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Saturday, September 05, 2026

ET SI LA FÉDÉRATION FRANÇAISE DE VOILE NE COMPRENAIT RIEN AU MONDE QUI VIENT ?

Le 4 septembre s'est élancée des Sables d'Olonne une magnifique course à la voile ; la Golden Globe Race.

La Golden Globe Race est un tour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance, créé en 2018 pour les cinquante ans du Golden Globe Challenge, le tout premier tour du monde en solitaire de l'histoire. 


La règle du jeu est simple : naviguer comme en 1968, avec des instruments de navigation d'époque (compas, cartes papier, pas de GPS), sur des bateaux de 32 à 36 pieds conçus avant 1988.


Sauf que cette course n'est pas reconnue comme une course par certaines instances sportives et notamment par World Sailing et la Fédération française de voile, car elle ne respecte pas leurs règles de sécurité. 


Le président de la FFVoile la qualifie de «belle aventure» comme un compliment, alors que c’est juste un moyen de féliciter les concurrents tout en leur déniant le statut de sportif de compétition. 


En soi, ce n'est pas très important, la course a lieu, et c’est l’essentiel. 


Reste que cette décision apparement anecdotique, pose quand même des questions sur la compréhension par certains de la révolution actuelle des imaginaires sportifs et environnementaux.


La Golden Globe Race est une course éminemment écologique ! Les voiliers sont des coques pré-1988 sans carbone, des bateaux qu'on peut facilement réparer, faire durer et transmettre. 


La FFV a le droit de préférer un règlement de sécurité parmi d'autres. 


Mais qu'elle vienne, en 2026, distribuer des brevets de légitimité sportive en refusant le statut de course à une compétition low-tech tout en ayant dans son calendrier officiel des courses comme Vendée Globe avec ses Imoca ultra polluants (entre 400 et 600 tonnes de CO2  pour construire un IMOCA neuf), est une position qui va être de plus en plus questionnable, 


Elle célèbre la course et la débauche technologique et snobe le geste sportif "low-tech" au moment précis où beaucoup commence à se demander si la performance à tout prix, matériaux composites et budgets pharaoniques compris, est encore une valeur défendable.


La FFV va-t-elle pouvoir continuer longtemps à adouber ce qui pollue et disqualifier ce qui dure ?


Et si le bilan carbone devenait la nouvelle mesure de la performance sportive ?


Elle est où aujourd'hui la vraie performance dans la voile ?


Il y avait l'opportunité pour la FFV de profiter du départ du Golden Globe Race pour développer un autre récit de la compétition que celui qu’elle développe habituellement sur les grande course au large. 


Mais non.


Rien.


Juste "C'est pas une course !"


La FFV vient de manquer une occasion de montrer qu'une fédération sportive pouvait encore avoir un temps d'avance sur son époque... plutôt qu'un temps de retard.


C’est dommage. 


L'inévitable grand virage doctrinale des fédérations sportives.

Thursday, August 20, 2026

ET SI À CÔTÉ DE L'INSEP, ON LANÇAIT L'INSTITUT NATIONAL DU SPORT ET DU RÉENSAUVAGEMENT ?

Imaginons !


Imaginons que d’ici une quinzaine d’années le monde du sport français décide de faire sa grande révolution.


Imaginons que face aux dérèglements climatiques, les grandes fédérations sportives décident qu'il faut arrêter le bricolage de l'adaptation au climat et réinventer un nouveau récit du sport autour de nouvelles pratiques?


Qu’il faut assigner au sport un nouveau rôle sur une planète en souffrance.


Et que ce nouveau récit s’appelerait le Réensauvagement Défensif Sportif ®.


Un récit du sport qui ne viserait plus à mesurer la seule performance des corps, mais la performance des pratiques qui aideraient préserver le vivant. 


Un récit du sport qui disposerait d’une Charte du Réensauvagement Défensif Sportif ®.


Et qui serait soutenu parallèlement par nouvelle institution destinée à soutenir les nouvelles pratiques et qui aurait pour nom l’Institut National du Sport et du Réensauvagement (INSER).


L’INSER ne remplacerait pas l’INSEP.


L'INSEP resterait la maison de la performance sportive traditionnelle - celle des podiums -, alors que l'INSER préparerait aux nouvelles performances sportives du XXI° siècle - celle de la protection du vivant.


Si l'INSEP prépare aux médailles olympiques dans un environnement sportif ultra artificialisé, l'INSR serait son exact miroir subversif : un centre d'excellence dédié à la haute performance physique, scientifique et tactique au service de la sanctuarisation du vivant.


Plutôt qu'un campus ultra-moderne financé par l'État et les partenaires privés, ce serait un bastion de la résilience, implanté dans un milieu sauvage complexe - forêt dense, massif montagneux ou zone humide réensauvagée - choisi précisément pour son inconfort, considéré comme le premier des enseignements.


1. Les infrastructures : des "installations" brutes


À l'INSR, pas de pistes en tartan ni de bassins de 50 mètres chlorés :

. Pistes d'agilité et d'entrave : des parcours du combattant naturels intégrés au relief (éboulis, marécages, enchevêtrements de bois mort, franchissements de rivières sans ponts) pour développer une motricité adaptative extrême.


. Le laboratoire de "Physiologie de l'inconfort" : des zones d'entraînement exposées aux conditions météo brutes (froid, chaleur, humidité, nuit) pour acclimater les athlètes à la dépense énergétique en milieu hostile sans assistance technologique.


. Le pôle "Botanique & génie physique" : des serres de multiplication d'espèces pionnières (ronces, épines, essences locales) et des ateliers de charge lourde pour apprendre à transporter et implanter du vivant à haute cadence.


. Le Centre de récupération low-tech : bains en eau vive glacée, physiothérapie manuelle, nutrition dense issue du glanage et de la culture locale, loin des compléments alimentaires industriels.

2. Le profil des athlètes


L'admission ne se fait pas sur les tests traditionnels des Fédérations (perf, vma,...), mais sur la capacité à allier puissance athlétique et conscience du milieu :

. profils "Extracteurs / Infiltrateurs" (issus du parkour, de l'escalade, de la spéléologie) : capables de franchir n'importe quelle clôture, paroi ou structure industrielle pour accéder aux zones à protéger.


. profils "Endurance / Portage" (issus du trail, de l'aviron, du crossfit) : capables de transporter 30 kg de matériel ou de végétaux sur 50 km de terrain accidenté sans laisser de trace.


. profils "Hydro-Tactiques" (issus de la nage en eau vive, du kayak, de l'apnée) : spécialistes des interventions en milieux aquatiques - libération de cours d'eau, désenclavement de zones humides.


. profils "Sentinelles" : moins spectaculaires, mais essentiels - ce sont eux qui lisent un paysage avant tout le monde, qui remarquent la plante qui a changé de couleur ou l'oiseau qui ne chante plus au bon endroit.


. profils "Tisserands" : chargés de recoudre le lien entre les athlètes de l'INSR et les habitants des territoires où il agit, pour que la haute performance ne devienne jamais une arrogance isolée.

3. Le pôle de recherche


Là où l'INSEP cherche à optimiser des gains de performance grâce à des outils et des équipement de très haut niveau technique, le pôle recherche de l'INSR travaille sur :

. des outils légers, réparables, increvables ;

. des chaussures à empreinte neutre, conçues pour se biodégrader en fin de vie ;

. des protocoles de suivi écologique où chaque athlète devient aussi un capteur humain sur le terrain ;

. une revue interne, "Les Cahiers du Réensauvagement Sportif ®", qui documente moins des performances que des observations : ce qui repousse, ce qui revient, ce qui persiste.

Il y a probablement plein d'autres choses à imaginer, nous n'en sommes qu'au début de nos réflexions.


On vous laisse y réfléchir

Wednesday, August 19, 2026

CE QUE POURRAIT ÊTRE LA CHARTE DU RÉENSAUVAGEMENT DÉFENSIF SPORTIF

Dans notre précédent post nous émettions l'idée que puisse émerger dans les années qui viennent un véritable mouvement de Réensauvagement Défensif Sportif ®, ayant vocation à faire du sport un outil de préservation du vivant.

Mais comme tout mouvement qui se veut à la fois clair et efficace dans ses objectifs et ses méthodes, nous avons imaginé que ce mouvement se dote d'une charte du pratiquant, la Charte du Réensauvagement Défensif Sportif ®.

Voici cette Charte du Réensauvagement Défensif Sportif ®, toute simple et en seulement 4 points à fois 

Charte du Réensauvagement Défensif Sportif 

1. Adapter le corps au milieu, non l'inverse

- Nous refusons la dépendance aux infrastructures lourdes, énergivores et artificielles 

- Le terrain de pratique est brut, changeant et vivant. L'athlète développe son agilité, sa proprioception et sa résilience en s'adaptant à la complexité du milieu naturel, sans chercher à le dompter ou à l'aplanir.

2. Faire du sport un bouclier territorial et écologique

- Chaque sortie, entraînement ou itinérance est une présence attentive sur le terrain. Nous mettons nos compétences physiques et d'orientation au service de la protection des espaces menacés par le bétonnage ou l'extractivisme. 

- En arpentant les zones tampons et les corridors écologiques, nous documentons l'état du vivant, signalons les dégradations et affirmons un usage citoyen protecteur face à l'accaparement des terres.

3. Favoriser la régénération passive et la botanique de combat

- Là où nous évoluons, nous faisons alliance avec les processus naturels. Nous respectons la libre évolution des milieux et favorisons le retour de la végétation spontanée sur les espaces sportifs obsolètes ou dégradés. 

- Nous adaptons nos itinéraires pour contourner strictement les zones de nidification ou de régénération fragile, transformant la contrainte géographique en éthique de pratique.

4. Cultiver l'autonomie et la sobriété matérielle

- Le matériel doit être durable, réparable, low-tech et réduit au strict nécessaire. Nous rejetons la course à l'équipement jetable et au renouvellement superflu. 

- La véritable performance réside dans l'autonomie : savoir s'orienter sans signal GPS, gérer son effort face aux intempéries, lire le terrain et évoluer en sécurité sans laisser d'autre empreinte que l'éphémère trace de nos pas.


Oui, c'est clairement un outil d'écologie politique et sportive.


On vous laisse y réfléchir et imaginer toutes les améliorations possibles.

Thursday, July 09, 2026

L'ÉPREUVE DES ÉLÉMENTS

"Mal Tiempo", "Nullarbor" et "Bluff" de David Fauquemberg sont des romans merveilleux, car ils nous obligent à regarder et à penser autrement.


Le monde vu d’une salle de boxe cubaine, du désert australien ou de la mer de Tasman nous sort forcément de nos références habituelles.


Ils offrent aussi potentiellement - pour peu que l’on accepte de se mettre dans cette posture - des récits très riches pour aborder la prospective sportive et climatique sous des angles nouveaux.


C’est en tout cas ce que nous avons tenté de faire avec trois de ses livres dans le cadre de notre démarche Ruptures Littéraires ®.



Mal Tiempo : L'école de la résilience climatique


- Dans Mal Tiempo, qui suit le parcours d'un boxeur à Cuba, le sport n'est pas une affaire d'infrastructures climatisées de haute technologie ou de gadgets connectés. C'est une discipline de l'épure, profondément ancrée dans un environnement rude, soumis aux éléments (les tempêtes, la chaleur tropicale).


Application prospective : Au lieu de penser le futur du sport sous l'angle de « l'adaptation technologique » au changement climatique (climatiser des stades, enneiger artificiellement), Mal Tiempo permet d’imaginer une prospective de la sobriété et de la robustesse. Comment entraîne-t-on le corps et l'esprit à performer dans un monde à +3°C avec un minimum de moyens ?


Fiction "Boxe des Ombres" - inspiré de Mal Tiempo.

"Face aux pannes chroniques du réseau électrique et aux canicules à répétition, le modèle des salles de sport ultra-équipées s'est effondré. 
À la place, s'est développé le mouvement de la "Boxe des Ombres" : un réseau de clubs d'arts martiaux et de sports de combat qui s'entraînent exclusivement en extérieur, au rythme du soleil (tôt le matin, tard le soir), dans des friches urbaines ou sous des structures d'ombrage légères. 
L'équipement est minimal, réparable à l'infini. La performance ne se mesure plus aux calories brûlées sur un écran, mais à la capacité du corps à réguler sa température et à rester lucide dans l'inconfort thermique."

Le saut mental : La prospective classique cherche à tout prix à maintenir le confort (climatiser les gymnases, inventer des maillots réfrigérants). 

Cette fiction en prend le contre-pied : elle explore l'art de l'épure et l'entraînement à la rugosité. 

Le sport devient un outil d'adaptation biologique et mentale à un monde instable, et non plus un loisir de luxe dépendant de l'énergie.


Les possibles questions de rupture

- "Si notre fédération / notre club subissait des coupures d'électricité 100 jours par an, quelles pratiques survivraient à l'obscurité et à la chaleur ?" 

- "Comment transformer nos sportifs en "experts de la sobriété" plutôt qu'en consommateurs de technologies ?"



Nullarbor : Accepter le vide et le nomadisme


- Un homme traverse Nullarborimmensité désertique à l’ouest de l’Australie. C'est une ode aux grands espaces, au voyage, à la confrontation directe avec la rudesse géographique, le temps long et l’altérité radicale de la culture aborigène.


Application prospective : L'aménagement sportif territorial de demain devra composer avec des zones devenues impraticables (submersion littorale, canicules extrêmes, sécheresses). S'inspirer de Nullarbor permet de concevoir une prospective de l'itinérance et de la désignation d'espaces. 


Au lieu de sanctuariser des infrastructures fixes (des complexes sportifs lourds), comment imaginer des pratiques sportives nomades, légères, qui épousent les mutations climatiques des paysages plutôt que de tenter de les dompter ?


Fiction "L'Archipel Mobile ®" inspiré de Nullarbor.

"Le recul du trait de côte et les incendies estivaux ont rendu obsolètes les grands complexes sportifs littoraux et forestiers. L'État a cessé de reconstruire les infrastructures en dur après chaque catastrophe. Place à "L'Archipel Mobile ®" : le sport de nature se pratique désormais via des structures éphémères et nomades. 
Des caravanes de sportifs (traileurs, grimpeurs, kayakistes) se déplacent sur le territoire en fonction des fenêtres climatiques favorables dictées par les algorithmes météo. On ne va plus "au club", on rejoint une "migration sportive" qui s'installe pour trois semaines là où la nature le permet, sans laisser de trace."

Le saut mental : La prospective classique s'obstine à vouloir "défendre" des infrastructures fixes contre les éléments (digues, barrières). 

Ce scénario pousse à réfléchir à un urbanisme sportif liquide, nomade et réversible. Il détache la pratique sportive de la propriété foncière et du béton pour l'associer au mouvement et à la fluidité géographique.


Les possibles questions de rupture

- "Si 50 % de nos équipements sportifs actuels devenaient inutilisables à cause du climat d'ici 10 ans, comment organiserions-nous la pratique sans aucun bâtiment fixe ?"

- "À quoi ressemble un club de sport dont les membres sont nomades et suivent les saisons écologiques plutôt que le calendrier scolaire ?

 

Bluff Savoirs autochtones et lecture du vivant

- Dans Bluff, l'action se déroule à l'extrême-sud de la Nouvelle-Zélande. Le récit met en avant le personnage de Rongo Walker et l'art de la navigation aux étoiles maorie, où l'humain lit les courants, le vol des oiseaux et le vent pour se repérer, en communion avec l'océan.


- Application prospective : Comment les pratiquants de sports de nature (voile, trail, alpinisme) peuvent-ils cesser d'être de simples "consommateurs d'espace" pour devenir des vigies du climat, capables de lire et de décoder les transformations subtiles du vivant à la manière des anciens navigateurs ou montagnards ? Comment bâtir un outdoor low-tech ne dépendant plus des écrans ?


Fiction "Les Sentinelles" inspiré de Bluff.

"Pour obtenir le droit de s'engager sur certaines épreuves en les ou en montagne les athlètes ne passent plus seulement des tests physiques, mais un brevet de "Lecture du Vivant". Les skippers et coureurs des mers doivent savoir naviguer sans GPS, en interprétant le vol des oiseaux marins, la couleur de l'eau et les micro-variations du vent. Ces sportifs sont devenus les yeux et les oreilles des scientifiques : chaque sortie est une mission de cartographie sensorielle de l'effondrement ou de la résilience de la biodiversité.

Le saut mental : La prospective classique traite la nature comme un simple "terrain de jeu" ou un décor qu'il faut décarboner (ex. nettoyer les trails). 

Ce scénario transforme le sportif en co-habitant et traducteur du vivant. Le sport devient une méthode d'alliances avec les écosystèmes.


Les possibles questions de rupture

- "Comment nos événements sportifs peuvent-ils cesser d'être "neutres en carbone" pour devenir "générateurs de biodiversité" par la pratique elle-même ?"

- "Si la technologie embarquée (GPS, montres connectées, données satellites) était interdite pour des raisons de souveraineté numérique, comment ré-enseignerions-nous l'art de s'orienter dans la nature aux sportifs ?"

On vous laisse y réfléchir.