L’un - Nos Vies encapsulées - est un essai du philosophe Pascal Chabot. Le livre ne parle jamais de sport, le mot est même totalement absent du texte.
L’autre - La Hantise - est le dernier et excellent roman de Jean-Philippe Toussaint. Lui non plus ne parle pas de sport, si ce n’est deux scènes se déroulant dans un club de fitness haut de gamme avec piscine.
Ce que Chabot appelle les capsules, ce sont ces bulles étanches que sont devenues la voiture, le bureau, l'ordinateur, le smartphone, les écouteurs.
Dans La Hantise, Toussaint décrit un personnage qui passe son temps dans ces/ses capsules : un homme scotché à son téléphone, coincé entre bureaux, hôtels, TGV et salles de réunions. Quand il va faire du sport, il se glisse dans un couloir d'eau chlorée pour faire des allers-retours.
Si on lit Toussaint avec le concept de capsule en tête, on ne regarde plus la nage et la piscine de la même façon.
La piscine cesse d'être un simple lieu de sport pour devenir quelque chose de beaucoup plus précis : la seule capsule qui échappe aux autres capsules.
Toutes nos bulles modernes nous isolent du monde tout en nous reconnectant ailleurs.
Le bureau nous coupe de la rue, mais nous relie aux mails.
La voiture nous coupe des autres, mais diffuse un podcast.
Le smartphone, capsule ultime, nous enferme dans un écran pour mieux nous relier à mille choses à la fois.
La piscine, elle, ne fait rien de tout ça.
Elle isole sans rien proposer en échange.
L'eau interdit littéralement le téléphone.
Ce n'est pas une discipline qu'on s'impose, genre résolution de "digital detox".
C'est une contrainte physique, imposée par la matière elle-même.
On n'a plus à décider de se déconnecter : c’est l’eau qui décide pour nous.
Et c'est sans doute aussi pour cela qu’on aime autant nager.
