Thursday, March 26, 2015

QUAND APPLE PAIERA LES CHINOIS AVEC DE L'AIR NON POLLUÉE

Pour prolonger la réflexion sur l'avenir du capitalisme, des échanges mondiaux et des nouveaux process industriels qui pourraient se mettre en place sous l'influence de la Chine et de marques comme Apple, je voulais vous proposer "Empty" une fiction écrite par Zigeng Wang et lauréate du concours "Fairy Tales 2015". 

Elle est le complément de "Invisible Apple", et montre combien les jeunes générations chinoises sont lucides et sans complaisance sur les conséquences économiques et écologiques du commerce mondiale.

La vision est terrifiante, mais aussi terriblement stimulante sur le plan prospectif. 
"I must admit, EMPTY is a wonder of the time. Without its innovative business model, the air pollution could never have been addressed. EMPTY is by no means only an air company. Its cooperation with manufacturing companies induces win-win results.  
First of all, it is a ship, an OEM factory floating on the high seas—that means it doesn’t need to build a physical factory on land, obey the laws of a certain country, or pay taxes. Its recent deal with Apple is typical. After loading the components and cheap labor force in China, it sailed to the U.S. and assembled the products on the way, thus greatly reducing time and costs.  
Besides, EMPTY helped solve the long-existing issues of deficit and trade between China and the U.S. China had enjoyed a large trade surplus with the U.S., so many products were exported but very few were imported; therefore, the transportation costs of cargo ships increased as they would come back empty.  
My father thought about the air! His idea could solve the trade issue with almost zero cost, and also created a way to address the problem of air pollution. Chinese and foreign media were deeply impressed.  
Air imported from the U.S. got many Chinese people addicted.  
Five years ago, it replaced cash as the form of salary for on-board workers, and the rest was sold on the internet platform of Alibaba.  
My father built the whole sales strategy and system. He put the server on the ship, avoiding about 4 trillion Yuan each year in taxes. 
If the ship was an OEM (Original Equipment Manufacturer) factory when sailing to the U.S., then it is a warehouse of EMPTY air when sailing back. 
People say my father was steering not only a ship, but a mobile Special Economic Zone for the wellbeing of mankind."
Sur l'idée que les bateaux deviennent les usines mobiles du futur, voir :

QUAND APPLE CACHERA SES USINES CHINOISES AUX ÉTATS-UNIS

Apple fait partie de ces entreprises dont on aime les produit, un peu comme Nike, mais dont le système productif installé en Chine s'appuie sur un système hyper-fordiste et quasi néo-esclavagiste pas forcément très reluisant - voir Apple's New Forbiden City

Mais si demain ce système changeait ?

Et si demain les usines ne se retrouvaient plus en Chine, mais installées au-dessus des Apple Store, est-ce que cela changerait grand chose pour les travailleurs chinois produisant des iPhone ?

Pas sur ... 

On retrouverait les mêmes conditions de travail (la chaine), les mêmes conditions de vie (les dortoirs), les mêmes suicides.  

C'est en tout cas l'hypothèse imaginée et illustrée par Zigeng Wang et Tany Liu dans leur fiction politico-architecturale "Invisible Apple" présentée dans le cadre du concours "Fairy Tales 2015". 

Leur vision est glaçante et très très sombre - voir le texte ci-dessous - mais a le grand mérite donner à réfléchir sur la réalité sociale et industrielle qui se cache derrière le succès des grandes marques de la nouvelle économie - voir "Amazon, Facebook : back to the fordism ?"
« I am a security guard in the Apple Store on the ground floor of the Empire State Building. The store usually closes at 10:00 p.m. When the customers are cleared and the store is about to close, I always hear loud noises as if the place is still crowded with people. All the screaming, crying, and quarreling caused me to question my own hearing. I thought I had intermittent auditory hallucinations, but after a thorough checkup at a hospital, my hearing was just as normal as anyone else’s. Since the first day I came here, I have been suffering from these noises, which only occur at closing time, and I fear this moment very much.  
One day I was locked in the store by accident, and those noises came again. I noticed that they came from below the escalator. This is the emergency escalator and is usually locked. Curiosity drove me to push the button, and surprisingly, it opened. I stepped in without realizing it, and felt myself being led to another world. 
The escalator went slowly upward and stopped sometime later. When the door opened, I was shocked by what I saw: there was a tower hidden in the Empire State Building ! 
I witnessed workers alongside the endless assembly line of iPhones; supervisors running around; those who jumped off the tower to commit suicide being caught by a huge net and sent right back to work; and those exhausted to death dragged to the end of the workshop and thrown out of the cave. Dead bodies slipped into the already packed morgue, and butchers chopped and cooked them before serving the meat to the living workers as food.  
The black market for electric products was selling E-trash that came from unknown sources. Above the market was a school with graduates standing in line to pass through the gate of “Unpredictability” in order to work in the factory. A prison stood above the school. Someone in the tower told me the most dangerous criminal was imprisoned there: an architect who tried to open the windows of the building. A monster named “Relief” was rowing a boat in the river, holding a lantern to collect spirits deserted in various cheap hotels and abortion clinics.  
I would have never seen the night clubs and sex shops hidden in the police station if not led by a policeman to the tower. There was a grocery store at the entrance of the police station, and the secret code to enter was “the invisible apple”."
Sur le plan du graphisme, cela renvoie à :

Wednesday, March 25, 2015

POST-FORDISM : VERS LA FIN PROGRAMMÉE D'AMAZON ?

Si déjà aujourd'hui on peut imprimer n'importe quel livre, même totalement épuisé, dans une librairie équipée d'une Espresso Book Machine, en attendant de le faire peut être un jour chez moi, alors on peut se poser plein de questions sur le devenir de l'accès aux livres dans la décennie à venir, dont celles-ci :

- c'est quoi une librairie demain ?
- c'est quoi le métier de libraire dans le futur ?
- c'est une imprimeries en 2030 ?
- c'est quoi le nouveau business de la chaine du livre ? - voir une vidéo, .
- c'est quoi l'avenir pour un distributeur comme Amazon ?

- ou dit autrement :

- et si Amazon, symbole même du fordism le plus rétrograde - voir  pouvait disparaitre avec la banalisation des Espresso Book Machine,  l'un des objets symboles de la troisième révolution industrielle post-fordiste

- et si cette Espresso Book Machine expliquait en partie la volonté d'Amazon de développer de vrais points de vente qui auront vocation à devenir des micro-factories ? 

et si au lieu d'investir dans les drones, Amazon devait plutôt investir dans les EBM ?

- et si demain le premier réseau mondial de librairies était un réseau mondial de micro-imprimeries ? - voir .

Ce post se veut juste la suite questionnante de "Post ou pré-fordism ?" et des réflexions développées dans le cadre de "Et si nos concepts... "

Tuesday, March 24, 2015

DU POST-FORDISM AU PRÉ-FORDISM ?

«Nous vivions dans un monde où il y avait des gens et des entreprises. Maintenant nous sommes dans un monde où les gens peuvent devenir des entreprises en soixante secondes (…)   
Avant la révolution industrielle, les villes étaient des villages dans lesquels chacun était une sorte d'entrepreneur. L'économie de partage nous permet de retrouver cette organisation. Elle va nous débarrasser des grosses chaînes franchisées. Tout pourra être à nouveau petit 
Brian Chesky, fondateur d'Airbnb, lors du Aspens Ideas Festival.
On est pas obligé d'être d'accord avec Brian Chesky, mais son analyse est particulièrement stimulante et rejoint très largement celles développées par Transit-City dans le cadre de son programme Next Factory sur les mutations du capitalisme sous l'influence du net, de l'économie du partage et de l'imprimante 3 D qui, conjugués, pourraient nous ramener à une époque pré-fordiste pour ne pas dire carrément pré-industrielle - voir sur ce sujet "Et si le post-fordism annonçait un certain néo-médiévalisme ?"

La même idée dit en deux schémas simples :

- la révolution industrielle du XIX° a fait sortir du domicile de nombreuses activités, dont le travail et la production, 
- la révolution du net va ramener un certain nombre de ces activités au domicile.

- la révolution industrielle du XIX° a fait des usines et des grosses entreprises le coeur de notre système productif,
- la révolution du net et de la 3D va permettre un nouveau système productif pas forcément centralisé et ouvrant de nouvelles façons de produire et de travailler.

Dans ce cadre tout devient tiers lieux, le garage devient une micro-factory, les bureaux des espaces de loisirs et le piéton une PME ambulante. Et on comprend que nos concepts d'analyses actuels, nés pour la plupart au XIX° siècle avec la révolution industrielle et nourris à une logique fordiste ne soient plus vraiment opérants - .

C'est pour approfondir nos réflexions que nous avons décidé de lancer, toujours dans le cadre de Next Factory , un nouveau chantier "ECONOMY - Du post-fordism au pré-fordism ?"

On y revient dès demain.

Monday, March 23, 2015

COMMENT PEUT-ON ENCORE FAIRE DE LA PROSPECTIVE TRANSPORT ?

Cet Atelier s'inscrit dans la continuité de nos réflexions sur :

- la pertinence de nos concepts pour analyser les mutations en cours et à venir
voir - Et si nos concepts étaient inopérants pour penser les mutations urbaines à venir ?

- les nouveaux modes d'innovation que nous allons devoir peu à peu mettre en place pour faire face aux enjeux urbains du XXI° siècle
voir - Et si les Chinois avaient un autre approche de l'innovation et de l'efficacité ?

Les Ateliers Transit-City ont lieu au Pavillon de l'Arsenal de 8 h 45 à 11 heures
21 Bd. Morland 75004 PARIS.
Métro : Sully Morland.

L'inscription est toujours absolument obligatoire.

Friday, March 20, 2015

D'AUTRES FORMES DE CORPS

Des photos ? Des illustrations ? Ou quand le travail de Minovo Wang nous fait douter des frontières entre corps augmentés et robots sous l'influence des nouvelles technologies militaires.

On est dans le prolongement de "2 Guerres / 2 Corps / 2 Villes".


Thursday, March 19, 2015

D'AUTRES FORMES SUR LE TARMAC

Vers une nouvelle esthétique aéroportuaire ? 

pour la machine.

Et de façon plus large.

Wednesday, March 18, 2015

C'EST QUOI UN AÉROPORT ?

Pour prolonger "C'est quoi Venise ?" sur les nouveaux rapports entre l'architecture classique et les grosses machines du transport contemporain, je voulais vous proposer ces photos signées Jeffrey Milstein à mettre en regard avec nos planches ci-dessous.

C'est la suite de "C'est quoi l'architecture d'un aéroport ?"

Et c'est à compléter par la lecture de "Heathrow, a Vatican of western suburbs ?"

Monday, March 16, 2015

ET SI LA NOTION DE "NON LIEUX" N'AVAIT PLUS AUCUN SENS ?

Dans son livre « Non Lieux », l'anthropologue Marc Augé présentait les lieux de flux et de transit comme des « non-lieux » au prétexte que ceux-ci étaient incapables de construire une identité.

Dés sa sortie en 1992, j’ai trouvé ce livre mauvais et ses analyses totalement fausses.

Si j'y reviens aujourd'hui, c'est que je suis frappé par la persistance de cette notion de "non lieux" auprès de certains, alors que tout dans notre vie quotidienne en apporte la preuve contraire.

C'était déjà vrai il y a vingt ans, ça l'est encore plus aujourd'hui.

En effet, si on part du constat

- que la mobilité est devenue un mode de vie.

- que nous sommes tous devenus des individus mobiles et connectés

- que la mobilité touche nos façons de penser, manger, travailler, consommer.

- que le smart-phone est devenu un des éléments constitutifs de notre identité par les images, les musiques, les applications et les contactes que l’on y conserve 

- et que donc "l’identité perd littéralement sa localisation géographique » selon l'expression d'Hartmut Rosa dans "Accélération". 

Alors ...

Alors on peut faire les hypothèses :

- que nous entrons donc dans une période d’identité situative, ouverte et flexible, c'est à dire d'une identité qui se construit par et dans le mouvement, et non plus seulement à travers les lieux de l'enracinement.

- que dans notre société mobile , les lieux de flux non seulement ne sont plus des "non lieux" (à supposé qu'ils l'aient été à une époque, ce que je ne crois pas), mais au contraire les "hyper lieux" de notre modernité, là où nous construisons nos nouvelles identités urbaines et mobiles.

- et que ceci est d'autant plus vrai, qu'aujourd'hui tout lieu tend à devenir un lieu de flux, un lieu de mixité et un lieu de multi-activités grâce notamment aux smart-phones qui démultiplient nos possibilités d'actions

En écrivant cela, je ne fais que prolonger de très vieilles convictions, dont le travail de Transit City est le témoin depuis quinze ans, mais aussi de récents posts comme 


On y revient très vite.

Saturday, March 14, 2015

ENTRE BITES EN LATEX ET MANUELS EN BRAILLE

(...) "Explique-moi quelque chose, dit-il. On a quatre containers de quarante pieds. On déclare quelques milliers de bites en latex dans chaque. Mais le poids réel ? Les cent trente-cinq tonnes, qu'est qu'on en fait ? 
- La moitié des bites sont enregistrées en containers de groupage importés par Novarca, la moitié comme cargo pour R.P. 
- Et ça veut dire quoi, exactement, containers de groupage ? ... 
- Les envois par bateau sont classifiés soit comme containers complet, soit comme containers de groupage. Les containers nous appartiennent. Mais c'est indétectable, on passe par des sociétés dormantes. On les a en leasing par le Groupe d'équipement intercontinentales à Bâle. On partage chaque containers avec d'autres envois en containers de groupage enregistrés par Lupino au nom de la Société du Phare. Là non, il n'y a pas moyen de remonter la filète jusqu'à nous. Le cargo pour Lupino, dont s'occupe aussi notre courtier à New-York, est déclaré comme un envoi de livres scolaires en braille, imprimés à Hong-Kong par la Société du Phare pour distribution gratuite par la Fondation américaine pour les mal voyants, l'institut judaïque braille américain, et le Phare, Inc. Trente-trois tonnes par containers. Le tout chargé derrière nos bites. En principe, Novarca ne sait pas à qui appartiennent les containers, ni avec qui ou quoi on les partage. Etant donné que nous ne pouvions pas remplir un container à nous tous seuls, le courtier nous a casé dans les quatre containers de livres. Quand les containers seront remorqués hors du port par camion, les documents indiqueront différentes destinations, l'une les entrepôts de Novarac, l'autre ceux de Lupino. Les bites sont notre raison légale pour ouvrir et partiellement décharger les containers lorsqu'ils seront livrés dans le New Jersey. Le reste du bordel, qu'on décharge par erreur, on n'a pas idées de ce que c'est.
- Des bites en latex et des manuels en braille" médita Louis." (...)
Ces quelques lignes sont tirées du superbe "Trinités" de Nick Tosches, qui offre un regard passionant sur la mondialisation des mafias.

Les images, elles, viennent de Unknown Field Division. Elles n'ont a priori rien à voir avec le texte de Tosches, mais elles l'illustrent à merveille. Et c'est pour cela que je les ai associées dans ce post qui prolonge les récents "Entre containers et mini-dromes" et "Ces nomades que l'on ne voit pas" sur les invisibles de la mondialisation.

Voir aussi :