Showing posts with label Rewild Sport ®. Show all posts
Showing posts with label Rewild Sport ®. Show all posts

Thursday, September 03, 2026

LE CONSTAT D'UNE DUALITÉ... POSSIBLEMENT À TRAVAILLER,

Parfois on se lance dans la rédaction d'un post, non parce que l'on à quelque chose à dire ou à défendre, juste pour faire un constat.

Une constat dont on ne sait pas très bien quoi faire, mais qu'il vous faut poser.

C'est le cas de ce post né de la lecture de "La Nature de la modernité - La controverse Descola-Latour" de Valentin Denis.

Les analyses de ces deux grands penseurs nous accompagnent depuis longtemps -  -, et Philippe Descola  a même été le grand témoin d'une de nos Rencontres de la prospective sportive ®. 

Pour nous, leurs pensées étaient complémentaires et allaient dans le même sens pour dépasser l'opposition entre l'humain et la "nature".

Sauf que c'est en fait pas aussi simple... et donc potentiellement beaucoup plus riche.


- Philippe Descola a une démarche d'anthropologue : la séparation Nature/Culture est une invention occidentale. Pour en sortir, il faut s'inspirer d'autres cultures (animisme, etc.) qui n'ont jamais séparé l'humain de son milieu.


- Bruno Latour adopte lui une démarche sociologique : il refuse d'opposer nature et culture. Il montre que notre monde est un réseau d'hybrides où humains, objets, technologies et éléments naturels sont indissociables et agissent ensemble.


Dit autrement : 

Descola compare les cultures pour transformer notre vision du monde 

Latour analyse les réseaux d'acteurs (humains et non-humains) pour transformer nos actions politiques et techniques.


Question : appliquée au sport, ça donne quoi cette opposition ? 


On pourrait répondre que cette controverse Descola-Latour permet de sortir de la vision classique de l'activité physique - vue comme un simple « corps humain (culture) qui évolue dans un milieu naturel ou un gymnase (nature) » - pour en renouveler complètement la lecture.


S'inspirer de Descola permet de basculer vers un «animisme» sportif qui cesse de considérer le milieu/la nature comme un décor ou un obstacles à dompter.


Latour nous pousse lui à observer comment une pratique sportive n'est jamais purement physique, mais constitue un assemblage d'humains et de non-humains (technologies, règles, climat, infrastructures). 


Un cycliste n'est pas juste un athlète qui pédale ; il forme un hybride homme-machine-données-asphalte. Si on modifie le matériel (carbone, capteurs de puissance) ou la température, on redéfinit la pratique elle-même.


C'est loin d'être inintéressant.


Et on touche là à quelque chose qui dépasse la simple querelle de chapelle académique. 


Si Descola et Latour ne disent finalement pas la même chose, c'est peut-être parce qu'ils ne posent pas la même question - et ça change tout pour nous.


- Voulons-nous, dans le sport, changer de regard (à la manière de Descola), en apprenant à percevoir le milieu comme un partenaire plutôt qu'un décor ? 


- Ou voulons-nous changer d'échelle d'analyse et d'actions (à la manière de Latour), en traçant les réseaux concrets d'objets, de règles et de corps qui fabriquent chaque pratique ? 


Les deux mènent-elles vraiment au même endroit, ou est-ce qu'on se raconte une histoire de complémentarité pour éviter de trancher ?


Et surtout : qu'est-ce que ça changerait concrètement - dans la manière de former les éducateurs sportifs, de concevoir les équipements, d'écrire les règles fédérales - si le monde du sport prenait vraiment au sérieux ces deux grilles de lecture ? 


On vous laisser y réfléchir.

Friday, August 28, 2026

VOILÀ CE SUR QUOI ON A TRAVAILLÉ CET ÉTÉ

Entre fin juillet et fin août, nous avons publié sur ce blog une vingtaine de posts qui partent d'une même intuition : le réchauffement climatique n'est pas une contrainte que le sport va simplement devoir «gérer» - c'est une force qui va le refaçonner de l'intérieur, dans ses infrastructures, ses métriques, ses institutions, ses imaginaires. 


Voici le fil de cette réflexion, telle qu'elle s'est construite semaine après semaine.


1. L'ombre comme nouvelle ressource économique


- Tout commence fin juillet avec un concept central : l'Économie de l'Ombre ®. 


- L'idée de départ est simple mais radicale : dans des villes qui vont régulièrement dépasser 40-45°C, l'ombre cesse d'être un agrément esthétique pour devenir une ressource rare, donc monétisable - au même titre que l'eau ou l'électricité.


- Cinq textes déroulent cette hypothèse à travers cinq strates du monde sportif :

- Les infrastructures : des stades qui vendraient leur « volume d'air frais » aux quartiers voisins, des servitudes d'ombre portée, une responsabilité civile thermique pour qui refuse d'ombrager ses surfaces.


- Les corps : une tolérance thermique qui deviendrait un critère de recrutement des athlètes, une tarification dynamique de l'accès au sport selon l'indice de chaleur, et donc une fracture sociale entre un « sport sous ombre » réservé aux catégories aisées et un « sport au soleil » pour les autres.


- La gouvernance : des fédérations qui redistribueraient les grandes compétitions selon la capacité d'ombrage des villes hôtes, et l'apparition d'un « arbitre thermique » indépendant, financé par les assureurs, capable d'interrompre un match.


- Les médias : la chaleur comme aubaine publicitaire — matchs fragmentés en micro-séquences très rentables, apparition d'un second prime time à l'aube, droits TV indexés sur l'indice thermique.


- Les équipementiers : le constat que des marques comme Nike n'ont, au fond, presque aucune réponse technique à la chaleur, et que la valeur pourrait leur échapper au profit des géants du BTP bioclimatique, des préparateurs physiques et des acteurs de la medtech.

2. Nike comme cas d'étude, entre critique et fiction


- Début août, la réflexion se resserre sur un acteur précis : Nike


- D'abord un texte critique sur deux publicités Nike (Aero-FIT, «air conditioning for athletes») lues comme un aveu d'impuissance technique plutôt qu'une vraie solution.


- Puis bascule dans la fiction prospective avec Nike Atmosphere : un récit en trois actes (Brisbane 2032, Madrid 2036, Mumbai 2040) où la marque cesserait progressivement de vendre des vêtements pour vendre des brevets climatiques - dômes, corridors d'air, enrobés réfléchissants - sans jamais porter elle-même le risque de construction. 


- Le fil rouge : «Demain Nike ne vendra plus seulement des chaussures, Nike vendra aussi de l’air climatisé


3. Le sport déjà déconnecté du climat réel


- S'ensuit un diagnostic chiffré : à Paris 2024, 61% des titres olympiques ont déjà été décernés dans des enceintes climatisées, et ce chiffre grimperait à 80% à Los Angeles 2028


- Le sport de haut niveau s'est déjà largement affranchi des saisons et du climat extérieur - bien avant qu'on en ait vraiment pris conscience.


- Ce constat ouvre une hypothèse plus dérangeante : et si le sport devenait le laboratoire de la privatisation du climat ? 


- Micro-climats sous dôme, ségrégation entre un climat public dégradé et un climat privé payant réservé aux athlètes et VIP, techno-solutions qui évitent de réduire les émissions plutôt que d'affronter le problème. 


- Un post de synthèse relie ces quatre textes autour d'une formule : l'apartheid climatique ®.


- La réflexion se prolonge avec une référence à Rem Koolhaas et son concept de Junkspace - cet espace commercial sans mémoire, tenu par l'air conditionné. 


- Transposé au sport, cela donne le Junksport ® : un sport sans mémoire saisonnière, disponible partout et tout le temps, qui fonctionne à crédit sur la biosphère comme le centre commercial fonctionnait à crédit sur la ville.


4. Vers un sport qui protège plutôt qu'il ne consomme


- À partir de la mi-août, le ton change : après le diagnostic vient la proposition. 


- Naît le concept de Réensauvagement Défensif Sportif ® (Sport Defensive Rewilding ®) : utiliser le retour du sauvage comme bouclier contre les dérèglements climatiques plutôt que de fuir vers des enceintes artificielles. 


- Une charte en quatre points en pose les bases pratiques, comme outil d'écologie politique et sportive.


- Ce mouvement prend une forme institutionnelle avec l'idée d'un INSER - Institut National du Sport et du Réensauvagement — pensé comme le miroir subversif de l'INSEP : non plus un centre d'excellence pour les médailles, mais pour la protection du vivant, implanté en milieu sauvage plutôt que sur un campus ultra-moderne.


- Un détour littéraire vient nourrir cette veine plus offensive : Le Gang de la Clé à Molette d'Edward Abbey, transposé au milieu de l'UTMB, avec la questionde savoir où s'arrête la désobéissance écologique et où commence l'éco-terrorisme.


- Fin août, un point d'étape reprend l'ensemble : si les XIXᵉ et XXᵉ siècles ont été ceux de la mécanique, le XXIᵉ sera celui du corps. 


- Le texte relie l'impasse du mot «sport», le pivot vers les mobilités actives (les «4 souffles ®»), et le saut écologique vers le rewilding comme accélérateur.


5. Trois nouvelles métriques pour mesurer la performance


- La série se referme sur ce qui en est peut-être la synthèse conceptuelle la plus aboutie selon nous : une proposition de trois nouvelles métriques de la performance sportive - captation, substitution, régénération.

- La captation correspond au corps-machine actuel, celui qu'on optimise pour lui-même (calories, données GPS).


La substitution valorise le corps comme alternative au moteur - l'effort physique comme outil de décarbonation du quotidien.


- La régénération va plus loin : le corps n'est plus seulement dans la nature, il fait corps avec elle, et sa performance se mesure à ce qu'il apporte à son environnement plutôt qu'à ce qu'il en extrait.

- Ces trois métriques ne sont pas hiérarchisées - elles ne remplacent pas la performance sportive classique, elles l'élargissent à un nouveau domaine : celui de l'écologie. 


- D'où la question qui clôt la réflexion de l'été : l'écologie peut-elle elle-même devenir «performable» ?


- Ce qui traverse tous ces textes, c'est une même obsession : refuser de traiter le climat comme un simple aléa que le sport devrait «gérer» via la climatisation et la technologie, et explorer plutôt comment il pourrait redevenir un outil de préservation et de nouvelles relations au vivant. 


- Entre diagnostic économique (l'Économie de l'Ombre ®), critiques institutionnelles (l'apartheid climatique ®, le Junksport ®) et propositions (le rewilding défensif ®, les nouvelles métriques ®), on a tenté de construire, post après post, une trame pour penser les deux principaux défis auxquels le sport va être confronté : celui du dérèglement climatique et de la destruction du vivant

Wednesday, August 26, 2026

VERS UNE NOUVELLE MÉTRIQUE DU CORPS SPORTIF ?

Au sein du Prospective Sport Lab ®, nous sommes actuellement engagés dans une réflexion sur la possibilité qu’émerge dans les années qui viennent une nouvelle métrique de la performance sportive.


Dans un premier temps, nous avons exposé le détail de notre process de réflexion : et si on posait les bases d’une nouvelle métrique sportive écologique ? 


Puis nous avons synthétisé cette démarché au tour de trois nouvelles métrique de la performance sportive : captation, substitution, régénération


Ces trois métriques (captation, substitution, régénération) dessinent une transition majeure : elles déplacent le sport d'une logique de gestion/optimisation d'un corps à une relation d'éco-dépendance entre le corps et son milieu.


C’est évidement pas totalement neutre quand on s’intéresse au sport et au corps !!!


Reste maintenant à expliquer comment et pourquoi le changement de métriques sportives pourraient transformer la conception même du corps sportif performant.


Pourquoi ces métriques sportives incitent à penser le corps autrement.


En modifiant ce que l'on mesure, on modifie la perception et l'usage du corps.

La métrique de captation : le corps machine. Un organisme isolé qu'il faut optimiser (calories, données GPS) et équiper. C'est un corps recentré sur sa propre performance individuelle.

La métrique de substitution : le corps alternatif au moteur. L'effort physique retrouve une valeur fonctionnelle et sociétale : se déplacer, décarboner le quotidien. Le corps redevient un outil d'autonomie et de sobriété.

 La métrique de régénération : le corps acteur écosystémiqueLe corps n'est plus seulement dans la nature, il fait corps avec le vivant. Sa performance ne se mesure plus à ce qu'il prend ou dépense pour lui-même, mais à ce qu'il apporte à son environnement.

Ces critères donnent clairement naissance à une nouvelle métrique corporelle. 


Notre nouveau cadre conceptuel des métriques sportives ne mesure plus seulement ce que le corps brûle ou extrait, mais ce qu'il préserve, décarbone et régénère.


On ne sort donc pas du paradigme de la performance sportive, on l’élargit à un nouveau domaine celui de l’écologie


Question : l’écologie devient elle-même performable ?


C’est pas forcément totalement insignifiant pour penser demain !