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Saturday, August 01, 2026

NIKE, UN ÉQUIPEMENTIER DÉPASSÉ ?

Ce post est le prolongement très direct de "qui demain, pourraient remplacer les équipementiers ?"

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Deux réels.

Deux réels sur Instagram qui disent beaucoup sur la fin d’une histoire.

Dans le premier "102 fans", Nike compare sa technologie Aero-FIT avec l'utilisation de 102 ventilateurs pour rester au frais dans l'endroit le plus chaud du monde. 

Dans le second "don't lose your cool", Nike qualifie son Aero-FIT de "air conditioning for athletes". L'objectif n'est plus seulement de "rester au frais", mais de ne pas être ralenti par la chaleur ("not even the hottest conditions can slow you down") 

Bon évidement, ce n'est que de la pub.

Bon évidement que tout cela est en partie faux : on peut pas grand chose contre la chaleur - .

Ces pubs disent donc autre chose que ce qu'elle prétendent dire !

Ces deux clip révèlent avant tout le constat d'impuissance d’un équipementier comme Nike face au réchauffement climatique.

La vidéo des 102 ventilateurs ridiculise la solution encombrante, mais elle valide involontairement le postulat que pour lutter contre la chaleur, l'humain a besoin d'un flux d'air massif. Nike ne fait que mimer ce flux via le textile, sans le créer. 


C'est une sur-promesse qui trahit justement l'impuissance technique : ils n'ont rien de mieux à proposer qu'un maillage plus aéré.


Ces deux publicités ressemblent à un chant du cygne. 


Nike dépense ici des millions en production et en storytelling (le désert, les 102 ventilateurs, la métaphore de la clim') pour masquer une absence totale de rupture.


Nike ne propose aucune vraie solution : ni une nouvelle architecture urbaine, ni un protocole d'acclimatation, ni un dispositif médical de suivi, qui sont pourtant trois des axes de diversification pour l'avenir .  


Ces réels disent donc avant tout une chose : Nike n'est pas prêt à engager le pivot stratégique que va pourtant imposer le réchauffement climatique à tous les équipementiers.


Ou alors, il cache bien son jeu. 

Thursday, July 23, 2026

ÉCONOMIE DE L'OMBRE ® : LA RÉVOLUTION URBAINE À VENIR ?

Cela fait plusieurs années qu'au sein de Transit-City et du Prospective Sport Lab ®, nous travaillons sur l'ombre et sur son rôle qui ne va cesser de croitre avec le réchauffement climatique et la multiplication des canicules - voir Ombre.

Mais nous sentons aujourd'hui le besoin d'aller plus loin sur le sujet.

Dans des villes où les étés vont atteindre régulièrement 40 à 45 °C, elle ne pourra plus résumer à un élément de confort ou de paysage : l'ombre va devenir une ressource vitale rare, donc un actif économique monétisable.


Nous commençons aujourd'hui une série de posts sur la possible émergence de ce que nous appelons l'Économie de l'Ombre ® pour essayer de voir de quels types de révolution elle pourrait être porteuses.


Depuis le début du XX° siècle, l'économie urbaine valorise la lumière (la vue, l'exposition sud, le rooftop ensoleillé). 


Aujourd'hui, la surchauffe inverse complètement la valeur de l'espace. 


Voici comment on peut imaginer que se structure concrètement une  l'Économie de l'Ombre ® dans la fabrique de la ville :


- La création d'actifs fonciers "frais" (Les servitudes d'ombre)


De la même manière qu'il existe un droit à la lumière ou des crédits carbone, on peut imaginer la création d'un marché de compensation thermique urbain ou de servitudes d'ombre portée.

. Le mécanisme : Un promoteur ou le propriétaire d'un grand équipement (comme un stade ou une tour) qui conçoit la volumétrie de son bâtiment pour projeter une ombre portée maximale et continue sur le domaine public à l'heure solaire la plus critique (ex. entre 12h et 16h) génère un gain thermique mesurable pour la collectivité.


. La valorisation : Ce gain (exprimé en mégawatts de climatisation évités pour le quartier ou en réduction de la température de surface de l'asphalte) donne droit à des bonus de constructibilité, des exonérations de taxes foncières ou la revente de "crédits de rafraîchissement" aux bâtiments voisins. 

. L'ombre projetée devient un produit immobilier en soi.

- Le rendement commercial du flux piéton (La géographie des revenus)


Dans une ville à 42 °C, la valeur marchande du rez-de-chaussée commercial ne dépend plus du passage brut, mais du cheminement à l'ombre.

. Dévaluation des axes ensoleillés : Une rue piétonne non abritée perd toute son activité entre 11h et 18h. Le chiffre d'affaires des commerces s'effondre.


. Hyper-valorisation du "canopée urbaine" : Les infrastructures privées ou publiques capable de garantir une continuité d'ombre (auvents géants, façades surplombantes, structures tendues, stades-canopées) captent l'intégralité du flux piétonnier diurne. La loyer commercial d'un m² situé sous la structure rafraîchissante devient 3 à 4 fois supérieur à celui d'un m² exposé au soleil.


. L'ombre est le nouveau moteur d'attractivité du commerce de détail.

- L’externalité négative de l'albédo et de la réverbération (Taxer le soleil renvoyé)


Aujourd'hui, un bâtiment en verre réfléchissant ou à toiture sombre rejette de la chaleur dans la rue sans aucune pénalité. Dans une économie de l'ombre et du rafraîchissement, la physique thermique entre dans le code des impôts.

. Le coût du rayonnement : Un édifice qui surchauffe son environnement immédiat par réverbération (effet miroir ou accumulation thermique) détruit la valeur économique des voisins et alourdit la facture énergétique de la ville.


. La fiscalité thermique : La ville applique une taxe sur le rayonnement incident, et subventionne à l'inverse les bâtiments qui "absorbent" ou masquent le rayonnement solaire. Concevoir un bâtiment massif qui crée une ombre portée naturelle devient une stratégie d'optimisation fiscale pour les investisseurs.

- La monétisation du service écosystémique (L'ombre comme service public marchand)


Dans ce modèle, la gestion de l'ombre bascule du statut d'aménagement urbain à celui de service public marchand (utility), au même titre que l'eau, l'électricité ou les télécoms.

. Opérateurs d'ombre ® : Des entreprises privées ou des SEM (Sociétés d'Économie Mixte) conçoivent, financent et maintiennent des infrastructures de protection solaire à grande échelle (ombrières urbaines, structures mobiles, voiles textiles orientables sur les grandes places).


. Modèle de financement : Elles se rémunèrent via des contrats de performance thermique signés avec les municipalités (économies réalisées sur le budget de santé publique et d'entretien des chaussées qui fondent) et par le biais d'horodateurs de rafraîchissement ou de concessions commerciales sous ces espaces protégés.


La révolution à venir :


L'Économie de l'Ombre ®, c'est le passage d'une architecture de l'objet (construire un bâtiment pour ce qu'il contient) à une architecture du vide protégé (construire une forme pour la qualité du microclimat qu'elle génère au-dehors).


Le stade, la tour ou le centre commercial trouvent leur nouvelle valeur immobilière, fiscale et commerciale dans la fraîcheur qu'ils distribuent à l'extérieur.


C'est un des pans de la nouvelle révolution urbaine du XXI° siècle.


On peut y réfléchir.



On poursuit la réflexion dans de prochains posts.

Thursday, July 09, 2026

L'ÉPREUVE DES ÉLÉMENTS

"Mal Tiempo", "Nullarbor" et "Bluff" de David Fauquemberg sont des romans merveilleux, car ils nous obligent à regarder et à penser autrement.


Le monde vu d’une salle de boxe cubaine, du désert australien ou de la mer de Tasman nous sort forcément de nos références habituelles.


Ils offrent aussi potentiellement - pour peu que l’on accepte de se mettre dans cette posture - des récits très riches pour aborder la prospective sportive et climatique sous des angles nouveaux.


C’est en tout cas ce que nous avons tenté de faire avec trois de ses livres dans le cadre de notre démarche Ruptures Littéraires ®.



Mal Tiempo : L'école de la résilience climatique


- Dans Mal Tiempo, qui suit le parcours d'un boxeur à Cuba, le sport n'est pas une affaire d'infrastructures climatisées de haute technologie ou de gadgets connectés. C'est une discipline de l'épure, profondément ancrée dans un environnement rude, soumis aux éléments (les tempêtes, la chaleur tropicale).


Application prospective : Au lieu de penser le futur du sport sous l'angle de « l'adaptation technologique » au changement climatique (climatiser des stades, enneiger artificiellement), Mal Tiempo permet d’imaginer une prospective de la sobriété et de la robustesse. Comment entraîne-t-on le corps et l'esprit à performer dans un monde à +3°C avec un minimum de moyens ?


Fiction "Boxe des Ombres" - inspiré de Mal Tiempo.

"Face aux pannes chroniques du réseau électrique et aux canicules à répétition, le modèle des salles de sport ultra-équipées s'est effondré. 
À la place, s'est développé le mouvement de la "Boxe des Ombres" : un réseau de clubs d'arts martiaux et de sports de combat qui s'entraînent exclusivement en extérieur, au rythme du soleil (tôt le matin, tard le soir), dans des friches urbaines ou sous des structures d'ombrage légères. 
L'équipement est minimal, réparable à l'infini. La performance ne se mesure plus aux calories brûlées sur un écran, mais à la capacité du corps à réguler sa température et à rester lucide dans l'inconfort thermique."

Le saut mental : La prospective classique cherche à tout prix à maintenir le confort (climatiser les gymnases, inventer des maillots réfrigérants). 

Cette fiction en prend le contre-pied : elle explore l'art de l'épure et l'entraînement à la rugosité. 

Le sport devient un outil d'adaptation biologique et mentale à un monde instable, et non plus un loisir de luxe dépendant de l'énergie.


Les possibles questions de rupture

- "Si notre fédération / notre club subissait des coupures d'électricité 100 jours par an, quelles pratiques survivraient à l'obscurité et à la chaleur ?" 

- "Comment transformer nos sportifs en "experts de la sobriété" plutôt qu'en consommateurs de technologies ?"



Nullarbor : Accepter le vide et le nomadisme


- Un homme traverse Nullarborimmensité désertique à l’ouest de l’Australie. C'est une ode aux grands espaces, au voyage, à la confrontation directe avec la rudesse géographique, le temps long et l’altérité radicale de la culture aborigène.


Application prospective : L'aménagement sportif territorial de demain devra composer avec des zones devenues impraticables (submersion littorale, canicules extrêmes, sécheresses). S'inspirer de Nullarbor permet de concevoir une prospective de l'itinérance et de la désignation d'espaces. 


Au lieu de sanctuariser des infrastructures fixes (des complexes sportifs lourds), comment imaginer des pratiques sportives nomades, légères, qui épousent les mutations climatiques des paysages plutôt que de tenter de les dompter ?


Fiction "L'Archipel Mobile ®" inspiré de Nullarbor.

"Le recul du trait de côte et les incendies estivaux ont rendu obsolètes les grands complexes sportifs littoraux et forestiers. L'État a cessé de reconstruire les infrastructures en dur après chaque catastrophe. Place à "L'Archipel Mobile ®" : le sport de nature se pratique désormais via des structures éphémères et nomades. 
Des caravanes de sportifs (traileurs, grimpeurs, kayakistes) se déplacent sur le territoire en fonction des fenêtres climatiques favorables dictées par les algorithmes météo. On ne va plus "au club", on rejoint une "migration sportive" qui s'installe pour trois semaines là où la nature le permet, sans laisser de trace."

Le saut mental : La prospective classique s'obstine à vouloir "défendre" des infrastructures fixes contre les éléments (digues, barrières). 

Ce scénario pousse à réfléchir à un urbanisme sportif liquide, nomade et réversible. Il détache la pratique sportive de la propriété foncière et du béton pour l'associer au mouvement et à la fluidité géographique.


Les possibles questions de rupture

- "Si 50 % de nos équipements sportifs actuels devenaient inutilisables à cause du climat d'ici 10 ans, comment organiserions-nous la pratique sans aucun bâtiment fixe ?"

- "À quoi ressemble un club de sport dont les membres sont nomades et suivent les saisons écologiques plutôt que le calendrier scolaire ?

 

Bluff Savoirs autochtones et lecture du vivant

- Dans Bluff, l'action se déroule à l'extrême-sud de la Nouvelle-Zélande. Le récit met en avant le personnage de Rongo Walker et l'art de la navigation aux étoiles maorie, où l'humain lit les courants, le vol des oiseaux et le vent pour se repérer, en communion avec l'océan.


- Application prospective : Comment les pratiquants de sports de nature (voile, trail, alpinisme) peuvent-ils cesser d'être de simples "consommateurs d'espace" pour devenir des vigies du climat, capables de lire et de décoder les transformations subtiles du vivant à la manière des anciens navigateurs ou montagnards ? Comment bâtir un outdoor low-tech ne dépendant plus des écrans ?


Fiction "Les Sentinelles" inspiré de Bluff.

"Pour obtenir le droit de s'engager sur certaines épreuves en les ou en montagne les athlètes ne passent plus seulement des tests physiques, mais un brevet de "Lecture du Vivant". Les skippers et coureurs des mers doivent savoir naviguer sans GPS, en interprétant le vol des oiseaux marins, la couleur de l'eau et les micro-variations du vent. Ces sportifs sont devenus les yeux et les oreilles des scientifiques : chaque sortie est une mission de cartographie sensorielle de l'effondrement ou de la résilience de la biodiversité.

Le saut mental : La prospective classique traite la nature comme un simple "terrain de jeu" ou un décor qu'il faut décarboner (ex. nettoyer les trails). 

Ce scénario transforme le sportif en co-habitant et traducteur du vivant. Le sport devient une méthode d'alliances avec les écosystèmes.


Les possibles questions de rupture

- "Comment nos événements sportifs peuvent-ils cesser d'être "neutres en carbone" pour devenir "générateurs de biodiversité" par la pratique elle-même ?"

- "Si la technologie embarquée (GPS, montres connectées, données satellites) était interdite pour des raisons de souveraineté numérique, comment ré-enseignerions-nous l'art de s'orienter dans la nature aux sportifs ?"

On vous laisse y réfléchir. 

Monday, July 06, 2026

NON, IL N'Y A PAS DE PETITE BULLE QUI TIENNE !

Alors qu'une partie du sud la France brûle, que des hectares de forêts partent en fumée et que les populations locales suffoquent, le grand cirque du Tour de France continue de pédaler comme si de rien n'était. 


Le maintien de l'étape de ce lundi 6 juin, en dépit d'incendies ravageurs, est une aberration écologique et humaine. 


Mais la palme du cynisme et de la déconnexion revient sans conteste à la déclaration surréaliste du patron du Tour, Christian Prudhomme, qui ose dire "Face aux incendies, le Tour de France doit s'adapter. À nous, au staff, de faire rester les coureurs dans leur petite bulle 


Vouloir maintenir les coureurs dans une «petite bulle» ce n'est plus de l'adaptation, c'est juste du négationnisme climatique en mondovision


Comment peut-on décemment oser parler de «petite bulle» quand tout brule et que l'air ambiant est saturé de microparticules issues de la combustion des forêts ? 


Quand des pompiers risquent leur vie à quelques kilomètres de là ? 


Cette «petite bulle», est la métaphore parfaite de l'économie du sport-spectacle porté par l'Equipe et qui refuse de voir le mur arriver.


Dans cette histoire il n'y a pas de petite bulle, mais trois très grosses i


- Une bulle d'irresponsabilité : On protège le produit commercial Tour de France au détriment de la décence et du bon sens environnemental.


- Une bulle d'inconscience : On transforme des athlètes de se couper du réel, sommés de pédaler au milieu du chaos sans poser de questions.


- Une bulle de carbone : Une caravane publicitaire de centaines de véhicules qui si elle ne précédera pas les coureurs aujourd'hui  -  va devoir traverser d'une façon ou d'une autre des zones sous haute tension incendie, ajoutant de l'absurdité à l'urgence.


Il n'y a pas de «petite bulle» qui tienne sur une planète qui brûle. 


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Voir :

- Et si le principe d'habitabilité devenait le principe cardinal ?

- Et si on créait un Haut Conseil du Sport Habitable ?

- De la fabrique du corps à la survie climatique ?