement déconnecté du vivant (gymnases énergivores, neige artificielle), le Réensauvagement Défensif Sportif ® réconnecte la pratique sportive aux vivants :

. Le sportif-commuteur devient une présence vigilante sur les corridors écologiques, documentant l'état du vivant.
. Chaque axe de mobilité sportive créé devient une bande de terre débétonnée, restituée à la libre évolution.

- La réinvention de la métrique sportive n'est pas un simple ajustement statistique : c'est un basculement sociétal.


- On ne mesure plus ce que le sportif exige de son corps ou extrait de la planète, mais la manière dont la puissance motrice de son déplacement permet de régénérer, rafraîchir et défendre le vivant sur son passage.


Oui c’est ambitieux. 


Mais vu la situation a-t-on vraiment le choix ?


On vous laisse y réfléchir.