- Philippe Descola a une démarche d'anthropologue : la séparation Nature/Culture est une invention occidentale. Pour en sortir, il faut s'inspirer d'autres cultures (animisme, etc.) qui n'ont jamais séparé l'humain de son milieu.
- Bruno Latour adopte lui une démarche sociologique : il refuse d'opposer nature et culture. Il montre que notre monde est un réseau d'hybrides où humains, objets, technologies et éléments naturels sont indissociables et agissent ensemble.
Dit autrement :
- Descola compare les cultures pour transformer notre vision du monde
- Latour analyse les réseaux d'acteurs (humains et non-humains) pour transformer nos actions politiques et techniques.
Question : appliquée au sport, ça donne quoi cette opposition ?
On pourrait répondre que cette controverse Descola-Latour permet de sortir de la vision classique de l'activité physique - vue comme un simple « corps humain (culture) qui évolue dans un milieu naturel ou un gymnase (nature) » - pour en renouveler complètement la lecture.
S'inspirer de Descola permet de basculer vers un «animisme» sportif qui cesse de considérer le milieu/la nature comme un décor ou un obstacles à dompter.
Latour nous pousse lui à observer comment une pratique sportive n'est jamais purement physique, mais constitue un assemblage d'humains et de non-humains (technologies, règles, climat, infrastructures).
Un cycliste n'est pas juste un athlète qui pédale ; il forme un hybride homme-machine-données-asphalte. Si on modifie le matériel (carbone, capteurs de puissance) ou la température, on redéfinit la pratique elle-même.
C'est loin d'être inintéressant.
Et on touche là à quelque chose qui dépasse la simple querelle de chapelle académique.
Si Descola et Latour ne disent finalement pas la même chose, c'est peut-être parce qu'ils ne posent pas la même question - et ça change tout pour nous.
- Voulons-nous, dans le sport, changer de regard (à la manière de Descola), en apprenant à percevoir le milieu comme un partenaire plutôt qu'un décor ?
- Ou voulons-nous changer d'échelle d'analyse et d'actions (à la manière de Latour), en traçant les réseaux concrets d'objets, de règles et de corps qui fabriquent chaque pratique ?
Les deux mènent-elles vraiment au même endroit ?
Ou est-ce qu'on se raconte une histoire de complémentarité pour éviter de trancher ?
Et surtout : qu'est-ce que ça changerait concrètement dans la manière de former les éducateurs sportifs, de concevoir les équipements, d'écrire les règles fédérales, si le monde du sport prenait vraiment au sérieux ces deux grilles de lecture ?
On est pas certains d'avoir aujourd'hui les réponses, mais on va y réfléchir.
Et on vous laisse faire la même chose.
