Thursday, February 06, 2014

LOGISTIC 2050 : WHAT WILL BE THE WORLD ?

Le scénario 1 est très sombre mais est, malheureusement le plus probable.

Le scénario 2 est un rêve pour les technophiles un peu béats et donc sans intérêts.

Le scénario 3 a mis l'imprimante 3 D et l'auto-production locale au coeur de sa réflexion et aurait mérité d'être plus poussé.

Le scénario 4 joue sur les conséquences désastreuses d'un retour au protectionnisme et la chute du commerce internationale qui lui serait lié.

Le scénario 5 est, lui, très pragmatique en se concentrant sur la gestion des situations de crise locales.

Ces cinq scénario très (trop) contrastés sont tirés de l'exercice de prospective "Delivering Tomorrow" conduit par la Deutsche Post et sa filiale DHL

C'est parfois trop caricatural, trop simpliste et trop manichéen, l'avenir ayant de grande chance d'être un plus ou moins joyeux mélange de ces tendances pas forcément contradictoires. 

Mais ce travail a au moins le mérite d'exister et de remettre la logistique au coeur de la réflexion. 

Et nous chez Transit-City, on est passionné par le secteur logistique qui associe transports, urbanisme, énergie, nouvelle économie et container - voir :

Wednesday, February 05, 2014

ET SI LE POST-FORDISM ANNONÇAIT UN CERTAIN NEO-MEDIEVALISM ?

Si on part du principe que nous entrons dans une époque radicalement nouvelle car totalement dominée par les technologies nées de l'informatique et que cela va complètement bouleverser nos modes de vies - voir "The Second Machine Age".

Si on part du principe que nous entrons dans une troisième révolution industrielle qui va radicalement modifier le système productif et énergétique actuel - voir "The Third Industrial Revolution".

Alors on est obligé de se poser un certain nombre de questions notamment sur les évolutions possibles des lieux de travail, que ce soit le bureau ou l'usine - voir  -, mais aussi de l'habitat - voir .

On peut faire de la prospective sur ces sujets en partant du principe que tout est tellement radicalement nouveau, que le passé n'a pas grand chose à nous apprendre

On peut - et c'est ce que nous faisons chez Transit-City - au contraire se replonger dans l'histoire pour essayer de dessiner de nouvelles lignes d'horizons - voir à ce sujet mon récent post sur le possible retour des moulins.

C'est donc dans le prolongement du dernier Atelier sur l'énergie - - et en prévision du prochain Atelier sur un retour possible de logiques politiques et économiques qui se sont développées au Moyen Age - voir - que je me suis replongé dans "La Révolution industrielle du Moyen Âge" de Jean Gimpel

Mon hypothèse étant que c'est peut-être dans cette période pré-industrielle que je pourrais trouver des éléments de réflexions féconds sur la période post-fordist qui s'annonce. 

La question sous-jacente à ma relecture étant : et si la fin de la centralisation et la multiplication des petites unités productives dont parle Jeremy Rifkins nous ramenaient à un système proche de celui qui avait prévalu au Moyen Age avec tout ces moulins et ces abbayes, véritables premières micro-factories de l'époque ?

Et c'est dans ce cadre que je voulais vous proposer ces quelques lignes sur le rôle des moulins et abbaye dans la naissance de la toute première révolution industrielle.
"La première révolution industrielle date du Moyen Age. Les XI°, XII° et XIII° siècle ont créé une technologie sur laquelle la révolution industrielle du XVIII° siècle s'est appuyée pour prendre son essor. Les découvertes de la Renaissance n'ont joué qu'un rôle limité dans l'expansion de l'industrie en Angleterre aux XVIII° et XIX° siècles. 
En Europe, dans tous les domaines, le Moyen Age a développé plus qu'aucune autre civilisation l'usage des machines (...) Si l'Antiquité connaissait les machines, elle n'en fit qu'un emploi limité, utilisant l'engrenage principalement pour animer jouet et automates. La société médiévale remplaça le travail manuel par le travail des machines. 
Ces machines n'étaient ni étrangères, ni inconnues du citadin ou du paysan. L'un comme l'autre avaient à leur porte une usine médiévale : le moulin, un moulin à eau, un moulin à vent ou un moulin actionné par la marées. 
Ces "usines" devinrent vite au moyen Age un lieu de contact et de rencontre, surtout les moulins à blé ou citadins et campagnards se retrouvaient quand ils venaient moudre leur grain. 
Au Moyen Age, l'énergie hydraulique avait l'importance du pétrole au XX° siècle. Un document du XIII° siècle sur le rôle de l'énergie hydraulique dans l'abbaye cistercienne de Clairveaux prouve l'importance de la mécanisation comme facteur primordial de l'économie médiévale. (...) 
La discipline imposée par la règle de Citeaux, le rigide emploi du temps et l'impossibilité de dévier de la règle sans risquer un châtiment évoquent, dans une certaine mesure, les normes de travail imposées par Henry Ford aux ouvriers des chaines de montage."
Entre des abbayes annonçant le fordism et des moulins tombant peu à peu sous la coupe des financiers aux dépends des meuniers,  j'ai retrouvé les logiques du capitalisme financiarisé contemporain avec pour résultats les mêmes inégalités grandissantes. Voir sur ce sujet "Silicon Chasm - The class divide on America's cutting edge" sur l'évolution actuelle de la Silicon Valley, mais aussi l'excellent "The secret libertarianism of Uber & AirBnB" sur l'évolution des relations salariales.

On reviendra sur cette question des parallèles possibles entre notre période actuelle et celle du Moyen Âge avec l'historien Patrick Boucheron lors du prochain Atelier Transit-City organisé le vendredi 7 mars - les infos .

Tuesday, February 04, 2014

POST-FORDISM : VERS UNE ÉLOGE DU GARAGE ?

On peut faire l'hypothèse que le net et l'imprimante 3 D vont donner naissance à une nouvelle révolution industrielle fondée - entre autre sur la décentralisation de la production et l'apparition de micro-entreprise - et .

On peut aussi faire l'hypothèse que ce mouvement soit amplifié par une volonté de décrocher du virtuel pour remettre les mains dans le cambouis, comme en parle si bien Matthew B. Crawford dans son incontournable et jouissif "Éloge du carburateur - Essai sur le sens et la valeurs du travail" dont je vous propose de larges extraits de l'introduction ci-dessous.
"(...) La disparition des outils de notre horizon éducatif est le premier pas sur la voie de l’ignorance totale du monde d’artefacts que nous habitons. De fait, il s’est développé depuis quelques années dans le monde de l’ingénierie une nouvelle culture technique dont l’objectif essentiel est de dissimuler autant que possible l’intérieur des machines. Le résultat, c’est que nombre des appareils que nous utilisons dans la vie de tous les jours sont devenus parfaitement indéchiffrables. Soulevez le capot de certaines voitures (surtout si elles sont de marque allemande) et, en lieu et place du moteur, vous verrez apparaître quelque chose qui ressemble à l’espèce d’obélisque lisse et brillant qui fascine tellement les anthropoïdes au début du film de Stanley Kubrick 2001 : L’Odyssée de l’espace. Bref, ce que vous découvrez, c’est un autre capot sous le capot. Cet art de la dissimulation a bien d’autres exemples. (...) 
Ce déclin de l’usage des outils semble présager un changement de notre relation avec le monde matériel, débouchant sur une attitude plus passive et plus dépendante. Et, de fait, nous avons de moins en moins d’occasions de vivre ces moments de ferveur créative où nous nous saisissons des objets matériels et les faisons nôtres, qu’il s’agisse de les fabriquer ou de les réparer. Ce que les gens ordinaires fabriquaient hier, aujourd’hui ils l’achètent; et ce qu’ils réparaient eux-mêmes, ils le remplacent intégralement ou bien louent les services d’un expert pour le remettre en état, opération qui implique souvent le remplacement intégral d’un appareil en raison du dysfonctionnement d’une toute petite pièce. 
(...) Cet ouvrage plaide pour un idéal qui s’enracine dans la nuit des temps mais ne trouve plus guère d’écho aujourd’hui : le savoir-faire manuel et le rapport qu’il crée avec le monde matériel et les objets de l’art. Ce type de savoir-faire est désormais rarement convoqué dans nos activités quotidiennes de travailleurs et de consommateurs, et quiconque se risquerait à suggérer qu’il vaut la peine d’être cultivé se verrait probablement confronté aux sarcasmes du plus endurci des réalistes : l’économiste professionnel. Ce dernier ne manquera pas, en effet, de souligner les « coûts d’opportunité » de perdre son temps à fabriquer ce qui peut être acheté dans le commerce. (...) 
(...) Ce livre n’est pas vraiment un livre d’économie; il s’intéresse plutôt à l’expérience de ceux qui s’emploient à fabriquer ou réparer des objets. Je cherche aussi à comprendre ce qui est en jeu quand ce type d’expérience tend à disparaître de l’horizon de nos vies. Quelles en sont les conséquences du point de vue de la pleine réalisation de l’être humain? L’usage des outils est-il une exigence permanente de notre nature? Plaider en faveur d’un renouveau du savoir-faire manuel va certainement à l’encontre de nombre de clichés concernant le travail et la consommation ; il s’agit donc aussi d’une critique culturelle. Quelles sont donc les origines, et donc la validité, des présupposés qui nous amènent à considérer comme inévitable, voire désirable, notre croissant éloignement de toute activité manuelle ? (...)"
"(...) Si je raconte ici ma propre histoire, ce n’est pas parce que je crois qu’elle sort de l’ordinaire, mais au contraire parce que je pense qu’elle est assez banale. Je veux rendre justice à certaines intuitions qui sont partagées par beaucoup de gens, mais qui n’ont pas suffisamment de légitimité publique. Tel est le sujet de ce livre: j’ai toujours éprouvé un sentiment de créativité et de compétence beaucoup plus aigu dans l’exercice d’une tâche manuelle que dans bien des emplois officiellement définis comme «travail intellectuel». Plus étonnant encore, j’ai souvent eu la sensation que le travail manuel était plus captivant d’un point de vue intellectuel. Cet ouvrage est donc une tentative de comprendre pourquoi.(...)"
Si on fait l'hypothèse que cette analyse sur un désir du retour au travail manuel se trouve démultiplié par le mouvement des makers et l'émergence tout azimut de fab lab et l'émergence de nouveaux types de lieux mi-usine/mi-campus (voir ), alors ...
Alors on doit aussi faire l'hypothèse que cette nouvelle révolution industrielle devrait entraîner une révolution d'une partie de notre habitat - voir "Et si c'était le travail et le garage qui devaient enfin révolutionner l'habitat ?"
Et on peut aussi se demander si le projet "Industrial Platform for Housing" ci-dessous ne fait pas partie de ces nouvelles approches de l'habitat et des lieux de travail que nous allons devoir imaginer pour les décennies à venir.

On est avec ce projet dans la lignée de "Sans Usine Fixe" et de "Mobifactory, l'usine nomade du futur ?"

Voir .

Monday, February 03, 2014

ET SI LES VILLES REPRENAIENT LE POUVOIR FACE AUX ÉTATS ?


Et si en devenant les moteurs de la croissance, les villes s’émancipaient peu à peu des Etats ?

Et si nous étions à l’aube d’une vraie révolution politique ?
Et si aujourd’hui les Etats-Unis était à la pointe de cette révolution ?
Et si le « new localism » anglo-saxon annonçait un « néo-médiévalism » urbain ?
Bref, et si pour penser le monde urbain du XXI° siècle, il fallait revenir au Moyen-Âge ? 
Dans son dernier livre « La Ville au secours des Etats » , l’urbaniste Jean Haentjens souligne que le « retour des villes sur le devant de la scène politique a connu, depuis quelques années, une accélération impressionnante. En Europe, plusieurs pays (Danemark, Suède, Pays Bas, Finlande…) ont récemment réduit le nombre de leurs communes pour leur donner plus de responsabilités. Le Royaume-Uni a voté, en 2011, un Localism Act et la France a accordé, en 2013, un statut particulier aux métropoles. »
Aux Etats-Unis, des économistes et essayistes, parmi lesquels Benjamin Barber dans son récent «If mayors rule the world - Dysfonctionning nations, Rising cities» ou Bruce Katz et Jennifer Bradley dans «Metropolitan révolution - How Cities and Metros Are Fixing Our Broken Politics and Fragile Economy» expliquent « que les pouvoirs urbains sont en train de prendre le relai des Etats défaillants, surendettés, et paralysés par des querelles idéologiques ; et que les vrais leaders, ce ne sont plus les politiciens qui s’agitent dans les medias, mais les élites urbaines - maires, chefs d’entreprises, universitaires, responsables associatifs et acteurs culturels - qui oeuvrent de concert pour développer leur cité.» 

Ces analyses posent évidement un certain nombre de questions.

- La première pourrait être de savoir s’il est vraiment étonnant que dans un monde très majoritairement urbain, les villes prennent un poids économique et politique de plus en plus important ?

- Une autre pourrait être de se demander si ce qui est décrit par ces chercheurs américains n’est pas tout simplement une longue tendance historique déjà très ancienne ? Souvenons nous de ce qu'écrivait Fernand Braudel dans « Civilisation matérielle, économie et capitalisme XV-XVIII° siècle » : face à un «État toujours un peu lourdaud», la ville a toujours prêté sa «vivacité irremplaçable».

- La vraie question pourrait alors être de savoir si cette montée en puissance économique des villes va demain se traduire par un basculement d’une partie des pouvoirs détenus par l’Etat central vers de nouveaux pouvoirs communaux ? 

Ou dit autrement : de savoir si on va passer d’un simple mouvement qualifié de « new localism » à une vraie révolution « néo-médiévale » qui s’exprimerait notamment par une autonomie de plus en plus grandes des villes face à des Etats de plus en plus affaiblis ?

C'est pour discuter de ces questions et hypothèses que nous organisons le vendredi 7 mars un Atelier Transit-City avec :
Professeur d’histoire du Moyen-Âge à l’Université Paris I Panthéon Sorbonne, 
auteur - entre autres - de « Histoire de l’Europe urbaine - La Ville Médiévale » 

urbaniste et auteur de « La Ville au secours des Etats »

Les Ateliers Transit-City ont lieu au Pavillon de l'Arsenal de 8 h 45 à 11 heures
21 Bd. Morland 75004 PARIS.
Métro : Sully Morland.