Monday, February 17, 2014

L'ULTRA-TRAILER COMME RÉFÉRENCE DE LA PERFORMANCE ?

Au départ il y a le constat que le sac à dos et le casque associés historiquement aux univers de la montagne et du militaire, sont devenus depuis 25 ans des objets 100% urbains.

Ensuite il y a l'autre constat, tout aussi évident, que les codes stylistiques militaires, et plus particulièrement le camouflage, touchent aujourd'hui tous les secteurs de la vie quotidienne et notamment ceux de la mode.

Il y a dès lors la tentation de se demander : et si pour penser à quoi ressemblera l'urbain mobile de demain, on regardait les récentes évolutions de l'équipement militaire ?

Non pas les évolutions techniques comme nous l'avons souvent fait - voir ou - mais juste la figure du "sac à dos" et la façon de le porter.

Et là, il faut avouer que c'est un petite révolution tranquille qui depuis quelques années se déploie dans le monde des armées, celui d'une nouvelle logique d'équipement fondée sur ce que l'on pourrait appeler le "modulable clipsable".

Dans l'armée américaine on parle de MOLLE pour Modulare Lightweight Load-carrying Equipment. L'idée est simple :  penser le soldat comme le support d'un structure souple ou rigide - un harnais multi-fonctions - sur lequel on peut tout clipser toutes sortes d'équipements sous formes de sacs dorsaux ou ventraux, mais aussi une multitude de petites sacoches aux formes les plus diverses.

Du sac à doc, on est ainsi passé au gilet multifonctions, enrichi au grès des contraintes locales des armées. Le tout étant très inspiré par le monde de l'alpinisme.

Les rapprochements entre le monde de la montagne et celui de l'armée, pourraient d'ailleurs nous inciter à nous demander si on ne pourrait pas imaginer la tenue du combattant de demain à travers l'équipement d'un alpiniste ?

Parallèlement la notion de sac à doc s'est élargi pour recouvrir une multitude de possibilités d'emport extrêmement diverses, allant de la micro-informatique à la "micro-factory" sous la forme d'un compresseur lui aussi multi-fonctions.

C'est cette évolution de l'équipement du soldat - toujours plus lourdement chargé - qui explique les pistes explorées actuellement par l'US Army autour de l'exosquelette.

On comprend que si l'exosquellete se déploie demain dans les armées, l'équipement du soldat d'aujourd'hui déjà très riche - voir la photo ci-dessous - pourrait encore s'alourdir un peu plus dans les années qui viennent.

Mais face à cette nouvelle obésité du militaire - toujours de plus en plus lourdement équipés - , on peut aussi faire l'hypothèse que se déploie une autre démarche totalement inverse : celle du toujours plus light, plus agile, plus souple.

Le modèle pour réfléchir à la mobilité performante de demain ne serait alors plus le soldat, mais l'ultra-trailer, qui a su imposer en quelques années de nouvelles références "esthétiques" de la performance.

On peut faire l'hypothèse que tout comme le jogging à la fin des années 70 - voir - ou l'ultra light brésilien - voir - ont radicalement modifié nos regards sur la mobilité urbaine, le trail et l'ultra-trail inventent de nouveaux codes et de nouvelles références de la mobilité de demain.

On le voit déjà de plus en plus en ville.

De plus en plus de joggers ont intégré les ustensiles des ultra traillers, notamment la gourde dans le dos, le short ultra flottant avec "cycliste" intégré ou les très laides chaussettes de contention.

On croise aussi de plus en plus de gens avec des battons issus du trail.

Il est à noter que l'effet trail est aujourd'hui en train de bouleverser un certain nombre de références y compris dans le domaine de la montagne.

On peut faire l'hypothèse que l'ultra-trail est à l'alpinisme traditionnel ce que fut le kitesurf à la voile, un truc au départ marginal et méprisé par les instances traditionnelles... et qui - au bout d'à peine dix ans - change complètement les références et les codes, (et devient même sport olympique pour le kite !!!)

Et l'arrivée de la star du trail Kilian Jornet  (très bel interview-portait ) dans le monde la très haute montagne risque d'encore accélérer les choses. Le garçon s'est en effet lancé comme défi avec son projet Summit of My Life de s'attaquer aux plus grands sommets du monde, dont l'Aconcagua, le McKinley et l'Everest, de la façon la plus light et la plus rapide qui soit - tous les détails, .

Son approche s'appuie sur une charte de valeurs autour de 10 points - voir - qui mérite d'être lue et méditée. Je vous en propose les points 4, 7 et 8 ci-dessous.
4. Il ne s'agit pas d'être les plus rapides, les plus forts ou les plus grands. Il s'agit d'être nous-mêmes. « Jusqu'à quel point les difficultés extrêmes justifient-elles des moyens extrêmes ? », se demandait Walter Bonatti. L'homme a démontré qu'avec la technologie il est capable de construire ce qu'il se propose. Mais cela a-t-il un sens ? Nous devons apprendre à vivre avec moins, avec ce dont nous avons besoin pour pouvoir être les plus humains possible, nous adapter au maximum à l'environnement, à la nature. Notre force, ce sont nos pieds, nos jambes et notre corps, notre esprit.  
7. Avec simplicité. Nous irons à la montagne sans intermédiaires, sans assistance, sans aides externes, avec humilité, sans vouloir être supérieurs à la montagne, parce que nous savons qu'elle est beaucoup plus forte, et nous irons jusqu'où elle nous permettra d'aller. Nous apprendrons à vivre avec le monde réel, celui des rochers, celui des plantes, de la glace, ce qui est sous le ciment. Celui qu'il y avait avant nous et qui sera là quand nous en partirons. 
8. En silence. Nous ferons en sorte que nos pas ne se remarquent pas, en suivant un chemin écologique, sans rien laisser d'autre que nos empreintes que le vent effacera. La vie authentique est celle que nous portons en nous, et c'est en silence que nous pouvons nous explorer à nous-mêmes. 
A méditer.


Ce post s'inscrit dans le cadre de nos réflexions

- sur le corps, .

- sur le militaire, .

- sur la mobilité frugale, .

- sur une possible Red Bull Mobility, et ses variantes .

- et, évidement, sur celles développées dans le cadre de notre "Mountain City Lab".