Wednesday, November 16, 2011

6° DE PLUS

"Les découvertes de nouveaux gisements pétroliers et gaziers en Guyane, au Brésil, en Asie centrale ou en Afrique de l'Est reculent sans cesse la date du "pic de production", le moment où la production d'hydrocarbures deviendra insuffisante, par épuisement des gisements exploités, pour répondre à une demande mondiale croissante.

Est-ce rassurant ? Ça l'est en tout cas pour les entreprises du secteur, qui voient leurs cours boursiers s'envoler à chaque annonce de nouvelle découverte venant gonfler, leurs stocks, de "réserves prouvées", et leurs actions servir de valeurs refuges à l'heure où même les titres d'Etat sont considérés comme risqués.

Cette confiance des investisseurs leur permet d'investir dans la recherche et la mise en exploitation de nouveaux gisements, qui à leur tour gonfleront bénéfices... et dividendes. Mais ce cercle vertueux pourrait bien s'enrayer à moyen terme.

En effet, l'Agence internationale de l'énergie (AIE), dans son rapport World Energy Outlook 2011 publié le 9 novembre, révèle, chiffres à l'appui, que la combustion de l'énergie fossile (pétrole, gaz et charbon) produite actuellement et dans les années à venir par les équipements existants en 2010 (usines, transports, bâtiment) provoquera, à l'horizon 2050, un réchauffement du climat de 6° C, alors que les climatologues estiment que nos écosystèmes et notre économie planétaire ne pourraient absorber sans catastrophe majeure qu'une élévation de température de 2°C : c'est d'ailleurs ce seuil qui a été fixé par la communauté internationale lors du sommet des Nations unies sur le climat à Cancun (Mexique) en 2010.

Dans ces conditions, affirme l'ONG britannique spécialisée dans l'analyse du risque climatique Carbon Tracker Initiative (CTI) dans une étude rendue publique à Paris le 10 novembre, soit les réserves fossiles prouvées, qui représentent, si elles sont brûlées, 2 795 gigatonnes d'émissions de CO2, le seront effectivement et provoqueront une catastrophe climatique.

Soit elles ne le seront pas, précisément pour éviter cette catastrophe, et la valorisation actuelle des entreprises du secteur énergétique n'a pas de sens économique, car elle ne tient pas compte de ce "risque climatique"
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C'est lignes terrifiantes sont tirées d'un excellent papier du Monde Économie titré "Quelle est la vraie valeur des réserves d'énergie fossile ?"

Et si vous voulez avoir une petite idée de ce que cela pourrait donner, je ne peux que vous inciter à vous jeter sur l'excellent "Far North" (ne vous fiez surtout pas à la couverture ! ) de l'anglais Marcel Theroux. On est pas très loin de "Sur la route" de Mc Carthy.

Ou sinon lire la trilogie de Kim Stanley Robinson.