Tuesday, May 19, 2009

NEW FLOATING CITIES


Oui, je vous le concède très volontiers, les images ci-dessus sont laides, très laides même.
On dirait des illustrations de plaquettes de programmes immobiliers ou de centres commerciaux. Tout cela est aseptisé et sans aucun goût. Mais c'est fait pour !!! Ces illustrations sont, en effet, censées plaire à tout le monde et, surtout, destinées à rassurer le plus grand nombre de gens ... et notamment ceux qui craindraient de s'ennuyer sur un paquebot !!
Car vous l'aurez compris, il ne s'agit pas ici de présenter un nouveau coeur de ville piétonnier ou une galerie marchande, mais un paquebot, le Oasis of the Seas. Celui-ci deviendra, lors de son lancement à l'automne prochain, le plus gros navire de croisière jamais mis en service dans le monde.


Les aménagements imaginés par RCI pour son navire correspondent au changement de statut qu'a connu le paquebot lors de ces trois dernières décennies. De moyen de transport, il est devenu un lieu de destination en se transformant peu à peu en un véritable village de vacances mobile.

Cela fait longtemps que les compagnies de croisières ne vendent plus la mer à leurs clients, mais plutôt les activités qu'ils trouveront à bord des navires, et ce à l'image d'un Club Méditerranée qui ne vend pas un pays ou une région, mais ses villages avec leurs animations. Peu importe que cela soit au Sénégal ou en Thaïlande.

Aujourd'hui avec l'Oasis of The Seas, RCI franchit une nouvelle étape. Du village de vacances, le paquebot devient une véritable ville nomade. Tout est fait - et c'est un vrai paradoxe - pour que les passagers oublient qu'ils sont sur un bateau !! Et ce avec des codes très urbains et qui évoquent peu a priori les vacances. Un peu comme si les croisières avaient vocation, dans les années qui viennent, à se rapprocher en terme de positionnement marketing des fameux city breack, ces courtes escapades urbaines qui connaissent un véritable succès depuis plusieurs années.


Mais quand on sait que la signature publicitaire de RCI est "The Nation of why not" (voir l'image supra), on ne s'étonne plus de rien. A tel point qu'on pourrait se demander si demain les paquebots ne ressembleront pas à ce qu'avait présenté l'agence .NL lors de la dernière Biennale d'Architecture de Venise.


On a juste envie de pousser le délire toujours plus loin en imaginant de vrais paquebots grands comme des mégapoles, un peu à l'image de ce que Disraeli a imaginé avec sa BD Leviathan, dans laquelle la ville-paquebot détruit la vraie ville. (planches ci-dessous)


Sur ce sujet des liens entre ville et paquebot, vous pouvez toujours jeter un coup d'oeil, et .

Sunday, May 17, 2009

ET SI POUR LES JAPONAIS LA ROUE N'ÉTAIT QU'UNE PARENTHÈSE ?

Tout a commencé il y a une quinzaine de jours à Tokyo en lisant ces lignes : "Pourquoi le Japon a-t-il délaissé l'une des inventions majeures de l'histoire de l'humanité - la roue -, en sorte qu'au milieu du XIX° siècle, l'essentiel des transports s'y faisait encore à bras d'homme ?"

Cette phrase est la première de la préface que Jean-Marie Bouissou, directeur de recherche à Science po, consacre au livre d'Alan Macfarlane "Enigmatique Japon". Ces quelques lignes m'ont fait d'autant plus d'effets que je les ai lues le jour même ou je découvrais le Walking Assist Device de Honda.

Les explications d'Alan MacFarlane sur cette curiosité historique vous les trouverez, en partie, là : Why the Japanese gave up the use of the wheel. Mais dans son livre il est beaucoup plus complet. En substance, il explique qu'en raison de la géographie très escarpée du pays, les paysans japonais ont toujours été obligés de cultiver des terrains très pentus. Des terrains donc par nature peu favorables à l'élevage et à l'entretien d'animaux de traits, mais aussi aux engins à roues. C'est ainsi que les Japonais n'ont jamais adopté la brouette (oui, je sais, mais là on parle pas cul !!! ) alors que celle-ci avait été importée sur l'archipel dès la fin du XIII° siècle par les Chinois.

Et MacFarlane de s'interroger sur la mobilité des hommes et des marchandises dans une civilisation qui refuse la roue : "How then was the immense traffic in goods and people in Japan carried ? Apart from a very limited use of horses, and good water transport, the answer is basically on the human back and shoulders. The main method was by poles and racks."

Et d'observer en tant que bon historien britannique "From this brief account, it can be seen that Japan was at the opposite extreme to Europe, and especially England. Almost all those labour-saving technologies which helped England out of hard physical labour were either not utilized, or hardly employed.

Wind power, water power, animal power - all were little used by the Japanese, although they had known how to use them and were aware of their benefits from at least the seventh century.

It was not a question of information.

Deeper pressures in the social and economic structure led them to rely almost entirely on the muscles of human beings, rather than letting 'nature' take some of the strain
."

Mon premier réflexe a été d'aller chercher des images du Japon au début du XIX siècle, notamment auprès des artistes les plus représentatifs des années 1810/1830. C'est ainsi que je me suis replongé dans les Trente-six vues du mont Fuji de Katsushika Hokusai, et dans les Cinquante-trois relais du Tôkaidô réalisés par Andô Hiroshige. (Voir ci-dessous)

Et là l'évidence m'est apparue, sur aucune d'elles on ne voit quelque chose qui ressemble de près ou de loin à une roue. Tout quasiment se fait à dos d'homme et, exceptionnellement, à dos d'animal.

Et cette absence de roue est encore plus perturbante quand vous comparez ces estampes aux gravures faîtes à la même époque en Europe (voir ci-dessous) dans lesquelles on voit, certes, des chaises à porteurs, mais surtout des coches, des carrioles, des turgotines et des diligences.


Devant une telle découverte, j'ai tenté de repenser les récentes innovations japonaises en matière de mobilité autour de cette question toute simple : et si pour les Japonais la roue n'était, en fin de compte, qu'une parenthèse ? Et si pour eux la mobilité de demain passer par le dépassement de la roue ?

Voilà le premier résultat, encore très/trop superficiel, de mes premières réflexions autour de cette question.

Quand l'avenir passe par la marche.


Je ne vais pas revenir plus longuement sur le Walking Assist Device de Honda, ni sur l'influence des mangas dans cette créativité, sujet que j'ai déjà souvent abordé (voir et ).


Le vrai choc pour moi aujourd'hui est de découvrir que cette histoire a des racines beaucoup plus profondes que je ne l'imaginais. Et c'est qui me fait regarder toute la pop culture japonaise d'une autre façon, non plus comme une rupture relativement récente (avec Astro Boy comme point de départ), mais, au contraire, comme la prolongation d'une histoire plus ancienne fondée sur une défiance vis à vis de la roue et une idéalisation de l'homme marchant avec ou sans prothèse.

Quand l'avenir passe par le vol.

L'autre élément, qui a fait tilt dans mon esprit, est la façon dont les Japonais ne cessent de présenter depuis une dizaine d'années l'avenir du train autour de la sustentation magnétique, c'est à dire autour de la fin de la roue. Un peu comme si celle-ci était un réel frein à l'évolution du train (ou du métro). (voir ci-dessous avec, entre autres, les photos de différents maglev et du Linimo mis en place lors de l'expo d'Aïchi en 2005)


Et c'est en repensant à cette idée de dépassement la roue, que j'ai réalisé qu'une bonne part de la pop culture japonaise actuelle poursuivait depuis plusieurs décennies ce phantasme, notamment avec des séries aussi emblématiques que Galaxy Express 999.

Mais on retrouve aussi cette même idée dans bon nombre de films de Hayao Miyazaki, et notamment On Your Mark, ou la liberté est symbolisée soit par un camion qui vole, soit par un ange qui quitte ... une voiture.


Alors vous allez me dire; "Mais toute la science fiction porte ses idées !!" et "Il y a très peu d'engins à roues dans Star Wars !!" Certes -je vous le concède.
Mais toute la différence entre le Japon et les autres pays, c'est que cette idée de ne plus avoir besoin de la roue a des conséquences très très concrètes dans la façon dont les japonais pensent l'avenir, et que cela semble même irriguer une bonne part de leur pensées sur la mobilité du futur.

Et cela me laisse d'autant moins insensible que - rappelons-le - c'est au Japon que s'invente depuis 50 ans la modernité de la mobilité actuelle.

- Qui a inventé le train rapide ?
- Qui a inventé le walkman ?
- Qui a inventé le téléphone mobile ?
- Qui a lancé en masse la voiture propre ?


Et oui, les Japonais !!! Et devant une telle réalité, difficile de penser à l'avenir de la mobilité sans s'intéresser aux nouveaux imaginaires japonais.

PS : Voir dans cette veine et plus en détail, les projets de Norio Fujikawa, .

Thursday, May 07, 2009

THE DARCK SIDE OF THE SUBURBIA


Ces photos (si, si ce sont des photos !!) sont celles de Gregory Crewdson, un artiste qui vit et travaille à New-York. C'est un autre regard sur l'Amérique assez terrifiant qu'il nous propose, un regard sur la face sombre et cachée de ces petites villes et autres suburbs sans histoire. Plus de détails sur son art, sa façon de travailler et ses influences, .

Tuesday, May 05, 2009

ENTRE EDWARD HOOPER ET DAVID LYNCH

Au premier abord, il ne se passe rien. Puis en regardant de plus près, on s'aperçoit que certains des personnages ont des comportements qui révèlent de vraies fêlures. Un homme en costume au fond d'une piscine vide, une femme nue derrière une balustrade à surveiller ses voisins ... Et là, tout d'un coup, on voit du David Lynch version Blue Velvet dans une esthétique à la Edward Hooper.

Ces tableaux extrêmement troublants, et d'une rare puissance, sont l'oeuvre d'Amy Bennett, une jeune artiste peintre américaine. Elle en dit plus avec ses toiles sur l'état des suburbs américaines que bien des discours.

C'est en quelque sorte, la face sombre et silencieuse de Desesperate Housewives.

Et l'hiver n'y change rien.


Et pour aller plus loin, vous pouvez toujours jeter un coup d'oeil sur cet article d'Abitare titré Life and death of suburbia. La photo qui illustre le papier (ci-dessous) semble avoir été prise par Amy Bennett.


Sur ce thème, voir aussi et .

Saturday, May 02, 2009

QUALANDIA 2067 / GAZA 2009




Les trois photos ci-dessus sont celles d'une oeuvre intitulée Qualandia 2067 réalisée par Wafa Hourani, artiste palestinien qui vit aujourd'hui à Ramallah. Cette immense maquette est exposée actuellement à la Saatchi Gallery de Londres dans le cadre de l'exposition Unveiled : New art from the Middle East.

Alors c'est quoi Qualandia 2067 ? Voici les explications :
"Combining photography and sculpture his Future Cities projects deal with the social, political, and economic realities of Palestinian life to develop grim and apocalyptic predictions for the residents of the West Bank.

Qalandia 2067 takes its name from the main check point crossing through the West Bank Security Fence which divides the cities of Ramallah and ar-Ram; it is a site of political unrest and human rights concerns.

Dating his piece 2067 – one hundred years after the Arab-Israeli 6 Day War – Hourani has constructed 5 scale models envisioning the future of a refugee camp where time seems to have regressed rather than evolved. Basing each segment on an actual site – the airport, border crossing, and 3 settlements – the buildings are rendered as war-ravaged and crumbling, crowned by implausibly archaic remnants of TV antennae. Each building is a miniature light-box illuminating glimpses into the private lives of the residents through film strips placed in the windows, an unnerving reminder that this science fiction horror is, for many, an everyday experience
." (source )

C'est une vision assez terrifiante de l'avenir des villes palestiniennes pour les 50 ans à venir. Mais comment imaginer autrement le futur ? Je voudrais à ce sujet vous renvoyer à cet excellent article de Michel Bole Richard, le correspondant du Monde en Israël, paru récemment et titré " Trois mois après la guerre, qui se souvient de Gaza ? ".

Extrait de l'article :
"Dans le compte rendu hebdomadaire de l'Office de l'ONU pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) pour la semaine du 8 au 14 avril, il est indiqué que 132 000 personnes n'ont toujours pas accès à l'eau courante. Parmi elles, 100 000 ne peuvent s'approvisionner que tous les deux ou trois jours et 32 000 n'ont aucun accès. Les diarrhées et les hépatites virales ont considérablement augmenté au cours des quatorze premières semaines de cette année.

De surcroît, les matériaux de construction, le ciment, le fer, les pièces détachées ne peuvent toujours pas pénétrer dans la bande de Gaza. Ce qui signifie qu'après trois semaines de bombardements, les choses sont restées en l'état, qu'aucune reconstruction n'a pu être entreprise, que les sans-abri vivent toujours sous des tentes. Quatre mille maisons ont été détruites et des milliers d'autres endommagées. On estime à environ 120 000 le nombre de personnes directement affectées par les destructions massives.
"

A côté de cela, les maquettes de Qualandia 2067 font presque trop belles.

Sans oublier .