Les 4 Souffles ne se contente pas de proposer un "moyen de transport", il réhabilite l’ontologie du mouvement.
Voici donc six romans qui parlent de la reprise de possession du monde par le corps, de la fin de la passivité technique et de la négociation directe avec les éléments.
1. Pour J. Rancière : "La Horde du Contrevent" d'Alain Damasio.
- Si Rancière veut rendre pensable ce qui a été effacé par les experts, Damasio, lui, le rend sensible. Dans ce roman, un groupe d'humains traverse le monde à pied, de l'enfance à la mort, pour affronter le Vent.
- Le lien avec les 4 Souffles : Ici, pas de moteur, pas de carte vue de dessus. La connaissance du territoire passe exclusivement par la foulée, le muscle et la résistance physique. C'est la "politique de l'arpentage" pure : ceux qui font le chemin sont ceux qui le pensent.
2. Pour C. Castoriadis : "Écotopie" d'Ernest Callenbach.
- Pour briser le blocage de l'imagination radicale, il faut voir le "faire autrement" en action. Ce roman culte imagine une société qui a fait sécession pour réinventer ses institutions et sa mobilité.
- Le lien avec les 4 Souffles : Callenbach montre que la technique n'est pas une fatalité mais un choix social. Il dé-fossilise l'imaginaire pour laisser place à une créativité radicale sur la manière de relier deux points.
3. Pour Ph. Descola : "L'Arbre-Monde" de Richard Powers.
- Le roman explore des vies humaines radicalement transformées par leur relation aux arbres - des entités avec lesquelles on négocie, auxquelles on doit quelque chose, qui agissent sur nous autant que nous agissons sur elles.
- Le lien avec les 4 Souffles : C'est l'anti-naturalisme occidental par excellence. La frontière nature/culture s'effondre non pas dans une cosmologie lointaine, mais depuis l'intérieur de la civilisation américaine contemporaine.
4. Pour B. Latour : "Dans la forêt" de Jean Hegland.
- Suite à un effondrement technologique, deux sœurs doivent apprendre à survivre dans leur maison isolée. Le moteur meurt, l'essence disparaît, et elles doivent littéralement "atterrir".
- Le lien avec les 4 Souffles : C'est le roman de la dépendance acceptée. Les soeurs cessent d'être des consommatrices pour redevenir dépendantes du cycle des saisons, de la résistance du bois et de la topographie réelle. C'est l'apprentissage de la relation aux éléments.
5. Pour B. Morizot : "Le Chant des pistes" de Bruce Chatwin.
- Ce livre qui n'est pas vraiment un roman explore la cosmogonie aborigène où le monde n'existe que parce qu'il est chanté et parcouru. Marcher, c’est maintenir la Terre en vie.
- Le lien avec les 4 Souffles : C'est le manuel du "corps-pisteur". La marche n'est plus un trajet, c'est une lecture de signes. L'humain ne traverse plus un décor, il réactive un milieu vivant par son seul souffle et sa foulée.
6. Pour P. Vacca : "Les Anneaux de Saturne" de W.G. Sebald.
- Un narrateur parcourt à pied le comté de Suffolk. Chaque pas déclenche une réflexion, chaque ruine une mémoire. Il construit, au fil de sa marche, un monde habitable fait de strates historiques et de sensations.
- Le lien avec les 4 Souffles : Sebald montre que le mouvement pédestre (le souffle) crée un "univers de sens". C'est la construction d'un monde par le récit de la trace. C'est une habitabilité fondée sur l'attention et la sédimentation du regard.
On vous laisse y réfléchir...

