Monday, June 15, 2026

ET SI ON INTRODUISAIT DE L'ANIMALITÉ DANS LA PROSPECTIVE SPORTIVE ?

Série : et si la littérature australienne permettait de penser autrement le corps et le sport demain ? (3)


Après,

- Erin Hortle,

- Alexis Wright,

une troisième écrivaine australienne avec Laura Jean McKay.



Aborder la prospective sportive à travers les livres de Laura Jean McKay ("Les Animaux de ce pays", "Gunflower), c’est fondamentalement refuser le futurisme technologique habituel 


Car si McKay fait produit une fiction spéculative, celle-ci est brute, viscérale, marquée par les convulsions climatique, mais surtout par l'effondrement toujours possible de la frontière entre l'humain et l'animal.


Sous son regard, le sport du futur ne serait plus une démonstration de puissance humaine, mais une expérience de réensauvagement de notre espèce. 


Voici à quoi cela pourrait ressembler le sport sous le prisme de Laura Jean McKay :


1. Le sport symbiotique, ou fin du «cavalier seul».


Dans "Les Animaux de ce pays", une épidémie permet aux humains de comprendre le langage et la conscience des animaux. Appliqué au sport, cela pourrait changer radicalement l’équitation, les courses de lévriers ou le canicross.

Du "partenariat" plutôt que de la domination. On ne "dresserait" plus un cheval pour le saut d'obstacles, on "négocierait" avec lui en temps réel. Si le cheval exprime une angoisse ou un désintérêt, le cavalier devenu traducteur/coéquipier devrait composer avec. 

Des disciplines co-créées : On verrait apparaître des sports hybrides où l'humain et l'animal partagent une stratégie commune, basée sur des signaux olfactifs, corporels ou des bribes de communication brute (grognements, postures).

2. Le retour au «sport de terroir» viscéral et précaire


Dans certaines de ses nouvelles (comme "Territory" dans Gunflower ), McKay dépeint des communautés rurales, un peu marginales, qui réinventent des rituels parfois un peu rugueux comme des jeux locaux autour de carcasses de porcs.


Le sport version McKay est ultra-local et adapté aux crises climatiques. On court dans la poussière, on invente des jeux basés sur la survie ou la récupération de ressources.

Des règles mouvantes : Les sports seraient moins codifiés par des fédérations internationales et plus dictés par l'environnement immédiat et le besoin de décharger l'agressivité ou de souder une communauté face à la précarité.

3. L'athlète «animalisé»


McKay excelle à nous faire ressentir le monde à travers le corps et les sens des autres espèces (la vision d'une poule de batterie, l'odorat d'un chien).

Un décentrage des performances : La prospective sportive n'évaluerait plus la performance au chronomètre humain, mais à la capacité de l'athlète à se fondre dans son environnement. 

Le trail ou la natation en eau libre ne consisteraient plus à "vaincre la nature", mais à développer une conscience aiguë du territoire, des prédateurs, des courants et des odeurs - une forme d'éco-athlétisme sensoriel.

4. Une éthique sportive biocentrique

Dans un monde où la voix de la faune est audible et où le vivant est interconnecté, l'éthique du sport prend un virage radical.

L'impact environnemental comme score : Un événement sportif qui dégrade un écosystème ou stresse la faune locale serait perçu comme une agression directe, entendue et sanctionné par la nature elle-même. Le "score" d'un athlète ou d'une équipe intègrerait sa capacité à traverser un milieu sans en perturber l'équilibre sensoriel.

En résumé, là où une certaine prospective voit le sport s'éloigner de la nature par la tech, Laura Jean McKay nous force, elle, à imaginer un sport qui y plonge tête la première, devenant plus sauvage, plus empathique, parfois plus violent, mais fondamentalement plus connecté au vivant et aux animaux.


À méditer