«Les siècles ont consacré la liberté, l’égalité, la dignité – mais pas l’habitabilité de notre planète» expliquent les deux auteurs.
Associant philosophie du vivant et droit de l'environnement, ce livre se veut donc un manifeste intellectuel et juridique permettant de construire ce "principe d'habitabilité".
Qu'est-ce que l'habitabilité ?
L'habitabilité n'est pas simplement l'environnement, la nature ou la biodiversité.
C'est l'ensemble des conditions matérielles - climat stable, eau potable, sols vivants, air respirable, équilibres écologiques - sans lesquelles aucun droit humain n'a de prise sur le réel.
À quoi sert la liberté d'expression à 52 °C ?
Que vaut la dignité humaine pour les habitants d'un atoll qui s'enfonce ?
L'habitabilité est donc présentée comme la condition première de toutes les autres valeurs.
Sans elle, liberté et dignité ne sont que des abstractions flottant en apesanteur.
C'est ce que résume la formule centrale du livre : "Sur une terre inhabitable, aucune vie digne n'est possible."
L'objectif est de faire de l'habitabilité ce que Morizot et Neyret appellent une "valeur boussole" capable de structurer et d'orienter le droit environnemental pour les décennies à venir.
Nommer, c'est armer le futur contre ses propres tentations.
Car le droit ne protège que ce qu'il nomme
Nommer l'habitabilité, c'est donc l'étape nécessaire avant de pouvoir la défendre.
Le droit protège ce qu'il nomme : égalité, liberté, dignité, sécurité.
Il n'a jamais nommé leur condition première de la vie sur terre - l'habitabilité.
Le livre relève d'une utopie pragmatique : il ne propose pas une révolution institutionnelle immédiate, mais un travail sur les fondations symboliques du droit.
Sa force est de montrer que les grandes avancées juridiques (dignité, égalité, droits de l'homme) ont toutes commencé par un mot imposé à la conscience collective avant d'entrer dans les textes, et donc - ensuite - dans les actes.
C'est clair.
C'est limpide.
C'est ambitieux.
Et ça fait beaucoup de bien de tomber sur un tel texte.
On poursuit la réflexion dans un prochain post.
