Publié en 1941, «Sur les 4 Routes» est un ouvrage essentiel et passionnant dans lequel Le Corbusier synthétise sa pensée urbanistique et mobilitaire.
L'idée centrale est que la "vitesse" et les "flux" ont brisé l'équilibre de la vie humaine.
Pour retrouver l'harmonie, Le Corbusier propose de repenser les fonctions des quatre grands support du transport - à s’avoir l’air, le fer, l’eau et la terre qu'il nomme les "Quatre Routes".
Il pense ces quatre voies sous le prisme de la technique et de la logistique :
- la route de l’air à travers l’aviation
- la route de l’eau à travers les bateaux à moteurs
- la route du fer à travers le train
- la route de la terre à travers la voiture
S’il évoque parfois le piéton, il ne parle jamais du corps.
Et encore moins du corps en mouvement.
Dans les années 40 et encore pour quelques décennie : transport = moteur et acier
Mais…
Mais si on tentait un exercice qui consisterait à évacuer le moteur et l'acier pour repenser ces quatre routes simplement sous le prisme de la physiologie humaine et de ses possibles prothèses sportives ?
Dit autrement : ça donnerait quoi les quatre routes sous le prisme du sport ?
Dit plus précisément encore : ça donnerait quoi les quatre routes sous le prisme du trans-sport ® ?
Voilà quelques pistes de réflexions :
- La route de l’air
- Les objets : La voile de parapente, le car à voile, l'aile de kite…
- Le corps en mouvement : C'est le corps suspendu, utilisant les courants thermiques (l'énergie de l'air) plutôt que le kérosène.
- La mutation : Le "trans-sport" aérien devient un exercice de lecture du ciel et des vents. On ne se déplace plus d'un point A à un point B, on navigue. C'est le sport de l'équilibre et de l'ascendance.
- Les objets : Le kayak de mer, le paddle, l’aviron, le pump foil…
- Le corps en mouvement : C'est le corps qui fait corps avec le fluide. Le moteur est remplacé par la puissance du buste et des bras.
- La mutation : La voie d'eau n'est plus une autoroute pour péniches, mais un ruban de glisse. Le "trans-sport" ici est une question de rythme cardiaque et de synchronisation avec le courant.
- La route du fer
- Les objets : Le vélo de piste, le roller, le ski de fond…
- Le corps en mouvement : C'est le corps machine, le muscle répétitif, l'endurance pure.
- La mutation : Le rail rigide est remplacé par la vélocité. Le train (masse inerte) devient un "peloton" (masse vivante). Le mouvement collectif génère sa propre puissance. On ne subit plus le voyage, on le produit par le pédalage ou la foulée.
- La route de la terre
- Les objets : La chaussure de sport, le bâton de marche, le chausson d'escalade…
- Le corps en mouvement : C'est le corps bondissant, grimpant, explorant la tridimensionnalité.
- La mutation : La route n'est plus une surface plane pour pneus, mais un terrain de jeu accidenté. Le sol est un obstacle que le corps franchit par le saut ou la marche athlétique.
Avec cette approche mobilitaire, on passerait alors d'une civilisation de la consommation de vitesse (moteur) à une civilisation de la production de mouvement (corps) basée sur le muscle et le souffle.
On pourrait appeler cela «Les 4 Souffles ®».
Ça serait un excellent complément conceptuel à notre réflexion "Et si le trans-sport ® devenait la nouvelle performance mobilitaire du XXI° siècle ?"





