Pourquoi la prospective sur le sport est elle aussi souvent banale et chiante ?
Pourquoi se résume-t-elle aussi souvent à de la tendance ?
Pourquoi aussi peu de ruptures et d’imagination ?
Alors soyons lucides : le sport produit une prospective médiocre pour des raisons structurelles
Le monde du sport est le premier coupable de cet état de fait.
La grande majorité des études prospectives sur le sport (il n'y en a pas beaucoup non plus !!) sont commandées par des fédérations, des collectivités, des équipementiers ou des organisateurs d'événements.
Ces acteurs ont un intérêt direct à ce que l'avenir ressemble au présent en mieux - plus de licenciés, plus de revenus, plus d'audiences - mais évidement pas à une remise en cause du système ou du marché.
Une ou des vraies ruptures dans scénario menaceraient leur légitimité institutionnelle.
Ce que beaucoup appelle "prospective sportive" est en réalité, dans la grande majorité des cas, une fonction de légitimation du présent habillée en exploration du futur.
On commande donc de la confirmation, pas de l'exploration, ni - surtout - de ruptures dérangeantes.
Ça donne de la "tendance".
Sauf que la "tendance" est une forme de déresponsabilisation intellectuelle.
Prolonger une courbe existante, c'est rassurant et ça permet de n'avoir jamais tort - ou du moins, jamais seul.
Se tromper ensemble n'engage personne.
Hors selon nous, au Prospective Sport Lab ®, la vraie prospective implique des scénarios contra-intuitifs, ce qui expose.
L'autre explication à cette faiblesse est lié au fait que le sport est traité comme un objet et non comme un révélateur.
La prospective banale demande "quel sport demain ?" au lieu de demander "qu'est-ce que le sport révèle des transformations du corps, du collectif, de la compétition, de la douleur, du territoire ?"
Le sport est un formidable miroir anthropologique et devrait ouvrir à de multiples chantiers prospectifs - mais personne ne le traite ainsi dans les études sectorielles.
Ça n'avance donc pas beaucoup.
Aucune étude ne renverse vraiment la table et quand elles tentent de le faire, elle sont enterrées.
Le sport est un milieu très très conservateur qui a besoin de croire en sa propre permanence.
Il ne veut donc surtout pas être secoué.
Au sein du Prospective Sport Lab ®, on a fait une constat simple : les réflexions prospectives les plus passionnantes sur le sport viennent de mondes extérieurs au sport !
Normal ? Oui car ces mondes non sportifs n'ont pas de rentes de situation ou de marchés à protéger et veulent au contraire changer les choses.
Les innovations - quelque soit le secteur - viennent nécessairement d’ailleurs, et sont toujours, au début, rejetées car vues comme irréalistes.
C’est le propre des vraies ruptures.
On poursuit la réflexion dans un prochain post.
