Monday, September 21, 2026

11 ROMANS / 4 CORPS

Étape 1 d'un parcours littéraire et prospectif

- le point de départ.

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Sous le nom d’Infernus Iohannes, l'écrivain Antoine Volodine vient de frapper un grand coup en publiant simultanément 11 romans chez 11 éditeurs différents - voir tous les détails là.

Ces 11 livres clôturent une aventure monumentale - 49 titres publiés - construite sur plus de quarante ans autour d’un thème : le post-exotisme.


Pour qui n'a jamais ouvert un livre de Volodine, l'univers peut surprendre. 


Le post-exotisme ne raconte pas des histoires classiques avec des héros triomphants. 


Il nous plonge - au contraire - dans un monde d'après le désastre, ruiné par les échecs politiques et les traumatismes du XXᵉ siècle.


Dans cet univers, les personnages sont des combattants vaincus, des reclus oubliés dans des cellules, des êtres comateux ou des figures en exil. 


Pourtant, ils ne renoncent pas. 


Leur résistance ne passe plus par la force armée, mais par la parole partagée, le rêve, le souffle et le souvenir. 


Ce sont des voix qui chuchotent depuis les marges pour préserver une forme de fraternité ultime.


Le corps humain n'est plus une machine invincible : c'est un organisme fatigué, traqué, soumis au froid, à la faim, mais capable d'une endurance poétique et spirituelle remarquable.


Les principales figures corporels et charnelles qui émergent de cet ensemble :

. Le corps en Bardo (ou le corps-fantôme) : Directement hérité du bouddhisme tibétain et omniprésent dans des titres comme Bardo solo, ce corps évolue dans l'interstice entre la vie et la mort. Ce n'est plus une enveloppe biologique ferme, mais un fluide mémoriel, une silhouette ectoplasmique soumise à des métamorphoses ou à la décomposition. Il matérialise l'état de coma, de rêve éveillé ou de déchéance post-mortem.


. Le corps reclus et torturé : Fidèle à la mythologie post-exotique des écrivains combattants enfermés dans des cellules hautement sécurisées, le corps y est décrit dans sa matérialité la plus brutale et contrainte : la faim, la crasse, le froid, la douleur physique et les stigmates de la répression. Le corps est l'ultime surface d'inscription de la défaite politique et de l'enfermement.


. Le corps hybride et monstrueux : Entre l'humain, l'animal et le végétal (ou le minéral), les personnages volodiniens souffrent d'une hybridité difforme. Ces corps «déplacés», souvent grotesques ou malades, incarnent la mutation provoquée par un monde irradié, ruiné ou soumis à des traumatismes historiques majeurs.


. Le corps traqué / la figure féminine combattante : Dans des récits comme Malaise chez les plongeuses, le corps s'incarne dans des figures de femmes, de guerrières ou d'exilées, en lutte physique directe avec leur environnement. Le corps y est un outil de résistance instinctif, mais constamment au bord de l'épuisement total.

À première vue donc, rien ne semble plus éloigné du post-exotisme que le sport moderne. 


Mais c'est justement ce décalage entre le sport et l'univers de Volodine, qui nous a intéressé.


On poursuit notre réflexion dans notre prochain post dans lequel nous détaillerons comment ces quatre figures du corps chez Volodine pourraient nous aider à penser différemment les pratiques sportives de demain.