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Monday, August 24, 2026

ET SI ON POSAIT LES BASES D'UNE NOUVELLE MÉTRIQUE SPORTIVE ÉCOLOGIQUE ?

Cela fait plusieurs années qu’au sein de Transit-City et du Prospective Sport Lab ®, nous essayons de dessiner une nouvelle «carte des pensables» sur le sport.


Avec une conviction de départ simple mais forte : si les XIXᵉ et XXᵉ siècles ont été ceux de la mécanique, le XXIᵉ sera celui du corps.


Il nous est apparu nécessaire de faire un point sur nos réflexions, notre méthode et dire où nous en sommes alors que la crise climatique est là, qu’elle va bouleverser nos quotidiens et va laisser émerger de nouveaux imaginaires sportif, mobilitaire et écologique.


Étape 1 : Le point de départ - L'impasse du mot sport.


- Le constat est simple : aucun pays n’a jamais défini précisément ce qu’il entendait par le mot « sport ». 


- Cette notion est devenue tellement polysémique qu’il est aujourd'hui difficile de déterminer quelle activité en relève réellement.


- La publication toute récente d’une étude suisse sur les pratiques sportives du pays en offre une excellente illustration : 

. Plus de 80 % des agriculteurs suisses atteignent les recommandations de santé physique, mais seuls 30 % d'entre eux se considèrent comme sportifs.

. À l'inverse, un employé de bureau s'identifie immédiatement comme sportif dès qu'il s'inscrit en salle.
- La mesure publique de l'activité physique repose ainsi davantage sur des marqueurs de statut social et de consommation que sur la réalité de la dépense corporelle. On compte les licences, les abonnements et les infrastructures marchandes, tout en fabriquant une population statistiquement « inactive » dont l'effort physique réel reste invisible - voir, .

- Le sport moderne s'est structuré autour de la définition classique du loisir (activité désintéressée, choisie, sur un temps libéré des obligations). En appliquant ce filtre, les politiques publiques disqualifient d'emblée l'effort physique utilitaire ou lié au travail.


- C’est ce même constat qui nous avait conduit à définir en 2016 6 puis - en 2018 -  7 temps et récits du sport, pour montrer comment celui-ci avait peu à peu dévoré le monde :

1 - Le récit de la compétition

2 - Le récit de la libération

3 - Le récit de l’exhibition

4 - Le récit de la réparation

5 - Le récit de la dématérialisation

6 - Le récit de la revendication

7 - Le récit de la préservation -

Étape 2 : Le pivot mobilitaire - Du sport-loisir aux mobilités actives


- Pour sortir de cette impasse sémantique et penser les nouveaux avenirs du sport, nous avons engagé une seconde phase de réflexions prospectives en essayant de définir une nouvelle Carte des pensables.


- La Carte des pensables n'est pas un concept parmi d'autres : c'est un manifeste méthodologique. 


- La prospective ne sert pas à prédire le futur, mais à fabriquer des outils conceptuels (des «lunettes théoriques») pour déplacer les représentations mentales et élargir ce qu'il devient possible de concevoir.


- Ces concepts que nous avons ressenti le besoin de créer pour notre réflexion, les voici :

- Motri-Cité ® (2017) : Dépasser la notion trop vague de « mobilité » (tout étant mobile aujourd’hui) pour recentrer la réflexion sur la puissance motrice du corps humain.

- Trans-Sport ® (2017) : Reconnaître l'effort lié aux trajets fonctionnels (domicile-travail) comme une véritable séance sportive. Il réhabilite l'effort utile non marchand et réconcilie le corps qui produit avec le corps qui s'entretient.

- Sport As A Mobility ® / SAAM (Mai 2020) : Là où les économistes parlent de Mobility As A Service (MaaS), nous proposons le Sport As A Mobility (SaaM). Le sport y est reconnu comme une infrastructure et un service de mobilité légitime à part entière.

- Les 4 Souffles ® (Février 2026) : En 1941, Le Corbusier théorise les « 4 routes » (air, eau, fer, terre) comme fondements d’une mobilité moderne dominée par le moteur. 

Les « 4 souffles ® » invitent, eux, à repenser la mobilité contemporaine à partir du corps. Ils ouvrent la voie à une nouvelle cartographie où l’effort physique devient un mode de connaissance du monde.

La mobilité active comme nouvelle métrique sportive ?


Au lieu de comptabiliser des abonnements en salle ou des kilomètres parcourus à vide, ces nouveaux concepts permettraient d'évaluer la façon dont les populations assurent leurs déplacements par leur propre énergie corporelle.


Un nouvel indicateur pourrait ainsi quantifier :

• Le taux de substitution des mobilités mécanisées par l'effort physique (volume de kilomètres utiles parcourus à la force du corps). 
• L’intensité physique globale de la collectivité, en réintégrant les commutateurs actifs invisibilisés par le modèle classique.

Étape 3 : Le saut écologique — La mobilité sportive comme accélérateur du Rewilding


- Cependant, la mobilité active ne suffit pas si elle s'effectue sur du bitume surchauffé, sans ombre et dans un contexte urbain our agricole dévasté.


- Pour que le Trans-Sport ® et la Motri-Cité ® soient physiquement et thermiquement soutenables face au réchauffement climatique, une radicalisation écologique s'impose.


- C'est le rôle attribué à nos concepts probablement trop nombreux, mais qui nous aident à réfléchir autrement : 

Rewild City ®

Outdoor City ®

- Outwild City ®

- Rewild Urban Sport ®

et tout récemment 

- Économie de l'Ombre ®

- Réensauvagement Défensif Sportif ®.

- La mobilité sportive devient alors un accélérateur direct du réensauvagement selon trois mécanismes :

1 - Le bouclier climatique indispensable à l'effort :  

- Pour éviter la surchauffe thermique du corps, la ville doit abandonner le bitume et le « tout-aménagé ». Forêts microclimatiques, zones humides et sols vivants apportent l'ombre et la fraîcheur nécessaires. Le réensauvagement n'est pas un luxe esthétique, mais la condition matérielle d'existence du sport mobilitaire.  

2 - La réintroduction de la rugosité :

. La rugosité : L'urbanisme traditionnel a lissé la ville pour éliminer le frottement. 

. Le Rewild Urban Sport ® réintroduit les reliefs bruts, les zones d'expansion des crues et la végétation spontanée.  

. La rugosité devient le moteur de l'agilité physique et le support de la biodiversité.

3 - Le réconnexion écologique :  

- Là où le sport moderne reste majoritairement déconnecté du vivant (gymnases énergivores, neige artificielle), le Réensauvagement Défensif Sportif ® réconnecte la pratique sportive aux vivants :

. Le sportif-commuteur devient une présence vigilante sur les corridors écologiques, documentant l'état du vivant.
. Chaque axe de mobilité sportive créé devient une bande de terre débétonnée, restituée à la libre évolution.

- La réinvention de la métrique sportive n'est pas un simple ajustement statistique : c'est un basculement sociétal.


- On ne mesure plus ce que le sportif exige de son corps ou extrait de la planète, mais la manière dont la puissance motrice de son déplacement permet de régénérer, rafraîchir et défendre le vivant sur son passage.


Oui c’est ambitieux. 


Mais vu la situation a-t-on vraiment le choix ?


On vous laisse y réfléchir.

Monday, March 16, 2026

ET SI LES PISTES D'ATHLÉ DEVAIENT S'INVENTER UN NOUVEL AVENIR ?

Les pistes d'athlétisme se vident. 


Les trails affichent complet.


Même époque. 


Même corps. 


Même besoin de courir.


Mais d'un côté : des couloirs numérotés, du tartan, une performance mesurée au centième. 


De l'autre : de la boue, du dénivelé, de l'incertitude.


Les coureurs ont choisi l'incertitude.


Ce que montrent ces photos n'est pas la mort du sport. 


Juste le déclin d'une certaine idée du sport.


La piste abandonnée dit exactement ce qu'elle est devenue.


Un terrain vague... où quelque chose de nouveau devrait pouvoir s’inventer.



Axes de réflexion possibles là :

Monday, February 16, 2026

C'EST QUOI DEMAIN, ALLER DEHORS ?

A l’occasion des J.O d’hiver 2026, ACG vient de produire deux actions marketing qui peuvent faire réfléchir sur deux de nos grands sujets favoris, à savoir la mobilité et le sport, ou plutôt les nouveaux imaginaires de la mobilité et les nouveaux imaginaires du sport.


- D’un côté le All Conditions Express, un ancien train de banlieue transformé en camp de base mobile, incarne le fantasme romantique ultime, celui du voyage, de la découverte et de l’aventure.

Ce train dit : l'outdoor commence bien avant d'arriver.


- De l'autre, l'Exhibition of SPEED à l'Espazo Maiocchi fait exactement l'inverse : elle importe la montagne dans un bâtiment fermé, réduit un ultra-trail à un circuit de 150 mètres répété 666 fois pour atteindre 100 km, et remplace les panoramas alpins par la "répétition mentale presque carcérale" d'un tunnel urbain.

Ce tunnel dit : l'outdoor peut exister n'importe où dès lors que tu acceptes la contrainte, la répétition, l'épuisement mental.


Ce que pourrait révéler cette double opération.


D’abord que l’outdoor n'existe plus seulement comme lieu, mais de plus en plus comme état mental.


- Le train fonctionne comme un dispositif scénographique de transformation : ce qui compte n'est pas d'être "dans les Alpes", c'est de vivre la transition, le passage, la préparation. 


Le train n'est pas un moyen de transport, c'est une chambre de décompression narrative.


- L’Exhibition of SPEED pulvérise l'idée que la nature est nécessaire à l'expérience outdoor. En enfermant volontairement les coureurs dans un espace claustrophobe, l'installation démontre que ce qu'on appelle "outdoor" est avant tout une architecture psychologique : la confrontation à soi-même, l'obsession, la douleur, l'euphorie (SPEED : Sueur, Douleur, Endurance, Euphorie, Découverte).


Avec ses deux opérations, ACG ne se contente pas de s'adapter aux usages existants du territoire - elle en invente de nouveaux.


Le train et le tunnel sont deux infrastructures narratives qui peuvent aider à redéfinir ce que signifiera demain "aller dehors".


ACG ne nous demande pas  aller... mais comment sortir ?


Très très beau sujet de réflexion !

Monday, January 26, 2026

ANECDOTIQUE... MAIS RÉVÉLATEUR ?

Il y a quelques jours, l'Inter de Milan a joué un match de foot sur un terrain enneigé et en partie occupé par des rochers et un arbre. Ce match était destiné à marquer de façon symbolique le fait que son quatrième maillot serait désormais brandé ACG, la filalie outdoor de Nike - détail, .

En soi, ce n'est qu'un coup marketing de plus dont on n'aurait franchement pas dû parler ici.

Alors pourquoi le faire ?

Car cela s'inscrit dans le cadre de nos réflexions sur les nouveaux imaginaires climatiques et sportifs dont notre dernier post témoignait sous le titre et si la guerre et le sport passaient du chaud au froid ?

Dans ce post nous posions l'hypothèse que le sport de demain pourrait notamment se partager (mais pas que...) en deux grands camps ayant chacun leurs codes et leurs imaginaires : le camp du chaud et le camp du froid.

En délaissant son stade de San Siro pour un terrain enneigé dans les Alpes, l'Inter semble illustrer parfaitement ce basculement de l'imaginaire sportif d'une esthétique de performance associé au confort et à la chaleur vers une esthétique de résistance et de résilience au froid.


On retrouve dans cette collaboration ACG/Inter quelques points de nos analyses :

- L'imagerie "héroïque" : le décor sauvage remplace le confort urbain par une esthétique montagnarde. 

- La mutation technique : Nike incarne avec ACG ces équipementiers qui ont compris que l'adaptabilité et la performance "brute" en milieu hostile était une valeur en hausse depuis quelques années. 

- Le paradoxe climatique : organiser un match sur neige en plein Piedmont souligne cette "nostalgie du froid" que l'on cultive artificiellement alors que le monde se réchauffe.

Ici l'Inter et ACG ne jouent donc plus seulement au foot, ils s'inscrivent dans ce qui pourrait devenir une nouvelle guerre culturelle où la noblesse sportive se mesurerait à la capacité de survivre - avec style - au froid glacial.


Voir : et si le désir d'outdoor supprimait les stades ?