Nous changeons de contextes.
De contexte climatique, géopolitique et guerriers.
Et ces changement de contextes pourraient entrainer une importante mutation sportive.
Les faits d'abord
Depuis plusieurs décennies les grands conflits se sont essentiellement passés dans des zones chaudes.
Après l'Asie du Sud-est dans les années 70, ce furent le Moyen Orient et l'Afrique qui concentrèrent les principaux conflits.
Longtemps, la guerre fut et est encore globalement associée dans l'esprit des Occidentaux, à la pauvreté, à la chaleur et désert.
C'est en train de changer et ce de façon assez radicale.
Ça a commencé en 2022 avec l'Ukraine.
La guerre est redevenue associée au froid et à la boue
Et ce basculement s'accélère aujourd'hui avec les menaces de conflits autour de l'Arctique et les prétentions américaines, russes et chinoises dans cette zone.
Le Groenland est en train de remplacé le Sahara.
Et on sait que l'imaginaire sportif a toujours entretenu un lien étroit avec l'imaginaire guerrier et géopolitique.
On peut donc imaginer que si les armées basculent de l'Afrique à l'Arctique, le sport suivra ce mouvement avec une décennie de décalage.
Depuis vingt ans, les trail et les ultramarathons dans des contextes chauds et désertiques incarnent un certain idéal sportif occidental.
Cette esthétique reflétait parfaitement la guerre asymétrique en zones arides.
Le basculement vers le froid pourrait marginaliser ces pratiques au profit de disciplines hivernales d'endurance : ski de fond, trail hivernal, courses en raquettes.
L'imagerie heroïque se déplacera du corps trempé de sueur sous le soleil au corps luttant contre le gel et la neige.
Le biathlon, le ski-alpinisme, le ski de randonnée nordique, voire des pratiques extrêmes comme les traversées polaires à ski pourraient passer du statut de niches confidentielles à celui de nouvelles disciplines de référence pour mesurer l'endurance et la résilience.
Retour de la rusticité.
On pourrait aussi assister à une réhabilitation de l'endurance "brute" contre la performance "connectée"
Si les armées redécouvrent que le "low-tech" l'emporte sur le "high-tech" dans le froid (batteries mortes, électronique gelée), le sport pourrait connaître un mouvement similaire.
On assisterait à une valorisation des pratiques rustiques, sans technologie ; courses hivernales "déconnectées" (sans montre GPS, sans assistance électronique), défis de survie en milieu froid (bivouac hivernal, construction d'igloos)
On pourrait assister alors à une fracture générationnelle : les "digital natives" des sports chauds contre les "nordic natives" des sports glacés.
Militarisation des compétitions.
On pourrait voir émerger des compétitions hybrides mêlant sport et simulation militaire arctique : courses d'obstacles dans la neige avec épreuves de franchissement de rivières glacées, transport de charges lourdes dans des conditions de blizzard, épreuves de tir en conditions de gel extrême.
Ces événements, déjà embryonnaires (certaines courses "Spartan" ou "Tough Mudder" ont des versions hivernales), pourraient devenir mainstream si l'imaginaire collectif glorifie à nouveau le soldat arctique plutôt que le soldat désertique.
Mutation des équipementiers
Les marques de sport devront s'adapter. Les géants du running tropical (Hoka, On, etc.) devront développer des gammes hivernales crédibles ou risquer la marginalisation. À l'inverse, des marques scandinaves spécialisées (Craft, Haglöfs) pourraient devenir dominantes.
Les équipementiers militaires (Arc'teryx LEAF, 5.11 Tactical) pourraient franchir massivement la frontière vers le sport civil, apportant leur expertise arctique.
Mais..
Mais évidement tout cela se passerait dans un monde de plus en plus chaud.
On vivrait alors un vrai paradoxe climatique : des sportifs qui s'entraînent au froid dans un monde qui se réchauffe !!
Ce paradoxe pourrait créer une fracture :
- Un sport "réaliste" qui s'adapte au réchauffement (moins de neige, sports de transition)
- Un sport "nostalgique/militant" qui cultive artificiellement les conditions froides (chambres cryogéniques, entraînements en Alaska) comme affirmation idéologique.
On aurait alors possiblement une explosion commerciale des sports polaires.
Les courses commerciales au Groenland, les stages d'entraînement en Laponie, les camps de ski de fond dans le Grand nord canadien deviendraient accessibles à une classe moyenne sportive, créant un nouveau marché du "sport extrême nordique".
Vers une bipolarisation climato-sportive ?
Dans la décennie à venir, on pourrait donc assister à une véritable guerre culturelle sportive entre deux imaginaires :
- Le camp chaud : technologie, optimisation, individualisme, déserts et tropiques, esthétique colorée et connectée
- Le camp froid : rusticité, endurance, collectif, Arctique et toundra, esthétique militaire et déconnectée
On en reparle le 18 mars avec "Et si demain, la guerre changeait le sport ?"



