Sunday, February 17, 2008

FLANAGAN, LA TASMANIE ET L'ARCHITECTE

L'Australie compte aujourd'hui deux très grands écrivains; Tim Winton et Richard Flanagan

Mais autant le premier déploie l'action de ses romans aux quatre coins du globe (de la côte ouest australienne aux îles grecques, en passant par la France ou l'Irlande) autant le second est attaché à sa terre natale; la Tasmanie

Une Tasmanie dont il nous cache aucune facette, que ce soit la vie dans les bagnes installés par les Anglais ou le massacre des aborigènes (voir, entre autres Le Livre de Gould, A contre-courant).

Mais Richard Flanagan c'est aussi un homme fasciné par les paysages de son île et révolté par les massacres que l'industrie du bois fait subir aux grandes forêts du sud et notamment à la Styx Valley of Giants

Dans un texte publié dans le New-York Times dés 2004, il dénonçait le déboisage intensif de cette zone où l'on trouve les plus grands Eucalyptus du globe. "C’est ici que poussent les majestueux Eucalyptus regnans. Culminant à près de 100 mètres de haut, ces arbres sont les plus grands arbres à bois dur du monde. Ceux que l’on trouve ici, et qui appartiennent aux dernières forêts d’Eucalyptus regnans adultes, n’étaient que de jeunes scions lorsque les pères pèlerins ont débarqué à Plymouth. Avec leur base colossale et leurs racines s’évasant comme des contreforts, si haut que nous devons les escalader, les gigantesques regnans semblent jaillir de l’océan de fougères et de plantes tropicales qui les entourent. Je pose la main sur le tronc couvert de mousse de l’un de ces arbres extraordinairement vivants, dont dix hommes se tenant la main ne réussiraient pas à faire le tour, m’attendant presque à sentir battre un pouls. Ici, la vie se laisse toucher du doigt, une sensation impossible à communiquer.

Pourtant, tout comme une grande partie des anciennes forêts d’eucalyptus et de la forêt pluviale de Tasmanie, ces arbres sont l’objet d’une destruction progressive. La plupart finissent sous forme de papier et de carton. Environ 2 kilomètres plus loin, nous débouchons sur une large zone déboisée, aussi ravagée qu’un champ de bataille de la Première Guerre mondiale. Je m’enfonce jusqu’au genou dans une couche de branches brisées, de boue, de cendres, d’immenses lambeaux d’écorce calcinée de dizaines de mètres de long, de flaques d’eau et de troncs de fougères arborescentes. La forêt a été remplacée par ce magma criblé d’énormes souches noircies, témoins figés de cette apocalypse. Les arbres ont brûlé il y a plusieurs semaines, mais de la fumée s’élève encore de la terre carbonisée. Cette image tragique convient bien à cette île de paradoxes.
"

Aujourd'hui, cette exploitation écologiquement aberrante de la forêt continue et chaque week-end des centaines de personnes se réunissent dans cette vallée pour tenter de faire cesser le "massacre". Les militants les plus motivés s'installent carrément dans les arbres afin d'éviter les coupes.

Et c'est pour eux que le jeune architecte Andrew Maynard a imaginé ces maisons "clipsables" sur ces immenses Eucalyptus. Un projet qui ne verra probablement jamais le jour, mais qui est très révélateur de l'engagement écologique de toute une nouvelle génération d'architectes australiens qui tente d'inscrire ses pas dans ceux de Glenn Murcutt, et de son fameux "fonctionnalisme écologique"

Sur l'engagment écologique des architectes australiens voir notre Cahier Burned Australia

PS / Pour ceux qui ne connaîtraient pas Tim Winton, un conseil; jetez-vous sur "Par dessus le bord du monde" (Dirt Music, en VO). C'est une Australie totalement différente de celle de Flanagan, mais c'est tout aussi superbe et prenant !

Saturday, February 16, 2008

CATASTROPHIC CITIES : TOKYO EN RUINES

Si depuis le 11 septembre et Katrina ce sont les Etats-Unis qui semblent être les plus à la pointe en matière de réflexions sur les catastrophes urbaine (voir , ), c'est un autre pays qui a intégré depuis beaucoup plus longtemps les liens entre catastrophes et urbanisme.

Cet autre pays est, bien sur, du Japon qui, entre les menaces permanentes de séismes et le choc des deux bombes atomiques lâchées sur Hiroshima et Nagasaki, a d'ailleurs développé toute une pop culture autour des catastrophes urbaines. On peut citer Godzilla, Le Tombeau des Lucioles ou Akira.


Aujourd'hui la principale menace reste les tremblements de terre qui sont quasi hebdomadaires et dont les conséquences peuvent parfois être dramatiques.

A Kobé en 1995, le séisme a fait plus de 5 300 morts, 40 000 blessés, fragilisé plus de 80 000 bâtiments et engendré plus de 100 milliards de $ de dégâts.


Même si les Japonais ont intégré depuis longtemps cette menace, comme le montre les vieilles croyances populaires sur les origines des séismes symbolisées, entre autres, par le poisson-chat Namasu dont l'effigie fut promenée dans les rues de la ville le lendemain même du drame, le tremblement de terre de Kobé fut l'occasion pour beaucoup de s'interroger sur la forme des villes et leur fragilité extrême. Preuve en fut donnée quelques mois plus tard, lors de la Biennale d'Architecture de Venise de 1996, où le Pavillon japonais mettait en scène un vaste tas de gravas avec juste cette accroche "Comment penser l'avenir de la ville après cela ?" On n'en sortait pas totalement indemne, et la visite des autres pavillons avait ensuite un drôle de goût.

Loin de l'imagerie manga ou du film SF, cette obsession prend aujourd'hui de nouvelles formes artistiques, comme le montre le très impressionnant travail du photographe Hisaharu Motoda qui a revisité les endroits les plus emblématiques de Tokyo pour en proposer une vision post-apocalypse. C'est terrifiant, et on a presque envie de voir sortir de ces ruines les deux enfants du Tombeau des Lucioles ou Akira et sa bande d'allumés. Cela prouverait qu'il reste encore un peu de vie.


Pour plus d'infos, voir Hisaharu Motoda

Saturday, February 09, 2008

ET SI LES CATASTROPHES ÉTAIENT DES OPPORTUNITÉS POUR PENSER AUTREMENT ?

Les faits n'ont rien à voir entre eux, mais ajoutés les uns aux autres, ils commencent à faire sens. Alors de quoi s'agit-il ? Et bien d'une chose tout simple; celle de l'obsession actuelle des américains pour les catastrophes et leurs conséquences sur le visage de nos villes.

Illustration avec trois exemples de nature différente mais qui développent tous les trois une vision assez noire de notre avenir urbain

Tout d'abord cette récente campagne de la Red Cross US qui a placé des camions publicitaires recouverts de photos-montages de rues dévastées juste dans le prolongement de ces mêmes rues !!!
Effet garanti !


Le deuxième exemple est la très percutante campagne teasing de lancement du film Cloverfield, relayée par des affiches présentant un New-York dévasté.



Le troisième exemple est le documentaire Life After People passé la semaine dernière sur History Chanel.


Cette émission reprenait très directement les thèses d'Alan Weisman dans son livre The World without us (Livre publié en France par Flammarion sous le titre Homo Disparitus)


Extrait "L’idée que la nature puisse un jour ne faire qu’une bouchée d’une entité aussi colossale et concrète qu’une ville moderne n’est pas facile assimiler. Comment imaginer la disparition de New York quand elle se dresse, titanesque, devant nous ? Les événements de septembre 2001 nous ont montré ce dont les hommes sont capables, avec leurs explosifs, mais qu’en est-il de processus aussi rudimentaires que l’érosion ou la pourriture ? L’effondrement brutal des tours jumelles nous conduisit nous interroger sur les terroristes plutôt que sur les points faibles qui pourraient condamner notre infrastructure tout entière. Et encore cette catastrophe, jusqu’alors inconcevable, se limita-t-elle quelques bâtiments. Cependant, la nature pourrait bien mettre moins de temps que nous ne l’imaginons se débarrasser des créations des urbanistes."

Le tout pourrait être complété par le succès du bouleversant et magnifique roman de Cormac McCarthy, The Road, couronné par le Pulitzer Price 2007.
(Ouvrage paru en France aux éditions de l'Olivier, sous le titre de La Route, dans une excellente traduction de François Hirsch)


Alors face à ce phénomène et cette fascination pour les catastrophes, les explications sont nombreuses; 11 septembre, Katrina, réchauffement climatique, incendie californien, dégradation des côtes de Floride, peur du terrorisme ...
Mais moi ce qui me marque - et c'est tout l'objet de ce post - c'est que ces menaces sont aujourd'hui intégrées et servent de support à de la prospective urbaine.

Déjà en 2006, quand History Chanel avait lancé son concours The City of the Future sur le visage des grandes métropoles en 2106, l'une des équipes avait présenté une vision d'un New-York noyé sous les eaux et qui se réinventait autour d'un modèle très vénitien et lacustre (images ci-dessous).


Fin 2007, c'était au tour de la ville de New-York de lancer son concours "What if New-York ..." sur le thème, on ne peut plus explicite, de "Post-disaster housing design concept" (voir les deux post précédents) .


Un concours qui a donné lieu à la publication d'images assez chocs sur un New-York post cata, mais des images - et c'est en cela que c'est intéressant - pas du tout noires ou glauques, mais plutôt très positives et assez joyeuses. Un peu comme si les catastrophes n'étaient pas des drames mais au contraire de formidables opportunités pour repenser autrement nos villes, leur architecture et leur urbanisme.

Voir l'ensemble des propositions,

Ci-dessous, le projet Cloud City imaginé par le Studio Lindford



Pour nous c'est une formidable leçon et l'occasion de réenvisager les catastrophes urbaines. Un chantier que nous avions ouvert pendant le Tour du monde sous le nom de Catastrophic Cities.

Ce vaste sujet fera bientôt l'objet de plusieurs Ateliers, dont l'un le vendredi 23 mai sur le thème "Et si on avait pas assez peur dans nos réflexions prospectives ?" , avec Jean-Pierre Dupuy, professeur de philosophie sociale et politique à l'École polytechnique et à l'Université de Stanford, et auteur de "Pour un catastrophisme éclairé".


Sur ce sujet de la catastrophe comme moteur d'un nouvel urbanisme, voir aussi

Friday, February 08, 2008

ET SI ON CONVERTISSAIT LES AVIONS EN TOUR ?


Et si on inversait totalement la question ? Et si au lieu de voir les avions comme de nouvelles menaces contre les tours, on les imaginait plutôt comme des supports à une nouvelle architecture ?
La question pourrait paraître plus que provocante, surtout quand il s'agit de repenser l'architecture des tours new-yorkaises, mais c'est pourtant - et avec beaucoup de talent - la réponse que vient d'apporter une équipe de jeunes architectes espagnols dans le cadre du concours "What if New-York ..." sur le thème "Post-disaster housing design concept" (voir post précédent)
Projet imaginé par Concorde Studio: Nissim Haguenauer, Hendrik Gruss, Alfonso García del Rey.
Plus d'infos sur cette jeune équipe : www.concordelab.com
(cliquez sur les images pour les agrandir).




Je ne sais pas pour vous, mais moi quand j'ai vu ces images, j'ai immédiatement pensé au projet Free Time Node / Trailer Cage dessiné par Ron Herron d'Archigram en 1967.

ET SI LEGO PERMETTAIT DE RÉINVENTER L'ARCHITECTURE DE NEW-YORK ?


Les américains sont aujourd'hui obsédés par les catastrophes naturelles et les menaces que celles-ci font peser sur l'urbanisme des villes du XXI° siècle. On ne s'en rend probablement pas assez compte en Europe, mais les inondations de la Nouvelle-Orléans furent un véritable traumatisme pour beaucoup.

Résultat, aujourd'hui les réflexions prospectives sur les catastrophes naturelles se multiplient, comme le montre le récent concours What if New York City ..., dont la problématique était posée comme suit :

What if New York City were hit by a Category 3 hurricane? What if the most densely residential city in the country loses hundreds of thousands of homes in a few hours? What if millions are left with nowhere to live, to work, or to go to school? What if subways flood, streets close, and whole neighborhoods are submerged by up to 23 feet of ocean water and battered by 130 mile-per-hour winds? What if New Yorkers need a place to live during years of reconstruction?

Une problématique très proche de celle que nous développons dans le cadre de Catastrophic Cities, et qui fera bientôt l'objet de plusieurs Ateliers, dont l'un le vendredi 23 mai avec Jean-Pierre Dupuy auteur de "Pour un catastrophisme éclairé", sur le thème "Et si on avait pas assez peur dans nos réflexions prospectives ?"

Parmi les réponses au concours new-yorkais, plein de trucs très stimulants (on y revient dans le prochain post), dont celui présenté ici, et imaginé par deux jeunes architectes portugais ; Margarida Castro et Camilo Rebelo.

Si j'ai choisi celui-là, c'est évidement par réaction à mon précédent post consacré déjà aux Légo et à leur capacité à être de formidables supports à de superbes projets architecturaux (quand ils sont bien utilisés).
Une évidence que tous les gamins - dont Oscar - savent, mais que les architectes oublient un peu.
Quelle ne fut donc pas ma joie, quand j'ai découvert ces superbes images d'un New-York "légoïsé".
Un petit bonheur que je vous laisse apprécier.
(cliquez sur les images pour les agrandir).





Saturday, February 02, 2008

REM KOOLHAAS JOUE AUX LEGO, MAIS SANS IMAGINATION


Que les choses soient claires; Rem Koolhass est un formidable analyste des mutations urbaines, un stimulant agitateur d'idées et de concepts et un architecte plutôt intéressant.
Le problème est qu'en tant qu'architecte, il semble avoir récemment découvert les Lego et décidé, dans le même temps, de cesser de réfléchir à la ville pour se focaliser sur les formes les plus simples qui soient.
Et cela donne quoi ? Et bien, les trois projets ci-dessous, respectivement destinés à Jersey City, Singapour et Hambourg, et qui ressemblent plus à des briques empilées à la va vite, qu'à une vision un peu stimulante de l'architecture.

Ci-dessous, projet 111 First Street à Jersey City, "program of mixed use including apartments, a hotel, artist work/live studios, gallery and retail space."

Complexe de 1 000 logements à Singapour.

Le futur Centre des Sciences sur le port de Hambourg, qui comprendra un aquarium, un "amphithéâtre des sciences" et des espaces d'exhibition

QUAND LES LEGO SONT UTILISÉS AVEC TALENT ...
Les Lego ne sont évidement en rien responsables de ce manque d'imagination de l'architecte hollandais. Tout le monde sait qu'ils peuvent être les supports des plus beaux projets architecturaux.
La preuve ci-dessous avec ce projet un peu délirant de tour jardin imaginée par l'agence danoise BIG.


Friday, February 01, 2008

DE YOKOHAMA A HONG-KONG : LES NOUVELLES VAGUES VERTES

Des images qui méritent peu de commentaires tant elles sont parlantes et qui résument assez bien une des nouvelles tendances des mutations portuaires actuelles.
Là ou il y a quelques années, la verdure arrivait de façon presque anecdotique sur le toit d'une gare maritime (Yokohama), elle se répand aujourd'hui sur tout un quartier sous forme de nouvelles terrasses vertes.

Un jour, Le Corbusier avait amené Dali visiter son immeuble de Marseille, et le peintre catalan avait eu, face à cette architecture très cubique, cette phrase extraordinaire ; "Moi je préfère l'architecture molle et poilue" On est peut être en train d'y arriver.

Pour aller plus loin sur Hong-Kong voir