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Thursday, April 02, 2020

ENTRE PLAGE INTERDITE ET CAMPING CARS DE SANS-ABRIS

Los Angeles - avril 2020

Ces images de camping cars face à l'océan et à des plages désertes pourraient relever du rêve.

Sauf que si les plages sont vides, c'est qu'elles sont interdites.

Et que les camping cars ne sont pas occupés par des vacancier, mais par des SDF qui seront remis à la rue dès le confinement terminé.

Ou quand le camping car objet symbolique de liberté et de mobilité, devient celui de l'enfermement et d'immobilisation contrainte.

Mais ces images sont aussi l'illustration de la puissance du camping car dans la culture américaine.

Elles sont l'illustration de la puissance du camping car dans l'urbanisme américain.

Elles sont la prolongation d'une longue histoire politique américaine.
- "La fin du fixe : 3 images"

Elles sont une des facettes de ce nouvel urbanisme transitoire et transitaire qui se met en place peu à peu partout sur le territoire américain.
- "Et si l'habitat mobile dévorait la route ?"
- "Amazon + Camping Car = one new nomadic urbanism ?"
- ""On demand city", le rêve urbain d'Amazon"

Elle sont aussi une des illustration d'un urbanisme temporaire et mobile en pleine croissance.
Ces photos sont la concrétisation d'un certain "VUCA urbanisme ®"

Monday, February 18, 2019

AMAZON + CAMPING CAR = ONE NEW NOMADIC URBANISM ?


(...) "Il y a toujours eu des itinérants, des vagabonds, des bourlingueurs, des âmes errantes incapables de tenir en place. Mais aujourd’hui, au vingt et unième siècle, on assiste à l’émergence d’une nouvelle tribu de voyageurs. Des gens qui n’auraient jamais pensé devenir nomades un jour se retrouvent bien malgré eux sur la route. Ils sont obligés de quitter leur maison ou appartement pour vivre dans ce que certains appellent des « résidences sur roues » : vans, camping-cars d’occasion, bus scolaires, campers 4 × 4, mobile homes et même bonnes vieilles berlines." 
(...) "Certains les qualifient de « sans domicile fixe ». Mais les nouveaux nomades, eux, rejettent cette appellation. Pourvus à la fois d’un toit au-dessus de leur tête et d’un moyen de transport, ils ont opté pour un autre terme : « sans adresse fixe », qui leur semble plus conforme à la réalité de leur situation." (...)
(...) "Et ils reprendront la route en méditant une fois de plus cette vérité : en Amérique, les derniers endroits gratuits sont les parkings." (...)

"Il n’existe aucun chiffrage précis du nombre de nomades aux États-Unis. Ce type de population représente la bête noire du démographe. Sur le plan statistique, ils se fondent dans le reste de la population puisque la loi exige d’eux qu’ils conservent une adresse fixe – autrement dit, fausse. (...) 
(...) Quelle que soit l’ampleur de leurs pérégrinations, les nomades doivent être officiellement « domiciliés » quelque part. Votre état de résidence est celui où est immatriculé votre véhicule, celui où vous procédez aux contrôles techniques, là où vous faites renouveler votre permis de conduire, où vous payez vos impôts, où vous votez, où se trouve votre caisse d’assurance maladie (sauf pour les adhérents à Medicare) et où vous devez procéder à une litanie d’autres formalités. Or le fait de vivre nulle part vous permet de vivre n’importe où, du moins sur le papier. (...)  
(...) Malgré l’absence de chiffres officiels, de nombreux indices convergent pour indiquer que le nombre d’itinérants américains a considérablement augmenté depuis l’effondrement du marché immobilier et ne cesse de grandir." (...)
(...) "Parmi tous les programmes de recrutement destinés aux travailleurs-campeurs, le plus offensif est sans conteste CamperForce, la plateforme spéciale créée par Amazon. (...) 
(...) Jeff Bezos a prédit que, d’ici 2020, un nomade américain sur quatre aurait déjà travaillé pour Amazon. (...) 
(...) Amazon n’hésite pas à essaimer des stands de recrutement dans les événements fréquentés en masse par les nomades – type salons du camping-car et autres festivals – dans plus d’une dizaine d’États à travers le pays. Les recruteurs, affublés de tee-shirts CamperForce, distribuent tracts, stickers promotionnels, carnets de post-it, éventails en papier, baumes à lèvres, calendriers et manchons en néoprène pour canettes. Tous ces objets sont bien sûr estampillés du logo CamperForce : un camping-car Amazon en mouvement." (...)
(...) "J’ai longtemps cru que les conducteurs de camping-cars étaient de braves retraités sillonnant tranquillement les routes d’Amérique pour faire du tourisme et profiter de leur temps libre après des décennies de dur labeur. Après tout, « RV » (le terme anglais qui signifie camping-car) est l’abréviation de « recreational vehicle ». Ces joyeux retraités existent toujours, mais ils ont été rejoints par un nouveau genre de nomades. La plupart des occupants du Desert Rose RV Park n’étaient pas là pour faire du tourisme." (...)
(...) "Les travailleurs-campeurs sont des employés bouche-trous, c’est-à-dire l’idéal pour les employeurs à la recherche de main-d’œuvre saisonnière. Ils apparaissent juste où et quand on a besoin d’eux. Ils apportent leur propre maison avec eux et transforment des parcs de mobile homes en villages d’entreprise éphémères qui se vident une fois le boulot terminé. Ils ne restent pas assez longtemps pour se syndiquer." (...)
(...) Ces campements Amazon sont "comme le microcosme d’une catastrophe nationale. Les parcs de camping-cars étaient remplis de travailleurs ayant été brutalement dépossédés des éléments de confort de la classe moyenne qu’ils avaient toujours tenus pour acquis. Ils étaient représentatifs de toutes les mésaventures économiques qui avaient affecté les Américains au cours des dernières décennies. Chacun avait son propre récit. (...)(...) Les campements Amazon appartiennent à une catégorie qui a connu une croissance alarmante au cours des dernières années : les Américains seniors, mobiles et déclassés." (...)

Ces quelques lignes édifiantes sont extraites de "Nomadland : Surviving America in the Twenty-First Century" de Jessica Bruder, dont on avait déjà parlé dans "Et si la pauvreté accélérait la mutation des parkings ?"

C'est passionnant.

C'est une description de ce que depuis 2015 nous qualifions chez Transit-City d'hyper lieux mobiles ®, c'est à dire une description de ces lieux qui se créent et se réinventent de façon plus ou moins provisoire par le flux, la mobilité et la multi-activité - Du "non lieux" à "l'hyper lieux" puis "l'hyper lieux mobile ®"

Cela raconte d'autres vies et un autre nomadisme - celui des déclassé et des pauvres - très éloigné de la branchée et souvent très narcissique van life. 

C'est la prolongation d'une longue histoire politique américaine.

C'est un autre rapport au territoire.

C'est un autre rapport au travail.

C'est une autre face de ce nouvel urbanisme de camping car. 

C'est un élément de plus dans ce nouvel urbanisme de parking émergent.

C'est aussi un autre éclairage sur le nouvel urbanisme temporaire en pleine croissance.

Mais c'est aussi le reflet d'un vrai basculement dans notre façon de penser le monde et l'architecture.

C'est aussi la preuve du rôle croissant des acteurs dits de la "nouvelle économie" dans l'urbanisme et l'architecture.

C'est, enfin, la confirmation de notre hypothèse que dans les années qui viennent, nous allons devoir travailler sur un VUCA Urbanism. 

Tuesday, August 25, 2015

FIN DU FIXE : LE SPORTIF COMME AVANT-GARDE ?

Si on pose comme principe que nous entrons dans une nouvelle civilisation fondée sur la mobilité et la fin du fixe - voir notre précédent post -, encore faut-il régulièrement ré-interroger cette hypothèse afin d'en montrer la pertinence pour penser le monde de demain.

C'est ce que nous avons tenté de faire avec nos réflexions sur l'évolution récente
- du travail - là,
- de l'industrie - là,
- de l'habitat - là,
- de l'urbanisme - là.

Ces réflexions ont, en autres, été nourries par l'évolution de la façon de penser le monde des militaires américains depuis une quinzaine d'années - là - et les possibilité de ce que nous avons appelé un VUCA Urbanisme.

Nous avons aussi alimenter nos réflexions sur la façon dont les pratiques sportives ont peu à peu changé la nature des lieux - voir là, là ou là.

Aujourd'hui il s'agit d'aller plus loin en posant une autre question que l'on pourrait formuler comme cela : et si le sportif de haut niveau était un éclaireur des modes de vies nomades ?

La réponse pourrait être évident oui, tant le monde mode de vie des athlète professionnels et de passer leur temps à se déplacer ... en essayant de le faire dans les meilleurs conditions possibles de conforts et de récupération. Ce n'est pas totalement par hasard si il y a quelques mois Nike a présenté un projet d'aménagement d'avion permettant aux athlètes de récupérer plus facilement - voir là.

Si on se concentre sur un sport comme le cyclisme, un coup d'oeil sur le bus et les camions d'assistance technique de l'équipe Sky montre combien tout est pensé sous l'angle de l'autonomie.

Ce soucis d'autonomie a même poussé l'équipe Sky a imaginer utiliser un motor home (image ci-dessus) afin d'éviter à certains de ses coureurs de rejoindre un hôtel

Cette "innovation" n'a pas été sans ébranler le milieu très ringard et traditionnel du cyclisme professionnel à tel point que l'Union Cycliste Internationale en a interdit l'utilisation cet été sur le Tour de France ... au nom de l'équité sportive (ce qui ne manque de piquant de la part d'une instance qui couvre depuis des décennies toutes les pratiques de dopages les plus flagrantes)

Cette interdiction qui n'a pas empêché Sky d'amener son camping-car et ses bus magic sur le Tour - voir "Tour de France : pourquoi Sky a quand même emmené son motor-home" - et ainsi alimenter toutes les rumeurs sur les aménagements mystérieux qu'aurait pu cacher ce camion un peu spécial - voir "Qu'est-ce qu'il y a dans les bus Sky ?"

Si on dépasse les soupçons plus que justifiés vis à vis de cette équipe et de ses coureurs hors-normes, reste le terrain ouvert par Sky visant à construire une caravane permettant de s'autonomiser totalement des structures et des équipement fixes proposés lors des étapes. L'objectif est clairement de pouvoir tout gérer soit-même sans dépendre de l'extérieur.

C'est une logique que l'on connaissait depuis longtemps dans la Formule 1 - voir là, mais qui commence à s'appliquer dans d'autres sports a priori très éloignés des enjeux techniques et technologiques de l'automobile. 

L'un des pionniers de cette démarche que je qualifie "d'autonomie totale par rapport au fixe", est le champion norvégien de biathlon Ole-Einar Bjoerndalen qui s'est récemment offert un "motorhome trainer" comprenant, outre six lits, une cuisine et une salle de bain, une salle de musculation, un tapis roulant pour la pratique du vélo et du ski à roulettes et un pas de tir tir laser ... - voir la vidéo, là. 

C'est donc avec ce nouveau concept, la salle d'entrainement du sportif qui devient mobile et pas seulement son logement ou son matériel.

Nous avons probablement là, ce que nous appelons chez Transit-City, un super-lieu mobile ®, c'est à dire un lieux multi-fonctionnel et mobile. Bref un de ces lieux qui va nous obliger à repenser la ville un peu autrement.

Une des hypothèses que l'on peut faire avec ce "motorhome trainer" est que, à l'image des militaires, les sportifs de haut niveau sont les éclaireurs de ces nouveaux modes de vie fondées sur la mobilité et le principe devenu la norme avec la téléphonie mobile du "ce que je veux, quand je veux, comme je veux".

C'est pour continuer à explorer cette piste, et dans la lignée de "Nouvelles façons de penser", que nous lançons le chantier "Mobile Sport - Et si les sportifs étaient les précurseurs d'un monde où tout se devrait d'être mobile ?"

Pour alimenter la réflexion, voir Du "non lieux" à "l'hyper lieux mobile ®".

On y revient très vite.

Et en attendant, vous pouvez toujours jeter un coup d'oeil sur :
- "Home is where you park it"
- "Camping Transformers"
- "The Rolling Lodge"

Tuesday, March 31, 2015

VERS UN URBANISME DE CAMPING CARS ?

Dans son tout récent "Young Old: Urban Utopias of an Aging Society", l'architecte Deane Simpson s'interroge sur la façon dont les modes de vies des seniors américains pourraient influer sur l'urbanisme de demain.

Parmi l'une des pistes qu'il explore plus particulièrement, il y a le néo-nomadisme de cette génération âgée de 60/75 ans, retraitée, indépendante, encore en pleine forme et bien décidée à profiter de toutes les joies de la vie - voir en détail, là. 


Ce néo-nomadisme prend sur le territoire américain, la forme essentiellement de camping-cars, toujours plus gros, toujours plus confortables et qui grâce au net sont devenus de véritables alternatives à la maison traditionnelle. Et ce l'opposé de certains pays, comme l'Australie, qui préfèrent utiliser des engins plus légers - voir "Camping transformers".


Tout l'intérêt du travail de Deane Simpson est d'avoir essayé de dégager des typologies d'occupation de l'espace par les camping-cars.

Il en distingue de quatre types, divisés en deux grandes catégories :

- l'occupation libre dans le désert
- l'occupation encadrée par des infrastructures prévues - ou non - pour recevoir ces camions-habitation.

Dans le désert

- La première figure est celle du cercle dans le désert, qui rappelle forcément dans sa forme les caravanes de pionniers au XIX° siècle et la fameuse figure du cercle

- La deuxième figure est celle de l'éparpillement plus ou moins structuré, observable notamment lors du regroupement annuel de Quartzsite en Arizona, un espèce de Burning man pour les vieux.

Evidement devant ce genre d'images et surtout ce type d'analyses spatiales, on ne peut pas ne pas penser au très beau travail conduit par une jeune équipe d'étudiants autour de Burning Man et des références urbaines que recèle ce type d'occupation éphémère - voir "Burning Man as Urban Model ?" 

Le paradoxe étant que si Burning Man se veut ouvertement libertaire et disruptif, c'est pourtant lui qui impose une organisation spatiale beaucoup plus rigoureuse que celle que l'on peut observé à Quartzsite. 

Dans le tissus urbain

- La première figure de l'occupation en tissus urbain bâti est celle de l'occupation des parkings des centres commerciaux et plus particulièrement des Wall Mart. Une pratique qu'interdit officiellement le numéro de la distribution mondiale, mais qui a de plus en plus de mal à lutter contre cette réalité qui est devenu un véritable phénomène de société. 

Aujourd'hui, aux Etats-Unis, le parking est devenu un camping, et pas seulement pour les populations pauvres - voir "Meet the american nomads of Wlamart's plentiful parking lots".

A l'opposé de ce camping illégal, la dernière figure étudiée par Deane Simpson est celle très encadrée des ressorts spécialement organisés pour les camping cars et dont le Outdoor Ressort Palm Spring est l'un des plus beaux symboles.

Sur tous ces thèmes il y aurait des milliers de choses à dire, mais on y reviendra plus tard, un post n'ayant pas vocation a être une thèse de géographie, mais on renverra forcément vers Du "non lieux" à "l'hyper lieux" ... puis "l'hyper lieux mobile".

Mais je retiendrais deux choses :

- d'abord la façon positive avec laquelle est abordée le camping car, et ce à l'opposé de bien des travaux européens et français pour qui le mot de camping car est soit l'équivalent de roms, soit d'envahissement touristique ou de non lieu absolu et ce à l'encontre de notre approche Du "non lieux" à "l'hyper lieux" ... puis "l'hyper lieux mobile ®".

- ensuite, et surtout, les pistes passionnantes qu'ouvre cette étude ouvre pour nourrir notre réflexion notamment sur ce que pourrait un VUCA Urbanism ® à travers les nouveaux liens qui pourraient se développer entre fixe et mobile dans la ville de demain - voir l'image ci-dessous.