Monday, August 24, 2015

LA FIN DES MURS ? LA FIN DES BOITES ? LA FIN DU FIXE ?

(…) « L’ancien monde était construit de murs. Murs, villes et ports, asiles de morts …  
Ces murailles concentrées contenaient cent concentrations : de femmes et d’hommes, fermes ou villes; de grains, silos et greniers; de vins, caves et celliers; malades, cliniques et hôpitaux ; de voyageurs, hôtels et caravansérails ; d’argent, tirelire, banques, trésor, capitaux ; d’eau, barrages et carafes ; d’étudiants, de professeurs, écoles maternelles et universités ; de condamnés, prisions  de livres, libraire, bibliothèques ; d’électricité, piles et les biens nommés accumulateurs … 
J’arrête cette liste, nous ne connaissons que des boîtes» (…) 
(…) « Nous n’avons jamais cesser de cristalliser les flux, de transformer une foule éparse en dix institutions ; nous n’avons jamais cessé de capitaliser, de transformer la cueillette en champ de blé, la chasse en basse-cour, écurie et grange, la rivière en biefs et barrages, le ciment et le sable en muraille, en classes rangées les jeux d’enfants, l’amour en mariage, la foule enfin en villes, armées, tribunaux, prisons et royaumes. » (…) 
(…) « Notre société va ressembler à un tourbillon de flux : envoyés, passagers dans les gares et les aéroports, informations, données subtiles, monnaie volatiles … » (…) 
(…) « Jadis et naguère, nous vivions concentrés ; nous existons distribués désormais, comme flux parmi les flux, alors que nous vivions encaqués dans des boîtes … 
Il n’y a plus de boîte, il n’y a plus de caque, il n’y a plus de mur. 
Un maire ou un ministre inauguraient des bâtiments ; il n’y a plus de bâtiments, il n’y aura plus de maire ou de ministre. » (…) 
(…) Formés à la dureté, nous trouvons aujourd’hui difficile, parmi la fluidité sociale, d’imaginer des institutions, une organisation sociale adaptées à l’âge doux. (…)
Michel SERRES - « Le Gaucher boiteux » - ed. Le Pommier
Parfois certaines lignes disent exactement ce que vous ressentez face à l'évolution du monde. Celles ci-dessus en font partie.

Elles prolongent parfaitement "Et si nos concepts étaient inopérants pour penser les mutations à venir ?"

On y revient lors du prochain Atelier organisé le 25 septembre prochain autour de la question "Et si nous étions juste en train de changer de civilisation ?"