Saturday, June 14, 2008

ET SI LA VILLE SE PENSAIT COMME UN EMPILEMENT DE STADES ?

En 2004, les équipes de NikeLab proposait sur internet une clip donnant une vision décapante et onirique d'une ville conçue comme un enchevêtrement de pistes et de terrains de sports. (voir les image ci-dessus)

Si les images image relevaient de la science-fiction, la vision s'appuyait elle sur une réalité bien tangibles. A savoir que les villes, leurs rues et leurs parcs sont devenus un immense stade où se pratiquent de nombreux sports. (voir et , entre autres)

C'est d'ailleurs devenu l'un des positionnement clé et fort de la marque sur le plan publicitaire, que de toujours se mettre en scène en dehors des stades traditionnels, comme le montre ces images extraites d'un spot diffusé en Inde à l'occasion de la Coupe du Monde Cricket de 2007.

(voir le clip indien de Nike, - c'est très joyeusement foutrac à l'image du pays et de ses rues)

Cette idée que le sport est aujourd'hui partout dans la ville se traduit parfois sur le plan urbanistique par des propositions innovantes et capables de nous inciter à regarder le territoire urbain d'une autre façon. C'est en tout cas l'effet que m'avait fait cette proposition de stade installé au coeur de Manhattan, présenté une jeune équipe d'architectes lors de la Biennale de Venise de 2004.

Si je vous parle de cela aujourd'hui c'est que vient de s'ouvrir au Netherland Architure Institut de Rotterdam, un superbe expo intitulée NL 28 Olympic fire.

L'objet de l'expo est d'essayer d'imaginer les conséquences que pourraient avoir pour un pays comme la Hollande, l'organisation des jeux en 2028.

Les travaux présentés sont le fruit de la collaboration de Academy of Architecture Rotterdam et du Berlage Institute associé au cabinet MVRDV, jamais avare de visions prospectives décoiffantes. "They linked such themes as climate change, water management and energy production in various ways with solutions for stadiums, infrastructure and accommodation for athletes." Bref un travail très large qui aboutit à des propositions diablement stimulantes, comme celle ci-dessous, d'un mega-stade pluri-disciplinaires.

Cette image peut être rapprochée de celle ci-dessous, qui est issue d'une des premières présentations faîtes par l'émir de Dubaï pour son projet de Dubaï Sport City.

Depuis le projet a évolué (heureusement !) et cette cité du sport devrait plutôt ressembler aux images ci-dessous. A vous de juger de la qualité urbaine et architecturale du projet.

J'ai juste, de mon côté, une petite question en voyant le grand stade : comment peut-on jouer au foot par 45° à l'ombre, température moyenne dans l'émirat ? Tout cela risque fort de finir en un vaste cauchemar climatisé, un peu à l'image du reste de la ville.

PS / A propos NL 28 Olympic fire et de la montée des eaux
En visitant l'expo NL 28 Olympic fire qui aborde, entre autres, les conséquences d'une éventuelle montée des eaux sur l'organisation des JO en Hollande, j'ai été très surpris de ne pas retrouver ce superbe projet de BigFoot Floating Stadium qui avait été présenté lors de Flood, organisée à Rotterdam en 2005. Il y aurait eu, pourtant, toute sa place.

Friday, June 13, 2008

TROIS TABLEAUX, UNE CARTE ET DEUX ANECDOTES QUI EN DISENT PLUS QUE ...

Zoom sur une mutation américaine

La chute des ventes de Hummer



Les modèles qui se vendent le plus ... et le moins


La hausse des ventes de voitures hybrides


La carte en creux de l'urbanisme américain


Plus sur le site du New-York Times .

Les flics à pieds et en voiture de golf
"Rising gas prices are prompting some police departments to curb their cruisers for parts of their daily shifts and walk the beat instead — a change that shrinks coverage areas and increases emergency response times.
Others are cutting back on a popular program that allows officers to take their vehicles home to boost police presence in neighborhoods. (...)

(...) • The Georgia Department of Public Safety is encouraging its 770 state troopers to reduce patrol time. Mileage reductions have ranged from 15% to 25% per month since January, Senior Trooper Larry Schnall says. In place of some patrols, troopers are conducting more radar surveillance or manning stationary checkpoints.
• In Fairfield County, Ohio, Sheriff Dave Phalen has dispatched a deputy in a golf cart to patrol one local community. Another golf cart is on the way, and he has ordered all deputies to shut down their patrol cars for 15 minutes every hour to walk the beat.
• In Anne Arundel County, Md., the sheriff's department has recalled 13 of the agency's 38 cruisers designated as take-home patrol vehicles. Officers assigned to those cars now must drive from their homes to headquarters to pick them up, Maj. Rick Tabor says.
"

Plus sur le site de USA Today, .

Les putains au chomage

"LOS ANGELES (AdAge.com) -- In Nevada, where legal brothels have operated since the late 19th century, business is suddenly a bit slow." Et oui, avec la hausse du prix de l'essence beaucoup de routiers ont vu leurs revenus baisser, et disposent de moins d'argent pour aller voir les filles. Conséquence : les bordels du Nevada ont vu leur fréquentation chuter de 25 à 45 % !

Aller plus loin
De façon plus générale sur les mutations de la mobilité et de l'urbanisme aux Etats-Unis aujourd'hui, voir et .

Voir aussi notre dossier Road Book USA


Sans oublier la mutation de l'US Army, qui elle aussi souhaite abandonner les Hummer pour des petites voitures de golf, voir notre post .

Sunday, June 08, 2008

QUAND LA SÉCURITÉ EST PLUS RENTABLE QUE LA PAIX



"Len Rosen , éminent banquier d'affaires israélien, tint au magazine Fortune les propos suivants : "La sécurité compte plus que la paix." Pendant la période d'Oslo, " on comptait sur la paix pour assurer la croissance. A présent, on mise sur la sécurité comme moyen d'empêcher la violence d'entraver la croissance". Il aurait pu aller plus loin : la fourniture de produits liés à la "sécurité" - en Israël et à l'étranger - est directement responsable d'une bonne part de la phénoménale croissance économique que connaît Israël depuis quelques années." (...)

(...) "Comme de plus en plus de pays se transforment en forteresses (on érige des murs et des clôtures de haute technologie entre l'Inde et le Cachemire, l'Arabie Saoudite et l'Irak, l'Afghanistan et le Pakistan), les "barrières de sécurité" deviendront peut être le plus vaste marché du désastre d'entre tous. C'est pourquoi Elbit et Magal (les deux sociétés qui ont conçu le mur qui entoure une partie d'Israël - ndla) ne se formalisent pas de la réprobation que suscite un peu partout dans le monde ce mur - en fait ces sociétés y voient plutôt une forme de publicité gratuite. "Les gens se disent que nous sommes les seuls à avoir fait l'expérience de cet équipement dans la réalité", expliqua Jacob Even-Ezra, PDG de Magal. Depuis le 11 septembre, le prix des actions d'Elbit et de Magal a plus que doublé - rendement tout à fait usuel pour les titres israéliens du domaine de la sécurité intérieure." (...)

(...) "Le hasard n'est pour rien dans le fait que la décision d'Israël de situer le "contre-terrorisme" au centre de son économie d'exportation a coïncidé avec l'abandon des négociations de paix."

On est pas obligé d'être d'accord, mais l'analyse que développe Naomi Klein dans son dernier livre The Shock Doctrine. The Rise of Disaster Capitalism (La Stratégie du Choc, en français), sur l'évolution d'une partie de l'économie israélienne dans le marché de "la sécurité", est loin d'être inintéressante.

Elle rejoint en tout cas certaines de nos analyses sur les mutations urbaines du XXI° siècle.
Voir Et si les villes privées et fortifiées devenaient une banalité ?, et une partie des questions que nous nous posons dans la cadre de Catastrophic Cities, et notamment sur ce sujet de l'obsession sécuritaire.

Voir sur ces sujets, l'excellent site Subtopia, qui est une véritable mine d'informations sur la militarisation de l'urbanisme dans le monde aujourd'hui.

DEMAIN / Fiction-Not fiction



(Cliquer sur les slides extraits de Wall City pour les agrandir)

THE NEW NORMAL ?






Les photos ci-dessous ne méritent pas de commentaires tellement elles sont claires.

Elles ont été réalisées par l'artiste Sharif Waked, dans le cadre d'une réflexion sur la vie quotidienne de la population palestinienne dans les territoires occupées illégalement par Israël. Comme le garçon ne manque pas d'humour, il a appelé son travail Chic Point.

C'est certainement l'un des points forts de l'exposition The New Normal présentée actuellement à New-York, et qui a pour thème les conséquences de l'hyper-surveillance dans nos sociétés contemporaines.
Bon compte-rendu, .

Voir en complément,

Thursday, May 29, 2008

QUAND LE SUPER-HÉROS AMÉRICAIN SE JAPONISE

Les photos ci-dessus sont celles de quelques pages du superbe catalogue Super Heroes - fashion and fantasy, lié à l'exposition éponyme ouverte récemment au MET.
Si vous passez par New-york, d'ici septembre prochain, allez-y !! Même si vous n'êtes pas un fan des comics, vous apprécierez - j'en suis certain - cette analyse assez fine des rapports entre l'imagerie des super héros et la mode.
Tous les détails sur l'expo et le catalogue



Le catalogue est brillament préfacé par Michael Chabon, l'auteur de cette petite merveille qu'est "Les extraordinaires aventures de Kavalier & Clay", l'histoire de deux jeunes juifs, Joe et Sammy, qui, pendant la seconde guerre mondiale créent un super héros : l’Artiste de l’évasion.

"Joe et Sammy sont des personnages fictifs qui évoquent Siegel et Schuster, les créateurs de Superman, mais aussi Simon et Kirbey, ceux de Captain America. L’Artiste de l’évasion est une pure invention de Chabon, inspiré de Flash Gordon, Super Man, Batman. Les références aux faits historiques parsèment le récit : apparition de Orson Welles et de Salvador Dali, par exemple. Le livre soulève des problèmes historiques rarement abordés dans le roman américain : l’extrême droite américaine pendant la guerre, qui soutient activement Hitler, les difficultés des réfugiés dans un pays en pleine effervescence consumériste, le rôle des BD dans la représentation de la seconde Guerre Mondiale aux États-Unis…"

Dans la foulée de l'expo, j'ai immédiatement été voir le film Iron Man. J'étais d'autant plus curieux de voir ce film, qu'à la librairie du MET j'avais acheté "Iron Man - Beneath the armor" qui retrace toute les phases d'évolution de ce super héros à travers la mutation de son armure.
Plus de détails sur le personnage, .

Tout mon intérêt pour le sujet est lié aux travaux que je conduis depuis plusieurs années sur les grands imaginaires mondiaux, et plus particulièrement sur les pop culture américaines et japonaises. Des cultures souvent regardées de haut dans le monde de la ville, et qui ont pourtant des influences directes sur notre quotidien, que ce soit dans le secteur automobile ou dans la façon d'imaginer l'avenir des seniors.

Evidement en sortant du film, je n'ai pu qu'être frappé par l'évolution d'Iron Man et de la super-combinaison qui lui donne tous ses pouvoirs (voir ci-dessous, Iron Man à sa création en comics et Iron Man aujourd'hui dans sa version cinéma)

Iron Man - 1963

Iron Man - 2008

Ce film fut pour moi un choc, car je n'ai pas vu un film américain traditionnel de super-héros, mais un film de super héros en train de se japoniser. En effet, tout dans ce film, illustre la formidable montée en puissance de la culture japonaise.

Quand Starck, le héros, essaie sa nouvelle tenue, j'ai immédiatemnt vu la tenue imaginée par Panasonic pour aider les seniors qui n'ont plus de force dans les bras (tenue - ci-desous à droite, exposée actuellement au MOMA, où j'ai pris cette photo, dans le cadre d'une exposition temporaire sur les nouvelles technos)


La tenue 2008 d'Iron Man semble elle tout droit inspirée des mobil suite de la série japonaise Gundam.
Voir les deux images ci-dessous. Celle d'en haut, est celle de la nouvelle tenue d'Iron Man, celle du dessous, celle, d'un Gundam.


Dans sa livraison de novembre dernier, WIRED titrait "How Manga Conquered the U.S". Le magasine ne citait par Iron man, qui n'était pas encore sorti, mais le film est une excellente illustration de cette influence japonaise sur les imaginaires américains.


D'ailleurs pour illustrer les étapes importantes de cette influence nippone sur la culture US, WIRED a réalisé un joli manga dans lequel on découvre, entre autres, cette petite séquence ci-dessous. Le super robot remplace peu à peu le super-héros.


Moi, cette histoire, je la raconte autrement.
En voici, les différentes étapes :


Astroboy ou le garçon-robot.

Tetsujin 28 ou le garçon dirige le robot

Mazinger, ou "le garçon dans le robot".

Gundam, ou "le robot comme moyen de locomotion".

Battlefield 2142 et Halo, ou le super héros est remplacé par "le super-robot exo-squelette"

Et Iron Man n'est qu'un avatar de cette évolution. Une évolution qui n'est d'ailleurs pas du tout analysée dans l'expo du MET.

Et à tout ceux qui s'imagineraient que tout cela n'est que de la science-fiction, je leur conseille de jeter un coup d'oeil , pour voir à quoi travaille l'armée américaine en ce moment. La photo ci-dessus en est une illustration.


Pour aller plus loin sur ce sujet, vous pouvez toujours jeter un coup d'oeil sur nos dossiers sortis à l'occasion de différents Ateliers montés depuis 2005. (voir )

Wednesday, May 28, 2008

SPORT FICTION


A l'occasion de ses 75 ans, Lacoste a tenté d'imaginer à quoi pourrait ressembler un joueur de tennis dans ... 75 ans . Et cela donne les images ci-dessus (plus ) Soit une espèce de super-héros doté d'un exosquelette avec des protections aux épaules et aux genoux. Bref une pâle copie d'une tenue de hockey sur glace ou de foot US (avec un petit rappel des Forces de l'Empire dans Star Wars), sauf que c'est là pour un sport sans contact !!! Etrange, à moins que ce ne soit pour se protéger des balles.
Et c'est d'autant plus étrange que cela va complètement à l'encontre des valeurs actuelles du tennis qui a plutôt tendance à se coloriser et, surtout, à tenter de mettre en valeur le plus possible le corps des athlètes. Le côté sex des tenues féminines n'est quand même plus à démontrer (aaah, la jupette ...).

Mais surtout, tout cela fait trop beau, trop propre, bref trop aseptisé ... ce qui correspond - c'est vrai, aussi - à l'imaginaire de la marque, comme le montrent ses publicités ou ses magasins très laboratoires pharmaceutiques.

Moi sur le sujet, je préfère des réflexions plus noires, plus sombres, moins proprettes et certainement plus en phase avec l'évolution du sport professionnel aujourd'hui. Et dans ce cadre, j'ai immédiatement pensé au très beau bouquin d'Enki Bilal et Patrick Cauvin "Hors Jeu" publié en 1987. (Edition originale chez Autrement, rééditée aujourd'hui par Casterman )


Nous sommes dans les années 2050, et un certain Stan Skavelicz, ancien journaliste sportif, nous raconte comment le foot a évolué et disparu ... pour ne devenir qu'un sport de combat. "C'est en 075 que les instances dirigeantes décidèrent de supprimer le ballon. A partir de cet instant, la pénétration du joueur lui-même dans la cage compta pour un but... Le nom de " foot-ball " disparut : il ne convenait plus à ce nouveau jeu... Je dois être l'un des derniers à m'en souvenir... Dommage... Ce fut un bien beau sport..."

Et cela donne, entre autres, les images ci-dessous ... diablement plus stimulantes sur l'évolution du sport que celles de la marque au crocodile.