Ce post prolonge "mais ça se définit comment la guerre aujourd'hui ?"
Il y a quelque chose de profondément paradoxal dans le sport moderne : dans un monde obsédé par le dépassement de soi, par l'innovation disruptive, par l'abolition de toute contrainte, le sport est peut-être le seul endroit où des millions de gens acceptent encore volontairement des règles absurdes (ne pas prendre le ballon avec les mains, faire des passes en arrière, courir 42,195 km,...)
Ces règles n'ont aucune justification rationnelle, utilitaire ou naturelle.
Elles sont purement artificielles.
Mais c'est précisément ce qui fait leur grandeur : elles créent un espace où la limite n'est pas subie mais choisie, où la contrainte devient la condition même du jeu.
Accepter de jouer, c'est accepter une proposition folle : se rendre volontairement moins efficace pour créer quelque chose de beau, de partagé, de signifiant.
C'est exactement l'inverse de la logique hypermoderne de l'illimité qui dit : "Pourquoi s'arrêter ? Pourquoi ne pas optimiser ? Pourquoi ne pas utiliser tous les moyens disponibles ?"
Dans nos sociétés hypermodernes, la limite est perçue comme oppression, archaïsme, obstacle à la liberté.
Le sport affirme le contraire.
Le sport est devenu l’incarnation de l’idée qu'on peut se contraindre volontairement pour rendre quelque chose de plus grand possible.
Le sport est devenu le dernier terrain d’entraînement collectif à cette capacité d'autolimitation.
Le sport est devenu la dernière pratique sociale de masse qui enseigne encore que la limite n'est pas l'ennemi de la liberté, mais sa condition.
